Le traumatisme de la maladie

C’est la maladie, c’est souvent ce que je me dis quand je vais mal. C’est la maladie par ci, c’est la maladie par là. Ou pas, en fait.

La maladie comme traumatisme, c’est aussi dans le fait de la voir partout. C’est dans le fait de ne plus savoir qu’on peut aller mal et que c’est normal.

On peut aller mal sans penser directement à augmenter son traitement. Sans se dire que ça va durer toujours. Parce qu’aller mal, ça arrive à tout le monde. Les gens normaux aussi vont mal. Parfois, je l’oublie. Parce que je ne suis plus « normale » depuis longtemps, si je l’ai jamais été, je ne sais plus ce que c’est que la condition humaine non psychotique. Je ne me rends plus compte que j’ai un côté normal ni la place qu’il prend. C’est ça aussi, la maladie comme traumatisme, elle prend artificiellement toute la place, on ramène tout à elle. On ne sait plus qui on est sans elle, qui on aurait été sans elle.

Souvent, je ne m’autorise pas à souffrir. Parce que j’ai peur que la souffrance me fasse rebasculer dans la maladie. Parce que c’est comme ça que je me suis battue contre la schizophrénie, en étant un bon petit soldat, en avançant malgré tout, en restant debout brisée, en serrant les dents. J’ai oublié que parfois ça faisait du bien de pleurer sur ses peines, que c’était normal d’avoir de la peine. Que les humains versent tous des larmes. Que pleurer, ça évite de garder tout en soi et de finir rongé par la dépression.

Je ne suis pas que schizophrène.  J’ai une cicatrice, et la peine l’effleure à chaque fois. Mais pleurer ne veut pas dire que ça n’ira pas mieux demain.

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9 commentaires »

  1. mj Said:

    Pleurer, moi, ça me permet vraiment d’évacuer mes peurs et mes colères, pas seulement mes chagrins. Parfois, je me sens comme lavée par toute cette eau qui coule de mes yeux et plus tard plus forte d’avoir accepté ma faiblesse.
    je ne te connais pas mais je te connais alors je me permets de t’envoyer une bise et des roses et un sourire.

  2. Lemarchandel Said:

    Bonjour Laurence, j’espère que vous allez bien.
    Moi c’est Mickael. Vos mots me touchent, font écho en moi, ils me bouleversent, me font pleurer et puis je me dis que j’aurais pu les écrire ou du moin les penser. D’ailleurs vous écrivez des choses que j’ai pensé . Vous avez ce talent, cette impudeur de parler de vous précisément avec des mots qui font mouche sur moi. Je ne suis certainement pas le seul. Un jour votre talent vous sortira de votre condition de libraire. Écrivez n’arrêtez jamais d’écrire. Et la guérison, sujet tabou? Non dit obscelette?
    Prenez soin de vous.

  3. Lana Said:

    Merci à tous les deux pour vos messages.
    Mickael, j’aime bien ma condition de libraire 😉 .
    La guérison n’est pas un sujet tabou, mais je n’écris pas dessus car je ne me considère pas comme guérie.

  4. Lana Said:

    Plutôt que de guérison, dans mon cas je préfère parler de rétablissement.

  5. Hlhl Said:

    La guérison est un bien grand mot, on ne peut pas changer toute une structure d’esprit, ça serait comme modifier un morceau d’ADN sur chaque chromosome (c’est sans doute un peu exagéré comme comparaison, mais c’est tout ce qu’il me vient)
    Mais avec le temps, l’expérience, il doit y avoir moyen d’adapter cette condition à la réalité du monde et, finalement, sans être résigné, vivre aussi bien que tout à chacun.

  6. Lana Said:

    Oui, c’est ce que j’appelle le rétablissement.

  7. Hlhl Said:

    Ça se tient. Pour ma part, j’envisage le terme « porteur sain » comme comparaison.
    Pour prendre soin de soi, peut-être faut-il s’autoriser à s’écouter un peu, sans avoir la crainte de tomber le fameux « se complaire ».
    Je te souhaite bon courage le temps de cette phase.

  8. Lana Said:

    S’écouter sans se complaire, oui, mais c’est pas toujours facile de faire la différence.

  9. Hlhl Said:

    Pas toujours facile en effet …
    C’est troublant quand ça va mieux de se remémorer ces moments-là, en se demandant comment on peut en arriver à avoir ces pensées.
    C’est difficile à décrire, tous ces ressentis.
    Peut-être que pour s’écouter sans se complaire, ou au moins sentir qu’on a franchi la frontière, il faut s’imaginer aller mieux et porter ce regard « critique » sur nos pensées actuelles. Peut-être.


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