« Lui, c’est un psy »

Les soignants entre eux désignent parfois (souvent?) les personnes suivies en psychiatrie par le terme « psy ». « Lui, c’est un psy ».

Jugement définitif et catégorique.

Ca veut dire que c’est dans sa tête, qu’il simule, qu’il ne faut pas rentrer dans son jeu. Oui, parce que quand vous êtes « psy » et que vous avez mal, c’est un jeu apparemment, un piège tendu au soignant dans lequel il ne faut surtout pas qu’il tombe, au risque de… de quoi au juste?

Dire « les psys », c’est faire une seule catégorie avec 33% de la population (chiffres de l’OMS), qui présente des troubles très divers. C’est faire comme si ce tiers de la population ne pouvait pas avoir de problèmes somatiques. Alors qu’on sait qu’il y a une surmortalité chez ces patients. (https://www.lequotidiendumedecin.fr/liberal/exercice/surmortalite-des-patients-psychiatriques-prescription-des-antidepresseurs-inappropriee-la-cnam)

Oui, je sais, c’est étonnant, mais avoir une maladie mentale ne nous empêche pas d’avoir une ou des maladies somatiques à côté.

Quand bien même certains troubles seraient psychosomatiques, ne sont-ils pas à traiter comme les autres?

Et si quelqu’un en est à faire semblant d’être malade pour avoir de l’attention, n’y a-t-il pas quelque chose à creuser?

Je m’interroge sur cette peur qu’on certains soignants de rentrer dans notre jeu, de donner de l’attention là il faudrait soi-disant rester indifférent, au point de risquer la vie de leur patient. De quoi ont-ils peur au juste?

Quand on a mal, il ne faut pas rentrer dans notre jeu.

Quand on est suicidaire, il ne faut pas nous donner de l’attention.

Quand on est psychotique, il ne faut pas nous croire.

Si j’ai bien compris, dire « il est psy », ça veut dire « ignore-le ».

Depuis quand ignorer son patient et sa parole est un bon précepte en médecine? Depuis quand soigne-t-on en ignorant?

Je ne suis pas « psy », je suis une personne. Et même si ma tête déconne, j’ai un corps qui ne fonctionne pas toujours bien non plus, et qui ne peut être ignoré sans danger.  Pour certains, dire « il est psy », c’est une façon pratique de catégoriser les gens, pour nous c’est nous réduire à une maladie psychique et jouer avec notre vie.

8 commentaires »

  1. Annie MENONVILLE Said:

    Oui, ils disent de nous : c’est un cas psy !!!! Une étiquette qui enferme de suite…. un rejet…. et tant de noms d’oiseaux
    Mais au fait, quand on y réfléchit : Est ce que tout le monde ici bas n’est pas un CAS PSY ???? ah ah ah…Annie MENONVILLE Association Tic et Tac Santé Ardennes

  2. CAJAT Madeleine Said:

    Très bon article. Cette très grande souffrance est aggravée souvent par des troubles somatiques qu’il faut obligatoirement prendre en compte.

  3. Fennec Said:

    Olala… qu’est ce que j’ai pu entendre ça durant mes études infirmières… « monsieurmadame Machin est psy … » .. »ah non il va nous emmerder çui là ! tu t’en occupes ? », ou d’autres expressions du style. Des collègues élèves étaient choqués de voir que des infirmiers n’aidaient pas un patient qui se laissait tomber à se relever, car « il faisait exprès » et il ne fallait pas y répondre pour encourager son comportement, le laisser se relever tout seul. L’AS qui fait poireauter les patients devant la salle d’activité, et qui n’ouvrira que dans 10mn pour leur apprendre la tolérance à la frustration … (miss Ratchet le retour) et personne pour réguler ça. C’est comme des ornières défensives qui ferait envisager que le patient en crise avec une maladie mentale aurait besoin d’un coup de pied aux fesses, de volonté, et de CADRE (qui ne peut plus être désigné comme tel, mais comme de l’autoritarisme).

    Je me souviens qu’on m’avait bien inculquer le fait de me « protéger », surtout dans les services généraux. La blouse également fait cet office. On parle toujours de « bonne distance » avec le patient. L’attachement et le relationnel est la partie que je trouve la plus belle de ce métier, même si elle fait beaucoup souffrir. C’est ce qui donnait un sens à mon envie d’exercer. C’est normal de se blinder un peu, mais de là à se déshumaniser, c’est qu’il y a un problème. En psychiatrie, on ne peut non plus passer outre, le relationnel est le coeur du soin, bien que ce soit oublié aujourd’hui !!

    J’ai voulu traiter mon travail de fin d’études aux représentations des soignants (soins généraux et psy) sur les maladies mentales, sachant qu’en plus on nous demandait de soulever un sujet percutant, quelque chose qui nous aurait questionné en sage. A la présentation de mon sujet, l’enseignante IDE m’a envoyé paître… « mais qu’est ce que tu crois, c’est comme ça la réalité ! » Je n’ai pas pu travailler sur ce sujet qui me tenait à coeur. Dans la foulée j’ai craqué, j’ai changé d’étude pour la psychologie où je m’y retrouve éthiquement et professionnellement. Cette ancienne école IDE m’avait vraiment lavé le cerveau !
    Evidemment, j’ai croisé des soignants respectueux et formidables qu’il ne faut pas oublier, mais ça me tue de voir qu’il y a énormément de préjugés chez les personnes censées soigner et être formées à cela !

    Bien à vous et merci pour vos témoignages.

  4. Lana Said:

    Merci à vous aussi pour votre témoignage.

  5. pierre Said:

    Idéalement, il faudrait s’éloigner le plus possible de ces « soignants » là, qui sont en réalité des criminels. Le plus difficile reste de trouver un « bon soignant », c’est-à-dire un soignant qui s’est d’abord soigné lui-même (« médecin, soigne toi toi-même »), c’est-à-dire essentiellement soigné de sa propre connerie. Et si cela est impossible, et Dieu sait si ça l’est souvent à l’heure actuelle, on peut se demander s’il ne vaut pas encore mieux se débrouiller tout seul…

  6. Lana Said:

    Je ne vois pas comment se débrouiller seul quand on a une appendicite ou un cancer, par exemple. Tout comme s’éloigner de ces soignants-là, pas facile quand on arrive aux urgences et qu’on ne choisit pas son médecin.

  7. C’est cette approche qui a fait bien des dommages chez nous à mon mari qui a dù se battre et je dis bien se battre et se débattre avec un système médical qui ne veut rien voir à cause de ce mythe qu’un malade mentaux « fake ».

    Proche 10 ans pour faire reconnaître par l’état que mon beau-père avait une démence frontotemporale même si tout les symptômes étaient évident le fait que celui-ci était également bipolaire et sujet à des psychoses nous bloquait systématiquement tout diagnostique.

    Si ce n’avais pas été d’un jeune « médecin généraliste » qui nous a cru quand on leur disait qu’il était pas normal même dans sa maladie mentale et que cela cachait surement autre chose … nous serions encore là à nous battre pour avoir des soins.

    Résultat de tout cela mon mari à perdu son entreprise … a fait une dépression sévère … à subit un choc post-trauma car son père avait des crises homicidaire quand il était en phase démence … merci système de santé …

  8. Lana Said:

    Je suis désolée que vous ayez eu à vivre ça.


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