Archive for Paroles des lecteurs du blog

A jamais

A jamais tu seras mon enfant masculin

Mon dernier désir de transformer la chair

en être de bonté

et tu fus celui-là

enfant bon et joyeux

qui aima sa maison

comme on aime aux cieux

comme un délit secret

comme un ravissement

Ta maison t’appartient

tu ne l’as pas quittée

pour un avenir mensonger

brouillé de larmes apeurées

pour un destin déformé

sans famille tu devenais

et ton bras désarticulé

ne pouvait plus souffrir

la longue litanie

de nos sagacités

Dans les murs

ton esprit échappé

divague bouche cousue

Ton enfance perdue

tous les plaisirs reçus

sous leurs globes de verre

te regardent surpris

tu as si peu grandi

sans abri, sans logis

A jamais

Disparu le temps

d’avoir vécu confiant

petit frère apaisé

fierté de tes parents

ta longue peine déguisée

en sombre tragédie

dans l’isoloir, ton absence grandit

ton chagrin ne se partage plus

Il est caché dans ta maison

ta maison dans ta tête

et ta tête ?

O ta tête !

se débat dans sa cage d’acier!

Ta chère tête de beau petit garçon

de jeune homme élancé

qui peut la protéger ?

la sauver du passé ?

Tu es venu

éclairer la mémoire

supplier la pitié

et la fidélité

à toute chose aimée

demeurée dans ton coeur

Ta révolte essentielle a malmené nos liens.

Epris de liberté

tu as osé, mon fils

un invincible pari

Le temps n’a pas de prise

Sur l’amour des enfants

Corinne, maman de Guillaume

Parents

Des parents pratiquants

déposent leurs tributs

aux consciences armées

d’une longue expérience

de jeunesses damnées

de cervelles irradiées

de garçons disloqués

errant toujours vivants

aux limites mortelles

du désordre géant

de leur imaginaire

percé cloué vissé

ébloui ahuri

greffé sur des tympans

par les sons discordants

des transes ennemies

et des cris de leurs mères

à genoux accouchées

d’une plaie à trépan

d’une longue patience

d’un fils immaculé

et des cris de leurs pères

accablés, violentés par un fils étranger.

Nos garçons sont tremblants

dans leurs corps interdits

de fièvre et de désir

Nos garçons sont perdants

au jeu des destinées,

des écoles, des lycées

Des parents rassemblés

au piège des tourments

inventent une contrée

de psychoses hantées

de paroles mêlées

de fragiles bienfaits

Pour une vie cachée

mentalement honnie

pour des fils innocents

de leurs bouleversements

Pour des fils à aimer

des parents convertis

au quotidien absurde

bâtissent en clair-obscur

une empathie fidèle

aux jours qui ne sont plus

au présent qui s’avance,

au trouble conjuré.

Corinne, maman de Guillaume

Schizoïde

Mon vide se rempli de l’angoisse

D’un futur en berne.

Il n’y a plus d’espoir,

Juste la mélancolie pesante

De la maladie qui opère.

Les mots m’échappent

Ainsi que ma pensée.

J’en regretterais presque

Les chimères entrevues

Lors de voyages ailés.

Les neuroleptiques brutaux,

L’hôpital et l’odeur

Du cadavre de mon cerveau

Font un printemps sans fleurs.

Où est ma légèreté ?

Dans le souvenir

D’amours en liberté

Et d’un possible devenir.

Schizophrénie tu mens !

Ce n’est plus une vie,

Errer sans sentiments

Faire les choses sans envie.

Plus de rimes au compteur,

Plus aucun intérêt au mensonge,

Cela n’ira pas mieux.

Le rire a sombré dans l’oubli.

Torpeur. J’ai peur aussi.

Il fait si froid.

 

Gunnar

Appel à témoignages: l’hospitalisation en psychiatrie

En cherchant sur internet des témoignages d’hospitalisation en Belgique, je n’ai quasiment rien trouvé. Tout ce qu’on peut lire, ce sont les sites officiels des hôpitaux ou des articles sur les événements qu’ils organisent.

Je vous invite donc à témoigner sur ce qu’est réellement la psychiatrie, celle qui est derrière les discours policés. Si vous voulez témoigner sur votre hospitalisation en Belgique, raconter vos expériences, bonnes ou mauvaises, vous pouvez m’envoyer un texte (anonyme ou non)  à cette adresse schizo.sosblog@yahoo.fr  Une catégorie dédiée à ces témoignages sera créée. Je précise que vous pouvez donner le nom de l’hôpital mais pas de noms de personnes dans le texte.

Et si ça intéresse des gens qui n’ont pas été hospitalisés en Belgique, la catégorie Paroles de lecteurs du blog est là pour ça.

Sous un autre angle de vue

Pendant la période de ma formation de travailleuse sociale, notamment lors de stages et de remplacements d’été, j’ai accompagné des personnes psychotiques, sans penser l’être. Cependant, le recul sur plusieurs décennies, dont l’une d’elles submergée de symptômes schizophréniques, et l’autre passée à me reconstruire en mettant en place diverses stratégies après avoir été soutenue par un entourage bienveillant et des psy ouverts et attentifs (quoique loin d’être parfaits), m’a permis d’envisager que mes tendances psychotiques étaient en sommeil aux prémices de ma vie.

 

Rien n’avait encore éclaté durant mes études. Je posais néanmoins un regard critique et interrogateur sur la manière dont on nous présentait les psychotiques en cours de psychiatrie ou de psycho, ainsi que sur l’attitude des équipes éducatives et médicales qui en découlait sur le terrain. Il m’est arrivé de soumettre mes doutes à des collègues en institution : « Et s’ils percevaient des réalités auxquelles nous sommes sourds et aveugles ? ». Il me fut répondu que mes idées étaient « dangereuses ». Point. Belle mentalité ! Sans aucune remise en question. Je fus profondément choquée de cet état d’esprit général et étriqué. Les psychotiques sont dans l’erreur, contrairement aux « bons névrosés », modèle à suivre. Je ne m’attendais pas à y regarder de plus près, et de l’intérieur. Je ne savais pas que j’allais moi-même basculer vers la psychose.

Dix ans plus tard, alors que j’étais en plein travail de rémission, fébrilement surinvestie par la nécessité de guérir, et me pistant sans relâche et fliquant le moindre signe avant-coureur du monde hallucinatoire qui me noyait par intermittence, afin de savoir comment regagner le rivage et de plus en plus rapidement, le collègue d’une amie m’a demandé d’assurer à sa place un remplacement d’ergothérapeute… en clinique psychiatrique. Incroyable ! Il fallait que ça, aussi, m’arrive, à moi…

Très inquiète, j’ai pensé refuser mais j’interrogeais ma psy. Contre toute attente elle m’a encouragée à faire ce remplacement, prétextant l’immense opportunité qui se présentait pour que je réalise que je n’étais pas une « erreur de la nature », comme je le répétais inlassablement, bien au contraire, et que je pourrai faire profiter aux patients de cet établissement de mes qualités et de ma sensibilité.
Une fois sur les lieux, j’ai été estomaquée par le petit briefing du personnel infirmier. Je me souviens d’une des mises en garde : « protégez-vous des pensionnaires car ils nous pompent jusqu’à la moelle et n’offrent jamais rien en retour ».  L’idée d’en tenir compte ne m’a même pas effleurée.

 

J’ai proposé aux quelques personnes qui s’aventuraient dans l’atelier d’expérimenter, ensemble, le matériel. Au fur et à mesure que les jours passaient, de plus en plus de pensionnaires venaient, régulièrement.

Pendant un mois, on s’est amusé à créer un tas de choses, pour offrir, ou pour le plaisir de créer. J’aimais regarder un jeune homme (diagnostiqué schizophrène) réaliser des portraits d’un seul trait sans jamais relâcher sa plume. Il m’a offert une de ses œuvres et un de ses stylos spéciaux, que je garde toujours précieusement. Certains m’ont raconté ce qu’ils vivaient et j’avais du mal à retenir mes larmes. Une femme m’a confié qu’elle avait eu un « traitement » par électrochocs pour se débarrasser définitivement des terribles angoisses qui la hantaient. Mais qu’elle souffrait à présent que des pans entiers de sa vie lui échappent. Je croyais cette « technique » disparue.

Une autre jeune femme m’expliquait qu’elle était psychotique, qu’elle supportait mal les effets des médicaments et sa surcharge pondérale, mais qu’elle les acceptait en espérant un mieux-être. Lors de la loterie du réveillon, elle gagne une peluche et me l’offre. J’en étais infiniment touchée. Elle n’a jamais quitté mon salon. Elle symbolise l’erreur de jugement « ils pompent et n’offrent rien ».
Vers la fin de mon rempla, l’infirmière cheffe est descendue me voir, curieuse de connaître « cette remplaçante qui passe si bien avec les malades » comme elle l’entendait dire dans les couloirs, mais qui « n’a pas cherché contact avec l’équipe soignante ». Elle m’a expliqué que si elle tenait à me féliciter, c’était parce que c’était la première fois qu’il y avait autant de pensionnaires dans l’atelier : « d’habitude ils sont toujours à fumer comme des pompiers dans les couloirs, si vous saviez… ». Je n’avais pourtant pas l’impression de faire quoique ce soit d’extraordinaire. J’aimais les regarder faire, papoter et partager avec eux, prêter la main à la pâte… Les compétents, c’était eux. J’en avais conclu que cet atelier était un lieu privilégié et chaleureux, très différent du reste de l’édifice.

« Passe bien avec les malades »… quelle étrange expression.
J’aurais aimé pouvoir faire plus par rapport à toute cette détresse. Expliquer que moi aussi j’étais psychotique et que tout espoir de s’en remettre n’était pas perdu, car j’y parvenais. Je m’effondrais parfois devant ma psy en lui rapportant ce que j’avais vu et entendu. « Risquer de gâcher la relation de confiance que les malades avaient établi avec leur psy, en leur parlant de tes techniques personnelles, est à éviter », me conseilla-t-elle. « Ce lien de confiance est important pour leur guérison ».

Pourtant plusieurs d’entre eux mettaient en doute l’efficacité de leurs séances de psy, trop rapides, trop froides, silencieuses, où « il ne se passe rien ». J’écoutais, sans raconter ma vie, comprenant bien que ce n’est pas ce qui les aurait aidés.

Vingt ans se sont écoulés depuis cette événement…  Il ne s’agit pas tout à fait d’un double regard. C’est le même regard, avec les mêmes yeux, mais posé à partir d’un endroit différent, offrant, donc, un angle de vue différent.

Je pense que nous, les psychotiques, avons glissé, sans le vouloir. Contrairement à ceux entraînés à la glisse en suivant des enseignements -parfois altérés- de traditions anciennes, avec leurs pré-visions sans surprises et interprétations balisées, nous, rien ne nous y prépare. Et alors, on glisse encore plus, en hors-piste, nus, poreux et perdus dans la sauvagerie virginale d’un paysage vacillant et volubile. L’horreur alterne le merveilleux, s’imposent rêves et cauchemars, qu’on tente de pincer. « Aïe ! ». Que dire d’autre, ils sont encore là et puis, se dérobent à notre inaudible perplexité. A tout moment une avalanche vertigineuse aurait pu nous emporter et nous en avons été conscients. Mais nous sommes également conscients que l’on peut en revenir, et si cette lucidité est parfois aussi fugace qu’une étoile filante… gardez-vous de l’étouffer. Laissez-nous entrevoir le chemin à traverser et tendez-nous la main.

Témoignage

J’ai lu le témoignage de Lucie et je suis très touchée d’autant plus qu’en 2002 février j’ai eu mes bouffées délirantes et février 2011 aussi
mon histoire est très complexe et d’un certain coté plus légère en étant à la fois très dramatique
La critique que je fais des psychiatres c’est qu’ils ne sont bien des fois pas à l’écoute et font une violence supplémentaire au patient déjà mal au point
cela à part générer la Haine aggrave l’engrenage dans lequel le malade se trouve…
bref il est très juste que le monde de la psychiatrie regarde le patient(e) non pas comme un humain avant tout et cela est très grave et même dans la meilleur des cliniques de France Saumery et accompagné  d’une famille très attentive à moi
on devrait faire des lois, de l’information auprès des patients et familles avec des explications de ce que l’on connait de la maladie avec l’humilité d’avouer ce que l’on ne sait pas
aider avec soin et respect de la dignité de la personne
et si cette société est championne de gens dépressifs remettre en cause le système ou l’on se trouve à affronter bien des démons au dessus de nos force parfois…
changer le regard c’est infomer et le patient et l’entourage
enfin une personne fragile seule dans un mauvais état face à un médecin psychiatre peut très mal vivre voier rien comprendre de ce qui lui arrive avec cet inconnue à qui elle fait malheureusement confiance et ouvrir le chemin de la vrai déroute…surtout quand elle est jeune…
je suis très choquée encore des conneries qui entourent ce monde-là reflétant en réalité notre monde
actuel dans un vase clos…
Mlle Olmedo

Une lumière a jailli

Une lumière a jailli aux confins de ce monde

Et tu es apparu

Libre, sensuel – Lauvuel.

 

Je ne savais pas quel mal te rongeait

J’ignorais que la Mort te serrait et te surveillait.

Je méconnaissais les tourments de ton âme.

Et peu à peu tu t’es confié et m’as ouvert les arcanes de ton coeur.

 

Tu as évolué dans un monde sans pitié

Où rien ne doit se mélanger

Où tout doit être formulé, carré, prisonnier, justifié.

 

*

Toi, oiseau bleu, tu as fui

Cette agonie

As sombré parfois dans la folie

As été trahi

Et tu as ressurgi tel le phénix renaissant de ses cendres.

 

Puis tu es reparti là-bas dans un monde qui m’ignore et qui se cache

Où le silence est aussi lourd que du plomb

Où les prisons de l’âme jaillissent en colimaçon.

 

Que deviendras-tu seul face à cette guerre intérieure ?

Toi, mon cœur, objet de mes ardeurs.

 

Qu’un ange te protège

Toi qui te désagrèges

Qu’il t’amène un cortège

De Chérubins

Pour t’enserrer dans leur sein

Afin que tu accomplisses

Ce bouquet de délices

A travers mots, syllabes et ballades.

 

Une lumière a jailli

Et tu as dit Oui à la Vie.

 

Sybilline

Une absence de corps (écrit brut)

Peut-être te verrai-je, vivante, danser autour de rien
Moi, je suis malade à vie.
je ne vois pas les choses comme tu les vois
Ni le temps, ni l’espace…
Moi, tout m’envahit et tout me fuit.
Les idées, l’amour, l’être,
Je ne reconnais rien: diffusion du réel.
Mes baisers de sel s’adressent à toi, pourtant
Toi qui n’existe même pas…
La nuit, Grande Indifférence,
Me happe
M’absorbe
Me diggère comme une nourriture terrestre.
Je voudrais toujours écrire
Toujours pouvoir écrire
Parce que mon langage pallie une absence de corps à mes désirs
Et parce qu’avant de sombrer… avant…
Aujourd’hui je ne suis rien
Seul, sec et sans larmes comme pour du dé-lire.
Prudence, mon âme, prudence.
Olivier

Clubhouse

Pour une fois, une bonne nouvelle.

Il existe une structure récente, en France, l’association clubhouse France, dont le but
est la réinsertion des patients dans la société et en particulier dans le monde du travail.

Elle fait une large place aux patients qui sont considérés comme des adultes, pour une fois,
et qui participent aux activités et à la gestion du club. Des entreprises partenaires le soutient
et propose des emplois qui peuvent être aménagés.

Cela sort des discours rebattus sur « la maladie très grave et définitivement handicapante ».

Extrait de leur page web :

NOTRE MISSION :

Redonner à la personne sa dignité et le pouvoir d’agir. Restaurer, maintenir et améliorer la qualité de vie des personnes
fragilisées par un trouble mental (schizophrénie, trouble bipolaire, troubles de la personnalité, etc.) en les aidant à prendre
conscience, développer et utiliser leurs capacités pour vivre, apprendre et travailler dans la société avec le plus d’autonomie et
de satisfaction possible
.

Notre mission a donc un intérêt général qui peut être bénéfique à l’ensemble de notre société.

NOTRE VISION :

Que les personnes en situation de handicap psychique réalisent partout leur potentiel en étant
respectées comme collègues, voisins et amis
.

NOS VALEURS :

Le respect, la tolérance, l’écoute, la bienveillance, l’entraide, la solidarité avec l’encouragement
au développement du potentiel de chacun.

NB : Clubhouse France est une association d’intérêt général à but non lucratif, apolitique et
sans obédience religieuse.

Site Web : http://www.clubhousefrance.org/

Alain

Mon empire

 

J’ai dormi sur un nuage, j’ai rêvé aux étoiles
 
Mes nuits de misère sociale et d’affects déglingués

 

Mon alcool, mes drogues, ma psychose.

J’ai rêvé de toi, de notre rencontre.

D’une unité d’être morcelée, croquée sans amour
Et la guerre me fait courir
La mort, hurler à la mort
J’ai rêvé de toi.
 

La terre, chaude, accroche à ses haillons toutes sortes de clochards pervers

Comme je le suis

Et j’ai de très jolies mains qui caressent le vide

Et qui cherchent quelque chose ou quelqu’un que tu connais. 

L’hiver, j’existe un petit peu plus,

Quand je te rencontre…

Et quand tu m’ignores, je me renfrogne,

Je me cache dans une commissure

Et je lis
Et j’écris
 
Je bâtis mon empire.

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