Posts Tagged ‘l’autre monde’

19 octobre 1999

Ca m’obsède le fait que C. et V. me détestent, et N. aussi. Il ne faut jamais dire aux gens comment on est vraiment. Je devrais m’en foutre mais je n’y arrive pas. J’y pense à chaque fois que je les vois et même quand je ne les vois pas. Pourquoi est-ce qu’il faut toujours que tout le monde me détestent? Qu’est-ce que je fais de mal?
Je n’en peux plus d’être seule. Je dépéris. Ca ne va pas du tout. Si ça continue, ça va recommencer. Supporter ça encore une fois… je n’en peux plus.
Heureusement, j’ai les livres, mais ça ne suffit pas. J’ai Nadège mais j’en ai marre d’elle. Je ne veux pas rester toute seule toute ma vie. Je préfère crever. Je veux mourir. Non, ce n’est pas vrai. Mais j’en ai marre. Je me demande à quoi ça me sert d’aller chez le psychologue, je ne vois aucune amélioration. Il n’y a que les médicaments qui m’aident un peu.
Je cherche désespérement quelque chose à quoi me raccrocher, mais je ne trouve rien, je tombe. Je m’enferme dans l’autre monde. Est-ce que je suis si laide? si conne? Je ne crois pas et de toute façon ce n’est pas le problème. Chacun peut trouver quelqu’un qui lui convient, alors pourquoi pas moi? Peut-être parce que je suis enfermée dans l’autre monde, c’est la seule explication que je vois. Mais est-ce que j’en sortirai un jour?
J’ai ma Nadège qui veille sur moi, qui m’empêche de retourner à l’hôpital et Renaud qui me crie de le rejoindre. Je ne sais pas lequel écouter. Je les aime tous les deux. Mais Nadège ne m’apporte pas le réconfort que Renaud me propose. Il a les mains douces, il me fermera les paupières.

27 juillet 2000

Personne ne me comprend quand je dis que je vivais dans un autre monde. Mon psychiatre dit qu’il ne comprend pas. Je ne vois pas ce qu’il y a de si incompréhensible.
Pourquoi personne ne me comprend jamais?

2 septembre 2000

Je ne guérirai jamais. Ce que je dois arriver à faire, c’est parvenir à vivre dans l’autre monde.

Je sens quand Renaud et Nadège me touchent.

Le Grand Eclairement

« C’était une immensité sans bornes, illimitée, plate, un pays minréal, lunaire, froid comme les steppes du Pôle Nord. Dans cette étendue, tout est immuable, immobile, figé, cristallisé. Les objets semblent être des maquettes de décors, posés ça et là, comme des cubes géométriques qui auraient perdus toute signification. Les gens évoluent bizarrement. Ils font des gestes, des mouvements qui n’ont pas de sens. (…)
Et moi j’étais perdue là-dedans, isolée, froide, nue sous la lumière et sans but. Un mur d’airain me séparait de tous et de tout. J’étais là, dans cette désolation, dans une détresse indicible. Aucun secours ne me venait de personne. J’étais effroyablement seule: la solitude absolue. C’était cela la folie. C’était se trouver d’une manière permanente dans l’irréalité la plus complète. »

« Journal d’une schizophrène », M.-A. Sechehaye, PUF

En regard, la description que j’ai faite de l’autre monde:

Un monde noir, vide, avec à l’horizon l’eau noire, la mer dans laquelle se noyer comme unique solution. Un monde peuplé de monstres qui veulent ma mort ou mon esprit.
Un monde dans lequel je hurle à genoux sur le sable noir, personne ne m’entend, personne ne peut me sauver. Je suis enfermée à jamais dans un enfer dont on ne sort pas.
La désolation de tous côtés, les ténèbres envahissantes, dévorantes.
Le froid glacial jusque dans mon sang, le froid de cadavre qui a tué jusqu’à mon coeur.
Le monde réel a disparu, impossible de le réintégrer. Je hurle, je pleure, je meurs mais personne ne pourra jamais me sauver. Je ne peux plus me relever, je me dissous dans le vide.
Les statues de sable noir sourient devant mon agonie.

Next entries »