Histoire de mes diagnostics

Suite à une discussion sur le MedEdChat France sur Twitter, qui parlait de l’annonce du diagnostic dans les pathologies mentales, j’ai eu envie de faire l’histoire de mes diagnostics.

Mon premier diagnostic, c’était « Vous n’avez rien, attendez que ça passe ». A l’époque, j’étais très dépressive, je mettais parfois deux heures pour monter un escalier parce que je m’arrêtais à chaque marche pour pleurer, je croyais que j’étais morte, je faisais des crises parce que je n’avais plus de sang, je m’automutilais, je ne mangeais plus, j’en passe et des meilleures. C’était déjà ma deuxième décompensation. Mais voilà, j’étais quasi mutique et je ne savais pas parler de mes problèmes.

Le deuxième psychiatre que j’ai vu, deux mois après le premier, balayait tous mes problèmes de la main (« Vous ne mangez plus? C’est la vie d’étudiant! ») et m’a diagnostiqué « la maladie du romaniste », chose qu’on voit paraît-il beaucoup chez les profs de français. J’étais juste un peu plus sensible que la moyenne, si deux semaines avant les examens je n’arrivais toujours pas à étudier, je pourrais revenir le voir.

Après une rémission spontanée, j’ai décompensé une troisième fois et suis allée voir une psychologue. J’avais compris qu’il fallait y aller fort si je voulais être prise au sérieux, j’ai donc commencé par dire « J’entends une voix dans ma tête ». Ma psychologue me disait que je souffrais d’angoisse, que je devais voir un médecin et prendre des médicaments, tout en me disant que ce n’était pas une maladie. Autant dire que je ne comprenais rien. Pourquoi prendre des médicaments, ce que je redoutais, si je n’étais pas malade?

J’ai ensuite été voir un médecin généraliste, en Espagne, qui m’a donné du Temesta, ce qui m’a replongée dans la dépression. Là, j’ai vu une psychiatre, qui n’a pas voulu écouter les symptômes psychotiques (parce que je m’exprimais bien, selon elle) et n’a retenu que la dépression. Elle m’a envoyée chez une psychologue, avec qui j’ai enfin pu discuter longuement et à qui j’ai raconté tout ce qu’il m’arrivait. Elle m’a diagnostiquée schizophrène. Je l’ai appris en lisant la lettre qu’elle avait écrit pour la psychiatre, seule sur un banc, en pleurant. Retournée chez la psychiatre, j’ai eu une deuxième fois le diagnostic de schizophrénie, de la façon suivante. La psychiatre à son interne: Qu’est-ce que tu crois? L’interne: Schizophrénie. Je me le suis pris comme un coup de poing en plein visage. Mais la psychiatre n’était pas d’accord, elle disait qu’il n’y avait ni hallucinations (la voix, les tâches sur le tee-shirt dont j’avais parlé à la psychologue ne comptaient pas apparemment) ni idées délirantes (je pensais que tout le monde me détestait, que j’étais protégée par une statuette de saint, que j’avais des maladies incurables, je vivais dans l’autre monde, mais je n’avais pas eu le temps d’en parler avec elle). Je me retrouvais donc avec deux personnes pour qui j’étais schizophrène et une pour qui je ne l’étais pas mais qui ne m’écoutait pas beaucoup. J’étais perdue. Surtout, j’avais peur, car personne n’avait pris le temps de m’expliquer ce qu’était et surtout ce que n’était pas la schizophrénie. Je pensais que ma vie était fichue, je me voyais finir mes jours à l’HP.

Pour différentes raison, j’ai changé de psychiatre. Lui m’a donné des neuroleptiques. J’ai lu la notice du Risperdal en rentrant chez moi, et j’ai pleuré seule face au mot schizophrénie inscrit dedans. Quand je lui ai demandé ce que j’avais, il m’a dit que c’était de l’angoisse psychotique avec déréalisation, dépersonnalisation et dissociation.

Ensuite, je suis rentrée en Belgique et j’ai vu un psychiatre et un psychologue pendant deux ans. Ils se refusaient à faire des diagnostics, étant d’orientation psychanalytique. « Il faut dix ans pour diagnostiquer une schizophrénie! » Mon psychologue m’a dit « Pourquoi vous ne vous contentez pas du diagnostic de schizophrénie (fait par la psychologue)? » J’en ai déduis qu’il me considérait comme schizophrène mais il m’a dit après n’avoir jamais dit ça.

J’étais en pleine incertitude. Je voulais savoir ce que j’avais, je ne trouvais aucune information sur une maladie nommée angoisse psychotique, je voulais que ça s’arrête, arrêter mon traitement, retrouver ma vie d’avant, qu’on réponde à mes questions, bref je ne comprenais pas grand-chose et je me sentais horriblement seule face au silence des psys et aux ravages de la maladie.

J’ai encore une fois changé de psychiatre. Celle-ci m’a diagnostiqué schizophrène. Ce fut un soulagement. D’une part, je m’en doutais, de l’autre je pouvais enfin mettre un mot sur mes problèmes, me renseigner, partager sur des forums dédiés à la maladie et poser des questions franches à ma psychiatre. Un combat était terminé. Je savais contre quoi me battre, je n’avais plus à me battre contre les soignants pour qu’on me dise ce que j’avais.

On parle souvent d’errance diagnostique, en voilà un exemple. Exemple de temps perdu, aussi (cinq ans entre le début de mes troubles et le dernier diagnostic). Avoir un diagnostic m’a permis de lâcher les armes contre l’incertitude et de les retourner contre la maladie. J’ai pu l’accepter, accepter mon traitement et commencer enfin à m’en sortir. Avoir un diagnostic, être rassurée et avoir des réponses franches à mes questions a été le début de ma sortie des pires années de la maladie. 

 

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6 commentaires »

  1. Mifraha Said:

    C’est édifiant ! Personnellement je nai plus du tout confiance ds les psys ! Ils ont ete tout au mieux une béquille ds mes pires moments, rien d’autre

  2. Lana Said:

    Oui, c’est difficile de trouver un bon psy. Heureusement, c’est mon cas, et les psys qui m’ont aidée, même s’ils sont moins nombreux que les autres, ont été très importants.

  3. mj Said:

    c’est déjà pas mal une béquille je trouve, ça fait quand même quelque chose sur quoi s’appuyer… ce que je trouve plus édifiant et encourageant, c’est le courage et la force de Lana qui a cherché ce dont elle avait le plus besoin pour commencer à aller mieux : savoir contre quoi elle se battait.
    car c’est nous qui nous battons, les psys, les soignants, les amis, bref, les autres,
    ne peuvent être que des soutiens : ils ne sont pas nous, ils ne sont pas dans notre tête, dans notre cœur, dans nos souffrances… ils sont, au mieux, à nos côtés, mais c’est nous qui sommes dedans.

  4. Hlhl Said:

    J’en suis à tel degré d’incompréhension que quand on me dit que je décompense, je ne cerne même pas le terme, et pourtant j’ai cherché, mais non, je ne cerne pas (d’ailleurs, si quelqu’un pouvait éclairer ma lanterne avec ses mots …) ; je n’ai pas compris pourquoi j’ai eu une telle dose de neuroleptiques à une époque, puisqu’on ne me disait pas ce que j’avais. Donc si je n’ai rien, ben, je ne prends rien, logique, nan ? Et quand ça passe plus ou moins malgré tout, on se dit que c’était juste une mauvaise passe, que c’est fini.
    Et quand ça recommence, qu’on se dit « ah tiens, c’était peut-être pas pour rien tous ces médicaments », qu’on veut une réponse claire, eh bien il faut bien insister en exposant tous les éléments glanés sur internet pour avoir une réponse.
    Bref, ça n’aura pris qu’une dizaine d’années, pile-poil le délai avancé par ton psy, Lana, ni-ckel !

  5. Lana Said:

    Décompenser, c’est quand une maladie latente se déclare, c’est comme ça que je le définirais.
    C’est nul de ne rien dire aux patients, c’est pas comme ça qu’ils vont aller mieux.

  6. Hlhl Said:

    Ce terme me semble, tellement, impalpable. Sans doute parce que je n’arrive pas à cerner ce qui se déclare au moment où on parle de décompensation.

    Pourquoi ils ne disent rien aux patients, sous prétexte qu’il ne faut pas coller d’étiquette, je ne comprends pas. On ne cache pas à quelqu’un qui a une suspicion de cancer les raisons des différents tests, alors pourquoi ne pas au moins dire qu’il y a suspicion de schizophrénie, ou, au moins, de troubles psychotiques ? Ils ont sans doute leurs raisons, au moins celle de ne pas être accusés de s’être trompé vu la diversité des diagnostiques pour une seule et même personne ; m’enfin, si personne ne se mouille un peu, le patient (qui est bien patient finalement) ne cerne rien, est dans le vide.


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