Le miroir aux alouettes

J’aurais dû être infirmière. Ou peut-être gynéco. Oui, ça m’aurait plus, ça, gynéco. Militante et féministe. Une sorte de Martin Winckler au féminin. Ou d’Addison Montgomery. Oui d’accord, peut-être en moins intelligente. Au moins j’aurais toujours eu du travail. Pas de problème de chômage. Mais ça, c’est si j’avais aimé les sciences, supporté de regarder les photos des livres de médecine et de toucher les gens. Parce que bon, quand on aime pas toucher les gens, ni même les approcher de trop près, médecin c’est pas vraiment possible. Moi j’aime juste les livres et parler littérature avec des gens que je ne dois pas toucher. Mais si je veux continuer à toucher des livres, il faudra peut-être bientôt que j’aille les empaqueter dans un entrepôt.

J’aurais pu continuer à être amie avec les gens que j’ai connu à l’école et à la fac. Ceux que je ne vois plus mais qui continuent à se voir, à poser pour des photos que tout le monde peut contempler sur facebook. Faire partie d’un groupe, avoir des amis de vingt ans. Mais bon, la vérité, c’est que la plupart, je ne les appréciais pas tant que ça, que les soirées avec eux, ça m’ennuyait. Au mieux. Au pire, ça m’angoissait. Et puis j’avais rien à leur dire, et je ne trouvais pas leurs conversations intéressantes, et je savais qu’ils me trouvaient bizarre. Je n’étais pas de leur monde. J’étais seule dans le mien.

J’aurais pu avoir des enfants. Ca me plairait d’avoir de grands enfants, quand je serai vieille. Le problème, c’est qu’avant, il faut les élever. Et répondre à tous leurs besoins de petits vampires affectifs. Et puis vivre avec un homme, en plus des enfants, alors que j’ai un besoin vital de solitude. Même mon chien, parfois, c’est trop pour moi. Alors, des enfants, ben je sais que ça me rendrait folle, littéralement.

 

images (68)Tout ça, ça aurait pu exister dans une autre vie. Dans celle-ci, c’est inenvisageable. Et même pas souhaitable. Une autre vie, oui, celle dans laquelle je n’aurais pas été schizophrène. Comme si je pouvais savoir ce qu’elle aurait été. J’aime bien ma vie, en réalité. C’est juste que, parfois, à voir le bonheur des autres, où plutôt son image, parce que je sais bien que tout ça n’est la plupart du temps qu’un miroir aux alouettes, mais pas tout le temps, non pas tout le temps, c’est dur de ne pas faire partie de tout ça.

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6 commentaires »

  1. Alain Said:

    Lana, tu parles entre autres de l’avenir de ton métier de libraire. Est-ce que tu as déjà pensé à un autre métier en rapport avec les livres (agent littéraire, critique) il doit y en avoir d’autres. Il existe un besoin chez les gens qui cherchent à acheter des livres et qui ne sont pas remplis par les librairies en ligne. Ce qui manque, c’est un avis sur les livres, le signalement des nouveautés, les conseils pour obtenir un livre dans un domaine précis, etc.

  2. Lana Said:

    Ah ben oui, c’est sûr, on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Si on veut les services d’un libraire, on va dans une librairie. En tout cas, je ne participerai pas à la mort des librairies en offrant mes services pour que les gens achètent en ligne. Et ce n’est certainement pas avec ça que je gagnerai ma vie. Sans compter que je n’aurai plus accès aux outils du métier.

  3. Salut! Ton blog m’intérese beaucop. Je suis une fille roumaine qui souffre d’anxiété avec des élements dépressifs. Sur mon blog j’écris aussi sur des troubles psyhiques mais d’une manière un peu différente. Comment pourrais-je te contacter?

  4. Lana Said:

    Bonjour. Tu peux m’écrire à cette adresse: schizo.sosblog@yahoo.fr

  5. aurélie Said:

    Bonjour,
    Merci pour ce blog que vous partagez et qui me touche vraiment. Je suis actuellement en formation AMP et je serai amené à travailler avec des personnes atteintes de schizophrénie. Ne connaissant pas du tout cette pathologie, j’ai fais des recherches et suis tombé sur votre blog. J’avoue ça m’effraie de me retrouver face à des personnes que je ne pourrais pas aider. J’ai lu attentivement l’article de Martin Winckler et je ferai de mon mieux pour être cette soignante la. Si vous avez des choses à me faire passer, des comportements de soignants qui vous ont été insupportables, jsuis toute ouie. En attendant je vais continuer de vous lire. Merci.

  6. Lana Said:

    Il n’y a pas de raison que vous ne puissiez pas aider les personnes que vous rencontrerez à partir du moment où vous êtes à l’écoute, respectueuse de la personne en face et prête à vous remettre en question. Le principal est de considérer la personne pour ce qu’elle est et pas juste à travers son diagnostic (sans pour autant nier ou minimiser la maladie). Je parle des problèmes qu’on peut rencontrer en psychiatrie dans la catégorie Réflexions personnelles et également dans mon livre.


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