Je ne vais pas m’excuser d’avoir peur de l’hôpital psychiatrique

J’ai dit sur twitter qu’il valait mieux éviter l’HP tant qu’on le pouvait, que c’est ce qui m’avait sauvée. Certains me l’ont reproché.

Mais dans l’état actuel des choses, je ne peux pas conseiller aux gens d’aller à l’HP. Et ce n’est pas de gaieté de cœur.

Mon hospitalisation m’a donné deux ans de cauchemar, et encore je n’ai pas vécu de choses aussi violentes que l’isolement ou la contention. J’ai vu un ami devenir suicidaire à force d’être enfermé.

Après une première hospitalisation, j’ai refusé toutes celles qu’on m’a proposées. J’ai eu la chance qu’on respecte mon choix.

On m’a dit de ne pas diaboliser la psychiatrie. Mais ce n’est pas moi qui diabolise la psychiatrie, elle le fait très bien toute seule. Oui, on est beaucoup à avoir peur de l’HP, et ça ne vient pas de nulle part. Ce n’est pas dû à des idées fausses. En général, c’est dû à une ou des hospitalisations précédentes ou à des expériences de gens qu’on connaît. L’HP me fait bien plus peur depuis que je le connais qu’avant. Avant, je croyais que les chambres d’isolement n’existaient plus, qu’on attachait pas les gens, qu’il n’y avait plus d’uniformes. J’étais loin du compte.

Je ne dis pas que tous le soignants sont maltraitants, qu’ils font cela pas plaisir non plus. Mais le système psychiatrique est répressif, depuis toujours, et normatif. Oui, il y a des soignants  compétents. J’ai toujours dit que là où j’étais hospitalisée, les infirmières étaient gentilles, mais ce sont quand même elles qui m’ont obligée à me déshabiller devant quatre personnes pour mettre l’uniforme de l’hôpital et ouvrir la bouche et soulever la langue pour vérifier que j’avais bien pris mon traitement. Elles avaient beau être gentilles, elles étaient là pour faire marcher l’institution.

J’aimerais bien avoir un endroit refuge à conseiller aux gens qui vont mal. J’aimerais bien que l’HP soit cet endroit. Ce n’est pas par plaisir que je ne le ferais pas. Ce n’est pas par plaisir que je me dis que je ne peux pas avoir 100% confiance en un psychiatre, parce qu’il a le pouvoir de m’hospitaliser contre mon gré. Ce n’est pas par plaisir que mes sentiments envers un psychiatre sont ambivalents, car même si je l’apprécie beaucoup, je sais aussi qu’il fait sans doute des choses horribles comme attacher ou isoler des gens. C’est pour ça que j’ai arrêté d’aller voir la psychiatre que j’ai vue pendant dix ans, parce qu’elle soutenait que c’était du soin, que c’était normal de mettre des gens nus à l’isolement.

Bref, je ne vais pas m’excuser de ressentir ce que je ressens, d’avoir fait tous ces cauchemars, d’avoir le cœur qui se brise chaque fois que je lis des témoignages sur ces pratiques, d’avoir peur de l’HP. Oui, ça a sauvé des gens. Mais ça n’excuse pas tout le reste. Je n’ai pas d’endroit sûr où aller si je vais mal. Je n’ai pas de soignants à qui je peux faire totalement confiance. Et je ne crois pas que ça soit moi le problème, mais le système.

Au lieu de reprocher leur peur aux gens, au lieu de leur dire qu’ils diabolisent la psychiatrie, il faudrait peut-être se demander pourquoi on est si nombreux à penser la même chose. Il n’y a pas que le déni de la maladie qui éloigne des soins, loin de là, même si c’est plus commode de le penser.

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12 commentaires »

  1. A reblogué ceci sur trolldejardin.

  2. Lydie Said:

    Bonjour,
    Perso g connue la chbre d’iisolement avec ine maltraitance au debutt. Ci qui etait amon sens inutile et chquant. J’ai des sequelles psychologiques.par contre je vais ds un hopital de jour ou il y a de la bienveilla’ce.
    Je vs siuhaite le meme.
    Bien a vous

  3. spacering Said:

    Oui, c’est intéressant ce que tu écris, car il est abérant pour un système de soin, d’être indésirable des malades qui devraient pouvoir en bénéficier. Moi, je pense que les psys, infirmiers, soignants, devraient mesurer, et être à même de soigner les blessures des hospitalisations, et mécaniques de soins, car comme tu le décris, elles existent, et sont je pense bien réelle.

  4. la girafe Said:

    Merci pour ces mots. En tant qu’autiste anciennement classée borderline, j’ai été traumatisée aussi par deux courtes hospitalisations adolescente, entre les chambres à multiples pensionnaires, le gavage nutritionnel et le réfectoire bruyant, la confiscation de ce qui me permettait de survivre (mes livres et cahiers), l’inexistante lumière du jour, les contacts physiques brusques et sans demande de consentement, et enfin le ton moqueur des psys clairement incompétents. Et je sais de témoignages de proches qu’il y a bien pire traitement ! Au plus profond des états de désespoir, quand je rêve qu’on me prenne en charge et que je suis sur le point d’appeler les urgences, j’essaye de me rappeler que les services psychiatriques, dans l’état, ne feraient probablement que m’enfoncer encore plus. C’est ma pensée-repoussoir, pour tenir encore.

    Je sais qu’on n’a pas toujours le choix, et j’espère que les urgences psychiatriques et les hôpitaux peuvent encore sauver des personnes qui n’ont aucun proche sur lequel s’appuyer. Mais relayer des témoignages comme le tien et exprimer sa peur de l’hôpital est crucial pour que les choses changent, pour que finalement on puisse avoir ces refuges vitaux, ces aides nécessaires, adaptées, respectueuses.

  5. Sandie Said:

    Quel fort témoignage. Je le lis par hasard! J’en suis heureuse car il me permets de sentir votre humanité. Que ce soit être dur parfois dans votre tête, mais votre coeur est si bon. Continuez de votre mieux, en étant médicalement soutenue, si vous en avez encore besoin. Quelle maladie difficile! Ne pas être amène de se faire confiance en toute circonstance. Et en même temps, qui le peut vraiment?
    Merci de votre partage, qui nous lie alors un peu.
    Sandie

  6. Lana Said:

    Merci à tous pour vos messages.

  7. cres Said:

    Je me souviens, les barreaux aux fenêtres fermée, la double porte, les meubles visée au sol,a 15 ans deux fois 1 mois en 4 mois…Sa calme…Je me rappelle aussi a 19 ans en trois mois d’hôpital…Je ne me souviens que des médocs et de la grosse cuillère parce que j’arrivais pas a manger avec fourchette et couteau.. Oui si je devais retourner en hp, sa sera pas de mon plein gré…Les psy que tu vois 10 minutes par jour (pour 50 euros,c’est pas cher) etc…
    Bonne continuation et je continu a lire votre blog intéressant .

  8. Lana Said:

    Bonne continuation à vous aussi.

  9. Bertrand D. Said:

    L’isolement, la contention, 2 ans de traitement pour rien. Puis le retour a l’isolement parce que ca allait mal. Je prenais plus mon traitement, j essayais de faire entendre que j’etais victime d’une erreur de diagnostique, dans l’espoir de pouvoir me faire prendre en charge pour mes vrais problemes. J’en suis sorti rapidement, j’ai eu le bonheur de croiser la route d’un psychiatre competent qui m’a fait sortir sur le champs. Mais bon dans ma vie privée le mal etait fait. Quoi que je dise, quoi que je fasse, j’etais le schizo dans le deni. Heureusement que j’avais gardé une boite de neuroleptiques au cas ou parce que le truc d’avoir un schizo dans le deni entre moi et le reste de l humanité ca a fini par me faire disjoncter. Coucou Dieu.

    J’ai pas eu le coeur a retourner en psychiatrie, j’y avais pris trop cher. J’ai accepté le diagnostique, sans savoir si se prendre pour Dieu ca suffit pour faire schizo, puis j’ai fait des recherches sur le net. J’ai cultivé mon delire avec un brin d hygiene mentale. J’ai une chance de cocu, je le vois pas autrement, je m’en suis sorti. Et j’ai tout bien rangé. J’ai reinventé la psychanalyse et j’en ai fait une science. Un an et demi que je prend des murs avec les psychanalystes. Y en a pas qui se soucie du fait que je veuille partageres trucs et astuces avec les autres. Un an et demi que je les observe s ecouter parler et se raconter des grandes histoires. Ca me rend dingue. Totalement dingue leur mascarade. Non seulement ces idiots s imaginent en savoir plus que nous sur notre propre vie mais en plus y en a pas un qui bronche alors que meme dans un grand quotidien on est plus a l’abri de croiser l’histoire du fou attaché a un brancards parfois plusieurs jours.

    Sans deconner quand je pense que je suis censé etre le dingue, l’handicapé, le deficiant, la tare sur patte j’ai mal. Parce que tous ces gens ils n’attendaient qu’une chose. Qu’un autre prennent un peu de son temps pour accorder un peu d’attention aux petites miseres de sa vie. Et au lieu d’avoir l’aide esperé il finit broyé.

    C’est la psychiatrie qui est dans le débi de ses troubles, pas moi. Et peut etre qu’un jour on devrait se reunir pour songer a leur dire ce qu’ils ne veulent pas entendre. Parce que je deconne pas. J’en ai vraiment fait une science de la psychanalyse. Et je suis convaincu que quand on est malade on se fout pas mal de la marque du flacon de colle du moment qu’elle permet de recoller les morceaux.

  10. Lana Said:

    Contente de savoir que vous vous en êtes sorti.

  11. a59b Said:

    Merci beaucoup pour ce petit texte. Il m’arrive parfois de me demander et de chercher les raisons à ce manquement éthique inhumain: je ne trouve que des décideurs qui font les sourds.

    J’ai perdu l’amour de ma vie, parce qu’elle était malade. C’est le traitement hospitalier psy qui l’a tuée.

  12. Lana Said:

    Je suis désolée pour la perte de votre compagne.


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