Va falloir arrêter

Faut que j’arrête de lire les commentaires sur internet

Faut arrêter, là. Faut juste arrêter. D’accuser le monde entier, de vouloir trouver une raison à tout, de vouloir tout maîtriser.

just-stop

Donc, il y a un gars qui crashe son avion et tue 149 personnes. C’est horrible. On ne veut plus que ça arrive. Et on va tout faire pour. Mais comment? On va essayer de comprendre ce qui lui est passé par la tête. On ne le saura jamais, mais c’est pas grave, on va tout imaginer et prendre des mesures en conséquences. Etait-il en pleine bouffée délirante aiguë? Commençait-il un trouble bipolaire ou schizophrénique? Les compagnies aériennes écartent déjà les psychotiques des ranges de leurs pilotes. Etait-il dépressif? Il l’a été en tout cas. Donc, il était certainement sous antidépresseurs. Ah ben, voilà, c’est la faute aux AD, aux psychiatres, aux médecins généralistes. Brisons le secret médical. Condamnons les médecins qui fournissent l’arme du crime. Voyons en chaque personne sous antidépresseurs un tueur potentiel.

Est-on obligé de stigmatiser toute une population à chaque drame (musulmans et personnes souffrant de maladies mentales en tête)? Est-on obligé d’inventer de nouvelles mesures qui n’éviteront pas le prochain drame, car celui-ci sera forcément différent de celui d’aujourd’hui? Est-on obligé d’entendre les loups crier à chaque fois? De vouloir mettre sous contrôle, encore et encore, et toujours plus, pour un drame, certes tragique, certes atroce, mais imprévisible?

On ne prévoira jamais tout. On ne saura jamais ce qui se passe exactement dans la tête des autres. Il y aura toujours des actes insensés, des choses qui nous échappent, des événements incompréhensibles. Si nous voulons vivre sereinement, il nous faut l’accepter, pour ne pas devenir une société paranoïaque.

Faut juste arrêter de tout mélanger. Les gens qui se soignent et l’infime minorité qui tue, les bienfaits des psychotropes et leurs abus, la psychiatrie et le pouvoir hospitalier. Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Ne pas jeter tous les patients psychiatriques aux orties. On ne parle plus de schizophrénie, là, on parle de dépression. Vous ne pouvez plus croire que vous n’êtes pas tous concernés. Il va falloir accepter que le drame fasse partie de notre vie, si on ne veut pas la rendre invivable.

Et c’est une schizophrène sous antidépresseurs qui vous le dit (encore en liberté, encore au travail, pour le moment).

9 commentaires »

  1. Stlla Said:

    C est pour ma part certainement une bouffée delirante aigue, et commet toute bouffée delirante, elle est imprevisible. Je suis d accord avec toi sur le fait qu faut arreter de tout vouloir controler. C est un drame terrible atroce,mais Voila c est comme ça. Et je prefere aussi me dire que ce pauvre co pilote n y etait pour rien, que lui ne se croyait pas malade du tout, qu il est parti travailler comme d habitude, ignorant les conseils de son psy. Car quand on pense etre tout a fait bien, comment croire qu on est malade. C est un accident voila, un terrible accident mais un accident quand meme. Par contre ne comparons pas une maladie, ou le malade n a pas le controle et un attentat volontaire !

  2. Lana Said:

    Je ne compare pas les maladies et les attentats, mais plutôt le traitement médiatique qui en est fait.

  3. dafodile Said:

    Tout à fait d’accord avec toi, je vais de ce pas montrer ton article à mon compagnon avec qui je viens d’avoir la même discussion. La dépression, ça peut toucher ou avoir touché tellement de personnes! J’ai même de nombreux amis qui ont déjà fait une TS dans leur vie, il y a 10, 15, 20 ans, et je leur confierais un avion sans hésiter!

  4. Lana Said:

    Disons que si on doit virer tous les anciens dépressifs des professions où on peut tuer quelqu’un (toutes si on vient avec un flingue), on va ramer pour faire marcher la société.

  5. Alain Said:

    On n’entend pas les gens qui sont réservés, qui mesurent leur jugement, qui ne s’emballent pas et qui ne généralisent pas car ce sont des gens discrets et mesurés. On entend les autres, les vociférateurs, les accusateurs, ceux qui généralisent et qui voudraient condamner tous les malades parce que l’un deux a commis ce geste.

    On était arrivés à considérer la dépression presque comme une maladie ordinaire qui peut toucher beaucoup de gens, à la différence de la schizophrénie qui était toujours considérée comme le mal absolu et les schizophrènes comme l’ennemi. On voit comme le progrès est fragile.

  6. julie Said:

    je crois que la volonté de contrôler et propre à l’être humain, moi aussi je me suis demandée ce qui s’est passé dans la tête de ce pilote, je me suis aussi demandée si je pouvais basculer dans le même état… même si je suis d’accord avec vous que nous ne pouvons pas tout contrôler… et heureusement 😉

  7. Lana Said:

    Le tout est de trouver le juste milieu entre le contrôle sain et le totalitaire.

  8. MonstresdeFoire Said:

    Bonjour

    Publié hier :

    https://www.20minutes.fr/justice/2671819-20191210-dordogne-six-mois-prison-sursis-requis-contre-institutrice-enfant-defenestree-camarade

    Au-delà de la perspective malsaine de l’article, les commentaires sont à pleurer : rejet du secret professionnel à propos de la santé mentale, allusion au futur de l’enfant qui a tué la petite (boule de cristal : il va devenir un pousseur du métro parce qu’il est psychotique, forcément), et le dernier très cruel « un enfant psychotique dans une classe devrait aboutir à un doublement de l’effectif professionnel ». Je serais d’accord uniquement s’il s’agissait d’une volonté d’accompagnement et non sécuritaire.

    Donc, je me pose la question. Qu’est-ce que la psychose pour le grand public ? Dans les commentaires se trouvent confondus les termes « psychotique et « psychopathe ». La schizophrénie, ce que cela provoque dans l’imagination des gens : « c’est quelqu’un qui entend des voix violentes et qui a une double personnalité ». Mais le terme psychose en général? Même dans les initiatives allant dans le sens d’un meilleur traitement de la santé mentale, il y a parfois toujours une hiérarchie latente. « J’ai quelques problèmes mais attention, je ne suis pas dépressif pour autant » puis « Je suis dépressif mais pas fou pour autant », la psychose représentant le dernier maillon.

    Dans l’imaginaire :
    Psychotique : personne violente de manière imprévisible, impulsive
    Psychopathe : personne sans remords, violente de manière méthodique

    Les raisons évidentes :

    – Traitement médiatique. Comment bien traiter un sujet quand, outre la rapidité de diffusion de l’information (chaînes d’information en continu, journal quotidien de 20h, presse journalière et non pas hebdomadaire ou encore mieux, mensuelle), la plupart des journalistes sont justement formés pour n’être spécialistes en rien tout en sachant écrire sur tout? Ils doivent être à la fois historiens, scientifiques, géographes, sociologues, écrivains.

    – Traitement cinématographique, littéraire (dans les mauvais livres seulement) et séries policières. Et à propos de ces dernières, il faut bien un semblant de frisson pour échapper à la vie morne de la personne lambda, et pour ça, la « folie meurtrière » est toujours là pour combler le vide. Car la psychose est « mystérieuse », vous comprenez. Tout comme les schizophrènes sont « hermétiques », les bipolaires sont des « génies créatifs à deux visages ».

    – Mauvais maniement des études scientifiques, d’ailleurs la caution scientifique à propos de la violence est un véritable fléau! « D’après la haute autorité de santé », « D’après une étude » sans prise en compte de tous les paramètres.

    – Mauvais usage des statistiques

    – Tous les psychotiques qui ne tuent pas sont vus comme des exceptions

    – Origine du lexique :

    Le terme psyché en grec reste très général, avec un potentiel très ample de significations. J’imagine que même une personne sachant lire le grec ancien ne saurait pas forcément déceler ce que recouvrent ces termes, à moins qu’elle n’ait une large connaissance de l’histoire de la psychiatrie.

    D’ailleurs les termes psychopathologie et psychopathique se ressemblent énormément alors que leur signification est extrêmemement différente (le premier couvre tous les troubles mentaux alors que le second seulement la psychopathie). Peu de gens vont prendre la peine de corriger cette confusion.

    Le mot de la magistrate « Que peut-on faire d’un enfant de huit ans atteint d’une psychose infantile ? ».

    https://www.charentelibre.fr/2019/12/10/fillette-defenestree-a-perigueux-sursis-requis-contre-l-enseignante,3529449.php

    Bien que très craints par la population générale à cause du diagnostic, nous sommes là pour combler tous les creux journalistiques et judiciaires, et cela arrange en réalité tout le monde. Lorsqu’un journaliste ne sait pas, c’est la psychose. Lorsque les institutions judiciaires ne savent pas, c’est la psychose.

  9. Lana Said:

    Merci pour cette analyse.


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