Une violence indicible

La violence en psychiatrie. Tout le monde sait de quoi on parle, tout le monde a vu au moins un reportage à la télé sur les fous dangereux, les UMD ou l’épuisement des soignants à l’hôpital psychiatrique. Les médias adorent la violence en psychiatrie, ils aiment la monter en épingle, faire peur aux gens, faire croire que la psychiatrie ce n’est que de la violence.

La violence en psychiatrie. Les usagers savent sans doute de quoi je parle. De la violence de la psychiatrie envers ses patients. Celle qui est indicible. Celle dont les médias parlent peu. Celle qu’on théorise et transforme en soins. La contention? Ce n’est pas de la violence, ça soigne les angoisses de morcellement. Les chambres d’isolement? Ca s’appelle chambre de soins intensifs. Cette violence-là, si tu es un bon patient, tu n’en parles pas. Si tu en parles, tu es un ingrat, tu ne sais pas de quoi tu parles, tu ne comprends rien aux théories psychiatriques. Tu fabules. Tu exagères. Tu ne sais pas ce qui est bon pour toi.

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Tu es prié de te taire. Tu es prié de remercier. La psychiatrie ne traumatise pas, elle soigne. C’est sa fonction, donc c’est comme ça, ce que tu peux en dire n’est pas intéressant. A la limite, tu peux critiquer quelques pratiques; modérément, avec des pincettes. Tu dois adoucir une violence qui n’est pas la tienne et alors même qu’on te colle sur le dos toute la violence des services de psychiatrie et même du monde. La violence, c’est à géométrie variable. Il y a d’un côté les fous, toi, et c’est le côté de la violence. Et il y a de l’autre les soignants, les bons, et ils ne sont jamais violents.

Tu souffres de cette violence indicible? Et alors? Qui veut entendre parler d’un traumatisme qui n’existe pas? Qui veut se remettre en question quand ses intentions sont bonnes? Qui veut se regarder vraiment dans le miroir, derrière le masque de bonne personne qui aide les autres? Personne.

La psychiatrie n’a pas envie de réparer les dégâts qu’elle a causé.

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11 commentaires »

  1. C. Said:

    Frappée en plein coeur par ce billet. Mon séjour en psychiatrie a causé un traumatisme identifié par un… psychiatre. Bien entendu, l’HP ne le reconnaîtra jamais. Je me contente de me soigner… et de parler de l’HP aux médecins qui pourraient y envoyer des patients et qui savent que je ne mens pas. Histoire qu’ils sachent.

  2. Lana Said:

    Ma psychiatre comprend aussi ce traumatisme. C’était mon critère pour trouver un nouveau psy, quelqu’un qui reconnaisse que la psychiatrie peut traumatiser. Et ça me rassure beaucoup qu’elle ne travaille pas à l’HP.

  3. alcoorythme Said:

    Et ça se « mord la queue ». Si tu proteste ou que ça te met en colère, ça « prouve » que tu es folle, persécutée agressive, potentiellement violente….

  4. Lana Said:

    C’est tout à fait ça.

  5. C. Said:

    @Lana : « Et ça me rassure beaucoup qu’elle ne travaille pas à l’HP » Idem ! Jamais je n’aurais pu rencontrer un.e psychiatre de l’HP, l’image de cet établissement est définitivement abîmée pour moi.

    @alcoorythme : curieusement, on m’a bien entendu gavée de neuroleptiques (non indiqués pour mes pathos) quand je me plaignais… ça me faisait taire !! Et dans mon dossier, je suis persécutée…

  6. Brigitte Garrigue Said:

    chère Lana,

    chaque fois que je fais « sortir » mon fils de l’hôpital c’est toujours à cause de cette violence: abus de médicaments, discipline outrancière (tout le monde dans le couloir, personne dans les chambres, alors qu’ils sont tellement drogués qu’ils ne pense qu’à se reposer!!!), flir interdit, coups, et surtout camisole chimique jusqu’au »suicide ». Mon fils s’est suicidé dans un hôpital en section fermé alors qu’il était concentant et qu’aucune demande d’HDT n’avait été faite. La France est restée au Moyen âge.

  7. Lana Said:

    Je suis désolée pour votre fils, son histoire est vraiment tragique et révoltante. Je n’ai jamais compris non plus l’interdiction de rester au lit, parce qu’en plus des médicaments, on peut être épuisé psychiquement, et c’est quand même pour cette raison qu’on est à l’hôpital. Se réfugier dans son lit peut éviter pas mal de crises quand on va mal.

  8. indigo Said:

    A cause de la psychiatrie ma vie est foutu , je n’ai plus du tout la force de me relever , c’est une honte ce que l’on nous inflige et en plus de ce qu’on nous inflige en psychiatrie et çà c’est le pire la société nous empêche de nous relever

  9. Lana Said:

    Je vous souhaite du courage pour affronter tout ça.

  10. indigo Said:

    Merci Lana , tu peux me tutoyer je suis pas un vioc (hihi), j’espère qu’avec le temps mon cerveau va se réparer car avec tout les neuroleptiques que j’ai pris je n’ai plus aucune énergie . j’espère aussi pour toi que tu es une vie satisfaisante

    mon avatar ici c’est du rose bon je suis pas contre 🙂

  11. Lana Said:

    Oui, ça va, ma vie est satisfaisante, avec ses hauts et ses bas.


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