Juste une folle

Si tu es « adhésif », c’est pathologique.

Si tu es « opposant », ça demande une augmentation de traitement.

Si tu souffres de tes conditions d’hospitalisation, c’est parce que tu ne sais pas où est ton intérêt.

Si tu veux moins de médicaments (et d’effets secondaires), c’est que tu es dans le déni.

Si tu ne demande rien, tu n’adhères pas aux soins.

Si tu demandes trop, tu pompes l’énergie des soignants.

Si tu n’acceptes pas les mensonges, l’infantilisation et les règles carcérales, c’est parce que tu es malade.

Si tu veux faire valoir tes droits, tu remets le travail des soignants en cause.

Si tu parles, personne ne t’écoute.

Si tu parles, tu parles dans le vide. Parce que ta parole ne vaut rien. Parce que tu es fou. C’est plus commode pour tout le monde de dire que ce que tu dis n’a pas de sens. De ne pas se remettre en question. D’ériger une barrière infranchissable entre toi et eux.

J’ai pu parler à mes amis, j’ai pu parler à des thérapeutes hors de l’hôpital (mais pas à tous), j’ai pu parler sur internet, j’ai pu parler à des étudiants, j’ai pu parler à des conférences, et être écoutée.

Je n’ai jamais pu moins parler qu’à l’hôpital, où on est censé te soigner par la parole. La maladie m’avait enfermée dans une longue nuit silencieuse, et l’hôpital ne m’en a pas sortie, au contraire. Derrière ses portes fermées à clés, c’est le règne du silence et des paroles fausses. Une fois passée cette porte, je n’étais plus rien, ma parole n’avait plus de valeur. J’étais folle. J’étais juste folle.

Je me demande souvent si les soignants se rendent compte de la souffrance que ce sentiment fait naître, être considérée juste comme une folle, niée dans son individualité, dans sa parole, confrontée à des règles arbitraires. Ou s’ils s’en fichent. Ou si ça les fait rire. Ou si ça les fait se sentir puissants. Je ne sais pas ce qui est pire.

J’ai été hospitalisée il y a vingt ans, et j’en ai toujours le ventre noué, de cet endroit carcéral et de la fragile jeune fille  brisée que j’étais. Les forces sont tellement inégales. Une folle sans parole face à l’institution toute puissante. J’ai râlé, j’ai pleuré, et puis j’ai souris et j’ai fait semblant. Parce que c’était la seule réponse possible. Tu dois être ce qu’ils veulent que tu sois, parce que tes mots n’ont pas de poids.

Parce que tu es juste une folle. Pas une personne.

 

15 commentaires »

  1. Esther Said:

    D’une certaine façon tes mots me rassurent… J’ai passé un mois en hôpital psy il y a 2 ans et demi et j’y pense encore souvent. Un rien peut m’y ramener, une chanson, un plat, un mot, des jeux ; comme un traumatisme. J’ai l’impression que c’est gravé en moi. Comme si l’HP avait laissé en moi une trace indélébile.
    Tu décris malheureusement trop bien ce qui se passe en HP. Bien sûr on peut nuancer, mais d’une manière globale, ce sont toujours les mêmes choses qui reviennent : infantilisation, ambiance carcérale, toute puissance des soignants, la mise à l’épreuve et la suspicion constante…
    Je pense que si j’ai réussi à (m’) en sortir c’est parce que j’avais justement lu ton blog et d’autres témoignages de patients internés avant. Je savais ce qui m’attendait, que je devais éviter de m’énerver, de m’isoler, d’aller contre la volonté des soignants. Le fameux « être un bon petit soldat ».Mais même à l’intérieur, ce sont les autres fous et folles qui m’ont le plus aidé.

  2. MalcomMitch Said:

    Oui c’est vrai, j’ai connu l’HP aussi, et les soignants ne sont pas souvent attentifs, et s’ils font mines de nous écouter ne nous croient pas, ne nous prennent pas au sérieux.
    Mais d’un côté, ils le font je pense, peut-être pour certains de façon inconsciente, pour se protéger, une sorte de carapace. Car ils pourraient être plus « humains » en s’ouvrant, en nous écoutant et en nous croyant vraiment, mais alors ils deviendraient vulnérable, lorsque le patient divague, va mal, change de comportement… ils en seraient touchés. Aussi chaque jour être pleinement à l’écoute, et ouvert à toutes nos pensées pas bien cohérentes, nos humeurs volatiles, chargés d’émotions fluctuantes.. ça les fatiguerait pas mal, ça deviendrait dur pour eux. Je dirais même qu’il y aurait un risque de dépression, ou de péter un câble.
    Sans compter qu’on vit dans une Société où tout doit aller très vite, la productivité et l’instantané sont de mise, et comme partout il n’y a pas asses de personnel pour réaliser la charge de travail dans de bonnes conditions et suivant le temps impartit. On ne peut plus passer du temps sur un projet, une personne (patient, client, fournisseur…) parce-que son cas nous touche, ou nous intéresse, mais on doit aller directement à l’essentiel et passer à une autre tache juste après car il y en reste encore pleins à accomplir sur sa journée.
    Les infirmiers, soignants sont dans le même bateau que n’importe quel employé aujourd’hui. Et c’est frustrant de travailler comme cela.
    Notre Société est conçue ainsi, produire toujours plus avec moins, et où le travail n’a presque plus de valeur car il ne rapport que très peu, au regard du capital, ceux qui possèdent et imposent une pression sur les travailleurs, pour gagner toujours plus de bénéfices.
    Pour moi la plupart des maux de notre Société viennent de ces inégalités, d’une répartition de la richesse largement en défaveur du travail au profit du capital. on vivrait et accepteraient bien mieux nos différences, serions moins frustrés, profiterions mieux de la vie, vivrions plus tranquillement et en meilleure harmonie avec les autres et la Nature.
    Et avant cette Société productiviste (avant les années 2000-2010), les méthodes pour la psychiatrie étaient sommaires, peu de budget, pas la même prise de conscience et même considération… bref c’était archaïque, et vous en avez certainement pâtit. Perso j’ai fait mes séjours en 2015, mais du coup c’était un, problème de ressources pour moi. Vous avez peut-être connu un peu des deux

  3. Hlhl Said:

    Cela va faire bientôt 10 ans que je n’ai pas mis les pieds dans un HP. J’y suis allée spontanément (du moins au départ) pour chercher une solution.
    Ah ben ça, j’en ai trouvé une !! Plus j’allais mal, plus j’avais de médicaments qui me faisait aller plus mal et ils les augmentaient encore.
    Alors comme beaucoup, j’ai fait semblant d’aller mieux, je suis sortie de ce système et j’ai trouvé d’autres appuis pour ne pas sombrer définitivement (un grand merci à tout ceux qui m’ont aidée, que ce soit amis, médecins, ou encore tout ceux qui m’ont lue sur les divers forums que j’ai fréquentés ; écrire sur ces forums, avoir des réponses, m’a grandement aidée !)

    J’ai eu le même vécu que vous dans cet HP, mais ce qui m’a le plus marquée, c’est qu’on nous pense tellement fous et bons à rien que les infirmiers ne se gênent même pas pour se critiquer entre eux devant nous, voir être négligent dans le soin d’un patient devant nous !! Je ne raconterai pas l’anecdote, l’infirmier en question se reconnaîtrait peut-être s’il avait la riche idée de lire ce blog.
    Et honnêtement, quasi une décennie après, après avoir repris le travail alors qu’ils ne l’envisageaient même pas, j’ai encore peur d’être reconnue et qu’on me sorte que j’étais trop malade pour me rendre compte. C’est trop facile …

    Peut-être cela ne concerne-t-il pas tous les HP, mais ce n’était pas qu’un manque d’écoute, c’en était du mépris. On en parlait beaucoup entre malades. Même si globalement on allait tous mal, ces discussions, entre deux marches forcées dues au neuroleptiques dosés pour un éléphant, aident beaucoup.

    Presque une décennie après, je n’arrive pas à tirer un trait.
    Je connais ce blog depuis 2014 ou 2015 je crois, et je dois dire que ces mots justes et posés(de mon point de vue) sont d’une grande aide.

  4. Lana Said:

    Merci pour vos témoignages.
    Le manque de moyens est un problème, mais n’explique pas tout, loin de là. Le fait de mettre les gens en pyjama par exemple coûte plus cher que de ne pas le faire. L’infantilisation n’est pas non plus dû à un manque de moyens. Et les exemples sont nombreux.

  5. Nathalie Said:

    Bonsoir,
    Je découvre ce blog grâce à Esther, et je l’en remercie. Vos témoignages (à tous, autrice et commentateurs) me touchent beaucoup et m’interpellent encore plus. Quand MalcomMitch tente d’expliquer le comportement des soignants, j’y vois malgré tout une faillite, humaine comme professionnelle. Ce que je vais dire va sembler très dur, mais quand on choisit ces métiers, il me semble qu’il faut avoir conscience de ce que ça pourra métamorphoser en nous. On ne peut pas infantiliser ou mépriser les gens sous prétexte de se protéger.
    Quand j’étais hospitalisée (à l’hôpital tout court), je partageais ma chambre avec une vieille dame aveugle. Une des aide-soignantes la traitait comme une enfant, et refusait par-dessus le marché de lui donner son prénom. Alors que tous les autres le faisaient, et ce, pour une raison très simple (enfin, il me semble) : cette dame n’avait pas d’autre moyen de les reconnaître. Et j’ajouterai que ces gens qui nous manipulent savent tout de nous, eux. Pour moi, si c’est tout ce que cette femme avait trouvé pour se protéger, alors elle s’était trompée de voie.
    Pour ma part, je suis prof. Ben putain, si je ne trouvais pas d’autres moyens que la froideur ou l’indifférence pour me protéger, je pense qu’il faudrait que j’arrête illico mon taf. Oui, je vais être touchée, bouleversée même, par les récits de vie de mes élèves. Oui, ils me rendent vulnérables. C’est à moi de trouver une solution. C’est mon métier, ils ne devraient jamais savoir ce que j’endure à demeurer à l’écoute.
    Je vous souhaite, à tous, de surmonter un jour cette expérience. J’espère que vous avez rencontré, ou rencontrerez, des gens qui font leur métier de leur mieux sans vous renvoyer à la gueule leur incapacité à le gérer.

  6. Lana Said:

    Je suis entièrement d’accord avec vous. On ne peut pas se protéger en méprisant les gens, ou alors on change de métier.
    Et oui, j’ai rencontré de bons soignants aussi, heureusement.

  7. MalcomMitch Said:

    Non mais on ne peut pas généraliser sur quelques cas, il y a des gens bien et moins bien partout. Oui Lana, le pyjama est humiliant, mais j’ai « appris » à le prendre de façon positive, en me disant que, malgré mes délires dans mes moments de lucidités, il fallait que je me contrôle pour en sortir un jour. Je l’ai vu comme une limite, un cadre à éviter de dépasser (sinon la peine du pyjama). C’est une question de mentalité, d’état d’esprit, certains voient toujours le verre à moitié vide, ben dommage. Ensuite on n’est pas en sucre, perso j’ai connu beaucoup plus dur que l’hp dans la vie. La vie peut être très dure aussi, c’est un combat, mais que peut-on y faire. C’est le cas pour toute espèce. En tant qu’Homme on a de la chance, on a des « aides », des lois qui protègent… car les individus des autres espèces qui ne s’adaptent pas bien meurent. Ca arrive à tous de faire des erreurs aussi, perso je ne suis pas parfait. Dans certains métiers, il y a une obligation de résultats… du coup si on n’est pas assez performant ben on dégage. Donc il faut tout faire vite et « bien » autant que possible mais surtout vite. Aujourd’hui on doit faire l’équivalent de 2 temps pleins par rapport à il y a 30 ans en terme de charges ou de taches accomplies. Les hôpitaux n’y échappe pas, vu que ce ne sont plus des médecins expérimentés qui dirigent et gèrent les établissements mais des administratifs, des financiers… La culture du résultat, on fait des stats dans les hôpitaux tout cela au dépend du temps passé pour chaque patient par le peu de soignants. Bref ils n’ont plus le luxe dans les hôpitaux de passer du temps avec les patients,manque de personnel. Quand ça fait des années des décennies que seuls les personnes travaillant dans les hôpitaux manifestent pour de meilleur conditions de travail, plus de personnel, une meilleure gestion orientée patient… personne ne bouge. Mais quand on doit aller à l’hosto et que les conditions sont déplorables aujourd’hui, ah ben non c’est quoi ce bordel. Mais oui on nous sucre nos droits et le service publique dégrossit, mais peu de gens manifestent.
    Nathalie vous travaillez comme prof, mais si c’est dans le publique, vous avez certainement remarqué qu’il y a plus d’élèves par classe, car moins de budget pour prendre moins de profs. Et bien certainement qu’il y a des élèves qui sont « mis de côté » car leur niveau est trop élevé ou trop faible, ou la manière d’enseigner ne leur est pas adaptée. Perso j’ai rarement été dans une classe qui me convenait allait à mon rythme, comme beaucoup de personnes j’imagine. Ben je ne jette pas la pierre à mes anciens profs pour cela, ce serait hypocrite, car si j’étais enseignant dans ces conditions, certains élèves ressentiraient la même chose que moi à l’époque, et je ne suis pas sûr de faire mieux que mes anciens profs à leur place.
    Un bon état d’esprit et un peu de résilience ne peut qu’être salutaire. Posez-vous la question à quoi bon ressasser ce qui s’est passé à l’hp et broyer du noir, ça sert à quoi ? Faut aller de l’avant.

  8. Nathalie Said:

    Vous « mélangez » deux choses différentes (pardon pour le terme, je ne cherche pas à être blessante, je suis juste fatiguée :))
    Le manque de personnel et les mécanismes que l’on met en place pour se défendre sont deux choses très différentes.
    Je bosse dans le privé, ce qui fait que je suis encore relativement protégée (cela dépend des années et des attributions d’heures octroyées par le rectorat.)
    Ce n’est pas parce que parfois, je ne consacre pas à Nino ou à Alison le temps nécessaire, que je les méprise et que je me blinde. Il y a une différence, un gouffre même, entre adapter le rythme à la moyenne des élèves, et refuser d’entendre leur douleur parce qu’on a peur de souffrir.
    Les hommes et les femmes qui sont venus chez moi pendant des années pour prendre soin de ma mère s’en sont pris plein la gueule (elle pouvait être infecte.) Ils bossaient tard, pour ne pas coucher leurs patients trop tôt. Ils ont vécu des horreurs. Je leur serai éternellement reconnaissante de n’avoir pas traité ma mère comme du bétail pour pouvoir se coucher tranquilles et relaxés.

    Pour finir, je ne suis pas sûre que conseiller la résilience à une personne traumatisée (j’emploie le terme parce qu’Esther a évoqué ce type de souffrance) soit très pertinent… Pour ma part, j’aimerais bien ne pas ressasser mon passé familial, ne pas m’être construite sur ce réseau de failles… Malheureusement, me lever le matin en me disant « allez, je passe à autre chose ! » n’a jamais fonctionné. C’est un travail au long cours.

    (Lana, je ne serais ni surprise ni choquée si vous décidiez de supprimer mon commentaire. Je ne souhaite pas utiliser votre billet comme une tribune et comme il est éminemment personnel, j’ai conscience qu’il n’est pas supposé faire matière à débat.)

  9. MalcomMitch Said:

    Votre modération vous honore, je comprends et respecte votre point de vue.

  10. Lana Said:

    Dans l’HP où j’étais, c’était pyjama pour tout le monde et tout le temps. Donc pas d’histoire de peine à dépasser.
    Ensuite, quand on est en crise psychotique, si je considère qu’on est en sucre et qu’on n’a pas à être maltraité.
    Pour moi, voir le positif, ce n’est pas accepter la maltraitance, mais essayer de faire changer les choses, et c’est pour ça que j’en parle, pas pour ressasser.

    Nathalie, votre commentaire est très pertinent donc je ne vois pas de raison de le supprimer.

  11. Lana Said:

    MalcomMitch, je vous ai répondu plus longuement dans mon dernier billet. https://blogschizo.wordpress.com/2019/10/07/la-fragilite-dans-la-crise-psychotique/

  12. MonstresdeFoire Said:

    Bonjour Lana,

    Je lis ce blog depuis des années, j’y suis revenue aujourd’hui et votre plume est toujours très belle, votre sensibilité aussi. Je vous écris justement alors que je suis hospitalisée en psychiatrie.

    Et je m’adresse à tous les lecteurs : Lana sait tellement bien décrire les dessous de la psychiatrie, avec une justesse et une précision infinies, que j’ai l’impression qu’elle raconte mon histoire. Que la jeune fille qu’elle était hier et qu’elle décrit ici avec force détails, confuse et effrayée par ses bouffées délirantes, effarée devant le manque d’empathie qu’exercent certains « soignants », c’est moi actuellement.

    Ce blog devrait être reconnu d’utilité publique. En plusieurs années de psychiatrie j’ai bel et bien vu des choses absolument choquantes, qui auront probablement un parfum de scandale dans plusieurs années mais qui pour le moment ne suscitent que mépris et ignorance puisqu’elles ne concernent que des « freaks » comme moi (j’emploie le terme freaks ironiquement puisque c’est ainsi que les « autres » nous considèrent).

    J’ai essayé de me défendre, de défendre les autres. Peu importe, tu es une folle, reste à ta place et on te foutra la paix. Dieu merci la solidarité entre patients nous sauve parfois.

    Mais j’ai envie de pleurer quand je pense à tous mes frères et soeurs de combat qui passent des années à dormir dans des chambres glacées, avec un seau pour déféquer, qui s’urinent dessus suite à la contention, sans téléphone, sans nouvelles de leurs proches, littéralement enfermés, la nourriture immonde. La dignité, la confidentialité, l’intimité, la parole d’égal à égal, ça n’existe pas pour les fous. Vous savez j’ai quand même dû veiller morte de fatigue pour momentanément consoler une femme morte d’angoisse à cause de ses hallucinations. Alors que je suis moi-même une patiente, avec les mêmes problématiques, et absolument pas une soignante de ce même lieu.

    Ensuite j’ai moi-même attendu 7h pliée en deux, pleurant de douleur avant que l’on ne daigne me donner un médicament antispasmodique. J’ai dû aller aider une autre patiente à rejoindre sa chambre car elle ne pouvait pas se mouvoir confortablement avec sa canne. Vu des médecins asséner des contre-vérités sans même oser admettre leurs erreurs, pourtant dangereuses.

    La seule chose qui me reste à faire est de répertorier toutes les choses absurdes que je croise dans ce contexte…

  13. Lana Said:

    Merci pour vos mots et courage dans ces moments difficiles.

  14. SANDRINE Said:

    (Excusez-moi si ce com vous est proposé deux fois : quand j’ai essayé de le poster la première fois, j’ai l’impression que la page a planté. Donc je réessaie. Vous le supprimerez au besoin… Merci).
    Bonjour, Je découvre tout juste ce blog, dont je n’ai donc pas encore lu toutes les pages. Mais tout ce que je lis ici me touche. Y compris les commentaires. Je suis venue ici tout d’abord avec une interrogation, suite à de récentes lectures issues du courant anti-psychiatrique : est-ce que, depuis les années 70, le regard que la société et le personnel soignant portait sur les « fous », sur lors être-au-monde et sur leur parole, avait changé, évolué ? (en bien, je l’espérais, cela va sans dire…). Et à lire vos témoignages courageux à tous, qui contrairement à moi avait eu l’expérience de l’HP, rien ne semble avoir bougé… C’est déprimant ! A vous entendre, le patient est toujours traité comme un objet : la chose dont on parle, sur laquelle on porte un discours, mais dont la parole n’a plus aucune valeur. La parole est l’expression d’un sujet. Ignorer ou mépriser la parole de quelqu’un, c’est implicitement le destituer de son statut de sujet. J’ai tendance à penser que nous sommes tous plus ou moins fous, moi comme les autres. J’ai toujours eu conscience d’être « borderline » (moins au sens psychiatrique qu’étymologique : se tenir sans cesse sur la frontière, habiter psychiquement les zones frontières, n’être ni complètement dans la société, ni en-dehors, me méfier sans cesse des normes sociales et culturelles, accueillir avec ouverture et intérêt, souvent, l’étrange et l’étranger, sans pour autant sous-estimer ce qui, dans les crises psychotiques aiguës, est réellement délirant, donc pathologique etc). Qui plus est, je suis une introvertie, capable de passer de longues périodes en solitaire sans en souffrir, qui a toujours été très réceptive aux émergence de « l’inconscient » (au sens jungien), et qui a tendance, depuis son enfance, à toujours tout mettre en question (d’ailleurs j’ai fait des études de philo : pas pour rien !!!). Enfin, je me suis toujours sentie profondément en désaccord avec les « vérités admises » par la culture dans laquelle j’étais née, que cela concerne le regard porté sur la nature, sur « lirrationnel », sur la folie elle-même et son sacro-saint étalon, l’intégration sociale (ex : pour un allemand vivant en 1940, être intégré, c’était être Nazi, c’est à dire fou en réalité, parce qu’intégré au sein d’une société folle… Et n’y a-t-il pas aujourd’hui une forme de folie collective propre au monde de l’entreprise et à la société marchande ?), etc. Bref, j’ai toujours su que si je dévoilais mes pensées et sentiments intimes à la plupart des psychiatres, si je livrais naïvement certaines de mes expériences aussi, j’aurais sans doute été cataloguée « schizophrène » avec toutes les conséquences sociales et les désastres psychologiques qui s’en suivent. Alors, depuis mes 18 ans, j’ai toujours contrôlé soigneusement ce que je disais au monde médical, je n’ai jamais fait aveuglément confiance à qui que ce soit (car les soignants, quels que soient leurs diplômes, sont aussi des êtres humains conditionnés culturellement, dont la vision du monde et de la réalité est bâtie sur un certain nombre de croyances et de préférences idéologiques…). En revanche, outre que je suis toujours restée ouverte, avec intérêt et compassion, à la parole de ceux que l’on avait étiquetés « fous », j’ai énormément lu, cherché, et je me suis beaucoup intéressée aussi aux autres cultures, afin de pouvoir plus aisément relativiser la mienne et mettre en lumière ses dysfonctionnements et ses zones d’ombres. Je n’ai cessé, tout au long de ma vie (j’ai aujourd’hui plus de 40 ans), de m’interroger. Et ça m’a beaucoup aidée : je pense aujourd’hui que la lecture peut être, pour une bonne part, thérapeutique en soi. Jamais à 100 % bien sûr, mais elle fourni en tout cas des armes à nos esprits souvent écrasés et rendus confus par le discours social. C’est une telle lecture, que je faisais hier, qui m’a conduite ici, et que je conseille à tous : « L’exil intérieur » de Roland Jaccard. Tout ce que vous exprimez à propos de votre sentiment d’avoir été niés comme sujets à part entière au sein de l’institution psychiatrique, y est parfaitement analysé dans ce bouquin, et d’une façon qui me semble assez salvatrice. On peut lire aussi le « Que-sais-je » sur la folie, du même auteur, et aller fouiner du côté de l’anti-psychiatrie et de l’ethnopsychiatrie. Il y a aussi l’oeuvre (immense, il est vrai…) de Jung, et celle d’Arthur Janov (Le Cri primal), plus accessible. Tout ça, parce que cela aide à relativiser les discours ambiants (ne jamais sous-estimer le pouvoir, immense, de la parole d’autrui, qui peut parfois rendre fou à elle toute seule…), et à se reconstruire comme sujet. Je vous remercie en tout cas, tous, pour vos témoignages.
    « Rendre l’autre fou est dans le pouvoir de chacun. L’enjeu en est l’extermination, le meurtre psychique de l’autre, de telle sorte qu’il n’échappe pas à « l’amour », qu’il ne puisse pas exister pour son compte, penser, sentir, désirer en se souvenant de lui-même et de ce qui lui revient en propre. Rendre l’autre fou c’est faire en sorte -le plus souvent inconsciemment- qu’il soit assigné à résider dans le commentaire. Et c’est dans un commentaire tenu sur lui, en secret, que le fou parfois se tue.  » (Harold Searles, « L’effort pour rendre l’autre fou », 1963)

  15. Lana Said:

    Merci pour votre commentaire très intéressant et les références de livres.


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