De la prudence ou du fatalisme?

Je ne peux pas, j’ai examen. Combien de fois ai-je dit cette phrase?

Je ne peux pas me bourrer d’anxiolytiques, je dois étudier.

Je ne peux pas aller à l’hôpital, j’ai examen. Ou c’est la rentrée.

J’ai autre chose à faire. Autre chose à faire que d’être malade et de me soigner. Du moins de la façon dont on voulait me soigner.

Combien de fois ai-je eu l’impression que mes études n’étaient pas importantes? « Vous passerez vos examens à un autre moment ». Peut-être était-ce juste de la prudence. Il fallait que j’aille mieux, le reste viendrait après. Mais je l’ai ressenti comme du fatalisme. Tu es psychotique, tu ne réussiras pas tes études, ni ta vie, de toute façon. Peut-être suis-je injuste, je ne sais pas. Mais le fait est que pas une fois quelqu’un ne m’a proposé de m’accompagner dans mon projet. Personne n’a proposé de m’aider à aller mieux en continuant mes études. Il fallait prendre des médicaments aux effets secondaires gênants (essayez de prendre note et de lire un tableau avec la vue trouble), il fallait aller à l’hôpital alors que je ne suivais même pas de psychothérapie, il fallait toujours remettre mes études à plus tard.

Le fait est que je n’ai pas écouté les prudents ou les fatalistes. Le fait est que je n’ai pas voulu attendre d’aller mieux pour faire quelque chose de ma vie. Le fait est que j’ai réussi mes études. Mais j’aurais aimé qu’on m’accompagne, j’aurais aimé qu’on me soigne autrement, j’aurais aimé qu’on y croit avec moi.

Je reste persuadée que soigner, ce n’est pas tout casser. Je crois au rétablissement, aux forces vives de la personne, à la force des projets. Je pense que soigner, c’est accompagner, c’est au moins essayer avant de dire « abandonnez ».

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7 commentaires »

  1. mj Said:

    Tu as eu mille fois raison. C’est toi qui savais. Ce que tu voulais, ce que tu pouvais, de quoi tu étais capable.
    Les soignants sont souvent dans l’infantilisation, quand ce n’est pas la domination. A leur décharge, il faut reconnaître que beaucoup de gens se livrent à eux et abdiquent, en quelque sorte, leur libre arbitre.

  2. émilie Said:

    Bonjour Lana, je pense comme mj Said, je ne suis pas sûre d’avoir à ajouter grand chose tant tes mots et les siens disent tout; la guérison, et j’irais même plus loin ( ou juste un peu ailleurs, en parallèle), la construction d’un enfant par exemple, passe par la confiance que les adultes qui l’entourent vont lui transmettre en ses propres capacités à vivre, et mener à bien ses désirs, ses projets, ses envies. C’est criminel de ne pas accorder de place à cette force pour grandir, c’est criminel de ne pas accorder de place à cette confiance pour guérir.

  3. Mk Said:

    Je trouve admirable que tu aies continué tes études. Je n’ai peut-être pas traversé la moitié de ce que tu as vécu, mais je n’aurais jamais pu mener mes études à terme. Je ne sais pas si mes mots sont bien choisis, mais j’avais envie de te dire ça: j’aurais aimé t’avoir comme exemple à l’époque, me rendre compte qu’on peut étudier ET se soigner. En même temps.

  4. Lana Said:

    Merci pour vos commentaires.

  5. Hlhl Said:

    Il semble en effet difficile pour certains soignants d’envisager que l’on puisse être à la fois malade et intégré dans le monde réel.
    Certes, ce n’est pas facile d’avoir l’air de mener la vie de Monsieur-tout-le-monde avec les troubles + les médicaments, oui, il y a des jours c’est une véritable épreuve de force et le temps semble long.
    Ce qui est chagrinant, c’est que ce genre de soignants pensent réellement bien faire, protéger la personne contre elle-même, la protéger d’un surmenage que lui amèneraient des études, un travail, en plus des troubles psychotiques.
    Et pourtant, tenter de continuer des études, une vie en apparence lambda, je trouve que cela agit par moment comme une thérapie, ça essaye de donner un sens au vide ambiant, ça le comble, un peu.
    Je suis toujours troublée quand je te lis de constater une certaine, disons, uniformité des ressentis quand on est psychotique, et ceci malgré des vécus différents, ça me semble fou. Je rejoins ainsi Mk : avoir quelqu’un comme toi, qui trouve des mots assez justes, à lire, peut aider à se dire « pourquoi pas, finalement ? »

  6. Lana Said:

    Oui, ils croient bien faire, mais à force de (sur)protéger la personne, on lui enlève des choses qui comme tu le dis peuvent être des thérapies. Combien de schizophrènes se retrouvent en dépression parce qu’ils ont tout perdu? De plus, si on te dit avant même d’essayer que tu n’y arriveras pas, tu risques de le croire et la prophétie se réalise.

  7. Hlhl Said:

    Oui, c’est vrai. Sans compter que ce n’est pas le côté dépressif qu’ils voient en premier chez un schizophrène.


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