Moi aussi j’ai eu peur

Une chose me frappe en regardant des reportages sur les hôpitaux: on prend en compte la peur des gens, on comprend qu’ils aient peur, ça paraît normal, on essaye de les rassurer. Et je les envie.

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Parce que moi aussi j’ai eu peur. Comme si j’avais une fleur noire dans le coeur.

Peur de la maladie, peur de la folie, peur du pronostic, peur de l’hôpital.

Pourtant, en psychiatrie, personne n’a jamais pris ma peur en compte, ou si peu que c’était comme si elle n’existait pas.

J’avais peur, parce que je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait. J’avais peur de devenir folle, de finir mes jours à l’hôpital. Je voulais savoir ce dont je souffrais, pour l’affronter, mais on ne me disait rien, on me laissait dans un silence terrifiant. Pendant deux ans, je suis restée dans ce silence. On ne mettait pas de mots sur la folie, pas d’étiquettes disaient les psys, en réalité ça veut dire rester seule avec ses questions et sa peur. Imaginer le pire puisque ce qui est indicible est forcément grave. Une sorte de tabou qui enferme bien plus que n’importe quel diagnostic. Des psys silencieux comme des murs, devant lesquels s’écrasaient mes larmes.

J’avais peur que la folie soit de plus en plus dévorante, de plus en plus aliénante. Je voulais savoir comment ça, la chose dont on ne disait pas le nom, évoluait. Mais puisqu’il n’y avait pas de nom, il n’y avait pas d’avenir non plus, seulement moi avec mon mal jour après jour, et ma peur que ça ne finisse jamais.

J’ai eu peur de l’hôpital, parce que ça ressemblait plus à une prison qu’aux hôpitaux que j’avais déjà vus, que j’étais fragile, sans défense et coupable de quoi?, moi qui étais là de mon plein gré. J’avais peur de ces portes fermées, de ces gens qu’on avait déshumanisés dans des pyjamas bleus, de ceux qui tenaient les clés, de ne plus avoir de refuge, d’être à la merci de ce système totalitaire, et jusqu’à quand? J’avais peur parce que je ne m’appartenais plus, j’étais aux mains de la folie et maintenant à celles de l’hôpital.

J’ai eu peur, ça a cassé quelque chose en moi, et j’aurais aimé que cette peur soit davantage prise en compte. Un petit rien, un petit mot, un « je sais que tu as peur », « attends, je vais t’expliquer », un petit quelque chose pour me sentir moins seule avec ma peur.

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6 commentaires »

  1. Une fois je suis resté quatre semaines et j’ai accepté un truc pas racontable de la part des psychiatres pour accélérer ma sortie et ça m’a fait peur et en sortant je me suis surnommé « une putain de la liberté ».

  2. L'Eau Rence Said:

    Me fait penser à ce qu’une amie proche, hospitalisée plusieurs fois et que j’allais voir quasi chaque jour, me disais : « J’ai du bol, moi, toi tu viens me voir presque tous les jours, y a d’autres amis qui viennent quand ils peuvent… Mais je vois les autres patients, ceux qui ont jamais de visite ou presque, et bon dieu comme ils doivent se sentir lâchés, parce que c’est pas avec ce que le personnel nous parle qu’on a l’impression d’être un être humain ».

    Ca fait flipper…

  3. Lana Said:

    Je pensais à ça hier justement, je me disais mais quel est l’intérêt d’être infirmier psy quand on parle à peine aux patients? J’ai toujours pas la réponse.

  4. Télépathe schizo Said:

    Je ne sais pas quoi penser de cette peur qui persiste dans le quotidien de certains patients, dans la vie ordinaire, d’où elle provient, si c’est de l’hospitalisation ou de la maladie. On peut parler d’angoisse, pour moi c’est presque pareil. Il y a des raisons d’avoir peur, alors que l’angoisse passe pour n’avoir pas d’objet (rationnel, du moins). L’angoisse de sortir de chez soi, c’est de la peur. La peur de soi, c’est de l’angoisse.

  5. Lana Said:

    L’hôpital m’a donnée une peur du pouvoir des autres, c’est différent de l’angoisse car il y a un objet, tout comme pour la peur de perdre la raison, de l’évolution de la maladie. J’ai écrit deux articles sur l’angoisse psychotique, qui est différente de cette peur: https://blogschizo.wordpress.com/2011/11/28/langoisse-psychotique/ et https://blogschizo.wordpress.com/2011/12/06/langoisse-psychotique-encore/

  6. Télépathe schizo Said:

    Lorsque pour lutter contre mon angoisse, j’absorbe un anxiolytique, je me sens comme un objet, je me fais l’objet de l’angoisse (qui disparaît alors le plus souvent, certes). C’est pour cela que je ne parle pas d’angoisse sans objet à proprement parler.

    Je trouve dommage pour moi de devoir prendre un anxiolytique pour aller mieux, heureusement je l’évite autant que possible, mais parfois c’est obligatoire. Je n’ai pas la même approche avec les antipsychotiques comme traitement, plus essentiel.

    Le respect de soi nous appelle à surmonter nos angoisses dans l’idéal. Il en va de l’espoir du retour de la santé qui ne doit pas être perdu de vue. Ma psychiatre me dit que la guérison sera possible un jour, j’y crois beaucoup.

    C’est très difficile d’en parler comme vous faites, de l’intérieur, et vos paroles font souvent écho en moi et en d’autres personnes. J’essaie aussi d’évoquer cette folie parfois, et l’angoisse peut en être le moteur, alors à quelque chose, malheur est bon, comme on dit.


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