« On ne veut pas mettre d’étiquette »

J’ai eu plusieurs psys qui refusaient de faire un diagnostic et disaient qu’ils ne voulaient pas mettre d’étiquette, qu’ils ne voulaient pas que je m’identifie à une pathologie.

Déjà, je les soupçonne fort d’avoir fait leur diagnostic mais de refuser de me le dire, ce qui est très différent. Ca donne au psy un pouvoir sur nous. Il sait quelque chose sur nous qu’on ne sait pas et refuse de le partager, ce qui est très paternaliste.

Ensuite, pour ce qui est en de s’identifier à la pathologie, pour moi ça été le contraire. Dire « je ne veux pas que vous vous identifiez à une pathologie » veut dire qu’il y a bien une pathologie. Mais laquelle? Quand je ne le savais pas, ça me rendait folle. Je voulais savoir à tout prix, je suppliais mes psys en pleurant, mais rien n’y faisait. Je ne savais plus quelles étaient mes vraies pensées et quelles étaient mes pensées folles, c’était vertigineux. J’essayais de comprendre dans les livres, j’hésitais entre plusieurs diagnostics. Je me souviens avoir lu un livre où le héros dépressif déchiquetait son emballage de hamburger, comme moi, et je me suis dit oh mon Dieu, même ça c’est dû à ma maladie? Je ne savais vraiment plus qui j’étais, je me sentais engloutie par la maladie, cette entité dévorante qui n’avait pas de nom.

Quand un nom a été mis, oui, ça a fait mal, je ne vais pas le nier. Personne n’aime entendre qu’il est schizophrène, le mot qui fait peur, le mot pour dire la folie. Mais, enfin, il y avait un mot, et c’était bien mieux que d’avoir une maladie qui n’a pas de nom. Je ne me suis pas réduite à cette maladie. Au contraire, quand elle n’était pas nommée, j’y étais soumise, elle m’accaparait. Là, j’ai pu la mettre à distance, comme un objet que j’aurais pris dans ma main et fait tourner pour l’observer sous toutes les coutures. J’ai pu poser des questions sur la schizophrénie, ce qui était impossible tant qu’elle n’avait pas de nom, j’ai pu parler de mes peurs, j’ai pu parler avec des gens qui en souffraient aussi, j’ai pu lire des livres dessus. Ce n’était plus un magma informe dans lequel j’étais embourbée, avec des gens qui me regardaient en pensant « on sait ce que tu as mais on ne va rien te dire, on ne va pas te donner les armes pour en sortir ».

Peut-être que certaines personne s’identifient à leur maladie quand on leur donne un diagnostic, je ne sais pas, et je sais que ça part d’une bonne intention de la part des psys, mais ce que je vois surtout c’est que les grands principes peuvent vite tomber dans la paternalisme et la maltraitance quand ils deviennent des dogmes et qu’on n’écoute pas ce que ressent le patient.

 

13 commentaires »

  1. Oui, Lana, je suis d’accord avec toi. Connaître le nom de notre pathologie, ne nous fait pas nous identifier à elle. Le moins que l’on puisse dire est que beaucoup de personnes le font à notre égard, sans même nous connaître… L’habitude, probablement, de définir quelq’un par une caractéristique remarquable, pour des raisons tellement multiples, de tri, de facilité…
    Imaginer qu’on s’identifierait à notre maladie, c’est bien une idée de psy. 😂
    Pourquoi il ne veut pas la nommer ?
    Pas confiance en lui ?
    Que ce serait trop dur à entendre ?
    Pas confiance en nous ? Je pencherais prioritairement pour cette option, assortie d’une méga-méconnaissance de nous. Qu’il pourrait beaucoup améliorer s’il dialoguait avec nous. Faisait de nous un partenaire pour mieux nous soigner.
    S’il y a une personne qui sait bien qui on est, c’est nous-mêmes. Même malade.
    Tout à fait d’accord.
    Connaître le nom de sa pathologie nous permet de la détacher de nous, pour nous en emparer, pour la comprendre, et pourquoi pas, s’en débarrasser, ou au moins des symptômes et des conséquences sur notre vie ?
    D’abord vérifier, voir si on reconnaît nos symptômes. En parler avec d’autres qui ont les mêmes. Reconnaître ses symptômes chez d’autres personnes, c’est rassurant, on n’est plus seul avec ça, mais aussi on peut échanger des tuyaux, des découvertes personnelles.
    Bon rétablissement, bonne guérison, 😉 Lana

  2. catplume Said:

    C’est tellement juste ce que vous dîtes !

  3. pierre Said:

    Une grande justesse dans vos propos Lana, encore une fois. Il ne faut pas sous-estimer la défense du « médecin » par rapport au « malade » parce que pour un peu…le « médecin » s’apercevrait que c’est peut-être lui le vrai « malade » ! A méditer…et lire (pour se détendre et se moquer des psychiatres) le « Petit discours aux psychiatres » de Lacan…

  4. Lana Said:

    Merci pour vos messages!

  5. Émilie L. Said:

    … pris dans notre colère ou notre amertume, on oublie parfois qu’il y a d’autres enjeux pour les psy que ceux qui nous viennent en tête. Qui sait si vous étiez prête à l’entendre la première fois ? Qui sait s’il cela vous aurait servi, alors, de vous savoir SZ ? Qui sait si, parce que nommé trop tôt, vous n’auriez pas décompensé ? Qui sait si votre état psychique à ce moment là ne recommandait pas justement la prudence et la mentalisation pour vous permettre de le prendre comme vous l’avez finalement pris ?
    Si certain psy sont, comme vous le nommez, paternaliste ou dans le contrôle, d’autres savent juste bien faire leur travail et aller dans le sens du mieux être du patient. Ne pas souhaiter poser une étiquette n’est pas forcément synonyme de pouvoir. Au contraire. Cela repose le plus souvent sur un jugement clinique et une déontologie qui vont dans le sens du patient.

  6. catplume Said:

    je laisse Lana vous répondre. Quant à moi sachez que lorsqu’un psychiatre nous a donné le diagnostique de SZ pour mon fils de 11 ans, ça a été un « soulagement » dans le sens où lui et moi nous savions contre quoi nous battre et donc nous renseigner sur les thérapies. Bien sûr que le diagnostic est dur à entendre mais le flou est encore pire car angoissant. Et puis ce n’est pas une étiquette, c’est un photographie à un instant T, qui peut évoluer, la preuve il va bien aujourd’hui !

  7. Lana Said:

    Je suppliais en pleurant mes psy de me donner un diagnostic, donc je pense que j’étais prête à l’entendre. Comme le dit Catplume, le flou est bien pire, on passe son temps à se demander ce qu’on a et à envisager le pire, sans pouvoir en parler, parce que le diagnostic est le sujet tabou.

  8. catplume Said:

    Et j’ajoute, vaut il mieux  » s’auto diagnostiquer » sur internet ou l’apprendre de la bouche d’un psy bienveillant ?

  9. Lana Said:

    Ben oui, parce que tant qu’on n’a pas de diagnostic, on cherche par soi-même, on passe son temps à faire des hypothèses, à douter, etc et quand on a un psy qui ne veut pas « mettre d’étiquette », on n’a personne pour parler de tout ça.

  10. Avatar905 Said:

    Merci pour ton super témoignage.

    Quand je suis avec un patient qui est en demande d’explications sur son fonctionnement, perso j’ai tendance à lui partager ce que je comprend de son fonctionnement et éventuellement lui mentionner une hypothèse diagnostic tout en précisant
    1) qu’un diagnostic n’est qu’une étiquette qui donne un repère pour adapter l’accompagnement thérapeutique, ce n’est pas une vérité immuable
    2) que c’est juste un avis, et que je peux me tromper car je suis humain et non omniscient

    De manière générale c’est je pense toujours mieux d’être authentique dans les échanges patient soignant

  11. Lana Said:

    Oui, je crois aussi que l’honnêteté est très importante.

  12. mafamilledeouf Said:

    Merci pour votre article !
    Je lutte aussi pour que les personnes puissent obtenir leur diagnostic lorsque celui-ci est connu. Je rappelle déjà que c’est la loi. En France, les médecins sont tenus de le transmettre de manière adaptée à leur patient.
    Tout comme il fut un temps (qui existe encore un peu malheureusement) où les médecins ne disaient pas aux patients lorsqu’ils avaient un cancer, la schizophrénie est souvent tue et les patients et les familles laissés à l’inquiétude de leur état qui leur semble incompréhensible et si angoissant.
    Ne pas donner un diagnostic ce n’est pas éviter de mettre une étiquette, c’est une perte de chance pour le patient qui n’aura pas ou peu de possibilité de faire face à sa maladie, la prendre en charge correctement, s’adapter aux difficultés persistantes et se rétablir.
    Et enfin, faire et transmettre un diagnostic n’est mettre une étiquette que si les professionnels ne font pas leur travail d’accompagnement en donnant toute l’information nécessaire, fournir toute la prise en charge adapté et soutenir le rétablissement de la personne.
    Évidemment, faire et transmettre un diagnostic, ne se fait pas à tous les moments, ni de n’importe quelle manière. Mais se fait de manière adaptée au patient et à sa situation.
    Je résume : ne pas fournir un diagnostic alors qu’on le connait est illégal en France pour les médecins, c’est une perte de chance pour les personnes et un diagnostic n’est pas une étiquette, c’est le début du rétablissement. Si c’est une étiquette, c’est que le travail est mal fait.
    Pensée pour les familles qui avaient le diagnostic de leur proche et qui m’ont demandé dans un moment de désespoir « ah quoi bon avoir le diagnostic ? ». Je leur ai répondu en leur montrant le groupe de soutien dans lequel ils étaient que déjà c’était pour trouver l’aide adaptée, l’information adaptée, les stratégies thérapeutiques adaptées et qu’ils puissent constituer une équipe adaptée pour leur fils et eux.

  13. Lana Said:

    Merci pour votre commentaire. C’est illégal de ne pas donner un diagnostic, mais c’est difficile de prouver que le médecin en a fait un s’il dit le contraire.


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