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J’ai fait ce qui était le moins difficile pour moi

Les gens me disent souvent que j’ai été courageuse de continuer mes études et d’avoir un travail en étant malade.

En réalité, j’ai juste fait ce qui était le moins difficile pour moi à ce moment-là. Je crois que c’est ce qu’on fait tous, dans la vie. On choisit la solution qui n’est pas la pire, celle qui nous fait le moins mal. Quand on est schizophrène, on n’a pas d’autre choix que de se battre ou mourir. Mourir, j’ai longtemps pensé que c’était le mieux pour moi, mais ce courage-là, je ne l’avais pas. Alors il me restait la choix de m’accrocher à ma vie ou de l’abandonner. L’abandonner, je ne voulais pas, ça m’effrayait trop, ça aurait été trop douloureux. Etre longtemps hospitalisée, rompre avec ma vie d’étudiante, plus tard avoir de faibles revenus, vivre seule sans travailler ou chez mes parents, ça aurait été trop dur à supporter pour moi. Pour d’autres, c’est la vie que j’ai choisie qui est trop dure à supporter, parce que c’est vrai, ce n’est pas un choix facile. Mais a-t-on aucun choix facile quand on est schizophrène? N’en faut-il pas du courage pour supporter l’hôpital psychiatrique, les traitements lourds, la pauvreté, le regard des gens? En quoi ceux qui vivent ainsi auraient-ils moins de courage que moi? On peut aussi fuir tout cela, se laisser glisser dans la folie, et  je pense que ce choix est le plus douloureux de tous. Je n’en voulais pas parce que je me sentais incapable de le supporter.

Ce que je voulais, c’était souffrir moins, c’est tout. J’ai seulement choisi la solution qui me permettrait d’y arriver. Chacun choisit la sienne, avec courage ou pas, quelle importance, on avance c’est tout, parce qu’on n’a pas d’autre choix, parce que c’est la vie. Parce qu’on n’a pas d’autre choix que d’avancer ou de mourir. On est obligé d’être courageux si on veut vivre, on ne fait rien d’autre que ce que tout le monde ferait dans la même situation.

« C’est une maladie pour les lutteurs »

C’est une phrase tirée d’un article du blog de Murielle, qui a déjà commenté plusieurs fois le mien. Elle a donné un petit coup de projecteur à mon blog, c’était en 2011 mais je l’ai relu aujourd’hui, et j’ai particulièrement aimé cette phrase, je me demande pourquoi elle ne m’avait pas frappée à la première lecture. Ca change de la pitié ou des préjugés et ça fait du bien. Surtout, c’est tellement vrai. Merci Murielle!

Vous pouvez lire l’article complet ici, je trouve que la schizophrénie y est très bien résumée:

http://www.deschosesadire.net/tag/schizophrenie/

Le désir de liberté, une pathologie psychiatrique?

J’ai retrouvé Amina, la Femen tunisienne
Martine GOZLAN – Marianne | Mercredi 27 Mars 2013
Son regard de défi et sa poitrine dévoilée sur laquelle elle avait tagué  « Mon corps m’appartient, il n’est l’honneur de personne »ont semé l’admiration et la colère. Le courage d’Amina Tyler, première Femen de Tunisie, n’a d’égale que la tragédie qui l’entoure. Elle avait disparu, enlevée par sa famille, après avoir été  hébergée par des amis. J’ai  pu la rencontrer, quelque part dans le pays profond, loin de la capitale, avec l’accord de sa mère qui n’a autorisé aucune photo.

Aujourd’hui, la jeune fille n’est pas libre de ses mouvements et de ses contacts, bien que majeure. La famille plaide sa « fragilité psychologique » pour la couper du monde. On lui donne beaucoup de médicaments. Des antidépresseurs à haute dose. C’est aussi, curieusement, la thèse de certaines féministes tunisiennes. Le cas Amina sent d’évidence le soufre pour la génération précédente. J’ai trouvé une jeune fille lasse, à la fois engourdie par un traitement médical et ferme sur sa volonté de retrouver sa liberté d’action. Nous n’avons pas pu parler seule à seule, sa mère tenant à garder « par amour » le contrôle de sa fille. Récit.

 

J’ai retrouvé Amina, la Femen tunisienne

«  Je veux pouvoir revenir à la vie normale, je veux pouvoir téléphoner, me connecter à Internet et retourner au lycée… »

Amina parle d’une voix faible, épuisée. Cette voix contraste avec les voix fortes, éclatantes, parfois assourdissantes qui fusent autour de nous, dans le salon d’une maison familiale, loin de Tunis, dans une ville que je ne nomme pas, par sécurité car le geste d’Amina, la premiere Femen de Tunisie, la seconde du monde arabe après l’Egyptienne Aliaa al-Maghdy, a entrainé des menaces  de mort des salafistes. Le dévoilement d’un sein qui symbolise en France, depuis deux siècles, le fier élan de la belle Marianne républicaine pulvérise ici  le tabou suprême sur le corps des femmes.

Depuis plusieurs jours, nous ne disposions que de rumeurs à propos d’Amina. Personne ne pouvait plus la joindre depuis que sa famille l’avait enlevée, en plein jour, devant un café de l’avenue Habib Bourguiba. Voici trois jours, son avocate Bochra Belhadj Hmidi, a fait savoir à l’Agence France Presse qu’Amina allait bien et se trouvait de son plein gré dans sa famille.

Cette façon d’aller bien au cœur d’un silence de plomb ne m’a pas convaincue, pas plus que Caroline Fourest qui, saisie du même pressentiment logique, a titré sur son blog du Huffington Post « Non, tout ne va pas bien ». La réalisatrice Nadia el Fani, elle, a affiché dimanche, buste nu, et bras tatoué d’un « Pour Amina » sa solidarité sur Facebook.

Depuis mon arrivée à Tunis, je vais d’une info contradictoire à l’autre. Le seul relais semble être Bochra l’avocate. Son message : « Il faut la laisser tranquille, elle est en sécurité avec sa famille, elle se repose. »

Je contacte Ahlem Belhadj, psychiatre, et présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates. Elle appuie cette thèse et affirme qu’Amina est revenue dans sa famille de son plein gré. Très énervée par l’affaire, elle tient à souligner « la position officielle de l’association » : « Le geste d’Amina, ce n’est pas une méthode de lutte qu’on a l’habitude d’employer mais on a le respect des personnes et nous sommes solidaires contre toutes les formes de violence qu’elles peuvent subir. Et je ne dirai pas un mot de plus sur cette histoire… »J’apprendrai plus tard qu’Ahlem Belhadj fait partie des médecins qui « suivent » Amina. Elle ne l’a cependant pas revue depuis son enlèvement : « je n’ai jamais été au courant de cet enlèvement »

Je rencontre ensuite Zyed. C’est le jeune photographe qui a réalisé les photos d’Amina seins nus. Lui aussi est menacé de mort, pas seulement depuis le scandale. Les salafistes lui ont cassé les côtes il y a quelques mois. Il ne marche plus qu’un énorme sac sur son dos : « Au cas où on voudrait lui tirer dessus par derrière comme on a tué Chokri Belaid… » explique Soraya, une de ses amies. Zyed est un rebelle. Il a aussi réalisé des photos de femme en burka. Sa Tunisie  a 20 ans et ne veut pas de l’étouffement. Sa Tunisie a cru à la liberté conquise et s’est retrouvée otage de ceux qui l’ont volée. Zyed a hébergé la jeune fille après que les menaces de mort et les appels à la lapidation des salafistes aient fusé. Il est révolté par la  violence qui s’est exercée contre elle quand on l’a enlevée.

J’appelle la mère d’Amina au téléphone. « Amina est calme, elle dort, son psychiatre dit qu’il faut l’éloigner de tout ce qui peut l’énerver, la déranger ». La mère parle d’Amina comme d’un nourrisson : « Elle dort sur mes genoux, elle ne veut pas me quitter une minute ». Elle me passe sa fille qui me répond brièvement et me confirme qu’elle accepte de me voir.

La description donnée par sa mère, la voix sourde d’Amina contrastent de façon saisissante avec la fierté de la photo aux seins nus, le regard de défi et le discours remarquablement structuré de son interview sur la chaine Attounisia. Elle parlait de la culture qui forge la liberté, elle rappelait qu’acheter un livre de Nietzsche ne coûtait que quelques dinars.

Après une longue route dans une Tunisie profonde, esseulée, à travers des départementales jalonnées de centaines de bidons d’essence trafiquée en provenance de Libye, j’arrive dans un quartier typique de la classe moyenne. Deux oncles, une tante, la mère enfin, qui porte le hijab, m’ouvrent la porte. Immédiatement, ils se présentent par leur profession et précisent : « Nous sommes des gens éduqués : institutrice, professeur d’histoire, ingénieur, nous avons des diplômes… » 

On veut me faire comprendre que  ce n’est pas une histoire d’illettrés. Je le sais bien depuis hier et les réactions ambigües des féministes : le geste d’Amina a eu le génie de débusquer les bloquages terribles des conservateurs comme de ceux qui se disent émancipés.

Où est Amina ? La voici, elle les domine de sa haute taille, son visage est fatigué, elle ne sourit pas. Tout le monde parle, elle se tait. Un jean, un polo, pas de maquillage. La famille est volubile. Il faut interroger doucement Amina pour que sa voix émerge du vacarme et des paroles qui semblent se substituer à la sienne avec un amour que sa famille ne cesse de scander : « Elle n’a pas disparu ! Elle est chez nous ! Comment sa propre famille pourrait-elle lui faire du mal, crie la tante, la famille ! Il n’y a pas mieux que la famille ! »

La mère manifeste à la fois sa hantise du dehors« pour les filles bien qu’il faut garder à la maison, loin des influences extérieures, j’ai peur… » et son rêve de l’ambition car nous sommes en Tunisie, au cœur de paradoxes féminins vertigineux : « Je veux que ma fille devienne avocate ou journaliste comme vous ! Je veux qu’elle ait son propre argent plus tard ! »

L’oncle résume le tourment majeur des hommes de cette famille et des femmes qui les suivent, qui se pressent dans ce salon où des éclats de rire, une distribution d’orangeade et de gateaux, une offrande de dragées et de fleurs d’un mariage tentent de tisser une atmosphère normale : « On ne veut pas qu’elle soit un corps. Notre famille appartient au monde arabe ! Notre famille refuse qu’elle se déshabille ! Chez nous, c’est l’esprit qui s’impose, ce n’est pas le corps ! »

Rien n’est normal, je suis assise au cœur du tumulte familial et du silence de l’individu Amina. J’interviens, je vais au delà de la réception passive des phrases, je leur dis que pour des dizaines de milliers de gens, l’acte d’Amina c’est un acte libre, d’esprit libre.
Au moins, elle entend cela, la silencieuse.

Elle entend très bien, elle me questionne sur le 4 avril:

« C’est quoi exactement ? »
« Une journée de solidarité. Il y a 100 mille personnes qui ont signé la pétition pour toi ».

La mère intervient à nouveau :

« Je veux protéger ma fille alors que chacun veut exploiter ses gestes. Loin de sa famille, elle est menacée. Par la drogue, par les influences, par les salafistes, par tout le monde. »

Un autre oncle parle :

« Elle est soignée pour des problèmes psychologiques, elle n’est pas responsable de ses actes, elle a fait ça sur pression, elle est influençable comme une enfant. »

Il la serre contre lui :

« Donne-moi un bisou ! »

Cette conversation est difficilement supportable. Que se passe-t-il en ce moment dans la tête et le cœur d’une jeune fille cernée par des proclamations d’amour protecteur et d’infantilisation ? Que se passe-t-il quand on devient un objet après avoir été l’auteur d’un acte qui clame la volonté féminine de devenir sujet ?

Parle moi, Amina. Sors de leur tumulte.

« Tu te sens bien, mal ? »

Sa voix lasse, mais précise :

« Non, je ne peux pas communiquer avec l’extérieur. Ma famille m’accepte, moi, mais pas mon acte. Je suis fatiguée, on me donne des anti-dépresseurs. Je veux dire aux Femen bon courage. Restez toujours les plus fortes féministes du monde. Pour moi, la réaction de la société n’est pas encourageante.Je veux reprendre mes études, je ne me sens pas libre. Je souhaite pouvoir retéléphoner librement à mes amis. Me connecter à Internet. Retourner au lycée ».

Les voix montent à nouveau.

« Pouvons-nous parler un moment tranquillement, Amina et moi ? » 

Ils se lèvent tous. Sauf la mère. Elle ne veut pas nous laisser un seul instant.

« Tu as été enlevée, tu le confirmes ? »
« Quand ils m’ont trouvée, je n’ai pas eu de problème avec ma mère ni ensuite avec mon père. Mais mon cousin, lui, m’a frappée devant le café pour m’emmener. Il a cassé la puce de mon téléphone… »

La mère intervient :

« Je verrai ma fille aller en enfer et je ne ferai rien ? Le cousin a voulu m’aider ! Ne parle pas de lui ! »

Amina poursuit calmement :

« Si, je veux parler de lui. Nous sommes allés ensuite dans la maison de ma tante et là, j’ai été obligée de me servir d’une bombe à gaz, comme on en utilise dans les agressions, pour me protéger du cousin. Enfin, mon père est arrivé. Il m’a embrassée. Et je suis restée trois jours dans une autre maison. J’avais besoin de téléphoner, d’informer Inna, j’ai fait beaucoup de choses pour contacter Inna. » (Inna est la militante des Femen ukrainienne, l’une des fondatrices du groupe)

Amina continue. Elle répète :

« Je veux revenir à la vie normale. Je veux étudier, téléphoner, me connecter à Internet. »

Je me tourne vers sa mère :

« Alors ? Pourquoi lui avez-vous enlevé tout moyen de communiquer ? Elle est majeure ! »
« Mais c’est mon enfant ! Elle a besoin de calme, de réfléchir. Dans un mois ou deux, je lui rendrai son téléphone et internet. »

Nouvelle intervention de l’un des deux oncles :

« Nous considérons que son geste a été obtenu sous la contrainte, qu’elle est irresponsable. Nous allons attaquer en justice ceux qui l’ont amenée à ce geste. Le retour au lycée, ce sera après l’avis des médecins psychiatres. »

Je regarde la jeune fille :

« Amina, tu as mis la photo parce que tu as subi une influence comme le dit ta famille ? »

Elle répond de sa voix faible mais claire :

« Non. »

Ce « Non ,» je l’emporte avec moi, avec le sourire, l’unique sourire d’Amina quand je lui ai dit en guise d’au revoir que tant de monde admirait son courage. Elle a même ri sur le pas de la porte avec une très vieille dame, la grand-mère d’un des oncles, qui s’amusait à se cacher un œil avec son voile noir.

L’air libre a envahi la voiture en reprenant la route de Tunis. Ce n’était pas une délivrance. Plutôt une asphyxie. Je sentais en moi étouffer Amina.

Exposition de soi dans les nouveaux médias

Une minuscule pierre coupante

Mais pourquoi j’abandonne pas tout ça? Pourquoi je continue à parler de psychiatrie, à lire, à discuter, et même à manifester?  C’est quoi mon problème, exactement? J’en ai pas assez bavé de tout ça, sans doute? J’en ai pas été assez obsédée, rongée, détruite? Pourquoi je ne tourne pas le dos à toute cette merde une fois pour toute? Médocs le soir et le matin, psychiatre une fois tous les deux mois, supporter ce qu’il me reste de psychose le reste du temps, et putain Lana, ferme-la, oublie tout ça une bonne fois pour toute. Ce n’est pas si compliqué. C’est pas comme si je m’ennuyais, pas comme si je n’avais rien d’autre à faire, ni rien d’autre à lire. Des sujets d’intérêts, des causes à défendre, des objets de révolte, il y en a plein d’autres, et qui ne me font pas cette morsure cruelle dans le ventre. Qui ne me rappellent pas ma propre déchéance, qui ne me font pas chialer sur ces souffrances si semblables à la mienne, qui me révoltent sans me tuer.

Personne ne t’a rien demandé. Et tu n’es la voix de personne. Juste la tienne, c’est tout. Et je n’ai jamais prétendu le contraire, c’est vrai, mais alors de quoi je me sens responsable? Des mes années de silence, je suppose. De toutes ces années où j’ai fermé ma gueule et baissé les yeux, laissé dire, laissé faire. Parce que je n’avais pas la force, et que maintenant je l’ai un peu plus, mais faudrait quand même pas trop la surestimer. Et que de toute façon, si je ne dis rien, je fais des cauchemars, si je cache la maladie elle ressort d’un autre côté, oui, je sais tout ça, je l’ai déjà dit, mais quand même, petite David qui ne gagnera rien conre Goliath, il faut parfois savoir lâcher les armes. Fermer les yeux, la fermer tout court, tourner le dos à ces mondes de souffrance que la plupart des gens évitent, et ils ont bien raison.

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Mais j’ai toujours été une emmerdeuse désobéissante et révoltée, et je continue à croire que c’est ce qui m’a sauvé de la maladie et de la psychiatrie destructrice, mais c’est aussi ce qui m’empêche de vivre tranquillement, qui m’oblige à me brûler dans ce petit combat quasiment inutile, une minuscule pierre à l’édifice qui réveille sans cesse des souffrances qui jamais, jamais, ne passent avec le temps.

Lutter contre la stigmatisation

Plan directeur des psychiatres pour combattre la stigmatisation et la discrimination au sein de la profession médicale : Nouvel énoncé de principes rendu public lors du Congrès annuel de l’APC, à Vancouver

VANCOUVER, le 13 oct. 2011 /CNW/ – Aujourd’hui, l’Association des psychiatres du Canada (APC) a rendu public un plan directeur permettant aux psychiatres de combattre la stigmatisation et la discrimination au sein de la profession médicale.

« La stigmatisation et la discrimination constituent l’une des principales raisons pour lesquelles un Canadien sur cinq qui sera atteint de maladie mentale au cours de sa vie n’obtiendra pas d’aide ou tardera à chercher un traitement jusqu’à ce que sa situation se détériore davantage, déclare la Dre Susan Abbey, auteure du document et membre du Groupe de travail de l’APC pour combattre la stigmatisation et la discrimination. Les personnes peuvent se rétablir d’une maladie mentale, mais d’ici à ce que nous abordions ces questions, tous nous efforts pour offrir de meilleurs soins en santé mentale continueront d’être entravés. »

À l’instar de leurs compatriotes, les médecins, y compris les psychiatres, font partie de la société et ne sont pas à l’abri des sentiments et des attitudes de stigmatisation envers les personnes atteintes de maladie mentale. « Les médecins sont le reflet de leur société lorsqu’il s’agit des attitudes de stigmatisation, mais cela est terrible lorsque des patients qui ont besoin d’aide font face à de telles attitudes », explique la Dre Manon Charbonneau, présidente du Groupe de travail. C’est pour cela que l’APC a choisi d’axer ses efforts pour combattre ce fléau au sein même de la profession de la médecine. En tant que médecins et psychiatres, nous en sommes responsables. »

La Commission de la santé mentale du Canada a aussi lancé « Changer les attitudes », une initiative pour combattre la stigmatisation et la discrimination associées à la santé mentale. Elle a ciblé deux groupes principaux : les enfants et les adolescents et les professionnels de la santé.

L’énoncé de principe présente une approche fondée sur trois volets stratégiques permettant aux médecins de réduire la stigmatisation : la protestation, l’éducation et le contact. Dans ce document, l’APC invite tous les psychiatres à jouer un rôle de chef de file et à identifier et étiqueter immédiatement la stigmatisation lorsqu’ils en sont témoins, à éduquer pour faire échec à la stigmatisation et à promouvoir le contact direct avec des personnes aux prises avec une maladie mentale qui se sont rétablies.

« Nous devons protester contre la discrimination à tous les niveaux—en dénonçant les plus petites injustices dont nous sommes témoins dans notre pratique quotidienne, dans nos cliniques et hôpitaux et dans nos écoles de médecine; et à l’échelle des gouvernements fédéral et provinciaux », ajoute la Dre Abbey. L’insuffisance du financement pour la santé mentale est remarquable. Alors que la maladie mentale représente plus de 15 % du fardeau des maladies au Canada, en 2003-2004, seulement 6 % de la somme totale des fonds pour la santé a été allouée au financement des soins de la santé mentale. Cela est inférieur au niveau de la plupart des pays européens et industrialisés.

L’éducation est le deuxième volet de la stratégie pour enrayer la stigmatisation et pour la rendre visible. « Il est assez facile d’identifier la discrimination, mais beaucoup plus difficile d’identifier les attitudes de stigmatisation. Souvent, les personnes ne sont pas conscientes de leurs attitudes », précise la Dre Charbonneau.

Le document décrit des initiatives d’éducation à plusieurs niveaux, notamment : inclure la stigmatisation, la discrimination et l’inclusion sociale au programme d’étude supérieures en psychiatrie; poursuivre l’éducation des médecins à cet égard; aborder la question de la stigmatisation avec les patients; et travailler avec les collègues médecins pour lutter contre les comportements discriminatoires envers les patients atteints de troubles mentaux aux endroits où ils demandent de l’aide soit les salles d’urgence, les départements médicaux et de chirurgie, les cliniques ambulatoires et lorsqu’ils visitent leur médecin de famille.

Le contact—le troisième volet de la stratégie—est très important. « La recherche révèle que le contact direct avec des personnes aux prises avec une maladie mentale qui se sont rétablies est un outil puissant qui change profondément les attitudes du public », souligne la Dre Charbonneau. On encourage les écoles de médecine à promouvoir et enseigner le contact direct avec les patients, non seulement dans les contextes cliniques, mais dans d’autres environnements. On invite aussi les patients à participer au processus de diagnostic et de traitement. On suggère qu’ils soient consultés pour la conception des structures cliniques et des traitements. »

« Combattre la stigmatisation et la discrimination liées aux personnes souffrant de maladie mentale est le premier pas pour obtenir un meilleur système de soins. Les efforts de la société canadienne et de la communauté médicale du Canada sont encore à leur premier stage et il reste beaucoup de travail à accomplir. Mais nous y arriverons », conclut la Dre Charbonneau.

Lien à l’énoncé :
http://publications.cpa-apc.org/media.php?mid=1222

L’Association des psychiatres du Canada est un organisme national qui représente 4 100 psychiatres et plus de 600 résidents en psychiatrie. Fondée en 1951, l’APC plaide en faveur d’un milieu propice à la prestation des meilleurs soins cliniques, à l’éducation et à la recherche.

Renseignements :Hélène Côté
Association des psychiatres du Canada

http://www.newswire.ca/fr/story/857983/plan-directeur-des-psychiatres-pour-combattre-la-stigmatisation-et-la-discrimination-au-sein-de-la-profession-medicale-nouvel-enonce-de-principes-rend

Mad Pride, Bruxelles, 8 octobre 2011

  

Aujourd’hui a eu lieu une Mad Pride en Italie, en Espagne et à Bruxelles. La Mad Pride est une marche des patients psychiatriques et de sympathisants, qui consiste à affirmer qu’on est fier d’être ce qu’on est, à ne plus avoir honte de sa maladie et à ne plus se cacher.

J’étais à celle de Bruxelles, avec un ami français ayant fait le déplacement uniquement pour y participer lui aussi. La marche a démarré à la gare du Nord et s’est terminée aux Monts des Arts. Sous la pluie battante, environ deux cents personnes étaient présentes, sous les bannières de Psytoyens, Uilenspiegel et Similes ou à titre individuel. Un orchestre accompagnait la marche et a mis une ambiance festive et chaleureuse malgré le froid et la pluie.

Un juriste, une patiente et un membre de Similes ont pris la parole devant la gare Centrale, mais ils étaient très peu audibles et je n’ai quasiment rien entendu.

 

 

Un mini congrès était prévu aux Beaux-Arts à 16h, sur le thème de l’anti-stigmatisation. La première intervenante a présenté la Convention relative aux droits des personnes handicapées (http://www.un.org/french/disabilities/default.asp?id=1413), signée par l’Union Européenne, et qui, si elle est appliquée, devrait apporter des changements notables dans les conditions de vie des patients et le respect de leurs droits, notamment en remplaçant  le système des tutelles par un système d’accompagnement qui consiste à informer la personne et à la laisser prendre les décisions elle-même, en interdisant les traitements inhumains comme la contention ou les traitements médicamenteux excessifs. Le centre pour l’égalité des chances, qui s’occupe du racisme, s’occupera aussi de faire respecter les droits et de lutter contre la discrimination des personnes souffrant de troubles psychiques.

La deuxième intervenante a parlé du rôle des pairs-aidants, qui commencent à voir le jour en Belgique, notamment comme médiateurs entre les patients et les professionnels de santé pour des soins de meilleure qualité.

Dans la salle, j’avais repéré quelques jeunes au look altermondialiste qui n’avaient l’air ni de professionnels, ni de parents ni de patients. Oui, moi aussi je mets les gens dans des cases, ou peut-être que nous nous mettons nous même dans des cases par notre look et notre façon d’être, bref, je me demandais à quel groupe ils appartenaient et ne savais quoi penser.  Le troisième intervant devait être le ministre flamand pour le Bien-être, Jo Vandeurzen, qui s’est aussi occupé de la justice. Je dois l’avouer, je ne savais pas qu’il occupait cette fonction, oui la Belgique est bien coupée en deux, et nous ne sommes pas souvent au fait de ce qui se passe de l’autre côté de la frontière linguistique. En réalité, je ne connais même pas ce ministère du Bien-être, qui existe sans doute aussi en Wallonie. Il n’était pas là mais s’était fait réprésenter. Son remplaçant a été immédiatement interrompu par une des jeunes filles que j’avais repérée, et très vite, des jeunes se sont levés dans plusieurs coins de la salle et on brandi des banderoles. Ils étaient là pour dénoncer la construction de deux nouvelles prisons psychiatriques, les mauvais traitements infligés aux jeunes dans les centres fermés, notamment des injections d’Haldol et des abus sexuels, les isolements prolongés dans les oubliettes de la démocratie. Le présentateur leur a dit de venir discuter après la conférence, mais ils ont continué à parler de leurs revendications, dans les deux langues, et a distribuer des tracts,  malheureusement sans lien vers un site internet qui aurait pu en dire plus. L’animateur a décidé que la pause aurait lieu à ce moment-là. Et moi je me disais que mon « psychodar » était toujours en état de marche! Je suis sortie, cette interruption ayant mis un peu d’animation, j’ai enfin oser discuter avec des gens.  Du groupe qui avait interrompu la conférence, il ne restait qu’une jeune fille qui discutait avec quelques personnes. Je me suis jointe à la conversation, et j’ai pu voir à quel point la politique qu’elle dénonçait la choquait, j’ai vu qu’elle était sincère et très émue. Pour elle, l’intérêt de leur action était de provoquer la discussion avec les intervenants. Je lui ai dit que j’étais d’accord avec ce qu’elle dénonçait, mais qu’il ne fallait pas rejeter la psychiatrie en bloc, que j’étais schizophrène et avais besoin de la psychiatrie et de médicaments pour vivre bien, mais que moi aussi je dénonçais tous les abus, qu’on m’a souvent accusée d’être contre la psychiatrie alors que je suis pour une psychiatrie humaine et respecteuse et qu’il était intolérable que la psychiatrie puisse faire aussi souffrir. Elle m’a répondu « Merci, c’est ce que j’espérais entendre ». Je suis rentrée dans la salle, elle n’a pas voulu attendre la fin pour continuer à discuter comme le lui a proposé une dame, elle avait l’air vraiment bouleversée. J’ai regretté de ne pas être restée là pour parler avec elle et en savoir plus sur le mouvement, si c’en est un, auquel elle appartient. La conférence s’est terminée avec quelques questions-réponses, où malheureusement les traducteurs n’entendaient pas les gens parlant sans micro, et j’ai regretté d’avoir passé mes cours de néerlandais à rire bêtement au dernier rang et de n’avoir jamais pratiqué, parce que toutes les interventions dans la salle on été faites en néerlandais.

Certaines personnes ont été choquées par l’interruption de la conférence, mais je crois que ce n’est que la conséquence du fait que la psychiatrie a toujours plus ou moins flirté avec la répression sociale, et c’est plutôt cela que je trouve scandaleux. J’ai été impressionnée favorablement par ce groupe de jeunes, bilingue en plus.

Pour moi, le bilan est positif, même si j’ai été un peu frustrée qu’il n’y ait pas plus de discussions informelles entre les gens. La plupart était venu en groupe et restait entre eux, j’aurais aimé qu’après la conférence il y ait toujours l’espace pour boire un verre et se rencontrer, les exposés et l’interruption favorisant le dialogue avec des inconnus. Cela dit, j’ai parlé à quatre personnes que je ne connaissais pas aujourd’hui, ce dont je suis assez fière! Cela m’a donné l’envie de continuer à participer à des évènements de ce genre, je pense que j’arriverai peut-être même à y aller seule s’il le faut!

Liens vers Jo Vandeurzen et les prisons:

http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/11/21/des-quartiers-de-haute-securite-dans-les-prisons-font-scandale-en-belgique_1121530_3214.html

http://www.deredactie.be/cm/vrtnieuws.francais/infos/1.735429

http://www.alterechos.be/?p=sum&d=i&c=a&n=262&art_id=18366

http://www.legrandsoir.info/Interdit-d-enseigner-dans-toutes-les-prisons-belges-pour-des.html

Un grand merci à Béhémote pour les photos.

EUROPEAN MAD PRIDE – October 8th 2011

De retour après 4 ans …
La Mad Pride est une marche pacifique, pleine de fantaisie
de Bruxelles-Nord à Bruxelles-Central:PROGRAMME

MARCHE – 14h
>>> départ 14h Bruxelles-NordMINICONGRES – 16h
>>> s’inscrire via via minicongres@hotmail.com

ACTIVITES ARTISTIQUES – 16h
centre de jour ‘Den Teirling’
>>> accessible à partir de BOZAR par le bus 38

La Mad Pride est une marche pacifique, pleine de fantaisie de Bruxelles-Nord à Bruxelles-Central, suivie d’un minicongrès à Bozar et d’activités artistiques dans le centre de jour Den Teirling:

• 13h30 : Rendez-vous à l’entrée principale de la gare de Bruxelles-Nord
• 14h00 : départ de la marche à la tour Belgacom
• 15h30 : arrivée au Mont des Arts (près de la Gare Centrale)
•16h00 : début minicongrès sur les droits des personnes ayant des problèmes de santé mentale à BOZAR (Palais des Beaux Arts, Ravenstein 23, 1000 Bruxelles)
• 16h00: d’activités artistiques dans le centre de jour Den Teirling ( Rue Maes 89 – 1050 Bruxelles)
• Fin aux alentours de 18h

MINICONGRES :
(s’inscrire via minicongres@hotmail.com)THEME:
“Anti-stigmatisation et
les droits des (ex)-usagers de la santé mentale”

INTERVENANTS:• Madame José Van Remoortel
(Senior Policy Officer de Mental Health Europe):
“Sur les droits des personnes ayant des problèmes de santé mentale en Europe”. Madame Van Remoortel abordera la Convention des Nations Unies relative aux Droits de la Personne Handicapée (UN CRPD) et un récent rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), et démontrera que la Convention renforcera les droits des personnes ayant des problèmes de santé mentale.

• Madame Pascale Fransolet
(Membre du Conseil d’Administration de Le Funambule asbl
et vice-présidente de Psytoyens asbl):
“L’Arrivée du pair aidant dans les équipes, quelle plus-value pour la qualité des soins?” Madame Fransolet montrera des exemples anglo-saxons et l’implication de pairs aidants dans le secteur de soins dans notre pays.

• Monsieur Rafaël Daem
(Chef de projet UilenSpiegel UilenSpiegel vzw
et vice-président de ENUSP):
Histoires du secteur de santé en Europe et dans notre pays. Recommandations d’organisations d’usagers.

• Monsieur Jo Vandeurzen
(Ministre flamand du Bien-être):
Bonnes pratiques dans le domaine de l’accompagnement et de l’intégration sociale de personnes ayant des problèmes de santé mentale.

EVENEMENT ARTISTIQUE :

A partir de 16h, parallèlement au minicongrès, aura lieu un événement artistique dans le centre d’activité de jour « Den Teirling »
(Exposition, poésie et musique d’usagers)
Où: Rue Maes 89, 1050 Ixelles
(accessible avec le bus 38 à partir de BOZAR)

 
 
 
 
 

Parfois la maladie a un visage réconfortant

Parfois, la maladie me tend les bras avec un visage réconfortant. Quand ça devient dur d’être toujours debout, d’assurer le quotidien, de supporter la fatigue. Je me souviens du goût réconfortant des larmes et j’imagine des paroles dites doucement comme un baume sur une blessure.

images (16)Je n’avais personne quand j’étais malade mais aujourd’hui je sais que j’aurais quelqu’un pour me soigner. Quand on va bien, on n’a rien à demander, quand on est guéri ou plus ou moins on mène sa vie comme les autres. Et certains soirs ça semble un effort trop grand, mais pas assez pour mériter de l’aide ou de la compassion. Tandis que la maladie, oui, c’est grave, tout le monde est d’accord. Comme la fois où j’ai été très mal à cause des images de ma phobie placardées partout dans la librairie, ma psychiatre me parlerait avec une gentillesse bouleversante, et moi les paroles gentilles ça me tord les boyaux, et ça me fait du bien pour longtemps, et je ne l’oublie jamais.

Alors, oui, être malade et soignée, parfois ça fait envie. Pour lâcher un peu les armes, ou rêver à ce que je n’ai pas eu dans ces années terribles de souffrance et de solitude.

Mais je verse quelques larmes et je repars debout dans cette vie, parce qu’il le faut, et que de toute façon, c’est la folie qui nous choisit et non l’inverse.

La schizophrénie coule dans mes veines

Si je parle trop de la schizophrénie, le passé revient me hanter et je souffre des ces souvenirs. J’en fait des cauchemars.

Si je parle trop de la psychiatrie, ses dérives m’écoeurent et ses injustices me mettent à terre, comme si je les vivais personnellement. J’en fait des cauchemars.

Si je ne parle ni de l’une ni de l’autre, je pense me protéger. Je m’éloigne de tout ça, parce que ça me détruit. Mais si je n’en parle pas, j’en rêve. Je fais des cauchemars quasiment toutes les nuits, et jamais aucun rêve agréable, plus depuis des années. Mais dans ces moments-là, ils sont pires. La folie vient hanter mes rêves, avec le danger de mort, de viol, d’enfermement. Avec mon pied en sang dont j’ai moi-même entaillé la peau, et ce sang ne s’arrête plus, et tout le monde le voit, et sait que c’est moi la coupable. Ma folie éclate au grand jour. Et l’angoisse, la peur d’être enfermée, rejetée. Souvent ça se produit, et il ne me reste qu’à baisser les yeux devant le regard de tous, qui savent, et ne veulent que s’éloigner de moi.

images (20)

Et toute la journée, ces rêves me hantent, je les porte avec douleur, parce qu’ils ne sont pas loin de la réalité, passée ou présente, quelle importance, la souffrance s’en moque, c’est la réalité voilà tout. Et voilà que moi qui ne voulais plus penser à tout ça pour me protéger, j’y pense.

Quoique je fasse, quoique je veuille (être forte, assurer, avoir l’air bien, oublier, surtout oublier pendant au moins une journée entière), j’y pense. Je n’ai rien trouvé pour ne plus y penser, rien du tout. Quelqu’un m’a demandé un jour pourquoi je me disais toujours schizophrène alors que j’allais mieux. Mais parce que j’y pense tout le temps, et si je n’y pense pas j’en rêve, donc j’y pense. Depuis des années, mon esprit m’épuise, ne me laisse pas beaucoup de répit (juste quand je lis). J’y pense, j’y pense, j’y pense.

A croire que cette maladie coule dans mes veines et vit dans chaque neurone. Contre ma volonté, qui elle aussi finit par s’épuiser.

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