Pas tous les psys…

En ce moment, sur twitter, il y a un hastag qui dénonce les maltraitances des psys, #moiVSpsy.

Evidemment, comme pour #Metoo et ses not all men, on a droit à « mais tous les psys ne sont pas comme ça! », « vous allez décourager les gens de consulter », « c’est déprimant pour les psys d’être critiqués », etc.

Evidemment, tous les psys ne sont pas comme ça, on le sait, et la bienveillance en psychiatrie et en psychologie devrait être la norme. On n’est pas là pour distribuer des cookies et dire « ouah, mon psy a été respectueux » alors que c’est un comportement normal.

Est-ce qu’on va décourager les gens de consulter? Quel est l’effet de ce hastag sur les patients?

Je ne le nie pas, ça peut faire peur. Mais ne vaut-il pas mieux être prévenu de ce qu’on peut rencontrer? Savoir que ce n’est pas de notre faute si ça se passe mal, savoir qu’on peut changer de psy (si on en a la possibilité)? Savoir que les psys sont faillibles, peuvent être grossophobes, racistes, sexistes, transphobes, etc. et qu’on a le droit de ne pas supporter ça? Que leur parole n’est pas parole d’Evangile?

Quand au fait que c’est blessant pour les psys d’entendre des critiques, que croient-ils que leurs maltraitances ont comme effet sur nous?

Je vais prendre mon exemple. J’ai vu pendant presque trois ans un psychologue maltraitant chaque semaine. A l’époque, je ne connaissais personne avec qui parler de ce qu’il peut se passer dans une relation thérapeutique, je n’en parlais ni à mes amis ni à ma famille, je ne fréquentais pas encore les forums et les réseaux sociaux n’existaient pas. J’avais eu surtout de mauvaises expériences avec des psychologues et des psychiatres.  Je n’étais plus en pleine crise mais j’étais loin d’être stabilisée.

La thérapie avec ce psychologue ne me faisait du mal, et pourtant, je ne suis pas partie, même si j’en ai émis plusieurs fois le souhait. Pourquoi? D’abord, parce que j’avais peur de tomber sur pire (un des psys que j’avais vu avant a quand même fini en prison pour avoir violé deux patientes). Mais aussi parce que j’étais persuadée que l’échec de ma thérapie était de mon fait, que je n’étais pas capable d’aller mieux, que je ne savais même pas suivre une thérapie correctement. Que si je tombais sur des mauvais psys, c’était un peu de ma faute. Que je ne valais tellement rien que même les gens payés pour s’intéresser à moi s’en fichaient. Je sortais d’une séance en ayant envie de me suicider, ou au mieux en étant mal toute la journée  et même si j’allais bien en arrivant. J’ai fait une crise terrible le jour où mon psychologue m’a raccroché au nez en disant « on ne change pas ce qui est convenu » quand je lui ai demandé d’avancer un rendez-vous, alors que j’étais en plein doute sur mon avenir (j’avais décidé d’arrêter mes études). Après, je m’en suis longtemps voulue d’être restée près de trois ans en thérapie avec lui. Je me sentais bête, assez conne pour être manipulée. C’est encore à moi que j’en voulais, pas à lui. Jusqu’à ce que mon médecin traitant me rassure et m’explique que je n’étais pas en état de me défendre.

Si j’avais connu d’autres usagers à l’époque, si j’avais pu partager leurs expériences, compter sur leurs conseils, je pense que je serais partie bien avant et aurait perdu moins de temps dans mon rétablissement. C’est surtout à ça que sert ce hastag, partager, parler, se dire qu’on n’est pas seuls.

Alors, c’est peut-être déprimant pour certains psys, mais pour nous, c’est de nos vies qu’il s’agit.

13 commentaires »

  1. catplume Said:

    avez-vous ressenti une différence de traitement entre les psychiatres psychologues et psychanalyste svp ?

  2. la girafe Said:

    Oui, il faut en parler, pour sortir de l’isolement, pour se rendre compte de ses droits dans le monde médical (dans le monde, tout court), pour se réparer, pour s’éviter d’autres violences. En parler ce n’est pas entretenir la peur du monde psychiatrique/médical (la peur vient des maltraitances subies, non ?), mais se donner les outils pour mieux reconnaître et faire face, une prochaine fois, les situations d’abus VS les situations normales et bienveillantes.

    Un.e bon.ne psy, allié.e, ne cherchera pas à se disculper en premier lieu, mais reconnaîtra qu’en effet dans la profession il y a beaucoup d’abus et de progrès à faire, et saura ellui-meme se remettre en question.
    Comme pour toutes les oppressions et tous les oppresseurs en fait…

    C’est décourageant. On parle des choses dont on a été victimes, et les personnes qui n’ont pas été victimes cherchent avant tout à se glorifier de ne pas être des bourreaux, au lieu de compatir avec les victimes. Ras-le-bol.

  3. pierre Said:

    Mon expérience : 8 ans de parcours dans la jungle de la fausse psy (-chologie, -chiatrie, -chanalyse) avant de tomber enfin sur quelqu’un de bien. Après ça, on comprend pourquoi les gens se suicident ou écrivent « Le livre noir de… ». Des « thérapeutes » qui se foutent royalement de la santé de leurs patients, qui sont au service d’idéologues d’extrême droite (antisémitisme, misogynie, racisme, homophobie, etc…), qui se considèrent comme « normaux » et « exemples à suivre ». Eux sont en « bonne santé » et vous, vous êtes « malades ». Dans un tel contexte, il vaut encore mieux être « malade ». « …et de nos maladies, la plus sauvage, c’est mépriser notre être. » MONTAIGNE. Merci Lana !

  4. Avatar905 Said:

    Je pense aussi que le hashtag est une très bonne chose et que c’est essentiel de pouvoir parler de nos différentes expériences, afin de mieux se rendre compte des conséquences de certaines pratiques, de ce qui n’est pas normal, de ce qui détruit la vie des gens.

    Et en effet, beaucoup de professionnels se satisfont de leur incompétence pourvu qu’elle leur rapporte de quoi remplir leur assiette à a fin du mois. Si ce hashtag peut les aider à se remettre en question, tant mieux.

    Toutefois, j’aurais aimé revenir sur un truc que tu as dit qui m’a rendu triste et mis un peu en colère:

    « On n’est pas là pour distribuer des cookies et dire « ouah, mon psy a été respectueux » alors que c’est un comportement normal. »

    Oui, c’est un comportement normal dans le sens ou c’est un comportement qui est adapté si notre but est de faire du bien aux gens. Toutefois, il me parait dangereux de croire que, puisque c’est normal, nous n’avons aucune raison d’en être reconnaissant.
    Au contraire. Plus on pourra exprimer de la reconnaissance pour la « bienveillance normale » qu’on nous témoigne, plus cela facilitera par la suite l’entretien de ce respect et cette bienveillance.
    Parce que la psychothérapie est un lien humain avant tout, que les gens qui font ce métier le font aussi pour satisfaire certains de leurs besoins (donner du sens à sa vie, agir selon ses valeurs en étant utile aux autres, etc).

    Si on ne dit jamais « merci » aux gens qui nous font du bien, aux gens qui nous aident, le risque c’est que le manque total de reconnaissance soit décourageant et qu’ils s’épuisent dans un travail qui perd de son sens, ou ils peuvent douter d’eux même sans savoir si ils sont réellement utile, s’ils font vraiment du bien à leur patient, puisque celui-ci considère que « ma foi c’est bien normal » comme si c’était un simple échange de service, comme si on achetait juste une baguette de pain à la boulangerie contre de l’argent.

    Souvent, ca ne coûte pas grand chose, de dire merci quand on se sent reconnaissant, et ca peut changer beaucoup dans la qualité d’une relation.

    De la même manière, ca ne coûte pas grand chose pour un psy de dire « pardon » quand il dit ou fait de la merde en en entretien (et cela nous arrive à tous, on est humain, on fait des erreurs, faut juste faire avec), et oser le dire peut changer beaucoup de choses dans la qualité du lien avec son patient.

  5. catplume Said:

    Je suis tout a fait d’accord avec Avatar !^^

  6. Lana Said:

    Catplume, j’ai eu des mauvaises expériences avec des psychiatres psychanalystes mais aussi avec d’autres.
    Avatar, quand je parlais de distribuer des cookies, je parlais plus sur twitter que dans la vraie vie, où ça me paraît important aussi de donner des retours positifs aux gens.

  7. pierre Said:

    Une idée qui me vient ce matin : pourquoi ne pas fonder un groupe du style « La parole libérée » pour tout ce qui concerne la nébuleuse psy ? Je crois qu’on commence à être beaucoup à avoir un lourd dossier sur les abus en tout genre auxquels on a du faire face…les psys sont les derniers à pouvoir continuer leurs méfaits en toute impunité mais ça va pas durer éternellement cette histoire…

  8. Lana Said:

    Il y a un compte twitter qui s’appelle Abus en psychiatrie et qui dénonce cela, il y a aussi Paye ton psy qui dénonce le sexisme. Mais pourquoi pas, vous pourriez fonder un groupe.

  9. pierre Said:

    Oui, j’ai vu ça Lana mais rien de comparable à la pédophilie dans l’Eglise ou le mouvement metoo, etc…on ne réalise pas encore à quel point la violence verbale et psychologique est aussi dévastatrice que la violence physique…mais ça finira bien par se savoir. A part ça, je ne me sens pas l’âme d’un « fondateur », mais si des personnes sont motivées pour enclencher un mouvement de ce type, j’en serai pour sûr et le dossier sera lourd. Et, encore une fois, ce n’est qu’une question de temps…l’ampleur de la fraude est trop grande.

  10. Psycho & Co Said:

    Merci pour ton article. En tant que jeune psychologue clinicienne travaillant en psychiatrie depuis 1 an et demi, j’ai été en premier lieu blessée par ce hashtag car lorsqu’on est aussi passionné par son métier, ça nous fait mal être assimilé à ces mauvais professionnels… et en même temps c’est eux qui décribilisent notre profession, c’est eux qui vous font perdre confiance dans les soins… Et je te rejoins tout à fait sur ce point.. Certains psy devraient être signalés pour leur pratique qui mettent en danger des personnes en souffrance. Tu as raison, c’est votre vie. Et je dirais que c’est aussi la nôtre, tu l’as dit nous ne sommes pas infaillible, nous avons aussi notre sensibilité et grandir et s’épanouir dans un métier que l’on aime par dessus tout mais que d’autres (psy) s’évertuent a détruire c’est très difficile. Je rejoins aussi Avatar905 sur son commentaire très juste. 😊

  11. hypathiedalexandrie75 Said:

    oui j’ai moi-même vécu une maltraitance extrêmement violente pendant un mois et demi dans un HP.J’étais devenue leur souffre-douleur.
    Malheureusement , on crois rarement le patient ( quand même un « malade mental » !) dans ce genre de situation.

  12. Lana Said:

    C’est humain d’être blessé par le hastag et d’avoir un réflexe corporatiste en premier lieu, mais si tu t’es rendu compte que c’était certains psys le problème et pas les usagers, j’en suis contente. Je ne crois pas qu’on mette tous les psys dans le même panier, en tout cas ce n’est pas mon cas. J’ai aussi eu de très bons psys et je leur en suis reconnaissante.

  13. Lissy Said:

    Mais non, ce n’est pas « humain » d’être blessé par ce hashtag… Si le psy a de telles failles narcissiques que son 1er réflexe est d’être vexé / blessé, bah c’est qu’il y a un souci!
    Une des 1eres qualités d’un psy devrait être l’humilité: le savoir est du côté du patient et de la clinique!
    J’exerce la profession de psychologue depuis 13 ans maintenant; et bien évidemment, ça m’arrive de ne pas être efficace avec un patient… et je chercher à progresser, à me former, constamment.
    Et bordel, s’il m’arrive d’avoir des propos ou une attitude blessants pour un de mes patients, je préfère 1000 fois le savoir pour m’ajuster, me remettre en question et m’améliorer pour lui/elle!
    D’ailleurs, très régulièrement, je demande à mes patients si ma manière de procéder leur convient, notamment avec les nouveaux patients ou les patients défensifs.

    Et sinon, pour les psychologues, il ne faut surtout pas hésiter à saisir la Commission de déontologie: http://cncdp.fr


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