La maladie chronique est un luxe

La maladie chronique, c’est un luxe des temps modernes (et des pays riches). Une chance. Avant, pour la plupart des maladies devenues chroniques aujourd’hui, la mort était la seule issue. Sans médicaments performants, sans dialyse, sans chimio, sans chirurgie efficace, combien d’entre nous seraient déjà morts il y a seulement un siècle? Beaucoup. Il ne faut pas même pas aller si loin pour s’en rendre compte, il suffit de penser à l’épidémie du sida, aux ravages terribles qu’elle faisait dans les années 80.

Concernant les maladies mentales, c’est un peu différent, mais là aussi on a échappé au pire. Sans médicaments, sans psychothérapie, combien d’années aurais-je tenu avant de me suicider? Dans quel asile aurais-je gaspillé ma vie?

Oui, la médecine nous offre le luxe de vivre plus ou moins correctement avec une maladie chronique. Mais si la médecine a résolu beaucoup de choses, il y en a une à laquelle elle ne répond pas: comment supporte-t-on toutes ces années de maladie? Comment ne pas se laisser briser?

L’année prochaine, ça fera vingt ans que je suis tombée malade. J’en suis encore à changer de traitement pour éviter les effets secondaires. A choisir entre l’angoisse et la prise de poids. A être épuisée par les médicaments. Alors bien sûr, c’est mieux que de ne pas avoir de médicaments, bien sûr c’est mieux que d’être folle ou morte. Et peut-être que je vivrai encore soixante ans, qui sait?

the_infamous_luxe

Je sais tout ça, je connais ma chance, mais ce que je ne sais pas, c’est comment faire avec toutes ces années qu’il me reste peut-être? La médecine ne nous le dit pas.

Je ne sais pas quoi faire avec ce luxe qui m’est offert, je ne sais pas comment ne pas m’user, je ne sais pas comment ne pas pleurer parce que c’est trop long et trop dur, non, tout ça je ne sais pas.

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37 commentaires »

  1. Chère Lana,

    Oui continuer à vivre même gravement malade alors qu’on aurait dû justement mourir suite à une maladie grave peut être considéré comme un luxe. Mais de quel luxe s’agit-il exactement ? Celui qui dans les histoires de schizophrénie consiste à ingurgiter souvent le tout chimique se traduisant par de l’impotence, de l’invalidité, etc., bref de toute façon une souffrance grave, pour celui qui survit alors péniblement ? Mieux ne vaut-il pas que la vie soit courte mais bonne ? J’ai réussi à me tirer d’affaire de ma schizophrénie paranoïde bien que je ne puisse pas prouver scientifiquement que j’en suis effectivement guéri. Cela n’est qu’un vécu et un ressenti qui perdure maintenant depuis environ dix ans ! Je ne prends plus qu’un quart ou un demi de la dose d’Abilify (aripiprazole) recommandée par le laboratoire qui le fabrique soit même je ne prends rien du tout ! Et alors ça fait donc environ dix ans maintenant que je n’ai jamais vu ainsi venir ni mon entourage non plus le moindre indice de rechute dans la schizophrénie ! Je me déclare ainsi aussi enfin parfaitement heureux ! À quoi tient ma guérison ou tout au moins à ce qui ressemble à celle-ci ? Je n’ai qu’un seul mot unique pour qualifier celle-ci : “la chance” ! Bien sûr celle-ci à une explication : le travail, la sexualité, l’amour, le militantisme, la philosophie, l’environnement et mon livre… Au sujet de celui-ci il est maintenant lisible sous un autre titre et même gratuitement sur mon nouveau blog qui s’intitule : “Le blog schizophrénie de schizo guéri“ et qui est à l’adresse suivante : http://le-blog-schizophrenie-de-schizo-gueri.blogspot.com. Je te souhaite à ton tour de te considérer enfin guérie et de te déclarer enfin parfaitement heureuse !

    Bien cordialement à toi,

    Schizo guéri

  2. Lana Said:

    Tous les schizophrènes sont loin de vivre gravement malades et « impotents », comme vous dites.

  3. Si « tous les schizophrènes sont loin de vivre gravement malades… » comme vous le dîtes si bien et si vite sans aucune preuve à l’appui quel est l’intérêt alors d’en parler même à la télévision et surtout sur un site comme le vôtre dont le thème est souvent les effets indésirables des médicaments psychotropes que ceux-ci ingurgitent. Par “impotent” j’ai voulu faire allusion à l’état déplorable et lamentable où j’ai été moi-même physiquement et psychiquement pendant 7 ans (1966-1973) avant que je ne rencontre ma future femme qui m’a fait alors arrêter tous mes médicaments psychotropes d’un coup prétextant qu’elle était dans la médecine et qu’elle si connaissait… En réalité j’ai quand même repris ceux-ci six mois plus tard car un neuropsychiatre consulté alors pour un problème de couple que j’avais avec ma femme m’avait alors déclaré : “Si tu ne reprends pas tes médicaments c’est sûr que tu vas rechuter !” (Il me tutoyait car nous étions tous les deux alors au PCF). D’après mes connaissances venant aussi bien des psychiatres que des malades la schizophrénie même avec les progrès des nouveaux médicaments en matière d’effets indésirables reste actuellement la maladie la plus invalidante psychiquement chez le jeune adulte… Par exemple quand de 1966 à 1973 j’allais travailler c’était toujours avec des idées suicidaires dues à l’effet dépresseur des neuroleptiques de l’époque (qui existe toujours chez certains antipsychotiques actuels) et à peine arrivé au bureau je m’effondrai alors sur mon bureau pris par une crise narcolepsie due elle aussi à l’effet dépresseur des neuroleptiques (qui existe toujours, je le rappelle)… Mon employeur ne m’a gardé que parce qu’il y était obligé par la convention collective qui prévoyait une clause de protection du licenciement à ce sujet lorsque ses employés étaient titularisés après un an de stage suite à un concours… Tant mieux pour vous si tout ce que l’on raconte sur les effets indésirables des médicaments pour la schizophrénie ne vous concerne pas et vous permet malgré tout de vivre bien votre maladie… comme M et Mme “tout le monde” ! Mais c’est bien la première fois que j’entends dire et surtout venant d’un(e) schizophrène que ”tous les schizophrènes sont loin de vivre gravement malades…”… car dans ce cas pourquoi dit-on tout le contraire même à la télévision et pourquoi avez-vous vous-même un site pour en parler ?

  4. Satyneh Said:

    Bonjour,

    Pourquoi ne pas prendre en compte l’aspect événementiel de la maladie : une période -et j’insiste sur ce terme qui définit une durée sur une vie mais pas forcément sur toute la vie- d’impotence, certes, qui peut se prolonger sur plusieurs années, certes, mais qui n’exclut pas pour autant les périodes hors crise, hors impotence ?

    Alors évidemment on médiatisera bien plus les pics événementiels qui défraient la chronique et peuvent choquer monsieur et madame Toutlemonde, que les longs et sourds processus qui découragent parce qu’on peut douter de sortir du tunnel un jour même si on est arrivé à sortir d’un trou dévastateur et qu’on parvient à mener sa barque malgré tout.

    D’ailleurs, Psycho Guéri, tu témoignes toi-même être sorti de l’impotence.

    Si on tente de comparer cette maladie avec d’autres, allez, au pif, je choisis la spondylarthropathie : il y aura des périodes de crises inflammatoires ankylosantes qui handicapent la personne jeune de rhumatismes au point de la rendre impotente sur une période plus ou moins longue, et puis cela peut rester silencieux durant des années tout en perdurant sous une forme plus « douce » mais toujours présente, qui fait à la fois regretter le bonheur dont on n’avait pas conscience lorsque notre corps pouvait se mouvoir sans douleurs, et à la fois craindre ne jamais pouvoir revenir à ce temps paradisiaque où tout était possible en matière de projets de vie, mais cela n’empêche pas non plus les personnes qui en sont atteintes de mener une vie relativement « normale » : un travail, des relations sympas etc. Certains traitement sont lourds et pas dépourvus d’effets indésirables.

    Mais pendant la période dite silencieuse, la souffrance qui en découle ne permet pas d’être reconnue par l’entourage, car cela se passe à l’intérieur et parce que les comportements d’évitement que mettra en place la personne pour éviter la souffrance aiguë de crise seront mal interprétés par l’entourage (paresse, recroquevillement).
    Ce qu’il est intéressant de savoir aussi c’est que les médicaments anti-inflammatoires et antalgiques préconisés peuvent être bien-sûr non dépourvus d’innocuité mais aident la personne atteinte d’inflammation articulaire à ne pas se crisper sur des postures (moins douloureuses) qui peuvent altérer définitivement les articulations.

  5. Satyneh Said:

    Je peux faire erreur mais il me semble que cette comparaison n’est pas si éloignée de celle de la maladie schizophrénique, sauf que dans le dernier cas ce sera encore moins reconnu que pour une maladie physique (même si cela se passe en interne -squelette, articulations- et ne se reconnaît que lors des crises -ankylose, extrémités des membres boudinés par exemple-, parce que les IRM permettent de poser un diagnostic -sans pour autant prédire la gravité de l’évolution-), parce que le processus touche le psychisme et que la science n’a pas beaucoup évolué à ce niveau là.
    Et que le comportement et le regard des équipes soignantes sont encore plus à la traîne sauf cas exceptionnels, ils ont encore un long chemin d’évolution à faire pour au moins, parvenir à ne PAS être pires que le mal vis à vis des dits psychotiques.

    Quelque chose d’autre me désole, c’est le manque de considération pour ceux qui traversent ces épreuves, c’est très proche de la discrimination, je trouve. Quoiqu’ils fassent ils ont toujours tort :
    S’ils prennent des médocs, ce sont de pauvres inconscients qui ne veulent rien savoir de tous les outils alternatifs qui les accompagneraient dans leur guérison, et s’ils n’en prennent pas, ce sont aussi des inconscients qui jouent avec le feu ou encore de faux schizophrènes.

    Purée ça m’énerve. Car il devrait pourtant être possible de témoigner de ses expériences sans que cela disqualifie celle des autres ou que les autres se sentent disqualifiés par un témoignage personnel. Parce que dans un témoignage personnel, on pourrait pouvoir y prendre ce qui nous convient ou pas, sans pour autant vouloir que cela convienne à autrui.

  6. Satyneh Said:

    P.S
    Pour revenir aux personnes atteintes de maladies auto-immunes évolutives articulaires, il y aura aussi des périodes traumatisantes (des passages à l’hôpital par exemple), mais que dire alors des traumatismes engendrés par les passages en hôpital psychiatrique pour les personnes touchées par la schizophrénie.
    Est-ce qu’on en parle, est-ce que cela est reconnu, médiatisé ?
    C’est d’autant plus incroyable si l’on considère que cette maladie est due à un traumatisme d’enfance : on en rajoute une couche et pas grand monde en parle.
    Donc la personne se retrouve face à trois problèmes :

    1- celui qu’elle vit et expérimente intimement dans la perte de ses repères et l’impossibilité de se référer à quoique ce soit pour reprendre pieds. Celui qu’elle vit au quotidien en sourdine lui permettant de vivre à peu près comme tout le monde mais jamais tout à fait comme tout le monde, et parce que ce qui s’est produit pour elle a transformé son passé et son avenir. Elle aura vécu des choses en plus que les autres, et en moins que les autres, mais rarement pareil et cela la place en marge quoiqu’il arrive par la suite.

    2- l’inefficacité des traitements hospitaliers et la nuisance de certains professionnels qui ne parviennent pas à imaginer une issue autre que leur mode normalisant à partir de leur position et vision de bon névrosé bien moulé dans ses repères référentiels étriqués (même s’ils se disent « ouverts »).
    Combien de « psy »(-chiatres-chologues-chothérapeutes) avouent que dans leur intime conviction, être « psy »(-chotiques) est pour eux la pire chose qui puisse arriver psychiquement à un être humain ?

    3- la discrimination sociale par manque de compréhension et de connaissances, par manque de témoignages de ceux qui en guérissent.
    Voire même la discrimination de la part de ceux qui ont expérimenté cette maladie personnellement, ou par l’intermédiaire de proches qui en sont atteints, parce qu’ils pensent que ce qui peut être envisagé comme solution pour eux ou leurs amis, serait la bonne solution pour les autres.

    De tout ce lot de problèmes il y en a, de la part de ceux qui sont en situation de confort, qui pourraient être résolus : cesser de nuire par un peu plus de modestie…

  7. Lana Said:

    Merci Satyneh, tu as tout dit.
    Schizo guéri, ce n’est pas parce que tous les schizophrènes ne sont pas en crise continuelle pendant 50 ans et avec une vie gâchée (sauf vous, si j’ai bien compris), que la schizophrénie n’est pas une maladie grave. Là, je parle du fait qu’avec les traitements (pas seulement médicamenteux) ont a maintenant une vie plus correcte, on n’est plus à l’HP toute sa vie, c’est devenu une maladie chronique avec laquelle on peut quand même construire sa vie, mais ça reste dure à supporter. C’est différent d’être impotent à vie. Mon article porte sur le fait de vivre avec la maladie sur le long terme, pas sur les crises du début.

  8. Alain Said:

    Est-ce la maladie qui nous écarte de la société ou la société qui nous écarte car on est malade. Il me semble que la stigmatisation est la constante à travers les âges de cette maladie qui n’était d’ailleurs pas considérée comme maladie auparavant mais comme possession. Le fou ou le possédé était associé au mal et rejeté, écarté, méprisé et persécuté.

    Cette vision du fou n’est pas si éloignée que ça et présente encore dans certains pays ou dans certains milieux et peut être aussi dans l’inconscient de beaucoup.

    C’est peut être autant ce rejet et cette persécution qui rendent la maladie si dure à vivre que les symptômes eux mêmes. Un malade est hypersensible et renforce tous les sentiments à son égard en particulier l’hostilité qu’on lui manifeste toujours même lorsqu’elle est déguisée sous des bons sentiments.

    Peut être que « soigner » la société, c’est à dire éduquer les gens pour qu’ils cessent cette persécution est un des remèdes. ça ne guérit pas tout mais une bonne partie.

    Il y a ensuite le travail à faire sur soi et savoir se faire aider pour régler les problèmes à l’origine de la maladie. C’est bien sûr discutable, quelle est l’origine de la maladie ? Un dérèglement des circuits biochimiques ou des événements extérieurs ou autre chose ?

    Dans le premier cas, on prend un traitement chimique et on se dit que ça règle le problème. En réalité, on s’aperçoit que bien des maux subsistent même si certains symptômes sont apaisés. C’est alors qu’on envisage la seconde hypothèse, découvrir l’origine du conflit et ça prend du temps, ça demande de rencontrer des gens compétents et disposés à vraiment aider.

    C’est un processus qu’il faut mener toute sa vie, c’est difficile, parfois décourageant mais il me semble que c’est le seul moyen de progresser et de ne pas contempler avec horreur le gouffre des années à venir en perdant tout espoir. L’espérance, c’est pour moi la clé.

  9. La mode ne consiste-t-elle pas depuis quelque temps à dire que : “Tous les schizophrènes sont loin d’être gravement malades car ils peuvent (soi-disant) enfin bien vivre leur maladie psychiatrique du fait que les antipsychotiques actuels n’ont plus les gros effets indésirables des anciens neuroleptiques d’autrefois !” ? Et dans l’émission où j’étais passé il y a environ dix ans maintenant sur France 2 “Savoir Plus Santé Mieux comprendre la schizophrénie”, le Pr C. L. n’avait-il pas même déclaré à ce sujet : “Les schizophrènes peuvent travailler et avoir une vie amoureuse !” ? La schizophrénie de chacun est toujours différente en quelque chose de la schizophrénie des autres. Chaque schizophrène a d’ailleurs une personnalité différente toujours aussi de celle des autres. Et quant aux effets indésirables des antipsychotiques j’ai remarqué qu’ils étaient tous supportés différemment selon aussi chacun. Par exemple sous Zyprexa 10 (onlanzapine) je suis dépressif et suicidaire (mais sans être impuissant sexuellement), sous Risperdal 4 (rispéridone) j’ai des angoisses terribles (et je suis impuissant sexuellement), alors que bien des schizophrènes à mon ancien Service d’accompagnement à la vie sociale m’ont déclaré eux parfaitement supporté ces deux médicaments aux mêmes doses pourtant que moi mais sans alors aucun problème quel qu’il soit ! En réalité je ne supporte qu’Abilify (aripiprazole) pour lequel justement mon ancienne psychiatre psychanalyste ne voulait guère prescrire celui-ci à aucun schizophrène quel qu’il soit car disait-elle : “Il est trop anxiogène et trop stimulant et il faut toujours le corriger soit avec des tranquillisants soit avec des neuroleptiques sédatifs !” Et quel que soit le dosage que je prenne d’Abilify (aripiprazole) : 2,5 mg, 5 mg, 10 mg, 15 ou même 20 mg (la dose minimum recommandée pour le traitement en ambulatoire est de 10 mg et la dose maximum recommandée pour le traitement à l’hôpital est de 30 mg) et même si je ne prends plus rien du tout alors je ne constate jamais aucune différence et je supporte à chaque fois la situation qui en résulte toujours très bien du point de vue du bien-être ! Comprenne qui pourra ! Mais les statistiques au sujet de la schizophrénie et de son traitement c’est quoi au juste actuellement ? Ceci : “15 % seulement des schizophrènes travaillent ! 3 % seulement sont mariés ! 1 % seulement ont des enfants ! 75 % rechutent dans le délai d’un an après l’arrêt de leurs médicaments ! Un schizophrène sur deux fait au moins une tentative de suicide dans sa vie et un sur six en meurt toujours !” Je ne crois donc pas que “tous les schizophrènes sont loin d’être gravement malades” et considère même que la phrase du Pr C. L. au cours de l’émission de télévision dans laquelle je suis passé aussi pour évoquer la schizophrénie et son traitement n’est donc juste qu’exceptionnellement même encore actuellement !

  10. Satyneh Said:

    Salut Schizoguéri

    En cherchant sur Internet l’émission dont tu parles, je n’ai pas encore trouvé (pourtant dans les archives de l’INA je devrais pouvoir y arriver) mais je suis tombée sur un autre documentaire et je suis au début du visionnage.
    Celui fut réalisé en 2008 (?), peut-être quelqu’un ici l’a déjà vu ?
    Je donne le lien car d’entrée le concept me semble judicieux : on a le point de vu simultané du grand public, de deux schizophrènes, des psy qui les ont suivies, et d’autres…

    L’un des psy (il me semble mais comme c’est sous-titré parfois le texte cache la profession de l’intervenant) déclare que le meilleur moyen de ne pas aider un schizophrène est de lui déclarer qu’il ne guérira jamais, quelqu’un d’autre qui a fait une enquête sur les labos pharmaceutiques dénoncent leur mensonge (à but lucratif) qui est pris comme une vérité et diffusé aux étudiants en psychiatrie et dans les médias : cette maladie ne peut être traitée que par des médicaments car elle provient d’un dysfonctionnement du cerveau (alors qu’aucune étude ne l’aurait encore prouvé jusqu’ici)…
    Donc la thèse du « dérèglement des circuits biochimiques » qu’évoque Alain serait, d’après ce documentaire, un enfumage à la solde des firmes pharmaceutiques.

    J’en suis là et cela n’est pas tout à fait la même chose que ce que tu dénonces :
    “Tous les schizophrènes sont loin d’être gravement malades car ils peuvent (soi-disant) enfin bien vivre leur maladie psychiatrique du fait que les antipsychotiques actuels n’ont plus les gros effets indésirables des anciens neuroleptiques d’autrefois !”
    Le discours actuel serait donc plutôt :
    « Tous les schizophrènes sont gravement malades (dans le sens de « incurables et à vie ») mais s’ils prennent des neuroleptiques ils peuvent mieux gérer leur maladie », mais est-il adapté à la réalité du vécu des schizophrènes ?
    La condamnation du « gravement malade à vie » enfonce l’individu en le plaçant face à une voie sans issue, c’est ce dont témoignait aussi l’auteure de « Demain j’étais folle » (A. Lauveng).
    Je pense que le discours est à revoir et surtout selon le témoignage des schizophrènes eux-mêmes, même s’il est hétérogène.

    Euiste j’ai du mal comprendre ton argumentation (les pourcentages des non mariés et sans enfants et sans travail) : veux-tu dire par là que si par exemple, 70% des schizo étaient mariés, avaient des enfants et un travail, cela prouverait que ce n’est pas une maladie grave ?

    P.S : ce doc est peut-être produit dans le but de ne pas faire prendre des médicaments à ceux qui souffrent de schizophrénie, donc attention…

  11. Satyneh Said:

    Mince, j’ai oublié le lien :

    Des « Ailes brisées ».

  12. Satyneh Said:

    En effet ce documentaire prône plutôt la non nécessité de prise de traitements chimiques, j’en suis à un peu plus de la moitié et déjà je me permets de critiquer : les deux personnes qui ont souffert de schizophrénie ont eu la chance exceptionnelle de tomber sur des psychothérapeutes exceptionnels.
    Cela est assez rare, du coup, que se passe-t-il pour les autres ?
    Ce qui est exceptionnel n’est pas forcément la possibilité de guérison mais plutôt de rencontrer de bons spychothérapeutes, qui ne sont pas parfaits comme l’un d’eux l’avoue, mais qui s’adressent à la partie saine des malades et se remettent en questions lorsqu’ils font erreur. Ce qui a permis aux deux personnes interviewées de ne pas vivre leur séjour en hôpital comme un enfer est sans doute l’investissement inconditionnel du psy qui les a accompagné, sa créativité, son originalité, il y en a un qui est même passé pour un schizo aux yeux du reste de l’équipe soignante.
    Il y a des passages très émouvants, comme lorsque chacune d’elles témoignent de leur tentatives de s’adapter et d’étudier. Elles sont vues comme étant « bizarres », et voient les autres qui parviennent à faire ce qu’elles ne parviennent pas à faire comme des « titans ».

    Pour revenir au mariage il n’y a, concernant la population dite « normale » que la moitié qui se marie, non ? Si l’on prend en compte le fait que dans la moitié qui se marie, il y en a la moitié qui divorce, et l’autre ne reste mariée que pour des raisons économiques, familiale ou autres dépendances, on arrive à un pourcentage assez minime de vrais mariages réussis. Peut-on dire alors que la population normale est « gravement malade » car seulement 3% vivra jusqu’au bout un mariage d’amour réussi ? Est-ce qu’on préviendra tout le monde que faire un mariage d’amour réussi est impossible mais qu’en prenant des anesthésiants ils pourront tenir le coup ?

    Oui pourquoi pas mais on pourrait aussi prévenir les personnes souffrant de schizophrénie qu’il sera exceptionnel pour elles de rencontrer un accompagnant qui les aide vraiment.

  13. Lana Said:

    J’ai du mal à regarder des documentaires sur la schizophrénie, donc je me fie à ton résumé. De toute façon, je pense que personne ne sait encore expliquer l’origine de la schizophrénie. Mais il me semble que pour aller mieux, un bon thérapeute est indispensable. J’ai besoin de médicaments, mais ils ne suffisent pas. C’est à chacun de trouver son équilibre grâce aux différents traitements, mais encore faut-il pouvoir le faire. Pour finir, je suis entièrement d’accord sur le fait que le non conformité au modèle social dominant ne mesure pas le degré de maladie. On peut être épanoui sans avoir le boulot le chien le maison les enfants. Je peux passer une semaine entière sans sortir de chez moi ni voir personne et en être très heureuse, ce que la plupart des gens ne comprennent pas, et je n’accepterai jamais qu’on dise que c’est une preuve que je vais mal. Je ne fonctionne pas comme les autres, c’est tout.

  14. Sibylline Said:

    Bonjour,

    J’avais écrit un message juste après la rédaction de cet article qui n’a jamais été publié. Peut-être est-il passé dans « indésirables » et depuis le temps, il a peut-être disparu.

    Alain a trouvé un article qui m’a semblé vraiment intéressant, rédigé par un infirmier en psychiatrie qui dénonce le gommage de la spécialité aujourd’hui et le fait qu’on traite la folie au lieu de l’écouter. J’ai beaucoup aimé cette citation:

    « Le discours sur la folie, dans sa dimension sociale, a peu à peu été occulté. L’ouverture de la psychiatrie sur la cité n’est restée qu’une utopie.
    Un pouvoir administratif soucieux d’imposer ses restrictions délimite maintenant le soin avec une logique technocratique qui permet à l’ordre médical de revenir en force. »

    Voici l’article pour ceux qui veulent le lire et qui montre que la médecine fragmente au lieu de chercher à soigner un mal social, de voir les symptômes comme un tout:

    http://sineurbe.blogspot.fr/2008/08/epilogue.html

    Le système est malade par certains aspects…Pas évident de devoir lutter sur les deux tableaux. Heureusement il y a encore des gens qui privilégient l’humain, mais ce n’est pas la majorité. Nous avançons dans une société de plus en plus technocratique, à tous niveaux, où la machine, la chimie prennent le dessus sur l’humain et les sciences humaines, très importantes dans le soin. Voir l’article à ce sujet d’un grand philosophe et neuropsychiatre qui dénonce cette tendance:

    http://folieetespoirblog.eklablog.com/la-preuve-que-philosophie-et-medecine-peuvent-coexister-le-parcours-de-a113948422

  15. Lana Said:

    Sibylline, franchement, j’en ai marre que tu attaques sans cesse les médicaments. On peut avoir de l’humain ET des médicaments, ce n’est pas incompatible. Tu serais schizophrène et tu t’en serais sortie sans traitement, très bien, mais là tu parles de quelque chose que tu ne vis pas. On s’en sort comme on peut avec notre maladie, et j’en ai marre que ma façon de faire soit sans cesse condamnée par quelqu’un qui n’est pas malade. Même si la maladie est provoquée par la société (ce qui reste à prouver, étant donné que la prévalence de la schizophrénie est identique partout dans le monde et depuis des siècles), en quoi est-ce une raison pour ne pas soigner les gens avec des médicaments s’ils en ont besoin? Le cancer est largement dû à notre mode de vie, il y a donc une cause sociétale, penses-tu qu’il faille pour autant ne pas donner de médicaments aux gens qui ont un cancer?
    Les médicaments m’ont permis de réussir des études universitaires, d’avoir un travail, un logement, etc. En plus de la psychothérapie. Encourager les psychothérapies, l’humain, l’écoute n’est pas incompatible avec l’utilisation de médicaments. Cette mode de gens en bonne santé qui condamnent les médicaments, je n’en peux plus. C’est tellement facile quand on n’en a pas besoin. C’est la dernière fois que je m’exprime à ce sujet. On en reparlera éventuellement le jour où tu auras une maladie grave.

  16. Sibylline Said:

    Si tu avais bien lu les messages, je ne condamne pas les médicaments dans l’absolu. Mais on a tendance à se cacher derrière et tu le dis aussi parfois, plusieurs études en parlent également. Tu évoquais les effets secondaires… Je me rends compte que lorsqu’on n’a pas la même vision que toi des choses, on est rembarrée, exclue de ton cercle et tu nous parles mal.

    Je pense qu’il vaut mieux toujours aller dans ton sens, sous réserve de se prendre des reproches terribles. Evidemment, l’argument du théorique et du fait que je suis différente est si facile pour NE PAS ECOUTER. Tu déformes mes propos. Tu critiquais le fossé entre les gens ayant vécu la maladie et les autres, mais tu l’alimentes par tes arguments. Ceux qui n’ont pas vécu la même chose sont méprisables, mais ce que je trouve drôle, c’est que d’autres qui l’ont vécu le sont aussi. Il suffit de voir ta réponse à schizo guéri.

    Cela dit, j’ai bien compris que soit on pense comme toi, soit tu deviens blessante et méprisante, que certains sujets ne peuvent pas être abordés. ce n’est pas une question de longueur (puisque j’avais fait attention), mais de contenu.

    Donc, puisque mes propos sont déformés régulièrement et que ce que je dis semble controversé, je ne vois pas l’intérêt de continuer à donner mon avis. Ainsi, tu pourras continuer à penser comme tu le fais, sans être dérangé par un avis extérieur différent du tien.

    Parfois, je trouve tes réflexions très justes, c ‘est ce qui m’intéressait dans ton blog, mais le ton que tu emploies parfois est très désagréable et cette déformation des paroles de l’autre pour te donner raison me gêne vraiment. Cela dit, je n’ai pas le couteau sous la gorge…

  17. Lana Said:

    Je n’ai jamais dit que ceux qui n’avaient pas vécu la même chose étaient méprisables, mais simplement ils n’ont pas la même expérience. Je ne vais pas aller dire à un Noir ce qu’est le racisme, je suis blanche donc je ne le sais pas. Je ne vais pas dire à un diabétique comment gérer sa maladie, je n’en ai pas fait l’expérience. Te concernant, il me semble que je n’ai jamais censuré aucun de tes messages, je t’ai laissé parlé des huiles essentielles, des chamanes,etc alors que je ne supporte pas ce genre de discours. Mais chacun son truc, si c’est le tien tant mieux. Juste, à force de l’entendre, il y a un moment où j’ai envie de donner mon avis. parce que figure-toi que tu n’es pas la seule à avoir ce genre de discours, et qu’il est très irritant. Quand je parle des difficultés de la maladie, des effets secondaires, tu me dis qu’il faut trouver la part divine en soi-même. Désolée, mais c’est typiquement le genre de trucs New Age qui me rendent dingue, surtout que le message sous-jacent c’est de dire que je ne gère pas ma maladie comme il le faut, que si je trouvais ma part divine, ça irait mieux et que je n’aurais pas besoin de médicaments.
    Quant au fait de mal te comprendre, c’est ce que tu dis à chaque fois que je ne suis pas d’accord avec toi. Peut-être est-ce vrai, ou peut-être que tu n’es pas claire, je n’en sais rien, mais bizarrement tu m’en fais le reproche seulement quand je ne suis pas d’accord avec toi.
    Ca te heurte peut-être, mais non, tu n’as pas à dire à un schizophrène comment gérer sa maladie. Tu n’es pas schizophrène, et si pour toi c’est être blessante que de te le rappeler, interroge-toi sur tes privilèges de personne en bonne santé. Même les schizophrènes entre eux n’ont pas à dire aux autres ce qu’ils doivent faire, mais au moins ils parent d’expérience, c’est donc intéressant de s’écouter entre pairs au sujet d’expériences communes.

  18. Lana Said:

    Ce qui m’irrite n’est pas qu’on ne soit pas de mon avis, c’est qu’on fasse de l’ablesplaining. J’essayerais de faire un article qui explique le concept.

  19. Satyneh Said:

    D’après cet article :
    http://disabledfeminists.com/2010/02/13/what-is-splainin-and-why-should-i-care/

    En bref, un splainer (qui pratique le splaining), si j’ai bien compris, pense ainsi :
    « Ma conviction, » dit le ‘splainer, « l’emporte sur votre expérience.

    Ce qu’il pense compte plus que les informations apportées par celui qui expérimente.

    Je ne connaissais pas du tout cette expression « ablesplaining », je découvre qu’il existe l’équivalent dont je parle sous ton article La maladie Grave comme traumatisme :
    « bizarrement ce sont toujours les hommes, dans les mouvements féministes, qui parlent plus que les femmes et savent mieux qu’elles ce qu’il faudrait qu’elles fassent pour se libérer de la domination masculine. »

    Cela s’appelle le mansplaining.

  20. Lana Said:

    Justement, je suis en train d’écrire un article là-dessus.

  21. Satyneh Said:

    Voici le lien de « la maladie grave comme traumatisme » :
    https://blogschizo.wordpress.com/2013/06/14/la-maladie-grave-comme-traumatisme/

    Vis à vis de proche parent souffrant d’une autre maladie grave, je découvre aussi que j’ai malheureusement partiqué du splaining moi aussi, ce qui a eu l’effet de discréditer ce que vivait ce parent, au lieu de l’aider. Alors que ce n’était pas mon intention.

    La tendance ambiante médiatise fortement cette pratique du splaining d’ailleurs.

  22. Lana Said:

    Je pense qu’il nous arrive à tous de faire du splaining, surtout si on n’a pas déconstruit ses privilèges. Tout dépend de la façon dont on réagi quand quelqu’un nous le fait remarquer. Mais j’en dirai plus dans l’article.

  23. Sibylline Said:

    Je trouve que tu sors mes phrases de leur contexte parfois et que tu t’arrêtes sur un mot au lieu de considérer l’ensemble. Je ne pense pas que les médicaments ne servent à rien par exemple. Mais on sait combien on en abuse parfois, il suffit de songer à la camisole chimique. Dernièrement, je discutais justement avec la maman d’un jeune subissant les effets de la maladie et à qui on avait imposé ce type de traitement. Je ne parlais pas de moi, juste d’une expérience relatée et de la grande souffrance que cela avait entraîné, mais comme tout, c’est une question de dosage.

    Je ne pense pas du tout que tu gères mal ta maladie. J’essaie simplement d’apporter des pistes, pas des vérités. Et d’ailleurs, si les gens qui n’ont pas vécu la maladie devaient se taire, il faudrait arrêter de les soigner, car à l’acceptation des pairs aidants (qui sont passés par là, mais bien rares en France et je trouve cela dommage), les gens qui s’en occupent n’ont jamais été schizophrènes. Pourquoi les écouter alors?

    Je trouve que la façon que tu as de renvoyer les idées de ceux qui ne l’ont pas vécu dans le champ du théorique creuse le fossé. Ils n’ont pas le droit à la parole puisqu’ils ne sont pas passés par là. Or, c’est bien ensemble qu’il faut construire à mon avis et c’est justement pour cela que je venais ici. Cela ne signifie pas que j’ai raison dans tout ce que je dis. Mais je remarque que souvent tu critiques un système, tu mets le doigt sur les dysfonctionnements mais tu ne proposes pas forcément de voie positive et inconsciemment, je cherche à apporter des réponses. Cela dit, je trouverai très intéressant que tu apportes les tiennes. Et tant mieux si elles diffèrent des miennes. Mais sans m’agresser, ce serait mieux et sans déformer ce que je dis aussi pour te donner raison, ce serait plus honnête.

    Et évidemment, tu caricatures mes propos lorsque tu dis que je fais passer le message que les huiles essentielles vont régler la schizophrénie. Ce serait bien naïf de ma part…Ce n’est absolument pas ce que je pense!

    Et ce n’est pas parce que tu as vécu cette maladie que tu possèdes le monopole de la souffrance. Crois-tu que c’est facile d’essayer de comprendre, que la vie est simple? Non, elle ne l’est pas. Crois-tu que je n’ai pas souffert le martyr parfois? Que connais-tu de ma vie? Et puis, personne n’est à l’abri de tomber malade d’ailleurs…

    Que signifie précisément ton message donc? Que les gens qui n’ont pas vécu la même chose que toi doivent se taire? C’est bien ce que j’entends…ou qu’ils ne doivent que poser des questions même lorsqu’ils sentent que le discours n’est pas juste.

  24. Satyneh Said:

    Sibylline, je relève ça qui résume il me semble, ton positionnement :
    « lorsqu’ils sentent que le discours n’est pas juste ».

    Autrement dit, sans avoir vécu ce qui se rapporte à la souffrance d’une maladie particulière intimement expérimentée avec son lot de discriminations qui se rajoute à la souffrance, parce qu’ils « sentent », cela suffit pour prétendre à affirmer « ce qui n’est pas juste ».
    Ce qui confirme qu’une conviction emporte sur un vécu.

    Mais l’article qu’a posté Lana va encore plus loin…

  25. Lana Said:

    Ok, donc, Sibylline, tu n’as absolument pas compris la notion d’ablesplaining. Donc, je reprends, par rapport à ton dernier message, parce que là, tu t’enfonces vraiment dans l’ablesplaining, particulièrement dans la phrase citée par Saytneh et dans les propos suivants:
    1. Il ne s’agit pas de se taire lorsqu’on n’a pas vécu quelque chose mais de ne pas parler à la place de la personne concernée. Un bon soignant parle par rapport à la théorie qu’il a étudiée et l’expérience qu’il a acquise en rencontrant de nombreux patients, mais pas à la place de son patient.
    2. Tu me dis que tu peux mieux que moi trouver des solutions parce que je ne le fais pas assez. J’ai juste écrit un livre sur le sujet, mais bon, sans avoir jamais été malade ni hospitalisée en psy, forcément tu vas mieux y arriver.
    3. Je n’ai jamais dit que j’avais le monopole de la souffrance, j’ai dit qu’en tant que schizophrène je connais mieux la schizophrénie et ses enjeux que quelqu’un qui ne l’est pas.

  26. Alain Said:

    Voilà ce qu’a dit Sybilline :

    « Le système est malade par certains aspects…Pas évident de devoir lutter sur les deux tableaux. Heureusement il y a encore des gens qui privilégient l’humain, mais ce n’est pas la majorité. Nous avançons dans une société de plus en plus technocratique, à tous niveaux, où la machine, la chimie prennent le dessus sur l’humain et les sciences humaines, très importantes dans le soin. Voir l’article à ce sujet d’un grand philosophe et neuropsychiatre qui dénonce cette tendance. »

    Et toi, Lana, ensuite :

    « Sibylline, franchement, j’en ai marre que tu attaques sans cesse les médicaments. On peut avoir de l’humain ET des médicaments, ce n’est pas incompatible. »

    Ce que Sybilline dénonçait, c’était le rôle exclusif des neuroleptiques dans la prise en charge de la maladie. Aujourd’hui, faute de temps, de moyens ou par simple facilité, on traite le plus vite possible les malades en crise en étouffant les symptômes par des doses parfois massives de médicaments. L’infirmier en question dénonçait un système où le soin en psychiatrie est devenu une sorte d’automatisme dans lequel il faut identifier des symptômes et y répondre par les molécules censées adaptées. Il dénonce le fait que le soin soit devenu un acte technique normalisé et que la relation humaine et la dimension psychologique soient mises de côté.

    On peut prendre comme exemple le sort des malades à la rue (j’en ai parlé quelques fois mais il y a en général peu de réactions) : on leur injecte un traitement retard et on ne les revoit plus pendant un mois. S’ils ne sont pas morts de froid, de violence ou de maladie entre temps on leur refera une injection. Une psychiatre à qui j’en avais parlé m’avait répondu que c’était un problème social ce qui voulait dire que la psychiatrie s’en lave les mains.

    Il y aurait peut être un problème humain à prendre en compte mais pour cela, il faut d’abord considérer que le malade est avant tout une personne aussi digne qu’une autre et il faut ensuite faire preuve d’empathie. C’est là que le bât blesse. Plus personne ne s’occupe de ces malades, la famille n’est plus là ou ne veut plus rien savoir, les services sociaux disent que ce n’est pas leur affaire, les soignants sont tenus par des questions de rentabilité. Je vois mal comment on peut espérer qu’une personne se remette dans de telles conditions mais plus personne ne s’en occupe. C’est là qu’il faudrait de l’humain. C’est dans les cas difficiles qu’on s’en rend compte pas quand tout va bien. Pour cela, il faut une prise de conscience générale, si les malades restent entre eux, les soignants de leur côté et que le reste de la population s’en moque, la situation ne risque pas de s’arranger.

    On n’a pas progressé en ce qui concerne la psychiatrie ces dernières décennies, au contraire, la situation s’est beaucoup aggravée. C’est devenu une loterie, ceux qui ont de la chance s’en sortent plus ou moins quant aux autres…

    Je lis toujours ton blog avec beaucoup d’intérêt car c’est l’occasion d’avoir des échanges intelligents avec des personnes de bonne volonté qui cherchent à comprendre ce qui n’a pas d’explication simple mais qui exige une réflexion à plusieurs niveaux. Je regrette que tu t’en prennes à Sybilline qui réfléchit à ces problèmes avec humilité et bienveillance. Elle n’a pas la science infuse, moi non plus, d’autres non plus mais ensemble, on peut espérer avancer un peu et faire reculer les préjugés.

  27. Lana Said:

    Sibylline a aussi parlé dans d’autres messages de trouver sa part divine au lieu de prendre des médicaments, a dit qu’ils n’étaient pas une solution, etc. Satyneh lui avait d’ailleurs répondu à ce sujet.
    Je n’ai d’ailleurs pas dit que Sibylline était de mauvaise volonté. Mon article sur l’ablesplaining est-il si incompréhensible?
    Quand je ne suis pas d’accord avec quelqu’un ou avec sa façon de faire les choses, je lui dit, je suis cash, c’est comme ça, je n’aime pas les ronds de jambe, désolée.

  28. Alain Said:

    Ce que dit Sybilline, c’est que les médicaments ne guérissent pas la maladie, ce qui est vrai : ils suppriment des symptômes mais ne corrigent pas la cause que d’ailleurs personne ne connait. Pour autant, il est très utile qu’ils existent pour soulager des souffrances horribles et là je te rejoins.

    En ce qui concerne la part divine, je ne pense pas que dans l’esprit de Sybilline il y ait cela d’un côté et les médicaments de l’autre. Je discute souvent avec elle et son raisonnement est plus fin que ça. On peut ne pas croire, personne ne peut t’obliger à croire au divin mais on peut aussi croire et je pense que c’est respectable. Ce qui ne l’est pas, c’est une attitude sectaire (je ne t’accuse pas de ça mais je le dis en général)

    J’ai bien compris ton article sur l’ablesplaining (il faudrait peut être trouver un terme français) mais je dis qu’il faut associer tout le monde et ne pas rester entre soi. Ton blog y parvient d’ailleurs, je l’apprécie pour ça. Par contre sur le forum atoute, ils sont entre eux et je n’y trouve pas d’intérêt.

  29. Satyneh Said:

    @ Alain
    D’après ce que j’ai compris de l’ablesplaining, c’est par exemple lorsque quelqu’un témoigne de sa souffrance et que quelqu’un d’autre lui dit qu’il n’a pas le monopole de la souffrance.

    Ou encore, lorsque « x » témoigne de ce qui a pu l’aider pour les périodes graves de sa maladie, et que « y » vient lui déclarer que ce qui justement a aidé « x » prend le dessus sur l’humain ».
    Et que lorsque « x » réclame plus de considération pour son vécu, sa maladie et ses moyens d’y remédier, « y » remet le couvert à la prochaine occasion en d’autres termes (ou très rapprochant), et encore, et encore.

    Et ça peut durer longtemps comme ça ; est-ce ça, « construire ensemble » ? Est-ce ça, lutter contre les fossés ?
    Je veux dire, où est « l’humain » là dedans ?
    D’un côté on doppe à gogo et c’est anti-humain, de l’autre on dénigre le médoc qui a été utile et ce quasi automatiquement et alors, ça c’est une attitude humaine ?

    Et puis dans quel but ? Celui d’éclairer, de montrer la voie ? Si oui, alors c’est qu’on considère qu’on sait mieux que celui qui vit la maladie, est on est bien en position d’ablespaining.

    Ou encore, parce qu’on aimerait être aussi reconnu dans ce qu’on souffre des effets de cette maladie sur ceux qu’on aime, et des effets indésirables des traitements a priori proposés, même si on n’est pas personnellement touché par la maladie ? Si c’est le cas, pourquoi ne pas le dire…

  30. Satyneh Said:

    « Ce que dit Sybilline, c’est que les médicaments ne guérissent pas la maladie, ce qui est vrai : ils suppriment des symptômes mais ne corrigent pas la cause que d’ailleurs personne ne connait. »

    Cela ne me semble pas aussi simple que ça. Parce que, certains symptômes peuvent en générer d’autres, comme les « lois des séries ». Donc, si un médicament peut amoindrir un symptôme, même s’il ne fait que cela, hé bien il peut éviter que d’autres se sur ajoutent et aggravent la souffrance et le rejet, ce qui n’est pas négligeable. C’est une des raisons pour laquelle je suis devenue moins radicalement anti-médocs que par le passé.

  31. Jean-Marc Said:

    Depuis un certain temps, il apparait, au vu des réponses de Lana, que Sybilline, par ses interventions, irritent beaucoup Lana. Je peux vraiment le comprendre, car je perçois un matraquage d’idéologie de la part de Sybilline, et ce matraquage se fait au détriment de l’autre, de son expérience, de son vécue, de ce qu’il est…

    Et le message du 17 décembre a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase…

    Sybilline, suite à ce message du 17 décembre où tu as heurté et blessé Lana, au lieu de défendre que tu as raison, au lieu dire à Lana qu’elle est blessante, méprisante et qu’elle ne sait pas écouter (je crois quand même que tu inverses les rôles…), pourquoi ne pas simplement lui demander pardon de l’avoir blessé, lui dire que ce n’était pas ton but, que tu l’apprécies (car je sais que tu l’apprécies), et que tu as été maladroite?
    Je pense qu’en faisant cela, tu serais vraiment dans l’humain, et que tu apaiserais des tensions apparues au travers de tes interventions…

    Signé: un proche de Sybilline qui comprend bien ce qu’a vécu Lana dans cet échange houleux…

  32. Alain Said:

    Satyneh, c’est peut peut être parce que la personne a des proches qui se sont plaint de traitements massifs et abusifs qu’on leur imposait et qui ne faisaient pas d’effet.

    Et aussi parce que les relations humaines étaient détestables dans ce contexte, on considérait les personnes comme des incapables, on ne tenait pas compte de leur sensibilité.

    Je ne veux pas dénigrer les médicaments mais je dis qu’ils ne guérissent pas. Quelle est la véritable cause de la maladie ? Pourquoi les neuroleptiques n’agissent-ils que sur les symptômes positifs et encore pas toujours et pas rapidement ?

    Il y a une molécule dont on a découvert qu’elle agissait en quatre heures et qu’elle supprimait les symptômes positifs et négatifs. C’est une étude menée par des chercheurs scientifiques et reconnus. On peut le lire ici : http://folieetespoirblog.eklablog.com/traitement-surprenant-par-son-efficacite-et-sa-rapidite-de-la-schizoph-a112546106
    ou ici en anglais : http://archpsyc.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=1686035

    Pourquoi n’en parle-t-on pas ? J’en ai discuté avec un chercheur en pharmacie et il m’a suggéré que des intérêts commerciaux étaient en jeu.

    Des pistes de réflexion…

  33. Lana Said:

    Merci à ceux qui ont compris ce que je voulais dire.

    Alain, concernant ce traitement, d’après ce que j’ai lu, ça ne supprime pas la schizophrénie en quatre heures. Ca met quatre heures pour agir (et dure deux jours si je me souviens bien), mais rien ne dit que c’est définitif, on ne sait pas ce que ça donne sans traitement neuroleptiques associés ni quels sont les effets secondaires à long terme (mal doser ces médicaments seraient mortel). De plus, comme c’est par perfusion pendant plusieurs heures, ça donnerait une situation comparable à ce que vivent les gens en dialyse: passer quatre heures trois fois par semaine à l’hôpital, donc ne pas pouvoir travailler à temps plein ni voyager. Je trouve ça beaucoup plus lourd que de prendre un médicament tous les jours ou d’avoir une injection une fois par mois.
    Présenter ça comme quelque chose qui guérit la schizophrénie en quatre heures (comme l’ont fait certains articles) est aussi malhonnête que de dire qu’un benzo guérit un syndrome d’anxiété généralisée en 20 minutes. Si on en parle pas encore, c’est aussi parce que les essais sont toujours en cours. Les chercheurs donnent les résultats de leurs études une fois qu’ils en sont sûrs. Par exemple, des chercheurs de l’université de Louvain viennent de découvrir comment empêcher un cancer de métastaser et comment les bactéries résistent aux antibiotiques. Ce sont deux découvertes médicales majeures, et ils travaillaient dessus depuis des années, pourtant on vient seulement de l’apprendre. Celui qui saura comment guérir la schizophrénie avec un médicament pourra se faire de l’argent et aura certainement un prix Nobel de médecine. Sans parler de la Sécu qui sera enchantée, parce que ça lui fera gagner beaucoup d’argent en évitant les hospitalisations, les AAH, etc. Les labos ne sont pas des anges, je ne suis pas naïve, mais s’ils veulent se faire du fric, il faut aussi qu’ils produisent des traitements efficaces.

  34. Alain Said:

    Lana, les effets du traitement durent quatre semaines.

    L’étude a été faire sur deux ans entre 2007 et 2009, ça donne un recul non négligeable.

    La publication a été faite en 2013.

    La molécule est un vieux traitement de 1920 contre l’hypertension, il n’y a pas d’argent à se faire.

    Il ne s’agit pas de voir de la conspiration partout mais on peut quand même se poser des questions. Le chercheur en pharmacie avec qui j’ai discuté s’en posait aussi, il va en parler à un professeur de psychiatrie à Lyon. Je ne sais pas ce que ça donne pour l’instant.

  35. Lana Said:

    Ok. Mais même si les effets durent quatre semaines, ce n’est pas honnête de dire que ça guérit la schizophrénie. Sinon, les injections retard aussi.

  36. Alain Said:

    ça ne guérit pas la maladie car les symptômes réapparaissent au bout de quatre semaines.

    Par contre, ça élimine tous les symptômes, positifs comme négatifs et ça n’a pas d’effets secondaires. ça mérite peut être qu’on s’y penche ?

  37. Lana Said:

    Oui, ca mérite qu’on s’y penche, je suis bien d’accord. Il faudrait voir aussi ce que ça donne sans neuroleptiques associés, et il me semble que j’avais lu une critique à ce sujet, mais je ne sais plus où. En fait, j’ai réagi un peu vivement parce qu’il y a eu des articles malhonnêtes, qui disaient que ça guérissait la schizophrénie en quatre heures, et que j’ai lu des discussions de gens qui ont pris ça au pied de la lettre, et qui se faisaient du coup de faux espoirs. Mais oui, ça mériterait d’autres essais, à une échelle plus large.


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