Tant pis pour moi

Ma couette. Mon I-Pod. La vie la nuit. Le silence. Mes clopes. Mes livres à faire s’écrouler le plancher. Mes coups de ciseaux. La solitude. Trop d’heures de sommeil. La haine, le mépris, l’opposition, le dégoût. La désobéissance. Oui, je décide pour moi. Oui, j’ai décidé de me tenir loin de la psychiatrie.

Symptômes? Non. Défenses.

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L’autre rive, c’est là où je vis. Non, on ne me dira pas comment gérer ma putain de maladie. Parce qu’on n’est pas sur la même rive. Moi je vois de l’autre côté. Mais du bon côté, personne ne me voit. Juste mon ombre qui flotte sur le monde normal. Juste mon ombre et tu crois que tu y as compris quelque chose? Tu crois que ce qui est bon pour toi l’est pour moi. Qu’il faut plier l’échine, rentrer dans le moule, sortir, voire du monde, sourire, s’inscrire à un club de tricot, dormir huit heures à partir de 23 heures.

Il y a ceux qui disent « De quoi on a peur, au fond? » et ceux-là n’ont pas peur. Et puis les autres qui ne savent même pas qu’ils ont peur, mais ils ont peur. D’un mot de travers, d’un coup d’éclat dérisoire, d’une fugue de vingt-quatre heure, de toi qui n’est pas comme il faut.

Il y a ceux qui savent qu’ils ne savent pas, et ceux-là sont ceux qui tendent la main vers l’autre rive. Il y a ceux qui croient savoir et ceux-là ne connaissent même pas l’existence de l’autre rive. Mais ils te disent comment faire, ce qui va, ce qui ne va pas, ce qui est convenable, ce qui ne l’est pas. Lève-toi. Parle aux autres. Trouve-toi des passe-temps, pas des passions. Ne mets pas tes écouteurs. Ne lis pas toute la journée. Ils ont notre sang sur les mains et ne le savent même pas. Ils vont dans la vie, les mains pleines de sang, avec la satisfaction du travail bien fait. Ils ne veulent pas savoir ce qu’on a saigné pour ça, si on ne le dit pas, si notre unique défense est le silence, ils disent tant pis pour vous.

Et il y a les pires, ceux qui finissent en prison, du sang jusqu’au cou, mais madame la juge, c’était thérapeutique, en psychiatrie? oui, elles ont mal compris, et ils vont en prison, et ils exercent à nouveau. Un peu plus de sang sur déjà beaucoup de sang, quelle importance?

Et les quelques-uns qui n’ont pas peur et ne savent pas sont perdus parmi les autres. Le chemin est trop escarpé et trop long, le chemin nous blesse trop avant qu’on arrive devant eux.

« L’hôpital, ça n’a jamais fait de mal à personne. » « Tant pis pour eux. » « Oui, je le maintiens, tant pis pour eux ».

Tant pis pour moi. J’ai mes défenses. Je ne suis pas adaptée à ce monde, je ne supporte pas le bruit et ces gens, ces gens partout, je ne supporte ni la soumission ni la conformité, je vomis ceux qui pensent que l’opposition est pathologique alors qu’elle est vitale.

Et j’ai mes défenses. Tant pis pour moi. Tant pis pour moi. C’est pas toi, c’est pas lui, c’est pas vous qui allez me dire comment gérer ma putain de maladie.

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3 commentaires »

  1. murielle Said:

    une pensée pour toi

  2. olivier Said:

    « je ne rêve pas d’un autre monde
    Ou d’une île perdue.
    je ne rêve ni de toi, ni de moi… »

  3. Lana Said:

    Merci.


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