Surprotection ou sincérité?

Aujourd’hui, je suis allée témoigner devant de futurs psychologues. Parmi les échanges, une question m’a interpelée. Une jeune femme travaille avec des adolescents hospitalisés, et ils ont un groupe de paroles sur l’après-hospitalisation où ils veulent faire venir d’anciens patients, mais certains soignants ont peur de ce qu’ils pourraient dire, notamment sur les traitements. Ca part d’une bonne intention, mais j’ai trouvé  ça assez paternaliste et surprotecteur.

C’est vrai, tout n’est pas rose dans l’après hospitalisation et dans les traitements, mais faut-il le cacher pour autant? Le rétablissement est un long chemin, fait de hauts et de bas. J’aurais aimé le savoir plus tôt, parce que dans le pires moments de ma vie, je compte ceux où j’ai rechuté alors que je me croyais tirée d’affaire. Concernant les traitements, c’est en en parlant avec d’autres usagers ou avec une psychiatre qui ne me cachait pas les effets secondaires que j’ai pu l’accepter.  Quand mon psychiatre me disait que les neuroleptiques ne faisaient pas grossir, je savais qu’il mentait et ça ne me mettait pas en confiance.

Oui, entre usagers, on est souvent cash, on ne se surprotège pas, on dit les choses telles qu’elles sont. Mais c’est ça qui fait qu’on se sent compris, soutenus, qu’on peut enfin parler librement. C’est un lien primordial, qui fait qu’on peut même aussi parfois rire de notre situation.

Beaucoup de gens touchés par la schizophrénie m’ont dit que mon blog les avait aidés. Et pourtant je n’enjolive rien. J’ai même écrit un billet qui s’appelle « J’envie les gens qui meurent ». Il y a beaucoup d’articles très noirs, je n’ai pas caché mes rechutes ou mes problèmes avec les médicaments, mais mon désir de vivre est toujours là, et c’est sans doute ce qui aide les gens, je ne sais pas.

En tout cas, ce lien avec d’autres usagers est plus qu’important dans ma vie, il est vital. J’aurais aimé avoir, au début de mes troubles, des discussions avec des gens ayant plus d’expérience de la maladie et du rétablissement. Quoi qu’ils m’aient dit, ça aurait été plus profitable que la solitude, les peurs, les angoisses sans réponse et les faux espoirs.

La vie avec une maladie mentale n’est pas rose. En parler de façon sincère, c’est sans doute ce qu’on peut offrir de mieux à des gens qui commencent leur parcours.

6 commentaires »

  1. Mitch Said:

    Hello !

    Oui c’est vrai que la confiance est importante, et pour l’obtenir auprès de ces nouveaux arrivants ça passe par un minimum de franchise. L’humour : autodérision, ironie, voire sarcasme si c’est bien fait, peuvent aider à enjoliver la situation qui semble tant désespérée quand on vient d’en prendre conscience. Ca permet de mieux accepter ce trouble, de le prendre d’un meilleur côté.

    Perso on ne m’a jamais fait comprendre que je suis schizo, on ne m’avait d’ailleurs rien expliqué quant à mes traitements qui, au fur et à mesure que la camisole chimique s’installe et se resserre, fait que l’on prend les médocs de façon docile, comme soumis, moi qui suis si rebelle pourtant.
    C’est seulement il y a un an, après 4 ans de suivi que j’ai pu annoncer à ma psy avoir compris ce que j’ai, elle a acquiescé l’air de rien. Et depuis avec tout ce que j’ai pu lire et comprendre sur le sujet, elle m’aura donné que quelques petits conseils à ce propos, en 5 ans. Mode schizo solo, free lance quoi.

    Bref c’est sûr que ça aide de savoir à quoi s’en tenir, d’être réellement suivi et accompagné.

    T’as de la chance d’être en contact avec des personnes ayant de l’expérience via ce trouble, moi on m’a empêché d’en rencontrer de façon encadré par les parcours de soin (prétextant que ça ne serait pas bon pour moi), du coup je n’en ai pas connu beaucoup, car que de mon côté directement.

    Sans compter que ce n’est pas que pour moi, je pourrais tellement aider des personnes commençant leur parcours et leurs prise de conscience de ce trouble., et pourrais sincèrement en aider plus d’un. Mais bon on est dans un pays où si l’on n’a pas le diplôme qui va bien, on n’est pas sensé pouvoir comprendre ou réaliser des tâches inhérentes à la profession en question, et surtout les gens n’ont pas confiance à ce moment là, ce qui est absurde.

    « Ah vous êtes médecin, bon ben ça va. » Comprenez, vous allez pouvoir me soigner me comprendre. Alors que des incompétents il y en a partout, et un diplôme ne donne pas l’assurance de tout savoir quant à ce domaine d’application.

    Comme le disait Michel Foucault grosso modo : le diplôme sert d’avantage à ceux qui ne l’ont pas qu’à ceux qui l’ont eu. Dans le sens où ça rend illégitime tout ceux qui souhaiterait exercer la profession sans le précieux sésame. Aussi le matin juste avant l’examen, et l’instant d’après que l’on ait validé celui-ci et donc obtenu le diplôme ou non, son niveau restera le même. Enfin un examen (aussi bref) n’est en rien assez représentatif pour valider l’ensemble des acquis nécessaires à une fonction, un métier.

    Dans les pays anglo-saxons, ils sont bien meilleurs pour faire confiance à des bénévoles jouant un réel rôle dans la convalescence/traitement du patient. Car l’intérêt d’être bénévole c’est aussi avoir l’assurance de rendre service, d’aider, via les aspects consciencieux et altruistes du bénévole. Sinon ce n’est pas la peine, et même le plus obstiné et volontaire des bénévoles va finir par se désintéresser de cette mission et partir.

    Oui on est un peu cash parfois, comme tu le dis. Ton image avatar en début de page est parlante, de façon analogue avec le Philippe Etchebest de cauchemar en cuisine, on pourrait dire comme lui à propos de cette profession : la schizophrénie, une passion qui vous prend aux tripes ! ^^

  2. la girafe Said:

    Très très important d’entendre ça, merci pour ton article, je suis à 100% d’accord. Cette peur d’entendre le « négatif », de la part de personnes qui sont de l’autre côté de la barrière, c’est assez courant. Je l’ai vécu aussi pour des choses plus légères, dans mon parcours d’études par exemple et des séjours que j’ai faits à l’étranger, les organisateurs d’événements/échanges n’aimaient pas que j’aborde aussi les difficultés et complications possibles, alors que les directement concerné-e-s par ces parcours, que ce soit avant ou après, étaient reconnaissantes que je parle des problèmes possibles. C’est très important quand on parle de troubles psy, et entre personnes vivant des choses similaires : refuser les zones de silence, les tabous, la peur née de l’inconnu. Ton travail est salutaire. Merci déjà pour ce blog et sa sincérité.

  3. Lana Said:

    La Girafe, merci pour tes mots.
    Mitch, il existe la pair aidance si tu veux aider les gens.

  4. Nathalie Said:

    Je suis tellement d’accord avec ce que tu dis… et peut-être que je ne devrais pas, car je ne partage pas ton vécu. Mais je pense que ces paroles, elles sont valables tout le temps. Il arrive parfois qu’un ado se confie à moi (je suis prof, je l’ai déjà dit et je ne veux pas radoter mais c’est juste que ni toi ni les commentateurs n’ont à apprendre mon cv par cœur.) Et bref : j’essaie de ne jamais leur mentir en leur disant que tout va aller comme sur des roulettes. J’essaie de leur dire qu’in fine ils vont s’en sortir, du moins je l’espère. Mais je sais que ça sera sans doute long, et douloureux. J’ai toujours eu l’impression qu’entendre la souffrance était plus efficace, et plus libérateur, que de la nier.

  5. Lana Said:

    Oui, nier la souffrance, c’est renvoyer l’autre à sa solitude.

  6. Mitch Said:

    Ok merci Lana, je vais regarder du côté, des assos 🙂


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