Neutralité bienveillante?

J’ai lu cet article et voilà ce qu’il dit sur la neutralité bienveillante: « La règle de “neutralité bienveillante” frise parfois la caricature. Être neutre, pour le thérapeute, ce n’est pas être froid ou indifférent. C’est simplement ne pas interférer dans votre cheminement mental. Ne pas parler de soi, par exemple, ou de sa vie. Et surtout, ne pas donner de conseils moraux, politiques, idéologiques, ou encore orienter votre façon de vivre. Sa neutralité est dite bienveillante, parce qu’elle est empreinte d’humanité. S’il vous sent particulièrement fragile après une séance, il peut très bien vous aider à remettre votre manteau. Loin d’être une expérience masochiste, l’analyse s’inscrit dans la vie. »

La neutralité bienveillante des psychanalystes, je ne l’ai pas connue. J’ai connu la neutralité, oui. L’indifférence. L’impression de parler à un mur.

Je suis entrée  en allant bien et sortie avec l’envie de me jeter dans le fleuve en face de l’hôpital, détruite par un psy qui se taisait en regardant ses pieds.

J’ai beaucoup pleuré. Pas de parler de choses douloureuses, je ne sais pas parler quand on ne me répond pas. J’ai pleuré de ne pas avoir de réponse, justement. J’ai pleuré parce que j’avais besoin d’attention et de réconfort. J’ai pleuré parce que je ne recevais rien, souvent même pas un regard.  Une fois, je me suis effondrée contre le mur, par terre, en sortant, en larmes.

J’a demandé, supplié même, des dizaines de fois « Dites quelque chose ». Je n’avais même pas de réponse à des questions aussi pratiques que « Est-ce que vous connaissez une association d’usagers? »

J’avais des reproches, parce que je ne parlais pas assez. « Vous êtres très résistante », « Vous devriez venir deux fois par semaine, vous auriez plus de choses à dire ». Parce que rarement je ne savais pas venir à un rendez-vous (vacances, examens). « Vous ne prenez pas ce travail au sérieux ».

Je me suis laissée faire, j’avais de mauvaises expériences avec les psys, j’avais peur de tomber sur pire, je n’étais pas en état de me révolter. Je croyais que j’étais incapable de mener une thérapie, d’en tirer des bénéfices.

J’essaye de ne plus m’en vouloir d’avoir laissé ça continuer pendant deux ans.

Je lui en veux encore à ce psychologue et à sa neutralité malveillante.

 

 

Je précise qu’il ne s’agissait pas  d’une psychanalyse classique mais d’un suivi psychologique à l’hôpital.

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7 commentaires »

  1. Jean-Louis AGUILAR / Psychothérapeute Said:

    Plus que la neutralité bienveillante, j’ai pratiqué ce que le Dr Christophe André appel « la révélation de soi ». C’est à dire que le thérapeute s’autorise à parler de soi car il est avant tout humain.

  2. ofix Said:

    L’entretien motivationnel ou les outils d’alliance thérapeutique donnent de très bonnes clefs à un thérapeute pour éviter ces problèmes

  3. Lana Said:

    Les psy ne sont pas tous nuls. J’ai eu de mauvaises expériences au début de ma maladie, mais après j’ai eu de bons psys et ça m’a vraiment aidée.

  4. mj Said:

    bien sûr que les psy ne sont pas tous nuls, c’est caricatural de dire ça ; mais c’est vrai que c’est difficile de trouver celui qui convient. en plus, il ne faut pas mélanger psychiatres, psychologues, psychanalystes, neuropsychiatres… leurs parcours, leur formation, leurs motivations ne sont pas les mêmes. exactement comme les « patients » ne sont pas identiques, leur histoire, leurs souffrances ne sont pas identiques.
    dans mon expérience personnelle de patiente, je peux dire que la neutralité bienveillante existe, je l’ai rencontrée. j’ai croisé aussi, dans ma vie professionnelle, des psys arrogants et mal dans leur peau, de ceux qui se rassurent sur leur propre désordre intérieur en exerçant leur pouvoir sur des gens encore plus abimés qu’eux. chez les soignants en général, comme chez les humains en général, la bienveillance existe. malheureusement, elle est moins répandue, plus discrète et moins perceptible que la malveillance. il est plus difficile de se protéger de la seconde que d’être réceptif à la première.

  5. Lana Said:

    Oui, moi aussi j’ai eu des psys qui pratiquaient la neutralité bienveillante.

  6. Sarah Said:

    Thérapie

    J’aimerais vous partarger mon expérience avec un homme prétend être psychanalyste à Montréal. Lors de la toute première rencontre, questionné, il m’a informé de son expérience professionnelle :15 ans dans un Centre de crise, une pratique d’une dizaine d’années. Expérience de taille. J’avais confiance cela d’autant plus qu’un bon ami à moi me l’avait référé.

    Il s’agit de l’expérience la plus traumatisante que j’ai vécu de ma vie.

    Ca fait bientôt deux ans que j’ai reussi à me sortir de cette emprise.

    Il m’est encore impossible de mettre des mots précis sur ces rencontres, de rendre compte de ces recoins d’ombre, de ces moments de détresse, d’humiliation, d’instrumentalisation. C’est un savoir dont j’ai fermé la porte. Je l’ignore comme s’il m’appartenait pas.

    Par contre je me rappelle la facilité avec laquelle je l’excusais de ses commentaires disgracieux. Je me sentais vexée puis après je l’excusais, me disant qu’il n’avait pas voulu.

    Il s’est mis à me poser des questions sur les détails de mes relations sexuelles mes anciens amants. Et m’encouraga à emménager avec un homme dont je n’étais pas amoureuse, et qui m’attirait pas, lui confiai-je. Même en ayant entendu cela, il m’encouraga à accepter sa proposition d’emménager avec lui alors que je voulais le laisser.

    Je me suis mise à aller très mal parce que je crois que je me suis laissé entrainée dans un mensonge, que j’étais tétanisée et profondément humiliée par ce regard envahisant et pervers. Il me demandait, mais enfin pourquoi vous vous faites toujours laisser par vos copains? Ce n’était pas vrai.

    Cet homme n’avait aucune espèce d’empathie pour moi. Aucune. Selon moi, son problème de santé mentale, qui le porte à concevoir l’autre comme un objet, un personnage dans un film. Cette expérience glaciale a été en soi très traumatisante. C’est probablement le fait d’avoir parlé de mon intimité, de mon être à un homme qui n’y comprenait rien et qu’il m’asègnait de reproches qui me perturba le plus.
    Alors que j’étais précisement venu chez lui pour parler, pour mettre des mots sur mon histoire et pour créer du sens ou il semble à priori ne pas en avoir.

    Des reproches, il m’en a fait. Il n’était jamais a cours. Il me reprochait notamment ma conduite avec ma cousine, « mais enfin vous lui avez dit ça? » Quand je lui avais dit que c’était pas nous décidons de la mort des gens suite au fait qu’elle avait dit qu’elle aurait préféré savoir son père mort que sa grand-mère.

    Et puis, tes tas de choses, comme vous vous prenez pour l’objet petit a, et puis, enfin, je pense que vous sortez de votre père, quand je me suis mise à aller très mal, vous faitez une traversée d’angoisse, Lacan en a parler, prétendit-il.

    Et puis, il me disait aussi, «Oui, quoi une peur c’est un désir ».

    C’est vraiment n’importe quoi. Une peur n’est pas un désir. Je pense qu’une peur est lié a un désir refoulé. Il me parlait de nœud lacanien pour expliquer selon sa science ma structure psychique.

    Il m’a fait croire quand j’ai commencé à penser qu’il avait a l’intérieur de moi quelque chose de mauvais, il a dit genre «  bon ca y est, vous avez compris ». Et m’a insultée a me disant que j’avais décidé de mettre mes maux sur mon visage, avec des boutons pour attirer l’attention.J’en ai fait des mauvais rêves. J’ai developpé de l’anxiété par rapport à ma peau.

    Il m’a même suivi dans la rue quand je portais des bottes à talons pour me regarder marcher de dos, alors que je lui avais demandé de ne pas me regarder les vêtir dans l’entrée lorsque je quittais son bureau, car cela m’embarassait. Il trouvait cela excitant.

    Quand je lui ai dit que je me sentais pas bien ici, qu’avec d’autres j’arrivais a dire, il me dissuada de partir, mais « Qu’allez-vous dire de plus à quelqu’un d’autre ? « . Et puis il se plaignait que tous les gens qui frappent à sa porte pour demander de l’aide finissent pas partir. J’avais pitier de lui. Je me sentais coupable de partir consulter un autre thérapeute. Il m’en formula le reproche aussi peut-être justement parce qu’il voyait que ça marchait.

    Je suis sortie de ce cauchemar un an et trois mois plus tard précisément, le 6 avril 2015. Cet homme avait une telle emprise destructrice que mes premiers mois après ce terme ont été ponctué d’un sentiment de culpabilité extrême et inatttendu, je me sentais très coupable d’avoir mis un terme à la thérapie sans avoir obtenu son aval, j’avais une profonde impression de le laisser tomber, de le trahir. J’étais persuadée que j’étais méchante, sale et que j’allais avoir des boutons. J’avais peur de traversée la rue, d’emprunter un crayon à quelqu’un, je me sentais voleuse, j’avais peur donner mon opinion, j’étais incapable de faire l’amour, et j’avais des visions suicidaires. Avant ces rencontres, j’allais SUPER BIEN. Je souffre encore beaucoup même si je vais mieux. J’ai tellement de peine d’avoir rencontré cet homme.

    Suite à cela, j’ai eu un diagnostique de symdrome post-traumatique, lié à un évènement extérieur à lui qui n’a évidemment pas pu être diagnostiqué au moment de l’évènement puisque je le consultais ce moment là. J’avais narré cet évènement violent chez lui et il m’a dit cela n’était pas grave, et que pour lui, ce mot-là traumatisme, n’existait pas.

    Quand je regarde des femmes, des hommes entrer dans des sectes ou suivre un gouru et qu’ils finissent par commettre des gestes contre eux-mêmes, je sais avoir expérimenté cet engrenage. Je comprends que l’emprise peut s’exercer à notre insu, petit à petit, qu’une manipulation est parfois subtile. Cela n’est pas le fruit de notre faiblesse personnelle.

    Il a fallu attendre 52 rencontres de 30 minutes échellonnés sur une période d’un an et trois mois pour me décider enfin à sortir de cela. Je me l’explique mal. Mais en tout cas, je peux dire que c’est notamment grace à une rencontre, enfin à un souvenir d’un homme que j’ai aimé et qui est né le 6 avril que j’ai trouvé le courage de partir et de retrouver ma dignité.

  7. Lana Said:

    Merci pour ton témoignage, il est très fort et peut-être aidera-t-il d’autres personnes qui vivent la même chose. Souvent, dans ces situations, on se sent coupable, mais tu fais bien de dire que ce n’est pas le fruit de nos faiblesses personnelles.


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