Dans quel état en sortirai-je?

J’ai beau m’en être déjà sortie des tas de fois, je ne sais toujours pas comment faire pour en sortir. De la maladie, de la dépression, ou même de la déprime.

Quand ça me tombe dessus, j’ai des pensées automatiques qui me viennent. Si je me coupais? (ah, ah, la bonne idée!). Si je buvais de l’alcool? Si je fumais des joints? Ou même « j’ai envie de mourir ».  Mais en fait, je n’ai envie de rien de tout ça. C’est juste que ces réponses sont inscrites dans mon cerveau parce que je les ai trop utilisées (l’automutilation, envisager le suicide) ou imaginées comme des solutions (l’abus d’alcool ou de joints) quand j’étais malade.  Ce sont les premières choses qui me viennent à l’esprit.

Mais j’ai appris à les rejeter, c’est déjà ça. Maintenant je sais demander de l’aide. Sauf que ma psychiatre a annulé ses consultations pour cause de pandémie et que mon super médecin généraliste est parti. Donc je me retrouve seule. Encore.

Et là, il faut inventer d’autres moyens de survie. Mon truc, ça a toujours été de me rattacher à la vie normale, même en dépit du bon sens, même en pleurs, même délirante, aller étudier ou travailler.  Pour ne pas me retrouver seule avec la folie.

Dans ma vie quotidienne, travailler m’aide à me détacher des mes émotions négatives, à prendre de la distance. Quand je reste seule, la moindre chose devient vite une montagne. Voir des gens, affronter les problèmes du travail m’aide a relativiser. Mais bien sûr pour le moment je ne travaille plus, et je ne vois personne, confinement oblige.

Alors, je sais que je ne suis pas la seule dans ce cas, évidemment, on est plein même. Mais ça ne change rien à la solitude, à la boule dans la gorge, aux larmes, au sommeil qui fuit.

Quand j’étais malade, un côté de moi se sentait impuissante, mais un autre agissait. En allant en cours ou au travail, en m’obligeant à sortir, en parlant avec des gens, en voyant un psy. En me levant le matin et en allant affronter le monde, tout simplement.

Alors que maintenant, je ne sais pas quoi faire. Je n’ai plus de monde à affronter, je n’ai plus l’impression de rester debout malgré tout.  Je dois juste subir cette situation inédite.

Je pense que je m’en sortirai, mais dans quel état, je ne sais pas.

 

 

11 commentaires »

  1. Sylvain Said:

    Est-ce qu’on peut t’aider Lana ? Que ce soit échanger des mots, un appel, une visio, pour ne serait-ce que t’écouter, t’entourer même de loin.
    Comme tu l’écris, tu t’en sortiras, rien n’est immuable.
    Courage et soutien à toi.

  2. catplume Said:

    On peut consulter des psy par téléphone car il y a des lignes d ecoute mais je ne sais pas si ça vous intéresse. ? En tout cas je crois en vous pour vous en sortir et mieux que vous ne pensez !

  3. Esther Said:

    Tu vas t’en sortir. Tu as déjà réussis à ne pas laisser la folie gagner alors que tu étais seule, sans traitement ni psychothérapie décente.
    Ta faiblesse est ta force. Tu sortira peut-être de tout ça couverte de blessures mais vivante.
    Aujourd’hui tu n’es plus seule. Nous sommes là, sur ton blog, les réseaux sociaux. Il ne faut surtout pas hésiter à échanger, surtout en cette période. Il y a l’écriture et la lecture aussi.
    J’ai l’air sereine comme ça mais je ne sais pas ce que je serais devenue si le confinement avait eu lieu il y a 3 ans alors que j’étais au plus profond de la dépression et qu’on m’a envoyé d’urgence en hôpital psy pendant un mois…
    Plein de pensées, de force, de courage, de respect et de douceur à toi, à nous, à tous les déglingués qui tentent encore et toujours de s’adapter et de survivre.

  4. Mitch Said:

    Bonjour Lana,

    Oui pas facile entre le trouble, le confinement et les problèmes sociaux, de manque de contact et de vie, qui en découlent.

    Tu n’as pas grand monde autour de toi là où tu habites, des proches, amis pour te soutenir ? Tu vis dans une zone plutôt recluse avec peu de passages ? Dans tous les cas tu peux toujours mettre le nez dehors, rien ne t’en empêches, et c’est salutaire.

    J’avais déjà vu des études qui mettaient en évidence que les femmes sont plus sujettes à la déprime et supportent moins la solitude que les hommes, même s’il y a toujours des exceptions. Aussi certaines personnes y sont plus sensibles que d’autres, comme tu le dis tes expériences passées, ton vécu, comment tu les as perçu, joue également.

    Je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire, mais trouver un compagnon/compagne aide à embellir la vie.
    L’Homme est un être sociable, qui a besoin des autres, de communiquer, de partager des choses et de contact avec d’autres personnes.

    En tout cas ce serait dommage de rester trop isolée plus que de raisons. En espérant que tu puisses trouver quelqu’un qui te comprennes, t’acceptes, te fasses rire et te changes les idées.

    Ca aide aussi de se raccrocher à des choses vraies, la Nature : des oiseaux qui chantent, un beau paysage, une rivière qui coule, certaines senteurs… bref un éveil des sens. Surtout qu’en ce moment avec l’industrie en berne il fait beau tous les jours 🙂

  5. Lana Said:

    Merci pour vos encouragements. J’ai des amis et de la famille, mais je ne les vois pas à cause du confinement, à part une amie avec qui je suis allée promener deux fois. Je les ai uniquement au téléphone. Je vais promener mon chien chaque jour, donc je sors un peu mais les contacts sociaux et le travail me manquent vraiment.
    Pour les psys par téléphone, je ne me vois pas trop faire ça pour l’instant, c’est stressant de parler à un inconnu je trouve.
    En tout cas, merci encore pour vos mots, ça me touche.

  6. Evelynejarrige Said:

    Bonjour

    N’hésitez pas à contater votre psy par téléphone meme si vous n’avez pas l’habitude de le faire.
    Ma fille a hésité à le faire. Et finalement elle apprécié l’ecoute du psy.

    Prenez soin de vous

    Evelyne

  7. Lana Said:

    Merci Evelyne.

  8. la girafe Said:

    Same. Heureusement ma psy est disponible par téléphone (pas ton psy apparemment ?), mais pas grand-chose qu’on puisse dire ou faire, maintenant. Elle m’assure que c’est ok que je passe la moitié de ma journée au lit ou à regarder dans le vide.
    J’ai une liste de choses qui me font plaisir normalement et je m’essaye 10min par ci par là à l’une ou l’autre activité, en espérant que ca fonctionne un jour.
    Pour moi, c’est du temps perdu, en fait, c’est du temps de survie. Mes routines autistiques qui sont structurées autour de mes repas, ma balade quotidienne, ma douche et mon horaire de coucher, me permettent de vivre comme un robot.
    J’essaye de passer au travers, mais après ? J’ai peur aussi de ne plus savoir comment sortir de cet état. Quand l’angoisse de l’après me prend trop, j’essaye de me recentrer sur le maintenant tout de suite (« pleine conscience » ?) : mes sensations physiques, mon environnement immédiat, mes pensées, mes émotions, que j’observe comme on regarde passer les nuages.

    Je trouve que pouvoir écrire un article sur ton état, exprimer ton ressenti et tes peurs, et continuer à faire barrière aux pensées automatiques dangereuses, est déjà une super victoire.
    Situation exceptionnelle, « normal » donc que l’on ne fonctionne pas comme d’habitude.
    J’espère très fort pour toi que ca va aller, sans se projeter dans deux semaines, un mois, deux mois, juste maintenant, jour après jour, heure après heure. Pensées empathiques.

  9. Lana Said:

    Finalement, ma psychiatre m’a appelée pour pendre de mes nouvelles et me dire que je pouvais l’appeler si jamais j’en avais besoin, du coup je suis soulagée.
    Courage à toi, j’espère aussi que ça va aller.

  10. Sibylline Said:

    Bonjour Lana,

    Un témoignage touchant encore et je vois que tu es toujours bien entouré, ce qui est l’essentiel, grâce à ton combat de chaque jour.

    Je viens de tomber sur un article du Monde publié aujourd’hui et j’ai pensé à le partager avec toi. Il n’est pas gai sur la situation de la psychiatrie en France, mais il me semble juste. Il faut réagir en effet pour donner plus d’humanité et de soin aux gens qui en ont besoin:

    http://folieetespoirblog.eklablog.com/la-situation-de-la-psychiatrie-en-france-article-du-monde-1er-juillet–a193961146

  11. Lana Said:

    Bonjour Sibylline,
    merci pour le lien vers l’article. La situation en France est effectivement très préoccupante.
    J’espère que tu vas bien.


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