Un schizophrène souffre-t-il?

C’est une requête qui a conduit au blog, et une question qui n’est pas si rare que ça. Les fous, les autistes, les handicapés mentaux, etc. ont parfois la réputation de ne pas se rendre compte de leurs différences, voire de ne pas souffrir. Mais pensez-vous vraiment qu’il existe un seul être humain au monde qui ignore la souffrance? Ce n’est pas parce qu’on ne comprend pas la souffrance de quelqu’un qu’elle n’existe pas. Elle n’existe pas uniquement pour celui qui ne veut pas la voir. Et la souffrance des personnes atteintes de troubles mentaux, peu de gens ont envie de la voir. Et ça, en général, ça la redouble. Ceux qui ne comprennent pas la souffrance des psychotiques, sans doute ne peuvent-ils même pas l’imaginer. Quand je suis tombée malade, j’étais une adolescente et j’en ai voulu aux adultes de ne pas m’avoir prévenue que la vie pouvait être si dure, si effrayante, si insupportable, si douloureuse qu’on préfère mourir pour échapper à la souffrance. Je n’avais pas compris qu’ils ne savaient pas, tout simplement parce qu’ils n’étaient pas psychotiques. Parce qu’ils avaient une chance que je n’avais pas. Je ne vais pas essayer de décrire cette souffrance dans cet article, tout simplement parce que c’est ce que le blog entier essaye de faire sans jamais vraiment y parvenir. Regardez juste de nouveau la photo de la poupée de porcelaine de Jessica Harrison, celle qui se tient les boyaux, celle qu’on m’a parfois reproché d’avoir affichée par attirance pour le glauque ou le dérangeant, alors qu’elle n’est que la version jolie de ma schizophrénie. Imaginez-vous vivre comme ça pendant des années. Et je pense que vous aurez la réponse à la question « un schizophrène souffre-t-il? » 101842959_small Oui, nous souffrons, beaucoup, énormément. On traîne cette maladie comme une malédiction, comme une blessure qui ne cicatrise pas, une plaie à vif. Ceux qui regardent notre souffrance en face, dans toute sa crudité sans détourner les yeux, et qui restent calmes face à elle, qui parlent doucement et sans jugement, ceux qui nous font comprendre qu’ils sont là, qu’ils ont bien mesuré notre souffrance mais qu’ils sont toujours là, sont ceux qui l’apaisent.

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20 commentaires »

  1. dafodile Said:

    Tes articles me font souvent beaucoup d’effet, à moi, et j’ai vraiment l’impression de mieux te comprendre, d’avoir changé mon regard. . . Même si ça ne me suffit pas pour entrer plus en contact avec mon cousin, schizophrène

  2. Lana Said:

    Merci! Parfois il est difficile d’entrer en contact avec quelqu’un quand il est en crise, mais déjà être compris est important. Je pense que beaucoup de gens se sont sentis impuissants quand j’étais très malade, mais ils m’ont fait beaucoup de bien, peut-être sans la savoir, simplement par un mot, en m’accompagnant à un rendez-vous, en venant me voir à l’hôpital, ou simplement en se souciant de moi en me demandant si ça allait (et même quand je répondais oui parce que je n’arrivais pas à parler de ce que je vivais).

  3. Jm Said:

    Je comprends ce que tu veux dire Lana, a part ma mère, personne ne c’est soucié de moi pendant que j’étais à l’hôpital. Les autres patients ne me parlaient pas non plus. La maladie mental fait peur. Certains malade on peur les uns des autres, ce qui était mon cas…J’aurai préféré être enfermé avec des personnes plus sociable et conviviales…

    Rassure toi chez beaucoup de gens « normaux », personne ne se soucie jamais d’eux. Beaucoup doivent se sentir seul sur terre il y a des jours.
    Quand on est pauvre et au chaumage ce doit être encore pire pour certains. Et les SDF n’en parlons pas…Et si en plus on est SDF schizophrène…
    Moi en tout cas il y a des jours je me sens complètement seul.
    Mais c’est un peu de ma faute je n’ai jamais pu m’insérer dans le « système ». Je pense que moi aussi ma schizophrénie à commencé dans mon adolescence. Les relation sociale ça n’a jamais été mon fort.
    Le monde compétitif ou l’on vit existait déjà dans les années 80.Je n’ai jamais pu vraiment m' »adapter », devenir un gagnant…
    J’ai vécu un demi siècle. Malgré la solitude, J’ai aimer des gens et d’autres que j’ai détesté…
    Je m’entretiens physiquement, pour tenter d’aimer le plus longtemps possible…Et crois moi ça prend du temps d’aimer le genre humain, même quand on est « normal ».

    Je suis content que tu ailles mieux.;-)

    Jm

  4. Psychotheque Said:

    Sans mon traitement je souffre terriblement, je m’enferme et ne veux plus voir l’homme. Pourtant, il y a 10 ans, j’adorai mon état de surpuissance ou de déclin. Aujourd’hui, c’est le bordel sans traitement, j’ai l’impression que je vais mourir de douleur, et sans raconter le reste.

  5. Lana Said:

    Jm, je ne sais pas si c’est notre faute de ne pas arriver totalement à s’intégrer dans dans le système, je dirais plutôt que la société est très validiste et rejette vite les différences.

    Psychotheque, mourir de douleur, je connais, par contre je ne me suis jamais sentie surpuissante et je n’adorais pas du tout les périodes où j’étais malade, le seul « avantage » est de vivre intensément, mais je pense qu’on peut vivre intensément de façon plus calme et surtout plus satisfaisante.

  6. Psychotheque Said:

    lana, oui en effet, aujourd’hui j’ai changé, je veux être zen et motivé par la vie. D’ailleurs quand ça speed dans ma tête, dans mon corp, je prends un médicament qui me calme et régule ma mégalomanie.

  7. Anonyme Said:

    quel sentiment d’impuissance quand on entend son frère vous dire : « ma vie est une souffrance »…

  8. Lana Said:

    On ne peut pas sauver les gens, mais on peut être là, et soulager leur souffrance par notre présence, nos mots et nos attentions.

  9. Alain Said:

    Etre présent sans être pesant, c’est parfois tout ce qu’on peut faire et c’est immense. La solitude est le pire ennemi du malade comme de tout autre.

  10. vernet Said:

    Bonjour
    je suis maman d’un fils de 20 ans qui souffre de bipolarité ou schizophrénie .
    Les médecins ne savent pas.
    J aimerai le comprendre l aider mais je suis désemparé.
    Il plonge dans la dépression, il apparaît qu il ne à plus de sentiments de émotion.
    Je me sens inutile

  11. Lana Said:

    Je ne saurai que vous répétez ce qui est dit plus haut: être là pour la personne (mais respecter aussi ses besoins de solitude s’il en a).

  12. Télépathe-schizo Said:

    Je pense que c’est humain de fuir la souffrance. C’est humain aussi de l’accompagner, comme un parent ou un ami. J’en ai voulu à certaines personnes pour leur absence pendant mes années de grave maladie. Et à d’autres pour leur inquisition et leur violence. Les relations sociales sont un enjeu majeur de la maladie mentale.

  13. Lana Said:

    Je suis d’accord, c’est difficile de trouver un juste milieu. Je n’en veux plus aux gens, parce que je sais qu’ils étaient démunis, par contre j’ai toujours gardé la gratitude que j’ai ressenti envers certains.

  14. Anonyme Said:

    heureusement, les derniers mots de cet article concernent mon colocataire!Merci mik de m’apaiser au jour le jour!!!

  15. moi aussi ,je suis maman d’ un enfant schizophrène ,qui a 27 ans , je conseille de rencontrer d’ autres parents dans des associations ,l ‘unafam m ‘aide beaucoup

  16. Stella Said:

    Je fais aux renco tres de l unafam, mais cela ne m aide pas a le comprendre au jour le jour. Je vois bien qu il n ai pas bien, qu il n a plus d envie, que plus rien lui fait plaisir, qu il se sent vide dedans. Mais comment l aider alors qu il refuse la maladie ?

  17. Lilou62 Said:

    Quels sont les symptômes svp ?

  18. Lana Said:

    Vous trouverez une définition de la schizophrénie sur cette page https://blogschizo.wordpress.com/a-propos/

  19. Anonyme Said:

    Aujourdhui jai decider arreter de me battre cette maladi et pire k tout personne peut compendre la mort et beaucoup plus douce k de vivre avec cette maladie desoler au personne comme moi je vous dirai bien batter vous mais pour combien de temps? …

  20. Lana Said:

    As-tu quelqu’un de confiance avec qui tu peux parler?


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