La vie avec un antécédent psy est usante

Printemps 2016, j’ai alors presque 33 ans.
Tout semble aller pour le mieux. Ce que je décrirais comme la vie simple et ordinaire d’une personne qui l’est tout autant.
Marié depuis 4 ans, papa depuis 2 ans et demi. La construction de la maison est en cours. Un job de développeur logiciel.
Sauf que… je n’ai rien vu venir, ou presque. 15 jours sans réellement dormir, un peu de stress sans doute. Rien de bien grave je pense.
Sauf que… arrivent des crises d’angoisse. Rdv chez le médecin le jeudi 14 Avril. Prescription d’anxiolytiques. Quand je prends le comprimé, effectivement, je me sens un peu mieux.
Sauf que… deux/trois heures après la prise, la crise d’angoisse empire. (j’ai cru comprendre que ce sont des effets paradoxaux, et que ça peut arriver…)
Vendredi 15 Avril au soir je prends mon comprimé avant d’aller me coucher, il est environ 22h. Je me réveille en sueur vers minuit. Complètement angoissé.
Samedi 16 Avril après midi: Premier contact avec les UP. Je me souviens juste d’être incapable de fermer le zip d’une poche de mon manteau. On me ramène chez moi (je ne sais plus si j’ai eu un traitement complémentaire ou non).
Le soir, j’ai un comportement complètement WTF, avec notamment des hallu olfactives (j’ai l’impression qu’on veut m’empoisonner).
Dimanche 17 Avril après-midi: Une ambulance vient me chercher et me conduit aux UP. Expérience traumatisante, j’essaie de m’enfuir. Y’a clairement quelque chose qui déconne.
Je ne sais pas ce qu’on me donne, je sais juste que j’ai des comportements étranges, je passe une nuit affreuse où je me contorsionne dans le lit, croyant à je ne sais trop quoi. Je me crois observé, je pense qu’on mène une expérience sur moi.
3 jours plus tard, je me retrouve à l’HP le plus proche (HDT). Je me souviens juste être complètement désorienté, ne sachant pas où j’étais.
Je passe environ 1 mois et demi hospitalisé, et j’en ressorts en étant lucide mais en dépression. Selon le psychiatre, l’hospitalisation ne m’est plus utile.
Je passe ensuite le mois de juin et juillet dans un état dépressif sévère, j’ai même pensé à me suicider. Mais je ne suis pas passé à l’acte.
Petit à petit, je refais surface, et j’arrive à reprendre le travail en Septembre 2016.
A ce moment là je pense que le plus dur est derrière moi, on me dit que j’ai fait un burnout.
Sauf que…trois mois plus tard je me retrouve de nouveau aux UP après un état d’agitation intense et de nouveau des « ressentis » bizarres (je me souviens par exemple que je croyais savoir exactement communiquer avec le chat, et connaitre ce qu’il voulait. Je croyais de nouveau que j’étais espionné).
Et là, il s’est passé quelque chose que je n’ai vraiment pas vu venir. Je ne sais pas pour quelle raison exactement, mais j’ai voulu agresser le médecin. Je n’ai jamais été violent de ma vie auparavant (et jamais après). J’ai donc du être maitrisé de force et attaché à un lit. Et puis le néant. Jusqu’à ce que je me réveille à presque 100km de chez moi dans un autre HP. J’y reste 3 semaines.
Je rentre donc chez moi en Février 2017, après 2 autres semaines passés chez mes parents. C’était une condition de sortie.
Bon maintenant le plus dur est passé, c’est sûr, ça peut pas être pire.
Dans un sens, c’est vrai, ces deux expériences ont été probablement les plus difficiles à traverser dans ma vie.
Mais je me rends compte aujourd’hui, 3/4 ans plus tard, que la vie avec un antécédent psy est usante. Notamment quand il s’agit de parentalité et de justice. Je n’ai jamais eu recours à la violence physique avec ma fille (ni avec qui que ce soit hormis durant cet épisode aux UP), et la seule fois ou j’ai été violent oralement et psychologiquement, je m’en veux encore. (Pour préciser, je l’ai tenu a bout de bras, j’ai crié « maintenant tu dors ! » je l’ai posé dans son lit, et l’ai laissé pleurer). Je pense vraiment être un père « simple et ordinaire ».
Sauf que… j’ai eu le tort d’avoir été deux fois hospitalisé en HP. Mon ex-épouse à demandé à ce que je ne puisse pas rester seul avec ma fille. Que les droits de visite se passent exclusivement chez mes parents. Bien entendu, hors de question aussi de la véhiculer seul. Je peux comprendre mon ex, après tout j’ai voulu agresser un médecin sous ses yeux. Ca a du être traumatisant pour elle, et elle a eu peur pour sa fille.
Par contre ce que je ne comprends pas, c’est que le JAF ne soit pas capable de discernement. Le dossier est passé devant elle plusieurs fois, j’ai passé deux expertises psy, plusieurs attestations de mon psychiatre habituel, cela fait trois ans maintenant, et le jugement n’est toujours pas rendu, et il n’y a pas eu d’adaptation. Attendre, patienter, sagement bien-sûr, parce qu’évidement je n’ai pas le droit de me mettre en colère…imaginez juste le résultat. (« Il redevient fou, c’est dangereux pour sa fille »). Et ça, c’est clairement pas évident à gérer pour moi. Alors peut-être que je m’auto-censure, mais j’ai toujours l’impression d’avoir une sorte d’épée de Damoclès au dessus de la tête, et d’avoir encore moins le droit à l’erreur que n’importe qui. Pas le droit de m’emballer, rester calme en toutes circonstances. Ah et aussi l’infantilisation… Expliquez à une personne « saine d’esprit » de 35 ans de DEVOIR retourner chez ses parents avec son enfant parce qu’on la pense incapable et que c’est dangereux de s’en occuper seul. J’imagine bien qu’elle va vous envoyer chier, et pas qu’un peu. Mais nous, les « fous », non, on doit non seulement s’y plier, mais avec le sourire.
Je ne suis apparemment pas capable d’avoir une garde « normale », pas contre je dois être capable d’être stable dans ma vie, de garder mon job, de payer la pension, de suivre un traitement et de prendre 20kg. J’ai l’impression d’avoir des devoirs, mais aucun droit en face.
Remarquez, après tout, l’HP a eu au moins ça de bon… apprendre à patienter et à être discipliné, peu importe ce qu’il se passe autour…
Sylvain

5 commentaires »

  1. C’est très triste cette histoire de Sylvain. J’espère qu’il pourra retrouver une relation simple avec sa fille.
    C’est parfois très compliqué pour les personnes malades de pouvoir exprimer normalement leurs émotions. Une patiente bipolaire me disait qu’elle se retenait d’exprimer trop son plaisir de voir sa famille et de faire des blagues pour être sûre de ne pas déclencher de plan d’alerte chez ses proches et de se retrouver hospitaliser sans raison valable. 😦

  2. Martine Le Goff Said:

    Bon courage à vous ! Je vous trouve admirable dans cette longue bataille pour que l’on reconnaisse vos droits malgré les affres de cette horrible maladie . Un jour votre enfant comprendra votre détermination et votre amour pour elle . Vous êtes un père avant tout et c’est beau ! Bravo ! Il faut souvent du courage dans la vie pour montrer son amour !

  3. Désagréable perte de contrôle…j’ai déjà eu une crise comme ça bizarre, plus rien ensuite, je n’ai pas non plus traîné pour arrêter les cachets. Pour ne pas m’habituer…mais pour mes enfants. Et pour rassurer les miens j’ai passé ma licence en psychologie…mens sana in corpore sanu…plus rien à objection votre honneur et toc. Tu vis dans l’insécurité et tu as la peur effrénée de perdre le contrôle 😉 cercle visqueux de la schisophrenie. Surtout un manque d’affection maternelle chronique ( du charnel). EN recherche decomment rassurer les profondeurs, si on te rejette trop tu te perds. Maintenant un thérapie de couple affective peu aider aussi.( essayer de combler les vides) parfois révélateur…. 😊

  4. Sylvain Said:

    Merci pour vos messages de soutien.
    @mafamille de ouf: Je ne trouve pas mon histoire specialement triste, une maladie, ça arrive, c’est la vie. Je voulais ici plutôt dénoncer le système juridique qui pour moi est mal foutu, et n’aide pas à se sentir mieux.
    @Martine: Juste à propos de la maladie: pour moi, en elle même, elle n’est pas horrible, mais c’est tout ce qui est fait autour qui peut l’être (stigmatisation,traitements parfois traumatisants,ici infantilisation etc…).Je ne sais pas ce que ma fille retiendra de tout ça, mais pour le moment, je crois qu’elle n’en souffre pas, et pour moi c’est le principal.

  5. dolcevita Said:

    J’ai traversé des galères semblables on va dire. Perso j’ai 32 et 4 ou 5 traitements derrière moi. 10 ans de traitements et 4 ou 5 hospits. Le dernier en date Abilify en injection retard. J’avais des doutes sur ma santé mentale mais là…gros delires. Mon père avait les yeux qui changeaient de couleurs, je croyais lire dans le subconscient des autres etc. Sauf que j’ai accumulé un stress a presque plus pouvoir respirer ni vivre. Mon rythme cardiaque a plongé sous les 40 puls/ min je croyais mourir durant l’été caniculaire plusieurs médicaments a prendre le cardiologue préconisait plus rien du tout il était perdu. Gros gros sevrage et tres longue periode de lutte pour sortir de ce couloir assez sombre. Mon cerveau dis-jonctait. Je suis pas violent non plus mais fallait pas me contredire je pouvais plus en entendre d avantage. Mais ma lanterne a tenu le choc. Je suis toujours là. Et je vais mieux. J’ai zappé les discours des médecins ou j en tiens pas compte…ma situation est pas hyperconvenable j ai un bac plus d emploi et pas trop de perspective. Mais je suis plus suicidaire et cette merde est plus dans mes veines. mon visage est moins tendu et je suis moins sujet à la tristesse et à la panique. Ni même aux hallucinations en tout genre et je dors. Et je marche a allure convenable. Apres je voudrais dire un mot ou DEUX SUR LES RAPPORTS HUMAINS. Et ben on peut pas s’entendre avec tout le monde. C’est dommage mais bon. J’ai tors? Faut couper court y a que come ça que les autres comprennent. Plus de lien social. Je m’entends tres bien avec certaines personnes parmi « les malades » mais pas que. Je considere que les gens se focalisent sur des details quand j entends les reponses des professionnels et des adeptes du DSMV. Je suis tout sauf ce que vous me dites. C’est vous les schizophrènes. Maintenant au moins avec le confinement la planete respire un peu et ça fait pas trop de mal à qui que ce soit qui n a pas ce virus là.


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