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Du fou au collègue de travail

Thaïs Martel

Ils ont vécu la dépression, les troubles anxieux ou encore la psychose; ils ont reçu un diagnostic de schizophrénie ou de trouble bipolaire et, pourtant, non seulement ils travaillent, mais en plus leur tâche consiste à aider d’autres personnes qui souffrent d’un trouble mental. Ils sont pairs aidants.

Guylaine Cloutier et Sandrine Rousseau (Photo TC Media – Thaïs Martel)

La personne atteinte d’un trouble mental peut faire plus que se rétablir : elle peut se servir de cette expérience pour aider les gens. Voilà le postulat de l’Association québécoise pour la réadaptation psychosociale (AQRP) qui chapeaute le programme Pairs aidants réseau.Ce qui distingue les pairs aidants des autres intervenants, c’est l’obligation d’utiliser et de partager leur savoir expérientiel, leur vécu, découlant de leurs propres expériences avec un trouble mental dans le but de redonner de l’espoir, de servir de modèle d’identification et d’offrir du soutien et de l’information à des personnes qui vivent des situations similaires à celles qu’ils ont vécu.

Mais attention : il ne s’agit pas de raconter sa vie. «Un pair aidant est une personne qui s’est rétablie, qui a pris du recul. Il faut ne pas avoir eu de rechute depuis deux ans. Et il faut être formé pour utiliser son vécu à bon escient. Ce n’est pas un contexte d’échange mutuel», explique Sandrine Rousseau, agente de projet pour le programme Pairs aidants réseau. En d’autres termes, pas question pour le pair aidant de raconter ses petits soucis, mais plutôt de dire qu’il a vécu, par exemple, une période de grande anxiété et qu’il a utilisé telle ou telle stratégie pour la faire diminuer.

Un modèleDepuis plus de six mois, Corinne Escoffier rencontre une paire aidante. Pour la femme qui souffre de dépression depuis une dizaine d’années et qui a touché le fond l’hiver dernier, allant jusqu’à envisager le suicide, la rencontre avec quelqu’un qui avait vécu les mêmes difficultés a tout changé.

«Les pairs aidants, ce sont des gens extraordinaires qui s’en sont sortis et qui sont là pour aider les gens en détresse à aller mieux ou à guérir. Pour moi, c’est comme un psy et même plus efficace. Elle a vécu ce que j’ai vécu, elle est capable de ressentir la même chose. Si elle s’en est sorti avec tout ce qu’elle a vécu, je n’ai pas le choix de m’en sortir aussi», résume-t-elle.

Et l’aidant? Les problèmes de ceux qui ont connu les troubles mentaux ne pèsent-ils pas déjà assez lourd comme ça? Il semblerait bien que non. Au contraire. «Être pair aidant, c’est redonner au suivant, susciter l’espoir. On devient en quelque sorte un modèle vivant», indique Guylaine Cloutier, paire aidante et agente de projet pour le programme Pairs aidants réseau.

Être pair aidant, c’est redonner au suivant, susciter l’espoirGuylaine Cloutier

Quant à la possibilité de rechute, il semblerait qu’elle reste peu élevée. «On ne se laisse pas aller jusque-là. Si un patient nous chamboule trop, on reconnaît plus vite nos lumières jaunes avant qu’elles ne deviennent rouges», assure Mme Cloutier.

FormationLa formation pour devenir pair aidant dure deux semaines, en communauté. Les participants travaillent avec leur expérience de vie, apprennent à mettre des mots sur ce qu’ils ont vécu et s’initient aux principes du rétablissement. À cela s’ajoute le vécu que le programme Pairs aidants réseau compare à «des années d’expérience».

Les milieux qui accueillent ces travailleurs doivent aussi être préparés et formés. «C’est un défi pour les intervenants. On leur a dit pendant leurs études que c’étaient eux les experts. Et là, les pairs aidants arrivent, sans avoir fait de longues études, mais avec un bagage de connaissances. C’est souvent un acte d’humilité pour l’universitaire de reconnaître l’expertise de l’autre. Mais les bénéfices restent plus grands que les obstacles», termine Diane Harvey, directrice générale de l’AQRP.

Le congrès de l’AQRP aura lieu du 10 au 12 novembre à Montréal

Des chiffres et des constats-113 pairs aidants formés depuis formés depuis 2008-Une formation de 119 heures reconnue par l’Université Laval

-Les pairs aidants prennent en moyenne deux jours de congé de maladie de moins que leurs collègues non-usagers

-L’intervention de pairs aidants amène une diminution des jours d’hospitalisation pour les personnes souffrant de trouble mental

http://www.lanouvelle.net/Actualites/National/2014-10-21/article-3910742/Du-fou-au-collegue-de-travail/1

Les schizophrènes américains entendent souvent des voix violentes. Celles qui parlent aux Indiens leur disent de faire le ménage

Repéré par Claire Levenson

De l’importance du contexte culturel dans cette maladie.

La schizophrénie touche plus de 50 millions de personnes à travers le monde, mais la façon dont la maladie s’exprime varie beaucoup selon le contexte culturel.

L’anthropologue de Stanford Tanya Luhrmann a interviewé soixante schizophrènes sur leurs hallucinations auditives aux Etats-Unis, au Ghana et en Inde. Les résultats de cette enquête ont d’être publiés dans le British Journal of Psychiatry.

Alors que la plupart des schizophrènes américains interviewés entendent des voix menaçantes et agressives qui leur ordonnent parfois de commettre des actes violents, les Indiens entendent des voix familières (souvent celles de membres de la famille) leur commandant d’accomplir des tâches ménagères. Les Ghanéens ont plutôt tendance à entendre Dieu.

Aucun Américain interviewé n’affirme que ces hallucinations auditives sont agréables: ils les considérent comme des «bombardements», comme une atteinte à leur intégrité psychique. De leur côté, les patients indiens et ghanéens décrivent leur interaction avec ses voix comme plutôt positive, sans utiliser la terminologie de la maladie mentale.

En décrivant leurs voix, les schizophrènes américains parlent de guerre, de torture et de suicide, alors que les Indiens évoquent la cuisine, le ménage et le sexe.

De nombreux schizophrènes indiens expliquent que ces voix sont espiègles, voire amusantes, comme une manifestation d’esprits magiques. Et dans une société religieuse comme le Ghana, le fait d’entendre des voix divines ne semble pas complètement anormal. 

Selon les auteurs de l’article, ces deux réactions correspondent en partie aux façons différentes d’aborder le concept d’identité en Occident par rapport à d’autres types de sociétés.

 
 
«Je pense que ces différences sont liées au fait que dans une société où nos pensées sont quelque chose de très privé et où les esprits ne parlent pas, les gens se sentent plus agresséslorsqu’ils entendent ces voix», écrivait Luhrmann en 2013.

Alors que la culture occidentale a tendance à valoriser l’indépendance et le contrôle de soi, dans d’autres cultures, les individus se considèrent comme avant tout faisant partie d’une communauté, et valorisent l’interdépendance.

«Les voix violentes et hostiles entendues par les patients dans les sociétés occidentales ne sont peut-être pas des caractéristiques inévitables de la schizophrénie», conclut Luhrmann.

Ce ne serait donc pas la maladie mentale elle-même qui crée la violence, mais la façon dont la culture américaine a façonné les symptômes de la maladie. Ce qui expliquerait peut-être pourquoi de nombreux schizophrènes américains passent à l’acte de manière violente lors de fusillades dans des écoles ou des cinémas, alors que dans d’autres pays, des maladies mentales similaires ne mènent pas à autant de violence.

Les auteurs expliquent que ces conclusions peuvent avoir des implications cliniques. D’après l’expérience des schizophrènes indiens et ghanéens, on peut déduire que tenter de faire taire les voix à tout prix –notamment en prescrivant des médicaments– n’est peut-être pas toujours le traitement idéal. Une autre approche consisterait à améliorer le rapport des schizophrènes avec leurs propres hallucinations auditives.

Dans cette veine, une équipe de professeurs de l’University College London a récemment utilisé un programme informatique afin que des patients schizophrènes puissent créer desavatars modelés d’après leurs hallucinations.

L’idée est de permettre aux patients de converser avec la «chose» qui leur parle sans cesse, comme une façon d’accepter l’existence de cette voix plutôt que de la repousser. Cette approche non médicamenteuse a donné de bons résultats sur de petits échantillons, et d’autres études sont en cours.

 http://www.slate.fr/story/90779/schizophrene

 

Les maladies mentales affectent l’espérance de vie

Par figaro iconJonathan Herchkovitch – le 23/05/2014
Les maladies psychiatriques réduisent la longévité au moins autant que le tabac, selon une étude de l’université d’Oxford.

 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère que cinq des dix pathologies les plus préoccupantes dans le monde relèvent de la psychiatrie: schizophrénie, troubles bipolaires, addictions, dépression et troubles obsessionnels compulsifs. Dans la revue World Psychiatry, des chercheurs de l’université d’Oxford renforcent la portée de cette mise en garde en rapportant dans une étude financée par le Wellcome Trust, une fondation britannique spécialisée dans la santé, que les maladies mentales sérieuses réduisent l’espérance de vie de dix à vingt ans, soit plus que le tabagisme.

L’analyse regroupe une vingtaine de résultats de recherches englobant 1,7 million d’individus. L’équipe anglaise en a extrait des fourchettes de perte d’espérance de vie pour les maladies mentales principales. La schizophrénie réduirait la vie de ses victimes de 10 à 20 ans, la bipolarité de 9 à 20 ans, la dépendance à l’alcool ou aux drogues de 9 à 24 ans et la dépression chronique de 7 à 11 ans. En comparaison, l’espérance de vie de gros fumeurs (plus d’un paquet par jour) est réduite de 8 à 10 ans.

Plus vulnérables, moins bien soignés

«De nombreuses raisons peuvent justifier ces chiffres», explique le Dr Seena Fazel du département de psychiatrie de l’université d’Oxford. «Les patients psychiatriques ont souvent des comportements à risque, notamment au niveau de la consommation d’alcool et de drogue, et sont plus exposés au suicide. Ils sont aussi moins bien traités pour leurs autres problèmes de santé car les médecins se focalisent souvent sur leur santé mentale».

«D’autres données sont à prendre en compte, ajoute François Kammerer, psychiatre et vice-président de l’association française de psychiatrie. Beaucoup sont sédentaires et fumeurs. Les antidépresseurs et antipsychotiques entraînent des complications cardio-vasculaires ou du diabète. Il est aussi plus difficile d’obtenir un rendez-vous chez un psychiatre: en dehors des urgences, il faut souvent attendre deux ou trois mois».

Les politiques gouvernementales sont parvenues à faire baisser la mortalité due au tabagisme, et les auteurs de l’étude souhaiteraient que des efforts similaires soient réalisés pour la prévention des autres problèmes de santé et leur traitement. «Les personnes atteintes de troubles mentaux comptent parmi les plus vulnérables dans la société», déplore John Williams, chef du département neurosciences et santé mentale au Wellcome Trust. «Ces résultats renforcent l’idée qu’il faut absolument favoriser leur accès aux traitements et à la prise en charge, ce qui n’est pas toujours le cas».

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2014/05/23/22381-maladies-mentales-affectent-lesperance-vie

Jean Oury, celui qui faisait sourire les schizophrènes

Il n’avait jamais raccroché : à 90 ans Jean Oury nous a quittés. Brutalement, malgré la vraisemblance ou l’imminence de son décès. Cette manière de se tenir debout, un peu voûté, était devenue familière : il aurait pu tenir encore dix ans ! Jean Oury (1924 – 2014) était le dernier vivant d’une grande aventure qui avait pour épicentre la clinique de La Borde qu’il avait fondée en 1953. Retracer ici la généalogie de la psychothérapie institutionnelle dont il fut, avec d’autres et après eux, le fondateur, tout comme son frère Fernand le fit pour la pédagogie, ce serait écrire l’histoire de plus d’un demi-siècle de luttes contre l’enfermement, de désaliénation, en même temps que d’échanges, de polémiques, de croisements féconds avec la psychanalyse (Lacan indéfectiblement), la psychiatrie existentielle ou anthropologique (Jacques Schotte), la philosophie (Henri Maldiney, Gilles Deleuze), sans compter la coopération, parfois orageuse, avec Félix Guattari.

Quels sont les axiomes que la psychothérapie institutionnelle a su dégager et formaliser ? En quoi nous importent-ils encore aujourd’hui ?

Le postulat de base est pragmatique : quand on veut soigner des patients, accueillis ou pire enfermés dans un établissement (hôpital, clinique, CMP), on doit d’abord soigner l’institution elle-même. Cette prise en compte des entours, de l’ambiance, des effets de l’institution sur l’humeur et donc le potentiel thérapeutique de la clinique, Jean Oury l’appelait «pathoplastie», à partir du radical «pathique» qui désigne le «sentir», le «sens des sens», à la fois passivité et création, couches du psychisme que les tendances actuellement dominantes en psychiatrie ignorent délibérément. Pour soigner les agités, il fallait soigner les quartiers d’agités. Quand on les eut supprimés, il y avait déjà beaucoup moins d’agités !

Corollaire de l’action sur la pathoplastie, est le sentiment de liberté que l’on éprouve, malgré l’errance, dans la libre circulation, car celle-ci est indispensable à la rencontre, maître mot de cette psychiatrie. Rencontre des patients avec tel ou tel «soignant», au détour d’un chemin, d’une salle, d’une réunion ou d’un atelier. «Programmer le hasard» est à la formule qui explicite le mieux cet attachement à la rencontre.

Parler de psychothérapie institutionnelle revient à parler de la clinique de La Borde, même si elle n’est pas la seule à la mettre en pratique. A La Borde on accueille essentiellement des personnes psychotiques, au corps comme au psychisme dissociés. Favoriser le transfert, au sens freudien, de ces patients sur l’institution, consiste à leur permettre d’élire tel personnage (ce peut être le cuisinier), tel lieu (le poulailler) voire tel animal : l’âne de La Borde en a vu d’autres ! Pour qu’il y ait transfert dissocié, il faut que la fonction soignante déborde du cadre et des statuts desdits soignants (psychiatres, psychologues, infirmiers, moniteurs, etc.) La fonction soignante peut être partagée avec les patients volontaires pour aider tel ou tel autre patient qui traverse un moment difficile. Ces regroupements éphémères s’appellent «constellations» (transférentielles). Pour qu’elles existent, il faut renoncer à s’accrocher à son statut. La hiérarchie n’est plus disciplinaire ou statutaire, mais subjective.

Tout ceci peut sembler vague pour les non familiers, de l’histoire ancienne pour ceux qui jugent ces pratiques peu scientifiques, voire utopiques, en tout cas incompatibles avec le managériat qui est survalorisé aujourd’hui. N’a-t-on pas voulu, pour des normes d’hygiène, fermer la cuisine aux patients qui élisent ce lieu quotidien, dont un cuisinier originaire de Côte d’Ivoire est à l’origine d’une extension de la clinique dans son pays ? Tout ceci ne s’est pas fait en un jour, mais surtout ne doit pas disparaître. Or le procès qu’on fait parfois à La Borde et à Jean Oury (qu’on traita même de «dinosaure mélancolique»), est ancien : recrutement de malades, refuge de marginaux, maison de retraite pour vieux gauchistes, voire pire ! Le reproche de garder les malades aussi longtemps, alors que la mode est au séjour court et aux thérapies brèves, a valu cette remarque de Jean Oury : «Travailler dix ans pour obtenir un sourire d’un schizophrène, ce n’est pas rien !»

Jean Oury venait d’un «arrière-pays» fait d’usines (Hispano-Suiza), de banlieues et de militantisme. Il recommandait toujours de lire l’histoire du POUM de Victor Alba, puisque la guerre d’Espagne qu’avait vécue François Tosquelles, le maître en la matière, a toujours été une référence : le «bref été de l’anarchie» convient toujours à l’histoire d’un établissement ouvert au public le jour de la mort de Staline ! Ce vieil anar que j’appellerai toujours comme les La Bordiens, «le docteur Oury», a prouvé qu’il pouvait rester debout jusqu’au bout. A 90 ans il était encore sur le pont : une semaine avant son décès il animait encore des stages. C’est cette silhouette un peu voûtée, ce froncement des sourcils, cette expression de soucieuse sollicitude avec laquelle il accueillait chacun au seuil de son bureau-univers, que je veux saluer aujourd’hui. Avec la difficile tâche de continuer après lui.

Jean-François REY Professeur de philosophie honoraire

http://www.liberation.fr/debats/2014/05/21/jean-oury-celui-qui-faisait-sourire-les-schizophrenes_1023423

Une héroïne de série bipolaire

The Black Box est la nouvelle série produite par Bryan Singer, le réalisateur de X-Men. L’héroïne est Catherine Black une célèbre neurochirurgienne qui traite les maladies psychologiques les plus rares. Mais elle cache un lourd secret, elle est bipolaire, melty.fr vous en dit plus.

Kelly Reilly

On découvre le quotidien de Catherine Black une célèbre neurochirurgienne, surnommée « La Marco Polo du cerveau ». Chaque jour, elle tente de percer les mystères du cerveau humain dans un centre spécialisé au cœur de New York, appelé « Le Cube ». Elle s’occupe de patients atteints de troubles psychologiques très rares. Mais Catherine cache un lourd secret, elle est bipolaire, seule sa psychiatre, le docteur Helen Hartramph, est au courant. C’est une femme forte, une vraie mère pour la médecin, qui va la consulter chaque fois qu’elle en ressent le besoin. Côté cœur, Catherine entretient deux relations, une avec l’un de ses collègues, le beau et séduisant chirurgien Dr. Marc Bickman. Et l’autre avec le doux et rassurant, Will, qui tient un restaurant à Brooklyn. Ces deux hommes sont le symbole de sa maladie, elle oscille perpétuellement entre la raison et la folie.

La vidéo promo de Blac
Dans la vidéo promo on découvre Catherine qui s’occupe d’un patient lourdement atteint. Il et paranoïaque et ne se laisse approcher par personne, mais la neurochirurgienne sait comment s’y prendre. Will, quant à lui, aimerait s’engager pleinement dans leur relation, elle lui avoue qu’elle est bipolaire. Lorsqu’elle arrête de prendre ses médicaments, elle devient désinhibée et n’arrive plus à se contrôler. Kelly Reilly tient le rôle principal, on l’a déjà vue au cinéma dans Sherlock ou encore Orgueil et Préjugés. The Black Box sera diffusé sur ABC dès le 24 avril prochain.

http://www.melty.fr/black-box-la-nouvelle-serie-produite-par-le-realisateur-de-x-men-a251139.html

M6 : PERCEPTION, LA NOUVELLE SÉRIE AMÉRICAINE QUI VA METTRE LE FEU !

M6 programme une nouvelle série américaine, Perception de Kenneth Miller et Mike Sussman qui sera diffusée jeudi 10 avril à 20h50.

Une série qui cartonne aux Etats-Unis

Ce sont quatre épisodes à la suite qui seront diffusés jeudi 10 avril à 20h50 parallèlement aux Etats-Unis, qui assure en ce moment la diffusion la saison 2. Outre-Atlantique, la série télévisée, Perception a été renouvelée pour une troisième saison grâce aux bonnes audiences qu’elle a enregistré. Le tournage a d’ailleurs commencé en février à Paris, entre la Sorbonne et Notre-Dame. 4,2 millions de téléspectateurs ont en moyenne été réunis devant les épisodes de la première saison. La série assure avec une moyenne de 3,2 millions de téléspectateurs pour la deuxième saison actuellement diffusée. M6 doit sûrement s’attendre à avoir le même résultat. Espérons que cette série ne connaisse pas un flop.

Cette série relate les aventures du Docteur Daniel Pierce (Eric McCormack) un talentueux neurobiologiste qui enseigne à l’universitémais un peu excentrique sur les bords. Il travaille également pour le FBI où il a été recruté par une ancienne de ses élèves, Kate Moretti (Rachael Leigh Cook), agent spécial au FBI, comme consultant pour aider à résoudre des cas complexes. Atteint d’une schizophrénie paranoïde qui entraîne des comportements et des discours bizarres, ses hallucinations l’aident à résoudre les enquêtes. Un casting qui réunit des acteurs déjà connus.

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Des acteurs déjà découverts dans d’autres séries

Cette série qui résulte d’un mélange entre Dr House et The Mentalist devrait fait appel a des personnes déjà connues. Vous les aurez sûrement reconnus dans la bande annonce les deux acteurs principaux de la série Eric McCormack et Rachel Leigh Cook  ont été vus dans d’autres séries. L’acteur mais aussi producteur, réalisateur et scénariste, Eric McCormack a interprété de 1998 à 2006 le célèbre rôle de l’avocat homosexuel trentenaire, Will Turman dans la série Will and Grace aux côtés de Debra Messing. Cette série qui en a fait rire plus d’un a fortement été récompensée lors de la cérémonie des prime-time Emmy award, un événement qui attribue des récompenses au meilleur de la télévision américaine. Rachael Leigh Cook quant à elle, a interprété dans la série phare des années 90, Dawson, le rôle de Devon. Elle a également eu un rôle dans Las Vegas en 2005 et Ghost Whisperer en 2008.

http://www.staragora.com/news/m6-perception-la-nouvelle-serie-americaine-qui-va-mettre-le-feu/481577

 

A voir, mais déjà deux bons points: un schizophrène qui a un rôle positif et pas d’histoires de dédoublement de la personnalité en vue. C’est assez rare pour mériter d’être signalé.

 

 

Psychiatrie à domicile : premier bilan

TOURNAI – Les équipes mobiles en santé mentale du réseau Hainaut occidental ont expliqué où elles en étaient deux ans après leur installation.

«Quand vous allez à domicile, vous constatez que la personne à laquelle vous avez affaire n’est pas seulement quelqu’un qui a un problème psychiatrique: vous constatez la globalité des besoins d’une personne…»

Tel est le point de vue exposé la semaine dernière par Jean-Luc Hoebanx, qui fut le premier coordinateur du projet 107 en Hainaut occidental, aujourd’hui jeune retraité (son successeur est en cours de recrutement).

Du témoignage des équipes mobiles, il ressort qu’il y a effectivement une grosse différence avec le travail en institution psychiatrique, «à l’intérieur de murs cadrants», où l’on a tendance à ne voir la personne que comme un malade à soigner. Quand on va à domicile, «dans des lieux insolites, parfois inquiétants», on est davantage confronté à l’humain. C’est plus riche, plus dense, mais c’est aussi plus compliqué. «On voit et on sent beaucoup de choses, qui parfois nous dépassent» dit par exemple une infirmière.

«Un cas qui nous paraissait simple au départ ne l’est plus à l’arrivée» dit une autre, exemple à l’appui. Elle décrit la situation d’un septuagénaire, marié, père de deux enfants, qui souffre d’Alzheimer et d’alcoolisme. En plus, il est malvoyant, de sorte qu’il sort peu et s’ennuie. Son cas a été signalé par la clinique La Dorcas, où il était hospitalisé, et par son médecin traitant. Son épouse craint le retour à domicile de son mari, lequel a tendance à minimiser sa situation. On se rend compte que l’épouse a autant besoin d’aide que son mari: elle aussi est alcoolique, elle est inquiète pour ses quatre petits-enfants qu’elle pense en danger, elle veut aider les membres de sa famille, mais elle est vite fatiguée et a des douleurs dans tout le corps…

Comme les équipes mobiles travaillent avec toute un réseau, elles peuvent s’appuyer sur celui-ci pour aider le couple en difficulté: Alcooliques Anonymes, SOS Enfants, kinésithérapeutes, lieux de rencontre etc.

«Je suis sortie de la psychiatrie pour entrer dans le monde de la santé mentale, conclut l’infirmière. Pour cela, il faut entrer en relation avec un usager, et cela ne va pas de soi, car il n’y a pas de modèle préétabli. Cela demande de la délicatesse, de l’humilité, de la pudeur, de l’humour, une capacité à se laisser surprendre et à garder une juste distance thérapeutique: trop de proximité tue la parole, pas assez l’éloigne. La relation humaine n’est pas accessoire au traitement. Elle est le traitement lui-même.»

François DESCY

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=dmf20140402_00457621

Mad Pride 2014

Première « Mad Pride » prévue à Paris:  le samedi 14 juin 2014 – Départ à 14h de l’Hôpital Sainte Anne pour arriver en fin d’après-midi à l’Hôtel de Ville

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La psychiatrie s’interroge face à la banalisation de l’isolement et de la contention

Deux rapports alertent sur le développement de la contention et de l’isolement en psychiatrie. Des soignants s’inquiètent de ce recours à ces pratiques, thérapeutiques mais aussi attentatoires aux libertés.

Dans quelles conditions est-il légitime de placer à l’isolement ou d’attacher des patients dans des services de psychiatrie ? Et assiste-on aujourd’hui à un développement de ces pratiques, parfois nécessaires sur un plan thérapeutique, mais aussi potentiellement attentatoires aux libertés individuelles ? Même si elles ne font pas la une de l’actualité, ces questions sensibles se retrouvent une nouvelle fois au cœur du débat public.

Coup sur coup, deux rapports viennent de tirer la sonnette d’alarme. Le plus récent, publié la semaine dernière, est le rapport annuel du contrôleur général des lieux de privation de liberté. «Il n’est pas question de discuter ici le fait que certains patients particulièrement agités, dangereux pour eux-mêmes et pour les autres, puissent nécessiter le recours à l’isolement voire à la contention. Il n’en reste pas moins qu’une telle décision devrait répondre à des critères précis et des conditions déterminées, ce qui n’est pas toujours le cas», écrit Jean-Marie Delarue.

Il constate que les chambres d’isolement, parfois dépourvues «de commodités (un seau est alors laissé au patient)», ne sont pas non plus toujours équipées d’un bouton d’appel, ni d’horloge permettant au patient de se repérer dans le temps. «Les malades peuvent y être entravés, sanglés à leur lit par une main et un pied ; le moindre geste de la vie quotidienne – se nourrir, uriner – place alors la personne dans des conditions humiliantes», indique Jean-Marie Delarue.

Dans son rapport sur la santé mentale, rendu public à la fin de l’année (La Croix du 17 décembre ), le député PS de Loir-et-Cher, Denys Robiliard, dénonce lui aussi «un recours problématique» à la contention et à l’isolement. «C’est un phénomène difficile à appréhender car il n’existe aucune statistique, explique-t-il. Mais nous avons interrogé de nombreux professionnels qui, de manière majoritaire, nous ont dit que cela était en développement.»

Pour Denys Robiliard, cette évolution n’est en rien anodine. «Elle témoigne d’une perte de la culture de la relation humaine dans les établissements», souligne-t-il. L’isolement et la contention ne peuvent être mis en œuvre que sur prescription médicale. «Cela ne s’impose que si aucune autre solution n’est possible pour un patient agité qui se met en danger ou qui met en danger les soignants ou les autres patients. Et cette prescription doit être limitée dans le temps», explique le professeur Jean-Louis Senon, chef du pôle psychiatrie et urgences au CHU de Poitiers.

La situation est identique pour la mise à l’isolement, qui doit être prescrite pour une durée maximale de 24 heures, possiblement renouvelable. Mais certaines dérives semblent exister. Dans son rapport, Jean-Marie Delarue évoque le cas de patients «autistes et déficients chroniques», parfois placés en chambre d’isolement pour des durées qui se comptent en semaines, en mois, voire en années. «Les contrôleurs ont rencontré, dans une maison d’accueil spécialisée (MAS), un résident placé en chambre d’isolement depuis sept ans», indique-t-il.

En France, après la Seconde Guerre mondiale, toute une génération de psychiatres s’est mobilisée pour bannir l’isolement et la contention. Au point, affirment-ils, que cela était quasi marginal dans les années 1970 et 1980. «J’ai fait les trois quarts de ma carrière sans jamais avoir mis un patient sous contention», affirme le docteur Christiane Santos, secrétaire générale de l’Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique.

«Aujourd’hui, l’isolement est devenu une pratique routinière. Et la contention, bien que plus rare, a aussi tendance à se banaliser. Au point que beaucoup de soignants ne s’imaginent même pas qu’on puisse faire autrement», déplore Dominique Friard (1), infirmier de secteur psychiatrique au centre de santé mentale de Gap et rédacteur en chef adjoint de la revue Santé mentalePour certains psychiatres, tout cela n’est pas sans lien avec l’émergence d’un «climat sécuritaire», largement activé, selon eux, sous le mandat de Nicolas Sarkozy.

Ils estiment qu’un tournant s’est produit, fin 2008, lorsque le chef de l’État a annoncé un plan visant à mieux «sécuriser» les hôpitaux avec la création de 200 chambres d’isolement. Au-delà du débat politique, nul ne peut nier que, ces dernières années, la sécurité est devenue une préoccupation croissante pour de nombreux soignants, désarçonnés par le comportement parfois violent de certains patients. «Quand une équipe a peur, il est certain que le médecin va prescrire des contentions», a expliqué, à la commission Robiliard, Danièle Hagen, cadre de santé, référente du collectif psychiatrie de la Coordination nationale des infirmiers.

Pour le député, plusieurs facteurs doivent aussi être pris en compte. Le premier est la diminution du nombre de soignants dans les équipes. «Ces dernières années, on a aussi assisté à une féminisation des effectifs infirmiers en psychiatrie et à une évolution de la formation», ajoute Denys Robiliard. Il évoque notamment la disparition, en 1992, du diplôme d’infirmier de secteur psychiatrique. Depuis, il n’existe plus qu’un seul et même diplôme pour tous les infirmiers. 

«Désormais, les services connaissent souvent un turnover important d’infirmières, souvent jeunes et qui arrivent là sans aucune expérience de la psychiatrie. Résultat, elles ont souvent plus de mal à gérer des patients démonstratifs et agressifs», constate Danièle Hagen. «Avant, nous avions des infirmiers psychiatriques expérimentés qui “sentaient” bien les patients et étaient capables de prévenir les situations de crise», ajoute le docteur Santos. «La formation et l’expérience des équipes sont des éléments déterminants», renchérit le professeur Senon.

Pour l’avenir, tant Jean-Marie Delarue que Denys Robiliard plaident pour que tout recours à l’isolement et à la contention soit signalé dans un registre spécifique. «Les éléments à consigner doivent comprendre l’heure de début et de fin de la mesure, les circonstances d’espèce, les raisons ayant motivé le recours à la mesure, le nom du médecin l’ayant prescrite ou approuvée dans un délai raisonnable», souligne le contrôleur général dans son rapport.

«C’est indispensable pour s’assurer que ces pratiques restent réservées à des cas extrêmes et éviter toute banalisation», insiste Alain Monnier, membre de l’Union nationale de familles et amis de personnes malades ou handicapées psychiques (Unafam). «Ce qu’il faudrait, c’est surtout qu’une institution extérieure puisse venir dans les services pour interroger les pratiques», ajoute Dominique Friard.

Mais pour certains, cette évolution doit surtout inciter à s’interroger sur l’état de la psychiatrie en France. «Le fait que la contention soit de plus en plus utilisée est quand même le signe qu’elle ne va pas très bien», estime le docteur Jean-Claude Pénochet, président du Syndicat des psychiatres des hôpitaux.

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LA CONTENTION «CHIMIQUE»

La contention «chimique» est une question «délicate» selon le contrôleur des lieux de privation de liberté. Dans son rapport, il constate que certains patients continuent à recevoir des «doses massives» de médicaments, même lorsque la crise est passée et que la contention physique a été levée : «Par une application excessive du principe de précaution, des doses importantes de neuroleptiques continuent d’être administrées, faisant subir aux patients de lourds effets secondaires.»

Jean-Marie Delarue constate que, d’un établissement à l’autre, la pratique de la «contention chimique» est très variable :  «Dans certains établissements de santé mentale de droit commun, les patients sont tellement sédatés qu’il est difficile d’échanger avec eux, alors que dans d’autres, y compris en UMD (unités pour malades difficiles), il est tout à fait possible de dialoguer», souligne le rapport.

(1) L’isolement en psychiatrie : séquestration ou soin ?, Elsevier Masson, 2002. La revue Santé mentale a publié, en juin 2009, un dossier très complet sur le «vécu en chambre d’isolement»

Pierre Bienvault

«La France se décharge de nos enfants handicapés en Belgique»

ENQUÊTE

La France sous-traite depuis des années la prise en charge des personnes handicapées. Pour des raisons économiques.

Toute sa vie, Hélène, 77 ans, a redouté ce moment. Son fils Christophe est trisomique. Elle l’a gardé à la maison le plus longtemps possible, toujours bien soigné et bien habillé, «tiré à quatre épingles»«Mais il fallait bien un jour lui trouver un autre foyer. J’ai cherché, cherché…» Pas une place de libre. Alors en juillet, elle s’est résolue à accepter la proposition des autorités françaises : expatrier son enfant en Belgique. «Les structures sont saturées en France. Mais le long de la frontière belge, il y a plein de centres, vous aurez le choix. Vous voulez des adresses ?», lui a proposé l’assistante sociale.

Plutôt que de construire un nombre suffisant de structures d’accueil, la France sous-traite depuis des années la prise en charge de milliers de personnes handicapées (essentiellement des handicapés mentaux), en orientant les familles vers la Belgique. Plus de 1 500 mineurs sont concernés – on ne connaît pas les chiffres exacts pour les adultes, entre 3 000 et 5 000.

«D’un certain côté, heureusement que les Belges veulent bien nos enfants, vu que la France n’en veut pas ! Il est inacceptable que l’Etat français se décharge ainsi des personnes handicapées depuis toujours.»Bernard Peyroles a créé il y a sept ans l’association Andephi, qui regroupe des parents de personnes handicapées mentales. Il se bat pour que cesse cet exil forcé et que la France prenne enfin ses responsabilités. En attendant, face à cette carence, un marché juteux s’est développé le long de la frontière belge. Avec le meilleur comme le pire. Si certains établissements sont de bonne qualité, d’autres échappent à tout contrôle.

UN MARCHÉ LUCRATIF POUR LA BELGIQUE ET LA FRANCE

Pour l’économie belge, l’équation est positive. Isabelle Resplendino, secrétaire adjointe d’Autisme France, habite dans la province du Hainaut, près de la frontière. Elle voit pousser comme des champignons de nouveaux centres pour handicapés.«On les appelle des usines à Français. Il n’y a aucun Belge à l’intérieur, si ce n’est le personnel… Dans le coin, tout le monde a quelqu’un dans sa famille qui travaille dans l’un de ces centres.» L’Etat français cautionne ce système, le finance même. La Sécu ou les conseils généraux, ou les deux selon les situations, paient un forfait journalier pour ces ressortissants handicapés exilés en Belgique.

C’est tout bénéf pour les finances de la France ; la différence de prix entre une prise en charge en Belgique et en France peut varier du simple au double. «Les prix changent selon les établissements et la lourdeur du handicap. Mais pour vous donner une idée, en France, le prix à la journée dans un foyer d’accueil médicalisé (FAM) varie entre 200 et 400 euros. En Belgique, c’est plutôt entre 150 et 180 euros», détaille Isabelle Resplendino. Le prix du bâti et des normes belges moins contraignantes expliquent en grande partie la différence de prix. «Par exemple, chez nous, chaque chambre doit être équipée d’une douche individuelle, d’un lavabo avec miroir. En Belgique, non.» Les coûts de personnel sont aussi moins élevés : le taux d’encadrement n’est pas le même, ni les niveaux de salaire. La France fait donc une économie substantielle en sous-traitant ainsi la prise en charge de ses ressortissants handicapés.

DES «USINES À FRANÇAIS» SANS CONTRÔLE

Dès 2005, l’Igas (Inspection générale des affaires sociales) pointait le problème dans un rapport. «Le système wallon possède deux types de reconnaissance des établissements pour handicapés : l’agrément (qui garantit par des contrôles la qualité du fonctionnement et des prestations) et l’autorisation (qui atteste seulement de l’existence de conditions de sécurité). Or, l’autorisation est souvent interprétée, à tort, notamment par les conseils généraux français, comme un label de qualité.» Ces établissements simplement «autorisés» sont des structures privées qui n’accueillent quasiment que des Français. Il en existerait 140 selon le dernier recensement d’Andephi, contre une centaine il y a deux ans.

LES FAMILLES DÉMUNIES ET SANS ALTERNATIVE

Ces structures hors de tout contrôle médical ont pour certaines des pratiques abusives. «Quand vous rentrez, parfois vous prenez peur. C’est comme dans le filmVol au-dessus d’un nid de coucou. Des gosses shootés qui bougent pas», raconte Isabelle Resplendino. Sur le forum d’Andephi, une mère, inquiète pour sa fille, témoigne : «Elle est souvent consignée dans une chambre d’isolement dite de « sérénité » dans laquelle elle est enfermée une demi-journée voire une journée entière. Est-ce que ce sont des méthodes courantes ? Ou bien de la maltraitance ? La dernière fois que j’ai récupéré ma fille, elle avait des difficultés à rester debout et fléchissait sur ses jambes. Je suis en souffrance de ce constat et inquiète concernant sa santé. Que me conseillez-vous ? Que dois-je faire ?» Il y a aussi des centres où le directeur fait visiter aux parents le bâtiment flambant neuf avec un super équipement, des espaces verts. Mais le jour de leur arrivée, changement de bâtiment et de décor.

C’est ce qui est arrivé à Christophe, le fils d’Hélène. «Le directeur de l’établissement m’a vendu sa sauce, en nous disant que Christophe pourrait voir des animaux dans un grand jardin. Au final, il ne met pas le nez dehors. Le jour de son arrivée, le directeur nous a dit que finalement, il irait dans un autre bâtiment. Ils vivent les uns sur les autres, sur des chaises longues à moitié cassées. On est obligé d’appeler avant chaque visite et nous n’avons pas le droit de monter dans sa chambre»,raconte-t-elle, dépitée. La dernière fois qu’elle est allée le voir, il s’est mis à pleurer. Du coup, l’établissement a restreint les visites : «Désormais, il ne m’autorise à voir mon fils qu’une fois par mois.» Mais ce qui l’inquiète le plus, c’est ce passage du règlement intérieur, indiquant que l’établissement se réservait le droit d’exiger la tutelle de ses pensionnaires, pour «simplifier les démarches». Les associations conseillent de ne pas céder à ce chantage.

«Le plus révoltant dans cette situation, c’est qu’on ne laisse pas le choix aux familles. C’est la Belgique ou rien», s’insurge Bernard Peyroles, de l’association Andephi. Sur son site Internet, il compile les témoignages. Beaucoup d’histoires se ressemblent. Certains parents quittent leur maison et leur région pour s’installer près de la frontière belge afin de pouvoir rendre visite plus souvent à leurs enfants. Marie-José Colomb, originaire de Toulouse, a vécu à Valenciennes pour se rapprocher de sa fille. «Je ne conseille pas en revanche aux parents d’aller vivre en Belgique. Cela devient vraiment compliqué de faire valoir les droits de votre enfant.» Car non seulement la France exile ses ressortissants handicapés, mais en prime, la Sécu rechigne parfois à rembourser les feuilles de soins faites en Belgique.«A chaque fois, il faut se battre. Moi, je suis impliquée dans le milieu associatif, je connais mes droits, je sais les défendre. Mais tous les autres, comment font-ils ?»Le pire, raconte-t-elle, «ce sont ces familles qui s’entendent dire un beau jour : votre enfant est dans une structure belge depuis vingt ans. Il ne vit plus en France de fait, on arrête de payer.»

LES AUTORITÉS FRANÇAISES PAS PRESSÉES

Dans une récente interview au Monde, la ministre déléguée aux Personnes handicapées, Marie-Arlette Carlotti, déclarait avoir découvert l’existence de «ces boîtes à Français en mars 2013 et combien elles étaient mal contrôlées». Pourtant, l’Igas a rendu un rapport dès septembre 2005, s’alarmant de cette situation. Suivront deux rapports parlementaires, le dernier datant de 2009. En 2011, un accord-cadre a été signé entre la France et la région de Wallonie pour permettre au moins à des inspecteurs du Nord-Pas-de-Calais de mettre les pieds dans ces établissements. Mais cet accord n’est pas encore appliqué. Comme tout texte international, la procédure prend du temps, répond le ministère. «Cela dit, estime Marie-José Colomb, rien n’empêche l’Assurance maladie comme les conseils généraux qui financent de demander des garanties ou un droit de regard sur les pratiques. Mais ce qui les intéresse, c’est les tarifs proposés les plus bas possibles. Pour le reste, ils ferment les yeux.»

Marie PIQUEMAL

http://www.liberation.fr/societe/2014/01/17/la-france-se-decharge-de-nos-enfants-handicapes-en-belgique_973627

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