Posts Tagged ‘idées reçues’

Marre des clichés

J’en ai marre. Marre d’entendre et de lire des clichés sur la schizophrénie.

Les schizophrènes sont plus intelligents que les autres, moins intelligents, plus artistes, plus dangereux, difficiles à gérer dans les services de psychiatrie, sont des êtres christiques en devenir, ont une aura indigo, souffrent de séquelles irréversibles, doivent prendre des médicaments à vie, ne peuvent pas guérir, sont de pauvres types frustrés, sont des personnes, des génies, sont victimes de graves carences en vitamines, etc.

J’arrête là. Je sais, il ne faut jamais aller lire les commentaires sur internet. Trop tard, c’est fait. Et je voudrais juste dire qu’il faut arrêter avec les généralités.

Parce que la schizophrène, elle en a marre, Marre de se voir mettre dans le même moule que 60 millions d’autres personnes dans le monde parce qu’elle vit avec la même maladie qu’eux.

Donc, je vais vous dire un truc. Pas que je suis une personne, parce que j’espère bien que vous l’aviez déjà remarqué, mais que je suis moi. Je suis râleuse, révoltée, curieuse, cartésienne, athée, je parle trop vite et trop brusquement, je suis organisée, je ne peux pas vivre sans lire, je suis libraire (pour l’instant), j’ai un chien, j’aime les séries américaines, je suis féministe, j’aime le cinéma et les expos, et, oui, je vis avec la schizophrénie. Et je n’entends jamais dire « les diabétiques ou les cancéreux, ils sont comme ci ou comme ça » et vas-y que je les mets tous dans le même sac. Alors, j’aimerais vraiment, mais vraiment, arrêter de l’entendre sur les schizophrènes.

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S’il faut qu’on vous précise que les schizophrènes sont des personnes, que certains sont intelligents et d’autres bêtes, qu’il y a des artistes et d’autres qui ne le sont pas, si vous ne comprenez pas pourquoi il est normal et tout à fait sain de ne pas s’adapter à la vie en HP, si vous nous condamnez à la maladie à vie alors qu’on n’a pas vingt ans, si vous avez peur de nous, c’est vous qui avez un problème avec la schizophrénie. C’est vous qui confondez maladie et personnalité. C’est vous qui ne comprenez pas les schizophrènes. Parce que tout ce qu’il y a à savoir, c’est que les personnes vivant avec la schizophrénie ont en  commun certains symptômes, et que nous n’allons ni détruire ni sauver le monde avec notre dangerosité ou notre « christicité » en devenir. On a juste envie qu’on nous regarde comme une personne particulière, pas comme un cas psychiatrique qui représenterait tous les autres.

Et si vous n’avez pas compris ça, que vos étiquettes sont réductrices et nous dérangent, alors il vaut mieux que vous vous taisiez quand le sujet de la schizophrénie est abordé.

PS: mon taux de vitamines est parfait!

Une insulte pour les fous

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Le terrorisme n’est pas une maladie mentale

Juste une précision parce que la lecture de certains commentaires sur le net ont fini de me faire désespérer du genre humain après cette journée de merde: merci de laisser les schizophrènes et toutes les personnes souffrant de troubles mentaux en-dehors de la merde qui a eu lieu aujourd’hui (l’attentat à Charlie Hebdo) Etre terroriste ne veut pas dire être schizophrène. Les schizophrènes n’ont absolument rien avoir avec cette histoire, alors merci de ne pas traiter les terroristes de schizo à tout va. Il ne faut pas être malade pour tuer, il faut encore moins être schizophrène, il suffit d’être humain, c’est comme ça depuis la nuit des temps.

Quand l’Unafam lutte contre la stigmatisation…

c’est toujours aussi fabuleux:

« En a-t-on pour autant fini avec les stéréotypes sur les troubles mentaux et la fréquente stigmatisation des malades? Oui et non. « L’évolution est évidente, observe Fabienne Duboscq, directrice générale de l’Unafam. Les troubles de la dépression ou de la bipolarité sont beaucoup plus admis. C’est plus difficile pour les troubles schizophréniques, mais on arrive à sortir des images de violence qui y sont associées pour admettre que les personnes concernées se trouvent dans l’incapacité de gérer leur vie seules. Pour autant, de nombreuses familles connaissent encore la souffrance de la stigmatisation. »  »

« Paroles de patients, la fin d’un tabou », page 6 du hors-série du Cercle-Psy « La parole aux patients »

Réponses à quelques préjugés

Les personnes souffrant de maladies mentales entendent souvent les mêmes réflexions. Voici mes réponses à quelques unes d’entre elles.

« C’est dans ta tête »

Oui, c’est pour ça qu’on appelle ça une maladie mentale. Ca ne veut pas dire que c’est une maladie imaginaire. Dans ma tête, il y a un cerveau, c’est un organe très complexe qui peut parfois partir en vrille.

« Tu as lu un livre sur la schizophrénie et depuis tu t’imagines que tu as les même symptômes »

Les symptômes d’une maladie mentale n’apparaissent pas sur commande, la folie ne se choisit pas. Et puis ça n’a rien de drôle, je ne vois pas pourquoi je provoquerais moi-même ce genre de symptômes. Je préférerais être en bonne santé.

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« Les médicaments, c’est pas  naturel, c’est dangereux, tu devrais arrêter »

Et pourquoi ne dis-tu pas la même chose à quelqu’un qui a une maladie somatique? C’est vrai, ce n’est pas naturel, et si tu veux tellement vivre de façon naturelle, pourquoi tu ne jettes pas ton portable, ta tablette, ton frigo et ta machine à laver? C’est vrai, ça peut être dangereux, comme tous les médicaments, mais ils sont bien moins dangereux que la schizophrénie. Je ne vais pas subir une maladie grave et mortelle dans 10% des cas pour éviter le danger potentiel des médicaments.

« Tu ne peux pas être schizophrène, tu serais plus malade que ça »

Apparemment, tout le monde a un don inné pour la médecine et les diagnostics, on se demande pourquoi les psychiatres font autant d’années d’études. Déjà, tu ne m’as pas vu quand j’étais en crise. Ensuite, je ne parle pas de mes symptômes à tout le monde (voire à personne). Et puis, depuis un petit temps, on a inventé les neuroleptiques et la psychothérapie, et il se trouve que ça marche pour certaines personnes. Non, toutes les personnes touchées par une maladie mentale ne sont pas enfermées dans un HP. Et oui, quoiqu’on en dise, il arrive qu’on s’en sorte. Ca n’invalide pas le diagnostic pour autant.

« Tu te définis à travers une maladie »

Non, je  suis beaucoup d’autres choses. Mais oui, parfois, j’ai envie de parler de la maladie. Oui, elle fait aussi partie de ce que je suis. Je me demande pourquoi personne ne me dit que je ne me définis que par mon métier quand je parle boulot.

« Pourquoi tu te dis encore schizophrène alors que tu vas mieux? »

Parce que je prends toujours un traitement, que j’en subis les effets secondaires et que j’ai encore des symptômes. Donc, je vis toujours avec cette maladie.

« Tu t’enfermes dans un ghetto » (à propos des forum internet ou des associations d’usagers)

Désolée que tu te sentes exclu parce que, de temps en temps, après une journée boulot avec des gens « normaux », j’ai envie de discuter avec des personnes qui vivent la même chose que moi et me comprennent. Je ne crois pas que le sujet de la schizophrénie t’intéresse beaucoup, donc c’est quoi le problème exactement? Que je ne me contente pas de vivre dans un monde où mon vécu n’a pas droit de cité? Que j’ai besoin de cet espace pour pouvoir vivre, la majorité du temps, dans le monde « normal »?

« Très calée, pour une psychotique »

Avoir une maladie mentale ne veut pas dire être bête. Si la maladie nous fait parfois voir les choses de façon biaisée, ça ne veut pas dire qu’on a perdu notre intelligence pour autant.  Si on est ralenti, la plupart du temps c’est à cause des médicaments. Si on est bête à la base, la maladie ne fera pas de nous un génie, si on est intelligent, on ne deviendra pas stupide.

« Je ne suis pas d’accord avec toi, tu dois délirer »

On ne délire pas tout le temps. Etre schizophrène fait aussi voir la vie autrement, et ça n’a rien de délirant. C’est juste un autre point de vue.

Les troubles mentaux ne sont pas des adjectifs

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Changer de regard sur les maladies mentales

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A l’occasion de la Semaine d’information sur la santé mentale, le Docteur Jean-Yves Giordana, chef de pôle de psychiatrie au Centre hospitalier spécialisé Sainte Marie à Nice, revient sur les causes et les conséquences de la stigmatisation des maladies psychiques (dépression, autisme, schizophrénie, trouble bipolaire…).

 

Quels sont les tabous, les préjugés encore existants sur les maladies psychiques ?

Les représentations sociales des maladies mentales sont globalement péjoratives. Dans toutes les civilisations et dans toutes les cultures, on retrouve cette même stigmatisation. Les malades mentaux sont affublés d’un certain nombre de caractéristiques : inhumanité, imprévisibilité, incurabilité, violence et dangerosité, paresse. C’est la « théorie de l’étiquetage » : à partir du moment où quelqu’un est différent, il nous fait peur, il suscite la méfiance et nous le mettons à distance. Toutefois, les préjugés varient d’une maladie mentale à une autre. Ainsi, dans l’opinion publique, on retrouve un sentiment de proximité vis-à-vis de la dépression. En effet, chacun d’entre nous connaît une personne qui a été atteinte de cette maladie. Par ailleurs, la dépression est associée aux malheurs ambiants et suscitera davantage d’empathie. En revanche, la schizophrénie cumule le plus de préjugés. Ainsi, selon les résultats d’un sondage Ipsos, commandé en 2009 par la fondation FondaMental, 80 % des personnes interrogées accepteraient de travailler avec une personne atteinte d’autisme, 67 % avec une personne bipolaire mais seulement 44 % avec une personne schizophrène. Le traitement médiatique de certains faits divers a renforcé l’association de cette pathologie à l’idée de dangerosité. Or, en réalité, les malades mentaux ont 14 fois plus de risques d’être victimes de sévices ou de gestes violents que d’agresser quelqu’un.

 

Quelles sont les autres conséquences de cette stigmatisation pour les malades ?

L’étude Indigo, une étude internationale sur les effets de la stigmatisation et de la discrimination, publiée en 2009, a permis de mieux cerner le ressenti des personnes schizophrènes. Globalement, elles se sentent rejetées par la société. Les patients interrogés expriment un vécu de honte pour eux et pour leur famille, un fort sentiment de dévalorisation, une perte d’estime de soi. La stigmatisation génère également une discrimination sociale, avec des difficultés à accéder au logement, à l’emploi, au réseau relationnel, intime. Elle a des conséquences sur la qualité de vie de ces personnes mais également sur l’évolution de la pathologie. En effet, les malades partagent les mêmes représentations négatives que le reste de la société. Ils refusent l’idée de souffrir d’un trouble psychiatrique, d’en parler, ce qui va retarder leur recours aux soins. Or, dans la maladie mentale, la prise en charge médicale est déterminante dès l’apparition des premiers symptômes.

 

Pourquoi ne pas appeler les maladies mentales, maladies du cerveau ? Cette qualification permettrait-elle de faire reculer les préjugés ?

Les progrès des neurosciences ont, en effet, permis de mettre en évidence dans les maladies mentales, l’influence de l’héritabilité, de la prévalence génétique, des facteurs neurobiologiques, anatomiques, morphologiques, fonctionnels du cerveau. Mais il y encore une dissociation entre la neurologie et la psychiatrie. La psychanalyse a une vision assez divergente, plus axée sur la psyché que sur des déterminismes biologiques. Le niveau d’information sur les maladies mentales ne fait pas forcément reculer les préjugés. Une étude menée aux Etats-Unis en 1996 a montré que si le grand public connaissait mieux la schizophrénie, la peur de la violence restait encore présente. L’idée que ces malades aient une structure cérébrale différente de la notre peut même renforcer la discrimination.

 

Comment changer alors notre regard sur ces malades ?

C’est un travail au long court. Il y a les campagnes de protestation contre la discrimination, comme ce fut le cas, en 2003, pour interdire la commercialisation de la poupée « Nazo le schizo ». On peut également expliquer à l’opinion, que la  maladie mentale n’est pas une fatalité, que des traitements soulagent les malades. Mais en psychiatrie, il est délicat d’avoir recours aux témoignages de patients comme pour le cancer. Il y a toutefois eu le témoignage du journaliste Philipe Labro qui a écrit un livre sur sa dépression. Pour faire évoluer les mentalités, il faut mettre l’accent sur l’humanité et la dignité des malades, leur capacité à être dans la société. C’était le cas notamment dans le film « Un homme d’exception » qui raconte la vie de John Nash, schizophrène, mathématicien de génie, qui a obtenu le Prix Nobel. La personne souffrant de troubles psychiatriques, c’est le voisin qui vit en appartement thérapeutique et qui va acheter ses croissants dans la même boulangerie que soi. Reste un obstacle de taille : le manque de moyens de la psychiatrie. Dans tous les Etats, moins de 5 % du budget est consacré à la santé mentale. Cela reste un sujet tabou, pas mobilisateur et …ce n’est pas une priorité politique, tous partis confondus.

 

Le Docteur Jean-Yves Giordana est l’auteur d’un ouvrage « La stigmatisation en psychiatrie et en santé mentale », publié aux Editions Masson, juin 2010.

 

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Don’t panic

Dans les rues de Marseille, photographié par Célia Carpaye
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Exposition de soi dans les nouveaux médias

Un psychiatre reste un psychiatre

J’avertis tout de suite: à préjugés réducteurs, réponses toutes aussi réductrices, écrites avec une extraordinaire mauvaise foi et une certaine jubilation.

Ce soir, je commence à lire le numéro de la revue Area intitulé  « Art, folie et alentours » et je ne tarde pas à hurler devant ces deux passages, dans la bouche d’un psychiatre:

-Question: « Certains disent que de refuser de considérer les oeuvres des malades mentaux du point de vue de l’histoire de l’art, c’est les stigmatiser. » Réponse: « Un malade est avant tout un malade. Il n’y a donc pas lieu de le stigmatiser. Sa vie est souvent faite de souffrance et d’exclusion et ce n’est pas en le faisant passer du côté de l’histoire de l’art qu’on effacera cette réalité »

-« La nature du malade mental n’est pas de vivre enfermé contre son gré. »

Alors voilà, il est deux heures du matin, et je suis quelque peu énervée, à tous les coups je n’arriverai pas à dormir. Il ne me reste plus qu’à écrire ce que j’en pense. Je pourrais faire un exposé de quelques dizaines de pages sur ces questions, mais vraiment ce n’est pas l’heure, donc je préfère me défouler avec mauvaise foi en écrivant n’importe quoi.

Un psychiatre est avant tout un psychiatre. Ne lui confiez rien si vous ne voulez pas devenir un objet d’analyse, qu’il tournera et retournera dans tous les sens.  Il pathologisera toutes vos paroles et tous vos gestes, tout en commençant à additionner des miligrammes de psychotropes divers et variés mais surtout cocktailisés. Il vous regardera du haut de sa chaire de normalité avec condescendance. Il fera celui qui comprend tout même s’il ne comprend rien. Parfois, bien sûr, il essaye d’être humain, amical, comme tout le monde et y met une bonne volonté certaine. Mais à quoi bon lui faire croire qu’il y arrive? Ce serait le leurrer. Et finalement, qu’a-t-il à faire de ces chimères? Rien puisqu’un psychiatre est avant tout un psychiatre. Il semblerait d’alleurs qu’une infime partie de l’humanité naisse en étant psychiatre. On cherche d’ailleurs à localiser le gène responsable du psychiatre.

Et puisque nous parlons des avancées de la science, étonnons-nous de cette fabuleuse découverte: contrairement à ce que l’on a longtemps cru, la nature du malade mental, comme celle des chimpanzés et de bien d’autres mammifères supérieurs, n’est pas de se laisser enfermer par la race supérieure qu’est l’Humanité. Le malade mental, entitié bien définie depuis déjà deux siècles grâce à une excellente, exhaustive et immuable nosographie psychiatrique, est un être qui ressemble de prime abord à l’Homme. Leur nature est pourtant radicalement différente, excepté cette soif de liberté commune. Le malade mental est étrange, méchant et dangereux. Cependant, si l’on s’en approche avec douceur et sans gestes amples, il est possible de l’apprivoiser petit à petit. Il faut toutefois rester prudent, le malade mental pouvant, comme certains animaux domestiques, se montrer imprévisible et se re retourner contre la main qui le nourrit.

La Nature, étant bien faite comme chacun sait, la Nature donc, ayant créé cette espèce particulière d’hominidés effrayante et pourtant avide de liberté, a aussi veillé dans sa grande sagesse a créer une race d’Hommes capables de la dominer  hors des murs qu’elle refuse: le psychiatre. Le Raison est sauve!

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