C’est quoi, un bon soignant?

On me dit parfois que je ne parle pas assez du positif, alors j’ai envie de parler des bons soignants. Oui, j’en ai rencontré aussi. Evidemment, je vais parler aussi des mauvais soignants, pour donner des exemples de ce qu’il ne faut pas faire. Il va de soi qu’il ne s’agit que de mon avis, et que ceux que je juge comme tels ne le sont peut-être pas pour d’autres personnes ou à d’autres moments. Donc, il s’agit surtout de dire ici ce que, moi, j’attends d’un soignant. Comme mon médecin généraliste et ma psychiatre sont deux excellents soignants, je vais me baser sur la relation que j’ai avec eux.

-Qu’il soit à l’écoute et qu’il me croit. Longtemps, je n’ai pas été soignée parce que je n’ai pas été écoutée ni crue. On m’écoutait à peine, on balayait mes explications d’un geste (« -Vous avez peur des papillons? Pas grave il n’y en pas beaucoup dans nos régions! -Vous ne mangez plus? C’est la vie d’étudiant. »). Parce qu’on ne m’écoutait pas assez, on ne me croyait pas sur la gravité de mes problèmes. Dans son livre, « Les brutes en blanc », Martin Winckler dit qu’on enseigne aux médecins à ne pas croire tout ce que dise les patients. Mais comment aider quelqu’un si on commence par ne pas le croire? Un psychiatre m’a dit d’attendre que ça passe. On connaît le résultat, la schizophrénie n’est pas passée toute seule. Etonnamment!

-Qu’il ne me mette pas dans une case. Ma psychiatre en Espagne avait décidé que j’étais dépressive parce que quand je l’ai vue la première fois, je faisais une dépression en réaction au Temesta. Elle avait donc fait son diagnostic, et ne voulait pas en changer, laissant sur le côté les symptômes psychotiques. Je n’ai donc pas eu de traitement adéquat. Ne pas mettre dans une case, c’est aussi souvent ne pas être dans la case du malade psychiatrique, donc forcément simulateur quand il a des troubles somatiques. Ca veut dire aussi que le médecin doit nous prendre en compte dans notre globalité. Quand je vais chez l’ORL, je ne suis pas juste une oreille et il est inadmissible qu’il me demande d’arrêter mon traitement sur le champ parce que ça l’arrange pour faire des tests.

-Qu’il soit franc. Ne pas mettre dans une case ne veut pas dire ne pas faire de diagnostic. On peut faire un diagnostic psychiatrique sans y réduire la personne. Si on veut connaître son diagnostic, il est essentiel pour moi que le médecin réponde aux questions qu’on lui pose. S’il n’a pas fait de diagnostic, il peut le dire, c’est mieux que des théories fumeuses du genre « je ne veux pas mettre d’étiquettes », « ça vous apportera quoi de savoir? », etc. On ne se bat bien que contre une maladie qu’on connaît, sur laquelle on peut se renseigner, partager avec d’autres personnes, bref qu’on peut arriver à comprendre.

-Qu’il ne soit pas jugeant. Que ce soit sur le physique ou le mode de vie. Je n’ai que moyennement apprécié le commentaire du médecin du travail sur mes seins, « pas des œufs sur le plat ». J’ai envie que mon médecin soit là si j’ai envie de parler de mon poids, pas qu’il me bassine avec des histoires de régimes quand je ne lui ai rien demandé. Idem pour la cigarette. Je sais que c’est mauvais pour la santé, je n’ai pas besoin de leçon de morale. Le médecin du travail m’a dit que la cigarette était dangereuse et que je devais arrêter de fumer, sans rien me proposer comme solution. A quoi est-ce que ça sert? Par contre, à mon généraliste qui ne m’a jamais fait la morale, je sais que je peux demander de l’aide pour arrêter de fumer si j’en ai envie.

-Qu’il soit disponible. Attention, ça ne veut pas dire qu’il doit être là 24heures sur 24! Mais je sais que je peux téléphoner à ma psychiatre si j’ai un problème et que je peux aller chez mon généraliste le matin avant d’aller travailler si je vais mal et qu’il prendra du temps pour moi si c’est nécessaire.

-Qu’il soit souple. Ayant eu un psychologue très rigide, la souplesse est très importante pour moi. Je ne suis pas du genre à rater un rendez-vous ni à arriver en retard, mais quand j’appelle pour changer un rendez-vous, j’apprécie qu’on ne me raccroche pas au nez, comme l’avait fait ce psychologue.

-Qu’il parle et soit chaleureux. Ca paraît évident, mais mes anciens psychologue et psychiatre étaient froids et quasi muets et ça m’a fait beaucoup de mal de me confronter à des murs quand j’avais besoin d’aide.

-Qu’il me fasse confiance. La confiance doit être réciproque, et j’apprécie qu’un médecin aient confiance dans mes propres ressources.

Et vous, qu’attendez-vous d’un soignant?

 

 

 

 

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5 commentaires »

  1. Voici une soignante de mon hopital habituel 😉 les oliviers :

    Kheira est une infirmière de 45 ans. Elle a le même prénom que ma défunte mère et les mêmes origines. Kheira et ma mère sont originaires d’Oran, d’un petit village au doux nom de Mediouna. Je ne fais pas de transfert avec cette infirmière, même si elle me rassure comme une mère. Elle a beaucoup d’autorité et elle sait la gérer parfaitement en fonction du tempérament de chaque patient.
    De temps en temps, Kheira dépanne les patients qui n’ont pas les moyens de quelques clopes après le déjeuner.
    Un patient calme et respectueux peut espérer beaucoup d’elle : une conversation, un passe-droit, dans la limite du raisonnable.
    Pour conclure, c’est la plus humaine des soignantes de jour, elle est parfaite.
    Il ne faut pas que j’oublie de mentionner que la majorité des soignants sont aussi professionnels et fort sympathiques. Les connasses et trous du cul représentent une minorité.
    J’ai beaucoup de respect pour ces femmes et hommes qui travaillent aux Noisetiers ; ils encaissent fort.

  2. Lana Said:

    Merci pour ton témoignage.

  3. […] On me dit parfois que je ne parle pas assez du positif, alors j'ai envie de parler des bons soignants. Oui, j'en ai rencontré aussi. Evidemment, je vais parler aussi des mauvais soignants, pour donner des exemples de ce qu'il ne faut pas faire. Il va de soi qu'il ne s'agit que de mon avis,…  […]

  4. Luc De Bry Said:

    Bonjour Lana,

    Si je puis vous complémenter:

    Un bon soignant, quand il a un diplôme de médecine, obtenu grâce aux subsides de l’éducation et payés par les contribuables, est une personne qui souvent relit et respecte le Code de Déontologie Médicale, et entre autres l’Article # 4 qui dit clairement:

    « Le médecin doit se tenir au courant des progrès de la science médicale afin d’assurer à son patient les meilleurs soins. »

    Un bon soignant est donc quelqu’un qui est bien au courant des meilleurs résultats du monde, ceux qui ont été obtenus en Laponie de l’Ouest, là où ils ont réussi à éradiquer la schizophrénie avec leur innovation, « The Open Dialogue Protocole ».

    Sachant que la recherche vers « Open Dialogue » a commencé voici 36 ans déjà, en 1980, un mauvais soignant a donc 36 ans de retard et de non respect du Code de Déontologie Médicale…

    Triste, n’est-ce pas?

    Ayant été jusqu’en Laponie de l’Ouest avec mon fils, voir de nos propres yeux « l’evidence-based », et rencontrer les innovateurs, vous serez sans doute intéressée de découvrir « Open Dialogue » via ce documentaire de Daniel Mackler, psychologue et cinéaste de New York, sous-titré en français. Tout ce qu’il y décrit, nous l’avons vu nous-mêmes.

    Si vous voulez, je serai heureux de vous en parler de vive voix à un moment et lieu qui vous conviendra.

    Ce documentaire sur « Open Dialogue », avec encore deux autres, a été mis à disposition gratuitement sur YouTube. Cliquer sur les images vous conduira aux liens.

    * http://wildtruth.net/dvdsub/fr/

    Au plaisir d’en parler, et bien à vous,

    Luc De Bry, PhD

  5. Lana Said:

    Merci pour le lien. J’ai déjà vu ce documentaire et c’est effectivement très intéressant. Par contre, ça me gêne un peu que la famille soit aussi impliquée, je trouve ça bien, mais que fait-on avec les familles trop dysfonctionnelles ou si le patient ne veut pas qu’elle le soit?


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