Le suicide et les autres

« Ceux qui se donnent la mort pensent en finir avec la souffrance. En fait, ils se contentent de la transmettre à ceux qu’ils laissent derrière eux. »

Jeannette Walls

J’ai lu cette phrase hier soir, et c’est exactement la raison pour laquelle je ne me suis pas suicidée là dernière fois que j’en ai eu envie.

Alors, disons-le tout de suite, ce n’est pas une condamnation, ce n’est pas un jugement, je comprends totalement ceux qui se suicident, je ne les condamnerai jamais, c’est juste la raison qui m’aide, moi, à rester en vie quand je n’en peux plus. C’est le versant noir du sens de la vie.

Un jour, j’ai vu un reportage sur les hommes préhistoriques, sur la façon dont avait commencé la médecine, avec quelques plantes. Je me suis dit: c’est ça, le sens de la vie. Mettre une petite pierre, un petit quelque chose qui semble presque rien, mais qui grandit l’humanité, parce qu’au final, toutes ces connaissances mises bout à bout donnent le monde dans lequel nous vivons et dans lequel les générations futures vivront. Une vie ne vaut pas grand-chose mais l’humanité vaut quelque chose. Ce sont les autres, le sens de notre vie, y compris ceux qu’on ne connaîtra jamais.

Untitled

Le versant noir, c’est que la souffrance est elle aussi universelle, elle ne s’éteint pas non plus. Comme les connaissances, comme la somme de nos petits actes, elle traverse notre humanité de façon inéluctable. Si je me suicide, alors je transmets ma souffrance à ceux qui restent. Et pas seulement à ceux qui m’aimaient. Un suicide, c’est une bombe dont les éclats vont toujours plus loin que ce qu’aurait pu imaginer celui qui est mort. Une bombe qui brise le coeur et parfois tue ceux qui nous aimaient, et qui blesse les autres. Alors, pour ne pas mourir, je considère que ma souffrance est ma responsabilité. Ca ne veut pas dire qu’elle ne peut pas être partagée, ni que je ne peux pas demander de l’aide, au contraire. Mais ça vaut dire que ma mort volontaire reporterait ma souffrance sur les autres, et ça je ne le veux pas. C’est ma responsabilité de vivre avec, de la supporter, pour ne pas la démultiplier.

Voilà, ce n’est pas un jugement, ce n’est que ma façon de supporter la vie. C’est ce qui m’aide. Penser aux autres, même si eux ne savent pas, même s’ils ne comprennent pas toujours, même quand je me tais. Et penser aussi à ceux qui savent, à ceux qui m’aident, à ceux à qui je parle. Penser à cette bombe, à ces éclats, penser que je ne veux pas la faire exploser.

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