Les préjugés qui vous rassurent nous tuent

Si tu te coupes, si tu te brûles ou te blesses de manière volontaire de quelque façon que ce soit, on dira que c’est pour attirer l’attention. Peut-être que tu le fais pour ne pas te tuer, pour te sentir vivant, pour t’apaiser, pour te soigner parce que ça tu sais soigner, peut-être que tu caches tes blessures. Sans doute que tu as beaucoup de bonnes raisons. Et attirer l’attention n’en serait pas une mauvaise, de toute façon. Mais on pensera que le mieux est d’ignorer tes blessures.

Si tu parles de tes pensées suicidaires, on dira que ceux qui veulent vraiment mourir n’en parlent pas. Peut-être que tu espérais juste une parole, juste un peu de réconfort, un peu d’amour, une main tendue qui te ferait changer d’avis, qui te rendrait goût, même un tout petit peu, à la vie. Ce n’est pas indigne d’espérer encore qu’on nous sauve, ce n’est pas vil de demander de l’aide à ceux qu’on aime. Pourquoi ton désir de mort ne serait-il audible que s’il était absolu?

Si tu rates ton suicide, on dira que c’était juste un appel au secours. Ou encore une fois que tu voulais attirer l’attention. Voire que c’était du chantage. Peut-être que tu voulais vraiment mourir, peut-être que tu voulais juste dormir, peut-être que c’était la seule façon de dire ta douleur, de demander de l’aide. Risquer sa vie parce qu’on ne sait pas dire sa souffrance autrement, c’est tout sauf anodin. Vouloir mourir parce qu’on n’a pas d’autre solution, c’est tout sauf à balayer d’un revers de la main parce que le suicide est raté. Ce n’est pas « juste » un appel au secours. Mais de toute façon, depuis quand faut-il ne pas répondre à quelqu’un qui crie au secours?

Si tu réussis ton suicide, on dira que tu étais égoïste. On dira que tu ne pensais pas aux autres, on dira que tu aurais pu en parler avant, qu’on aurait pu t’aider et aussi que de toute façon si tu avais décidé de mourir, on ne pouvait rien faire pour toi. On oubliera tout ce qu’on a dit de et à ceux qui en ont parlé, à ceux qui ont demandé de l’attention pour ne pas en arriver à réussir leur suicide.

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Moi je dis que les préjugés blessent, enferment et tuent. Je dis que si quelqu’un veut attirer notre attention, que si quelqu’un a besoin d’aide, et bien il faut l’aider et lui donner de l’attention. Quand quelqu’un a mal quelque part, quand il tombe, quand il fait un arrêt cardiaque, il attire notre attention et nous lui en donnons, pour l’aider, pour le sauver. Alors je ne vois pas pourquoi on devrait se détourner de ceux dont la douleur est psychique, je ne vois pas pourquoi ils n’auraient pas droit comme les autres de parler de leur souffrance, d’autant plus que c’est une des seules façons de la faire connaître, et je ne vois pas pourquoi il faudrait les laisser mourir à coups de préjugés qui ne rassurent que ceux qui ne veulent rien voir ni rien faire.

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7 commentaires »

  1. Alain Said:

    C’est parce qu’on (ils) part du principe que les malades mentaux sont par définition des incapables mentaux, qu’ils n’ont pas conscience de la réalité ou alors pas vraiment, pas normalement et que ce qu’ils disent n’a pas de valeur, ce ne sont que des délires qu’il faut corriger, étouffer.

    J’ai souvent l’impression bizarre de ne pas exister quand j’entends où quand je lis que les malades ne sont pas conscients de leur état : je ne dois pas exister, je suis une illusion.

  2. Lana Said:

    Ce que tu dis vaut surtout pour les psychotiques, mais les préjugés sur le suicide touchent tout le monde. Je crois surtout que les gens n’ont pas envie de penser à la mort.

  3. Et que penses-tu Lana de ce préjugé que tu connais très bien aussi :

    « LA SCHIZOPHRÉNIE ÇA SE SOIGNE MAIS ÇA NE SE GUÉRIT PAS ! »

  4. Lana Said:

    On en a déjà parlé abondamment sur ce blog, je ne vais pas revenir dessus.

  5. émilie Said:

    tu résumes parfaitement je trouve, en disant que les gens n’ont pas envie de penser à la mort; c’est aussi simple et immense que ça, sans doute.

  6. Vernet Said:

    Je ne suis pas d accord ! Moi j ecoute mais « il » ne parle pas. J ai peur quand il se leve tard, oui peur qu il se soit suicidé.
    Je n ose pas allé frapper a sa porte, terrifiée par cette peur.
    Je souffre , durement pas autant que lui, et differement, mais je souffre de le voir si mal, je souffre de ne pouvoir rien faire. Je souffre d etre rejetée.
    Les familles en general sont anéanti.
    Il ne se passe pas une journee sans que je m effrondre. D ou coup la depression m a envahie et j ai une bonne dose de medicaments aussi.
    Je fais de la prevention sur les drogues, j ai prevenu encore ! Encore aujourd hui d aider des jeunes, mais on m envoie bouler parce que le cannabis c est cool, c est bien, c est naturel et moins dangeureux que l alcool !

  7. Lana Said:

    C’est pas parce qu’il ne parle pas qu’il n’entend pas. Il faut aussi lui laisser le temps de se remettre, à son rythme. L’important c’est aussi qu’il trouve une personne à qui il peut parler, et souvent ce ne sont pas les parents. Est-ce qu’il a un soignant à qui il peut parler?
    Ce que je dis sur les préjugés, c’est une généralité, ça ne veut pas dire que tout le monde réagit comme ça, mais que c’est la pensée dominante dans la société.


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