« Faudrait pas que l’HP soit trop accueillant »

On entends souvent des soignants dire qu’il ne faut pas que l’hôpital psychiatrique soit trop accueillant, que le but c’est d’en sortir pas d’avoir envie d’y rester, qu’on n’est pas là pour se faire des amis, etc.

Que dire face à cette dureté?

Qui peut vraiment trouver un hôpital, dans l’état actuel des choses, trop accueillant? trop confortable? Je ne sais pas, mais sans doute pas quelqu’un à qui on prend ses vêtements pour le dépouiller de son identité, ni quelqu’un pour qui les autres sont un danger et qui se retrouvent à devoir vivre parmi eux, dans la promiscuité, sans même souvent une chambre à lui ni une salle-de-bains qui ferme à clé, certainement pas quelqu’un qui se retrouve à l’isolement dans une chambre vide et froide, ni encore quelqu’un qui se désagrège et pour qui le monde entier est hostile. A ceux-là, un endroit confortable et accueillant mettrait pourtant du baume sur leurs blessures.

On n’est pas là pour se faire des amis. C’est vrai, la maladie nous ayant coupé de beaucoup de monde, il ne faudrait surtout pas qu’on puisse retrouver un peu de chaleur humaine, ce serait contre productif. On est là pour réfléchir après tout, comme si réfléchir seul à ce qui nous arrive, on ne l’avait pas déjà assez fait. Comme si parler seul pendant des heures, on ne savait pas faire. Comme si « réfléchir », c’était guérir.  Il ne faudrait quand même pas que l’expérience des autres nous servent, qu’on reprenne plaisir à communiquer, qu’on se fasse quelques copains, voire de vrais amis ou pire, qu’on tombe amoureux. S’appuyer sur les autres, c’est bon pour les gens normaux, nous on peut juste parler à notre psy, le reste, ce serait se disperser.

Alors, c’est sûr, avec des raisonnements pareils, le but est atteint: on n’a pas trop envie de rester à l’hôpital. Mais est-ce cela le but de l’HP? Ne pas donner envie d’y rester? Ou est-ce soigner et donner la force de reprendre sa vie? Pour reprendre une phrase entendue ans une série: « Ne pas donner envie de fuir mais d’aller de l’avant ». Parce qu’avec ce genre de raisonnement, ce but-là ne risque pas d’être atteint.

Cette dureté, je crois que c’est encore une façon de théoriser la maltraitance.

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16 commentaires »

  1. Tristan Said:

    « Cette dureté, je crois que c’est encore une façon de théoriser la maltraitance. »
    Tout est dit. Heureusement les services ouverts et accueillants, avec des équipes médicales humaines et efficaces, existent.
    Cependant, la maltraitance en milieu hospitalier psy reste (très ?) courante, mon amie en ayant elle-même fait les frais lors de l’année de ses seize ans. Elle a développé un PTSD sur cette expérience de deux mois. Merci de mettre des mots sur l’intolérable.
    Bien sûr, je comprends aussi que la réalité n’est pas aussi manichéenne et que les sous-effectifs et le manque de moyens de certains hôpitaux/cliniques (malgré les tarifs exorbitants que pratiquent ces dernières…) expliquent certains comportements de maltraitance… mais ne les excusent en aucun cas, ni ne rend moins insupportable leur existence et leurs conséquences.
    Merci Lana pour ton blog qui continue d’oeuvrer pour la cause des grands oubliés du monde moderne (un peu de romantisme que diable).

  2. mj Said:

    bonjour;
    oui c’est un peu comme la prison, faudrait surtout pas que ça donne une chance au détenu de se réinsérer et d’en sortir par le haut…(aucun risque dans l’état actuel des choses)
    au fait, le malade, psychiatrique ou pas, (non, pas le « patient ») de quoi est-il coupable?

    ça ne risque pas qu’on ait envie d’y rester à l’hôpital, sauf bien sûr si on est à la rue, et encore…

    j’ai entendu ce lieu commun d’une stupidité sans nom et d’une violence sans limite, dans la bouche de certains soignants, qui sont maltraitants même pour leurs collègues, tellement ils donnent l’impression de s’être trompé de métier.

    merci Lana de rappeler encore et toujours ce qui devrait être évident

  3. Lana Said:

    Le manque de moyen est une chose, mais si on commence par théoriser la maltraitance, ça ne risque pas de s’améliorer, avec ou sans moyen.
    Merci pour vos commentaires.

  4. Alain Said:

    On maltraite les malades mentaux à l’hôpital comme on les maltraite en dehors parce que personne ne les défend et qu’eux mêmes sont trop abattus par la douleur pour se défendre.

    « C’est un vrai fou ! » Tout est dit. C’est l’exclusion, la mise au ban. Personne n’osera s’interposer.

    Un malade est par définition infériorisé, il n’a pas le droit de se révolter, c’est une proie facile.

    J’ai connu des gens qui s’organisaient pour défendre les malades mais qui avaient tellement honte qu’ils ne le faisaient pas près de chez eux de peur de se faire reconnaître.

  5. Lana Said:

    Tout le monde n’a pas honte non plus, il ne faut quand même pas noircir les choses à ce point. Et il existe des associations qui défendent les droits des patients. D’ailleurs, la Mad Pride aura lieu le 11 juin à Paris et la Fada Pride à Marseille le même jour.

  6. Alain Said:

    C’est peut être une question d’environnement et d’histoire personnelle.

  7. Hlhl Said:

    Le positif, une fois pris dans l’engrenage de l’HP et du CMP, c’est qu’on se dit « non, je ne vaux pas si peu ! Non, je ne peux pas accepter qu’on me mettre dans cette case, avec tout le mépris que ça entraîne, qu’on me voit incapable de tout ! » et ceci d’autant plus quand on y est allé spontanément pour chercher du secours. Après, combien ont cette ultime force, cette ultime instinct de survie ?
    Après, je ne suis pas forcément d’accord avec schizo guéri : des médecins qui ramassent les pots cassés de l’hp, sans compter leur temps avec les patients, ne manifestent pas pour l’argent et la gloire, mais par écœurement, en tout cas, c’est mon profond ressenti.

  8. Lana Said:

    Je suis d’accord avec toi sur les médecins, beaucoup font du bon travail et ce qu’ils peuvent avec les moyens qu’on leur donne.
    Sur le reste aussi, moi non plus je n’ai pas voulu qu’on me réduise à ma maladie, et tout arrêter pour me soigner, mais tout le monde n’a pas cette force.

  9. Perle Said:

    A reblogué ceci sur Perle en Songeet a ajouté:
    Je suis… tellement d’accord. J’ai vécu, ça. Et ça, ça rend plus malade que ça ne guérit. Merde, hôpitaux qui pensent ça. Merde, infirmiers qui t’enlèvent ton identité. Merde, chambre d’isolement à la con sans laquelle tu aurais moins envie de mourir que de vivre. Merde.

  10. Hlhl Said:

    Ah mais voyons, ce n’est pas une chambre d’isolement mais une chambre de soins intensifs ! Pour ce que ça change … Être déjà dans le vide, vidé, et se retrouver dans une pièce vide, ils ont au moins le sens de la métaphore !

  11. Anonyme Said:

    Je suis tout à fait d’accord avec la personne, pour être aller soutenir mon fils lorsqu’il était en H.P (Montauban 82000) c’est endroit était inhumain, l’hôpital c’est déjà pas gai mais l’H.P est encore pire. Ce n’est pas aider les personnes en difficulté que de les hospitaliser dans un endroit . Lorsque mon fils a rechuté pour non observance il a préféré partir à 8000 kms que d’être hospitalisé. Cela fait 6 ans que nous n’avons pas de nouvelles

  12. Lana Said:

    C’est un des problèmes de la maltraitance à l’HP, le fait qu’après les gens ne veulent plus se faire soigner. L’histoire de votre fils est très triste.

  13. kataidante Said:

    il y a deux façons de quitter un endroit:
    Soit parce qu’on a mieux à faire ailleurs (et dans ce cas on a pris le temps de construire un projet cohérent et de se sentir assez fort pour le mener à bien)
    Soit parce que l’endroit où l’on se trouve est tellement hostile qu’on préfère être ailleurs. (ce qu’il se passe lorsque l’HP est se montre trop peu accueillant.)
    c’est un choix…

  14. Hlhl Said:

    Eh oui, tel est la question : en cas de rechute, que faire ?

  15. patrick Said:

    bjr, c’est mon premier commentaire sur un blog, apart des sites sur le foot, dernièrement j’ai developpe l »inverse que ce que la plupart des schizos font, je suis mort d’ennui et j’ai trop envie de sortir, c’est comme ça que je me suis connecte a Facebook et donc ce blog.
    Cette dureté c’et aussi du mepris, ces infirmieres et infirmiers qui se moquent de nous littéralement, que ce soit en personne ou pas, pour les maltraitances souvent c’est sur les plus touchés qu’ils se jettent, malheureusement.
    J’ai fait l’annexe psychiatrique a Forest et apres deux ans et demi a Titeca avant d’avoir mon propre apart seul et etre desinterné. La dureté envers le malade et le mepris se passent tout simplement car ils peuvent, ils ont pleine liberté de nous traiter comme des bestiaux. Et surtout, c’est des gens qui se sentent tres puissants avec les plus faibles. J’ai ete quand meme dans une aile a titeca ou les infirmiers etaient vraiment beaucoup plus cools, avec qui on pouvait parler normalement, pas avoir l’impression de parler a un bloc de glace en permanence. Enfin, je suis heureux de voir ce blog ça monte comment un ou une schizo peut tout a fait etre tres productif, moi je suis insomnique alors c’est un peu dur, mais pour ceux qui y arrivent c’est vraiment cool.

  16. Lana Said:

    Merci pour ton témoignage.


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