Rien sur nous sans nous

Quelque chose qui me met en colère, mais vraiment en colère, c’est quand les gens pensent que les malades psys ne se rendent compte de rien.

Dans 28 minutes, sur Arte, une journaliste s’étonne que les patients eux-mêmes se rendent compte des problèmes de la psychiatrie.

Mais vous croyez quoi, à la fin? Qu’on est débile, comme le disait Ruffin dans son livre? Qu’on est des plantes vertes, comme le disait un autre journaliste en parlant du pilote qui s’est suicidé à bord de son avion et qui aurait dû prendre ses médicaments pour « devenir une espèce de plante verte »?

Eh bien, non!

Oui, on se rend compte des problèmes de la psychiatrie. On le voit, quand les soignants n’ont plus le temps de nous parler. On le sent quand on est surshooté pour qu’ils aient la paix. Ceux qui sont attachés, isolés, ils le ressentent de leur chair les dysfonctionnements de la psychiatrie. Vous croyez quoi? Que parce qu’on entend des voix ou qu’on a des troubles de l’humeur, on ne sent plus les liens sur nos membres, les démangeaisons qu’on ne peut pas gratter parce qu’on est immobilisés? Qu’on ne remarque pas que la porte de la chambre ou du service est fermée à clé? Qu’on n’a aucune distraction, qu’on prend du pouvoir sur nous, qu’on nous dicte notre conduite, vous pensez qu’on ne s’en rend pas compte? Qu’on nous prenne nos vêtements, nos affaires, notre téléphone, vous croyez vraiment que ça ne nous fait rien?

Vous le prendriez comment, vous, tout ça? Laissez-moi deviner… mal. Eh bien nous aussi, surtout qu’à la base, on est beaucoup à être hypersensibles. Et qu’en crise, c’est encore pire. On n’est pas moins humains que vous, on n’est pas moins sensibles que vous, on n’est pas moins intelligents que vous.

Il faut vraiment arrêter avec ça, avec « ils ne se rendent compte de rien, ils ne ressentent rien ». Il faut arrêter de prendre ça comme postulat de départ pour ne même pas chercher à avoir notre avis, à nous inviter dans vos émissions sur nous, dans vos articles, vos livres, vos discours sur nous. Il faut arrêter de parler de nous sans nous.

Et puis c’est bien pratique, ce postulat, pour continuer à attacher, à enfermer, à mépriser. On ne le supporterait pour aucune autre catégorie de la population, mais les fous, hein, ils ne ressentent rien, alors c’est pas très grave. Eh bien si, c’est très grave.

On ressent tout et on en a marre.

10 commentaires »

  1. pierre lombard Said:

    Quelle journaliste ?

  2. Poppy June Said:

    Voilà qui est très juste. je suis bien d’accord avec vous, il y a encore bien du travail à faire avant que les « normaux » y comprennent quelque chose.

  3. Alain Said:

    Je suis tout à fait d’accord avec toi mais que faire concrètement ? On entend toujours la même chose depuis tant d’années.

    Les journalistes ont des contacts avec des psys qui le leur disent et ils s’en contentent, ils ne cherchent pas à en savoir plus.

    Il faudrait contacter des journalistes, intelligemment, pour leur faire voir l’autre aspect des choses. Il faudrait sans doute se concerter pour le faire.

  4. Lana Said:

    La journaliste, c’est Nadia Daam.

    Alain, que faire concrètement, je ne sais pas, à mon échelle je prends la parole sur mon blog, je pense qu’on doit prendre la parole, pas attendre qu’on nous la donne. SOS Psychophobie fait du bon boulot, en interpelant les journalistes, notamment.

  5. la girafe Said:

    Continuer à prendre la parole, oui. C’est pourtant pas les témoignages de fous-folles/handis qui manquent, et depuis un paquet d’années en plus, mais ils continuent à faire comme si aucune objection n’avait jamais été faite, comme si on ne pouvait pas penser et sentir par nous-mêmes. C’est le principe de l’oppression : parler à la place de l’opprimé et prendre ce pseudo-silence pour justifier l’oppression. Merci pour cet article et ce juste rappel, cette juste indignation…

  6. pierre Said:

    Nadia Daam, oui pas étonnant. 28 minutes est une émission de propagande présentée par des cyniques et, sauf rares exceptions, c’est le niveau zéro de l’intelligence. Quant aux « normaux », il n’y a rien à en attendre. Lacan : « De tous les diagnostics, la normalité est le plus grave, parce qu’il est sans espoir. » Histoire de sourire un peu…

  7. Hervé Said:

    Le pire, c’est Claude Askholovitch hier soir… C’était à gerber ! Indigne d’une telle émission (oui, toujours 28 Minutes, qui a pourtant été mieux inspirée à d’autres occasions !) Va falloir que j’arrête de le suivre sur Twitter à ce jeu là…

  8. pierre Said:

    Askholovitch, c’est justement le seul qui relève un peu le niveau…on se demande même ce qu’il fait dans un tel panier de crabes.

  9. Jérôme Said:

    Merci de votre témoignage que j’ai lu sur le site santementale.fr. J’exerce en psychiatrie depuis une quinzaine d’année et je trouve que l’on tarde à donner une vraie place à la parole des usagers. Je crois profondément à la pair aidance et à la démocratie sanitaire.
    Merci encore et continuez à vous exprimer !!!

  10. Lana Said:

    Merci!


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