Posts Tagged ‘maladies mentales’

« Fables psychiatriques », Darryl Cunningham, Ca et là

Présentation de l’éditeur

Fables psychiatriques s’appuie sur l’expérience d’aide-soignant de Darryl Cunningham dans un service psychiatrique pour donner une image raisonnée du monde de la maladie mentale. Dans chaque chapitre, l’auteur explore un problème de santé mentale différent (troubles bipolaires, dépressions, schizophrénie, etc …), en décrivant l’expérience de la maladie mentale, tant du point de vue des malades que de leurs amis, de leurs parents et des soignants. Cunningham montre aussi comment la perception de la maladie mentale dans la société engendre une stigmatisation et une discrimination infondées, comme le mythe selon lequel les personnes schizophrènes sont plus susceptibles de commettre des crimes que les non-schizophrènes. Souffrant lui-même de dépression chronique, il démystifie habilement ces troubles, qu’une proportion importante de la population de nos sociétés vit au quotidien (selon l’OMS, le trouble mental serait la cause la plus importante d’invalidité de par le monde, et on estime qu’environ 15% de la population française souffre de troubles mentaux).

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Ouvre la bouche, soulève la langue

Je croyais qu’on entendait ces phrases que dans les films. Mais on me l’a dite à l’hôpital. J’ai d’abord ouvert grand les yeux, parce que je me demandais si je n’étais pas tombée dans la quatrième dimension. Mais non, il a fallu que j’ouvre la bouche et que je soulève la langue pour montrer que j’avais bien avalé mon médicament.

Le ton était donné. On ne me faisait pas confiance.

Or, la confiance, dans le soin, me paraît cruciale. Dans les deux sens.

Comment avoir confiance en un médecin qui vous ment sur les effets secondaires, par exemple? « Les neuroleptiques? Mais non, ça ne fait pas grossir! » « Les yeux qui plafonnent, rien à voir avec le traitement, voyons! » Un médecin, s’il veut qu’on ait confiance en lui, doit dire la vérité mais aussi faire confiance à notre intelligence. On est assez intelligents pour savoir repérer un effet secondaire, on sait lire une notice de médicament, on a internet comme tout le monde. S’il veut qu’on lui fasse confiance, il peut nous parler franchement des effets secondaires, des correcteurs, de la balance bénéfice-risque, d’un éventuel changement de traitement, etc. J’ai détesté le Risperdal, alors qu’il m’a fait moins grossir que le Seroquel, parce que je n’avais pas confiance en ceux qui me le prescrivaient. Comment avoir confiance dans une molécule quand celui qui vous la prescrit vous ment sur ses effets secondaires? Comment ne pas prendre ce médicament en grippe quand on n’a que le silence comme réponse face à ses effets indésirables?  J’ai apprécié le Seroquel parce que j’aimais ma psychiatre et qu’elle était à l’écoute de mes problèmes avec ce médicament. Parce que je pouvais aussi moduler mon traitement en cas de besoin, parce que ma psychiatre me faisait confiance.

Pourquoi est-ce que certains soignants sont d’emblée dans la défiance? Pensant que s’ils ne vérifient pas, forcément on ne prendra pas nos médicaments, que si on ne nous ment pas sur les effets secondaires, forcément on arrêtera notre traitement? Dans mon cas, ça a toujours été l’inverse. Je ne me laisse soigner que par des gens en qui j’ai confiance et qui me font confiance. Quelqu’un qui ne commence pas par me juger indigne de confiance. Quelqu’un qui mise sur moi. Je ne crois pas qu’on soigne quelqu’un contre son gré (on le médique, on le contient, on l’enferme, mais on ne le soigne pas). Je ne crois pas qu’on soigne quelqu’un sans prendre en compte ce qu’il ressent, ce qu’il demande, sans l’écouter. Je ne crois pas qu’on soigne quelqu’un sans relation vraie.

« Faudrait pas que l’HP soit trop accueillant »

On entends souvent des soignants dire qu’il ne faut pas que l’hôpital psychiatrique soit trop accueillant, que le but c’est d’en sortir pas d’avoir envie d’y rester, qu’on n’est pas là pour se faire des amis, etc.

Que dire face à cette dureté?

Qui peut vraiment trouver un hôpital, dans l’état actuel des choses, trop accueillant? trop confortable? Je ne sais pas, mais sans doute pas quelqu’un à qui on prend ses vêtements pour le dépouiller de son identité, ni quelqu’un pour qui les autres sont un danger et qui se retrouvent à devoir vivre parmi eux, dans la promiscuité, sans même souvent une chambre à lui ni une salle-de-bains qui ferme à clé, certainement pas quelqu’un qui se retrouve à l’isolement dans une chambre vide et froide, ni encore quelqu’un qui se désagrège et pour qui le monde entier est hostile. A ceux-là, un endroit confortable et accueillant mettrait pourtant du baume sur leurs blessures.

On n’est pas là pour se faire des amis. C’est vrai, la maladie nous ayant coupé de beaucoup de monde, il ne faudrait surtout pas qu’on puisse retrouver un peu de chaleur humaine, ce serait contre productif. On est là pour réfléchir après tout, comme si réfléchir seul à ce qui nous arrive, on ne l’avait pas déjà assez fait. Comme si parler seul pendant des heures, on ne savait pas faire. Comme si « réfléchir », c’était guérir.  Il ne faudrait quand même pas que l’expérience des autres nous servent, qu’on reprenne plaisir à communiquer, qu’on se fasse quelques copains, voire de vrais amis ou pire, qu’on tombe amoureux. S’appuyer sur les autres, c’est bon pour les gens normaux, nous on peut juste parler à notre psy, le reste, ce serait se disperser.

Alors, c’est sûr, avec des raisonnements pareils, le but est atteint: on n’a pas trop envie de rester à l’hôpital. Mais est-ce cela le but de l’HP? Ne pas donner envie d’y rester? Ou est-ce soigner et donner la force de reprendre sa vie? Pour reprendre une phrase entendue ans une série: « Ne pas donner envie de fuir mais d’aller de l’avant ». Parce qu’avec ce genre de raisonnement, ce but-là ne risque pas d’être atteint.

Cette dureté, je crois que c’est encore une façon de théoriser la maltraitance.

Les amis qui s’en vont

Les amis qui s’en vont et ceux qui restent

On parle toujours de ceux qui restent, on les remercie, on les porte dans son coeur et on oublie ceux qui s’en vont

Mais qui suis-je pour juger?

Serais-je restée? Serais-je partie?

Ceux qui ont peur, ceux qui ne sont pas des héros, ceux qui font le choix de partir, parce que ce choix ils ont la chance de l’avoir, qui peut les blâmer? Ceux pour qui c’est trop, trop lourd à porter, trop dur à supporter, trop de peine, trop de rappels d’un passé qu’on ne connaît pas forcément. Ceux qui n’ont pas les épaules assez solides, ceux qui préfèrent la vie, ceux qui ne veulent pas regarder la mort en face.

La maladie, c’est dur, c’est sale, ça fait peur, ça tue. Je n’ai pas eu le choix mais l’aurais-je eu, aurais-je fait preuve de tant de courage? Le courage ne vaut vraiment que si on a le choix de se battre ou non.

La maladie m’a permis ça aussi: ne pas juger ceux qui m’ont tourné le dos. Les comprendre, et leur pardonner, pour peu qu’il y ait quelque chose à pardonner.

« Santé mentale :guérison et rétablissement », collectif, John Libbey

Présentation de l’éditeur

Peut-on parler de guérison dans le champ de la santé mentale ou devrait-on parler de rétablissement ? Quelles significations attribuer à ces concepts dans un domaine où la pathologie est marquée du sceau de la chronicité et empreinte de représentations stigmatisantes ? Quelles applications concrètes l’émergence de ces concepts en santé mentale engendre-t-elle en termes de pratique clinique et de politique de santé publique ? Cet ouvrage aborde les notions de guérison et de rétablissement en santé mentale d’un point de vue théorique, clinique et expérientiel par des auteurs issus de divers horizons. La mise en perspective de ces regards croisés (chercheurs en sciences sociales, cliniciens et usagers) vise l’élaboration de savoirs complexes et inédits autour de questions constituant des enjeux fondamentaux de la recherche contemporaine en santé mentale. En France, l’approche du rétablissement en santé mentale est encore très peu abordée aussi bien sur le plan de la recherche scientifique, que dans les services de santé mentale. Les auteurs souhaitent ainsi sensibiliser le public à ces approches novatrices tout en produisant de nouvelles connaissances dans le champ de la sociologie de guérison.

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Biographie de l’auteur

Catherine Déchamp-Le Roux est sociologue, professeur à l’Université de Lille 1 et chercheur au Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques. Florentina Rafael est chercheur en santé publique et consultante en épidémiologie.

Comment gérer un proche adhérent à l’Unafam

Depuis que votre proche a adhéré à l’Unafam, vous êtes désemparé . Comment lui parler? Que vont dire les voisins? Comment lui faire entendre raison? Comment comprendre son comportement?

Il faut savoir  que ça arrive à beaucoup d’entre nous. C’est très difficile à vivre mais des solutions existent.

D’abord, sachez  qu’il ne faut pas le contredire. Il s’agira de lui parler lentement, avec des phrases courtes et simples. Il sera difficile, par exemple, de lui faire comprendre que tout ce que vous faites n’est pas thérapeutique (que du rugby n’est que du rugby est pas un remède-rugby, par exemple), que vous pouvez continuer à travailler, à penser, à aimer, à prendre des décisions. S’il refuse de vous écouter et se fâche, surtout ne haussez pas le ton, restez à une longueur de bras et ne vous réfugiez pas dans un coin, ça pourrait devenir dangereux.

S’il ne veut pas comprendre que ce que vous dites à votre psychiatre est privé et confidentiel, un rappel à la loi peut toujours se faire, avec calme bien sûr. Il faut lui faire comprendre l’importance de respecter la loi pour vivre en démocratie et pour vivre en bonne intelligence avec ses proches atteints de troubles mentaux.

Si vous lui parlez d’une éventuelle diminution de traitement, une crise pourrait se déclencher. Rappelez-lui que votre psychiatre a fait de longues études et n’est a priori pas un imbécile. Il faut qu’il comprenne que votre entourage est soutenant et que vous êtes un adulte à même de prendre des décisions.

Avec un proche adhérent de l’Unafam, vous ferez face à l’infantilisation, au catastrophisme, aux préjugés, au tout thérapeutique. Surtout, ne rentrez pas dans le jeu de votre interlocuteur. Le mieux à faire est encore d’appeler des amis atteints comme vous de troubles mentaux pour rire de tout ça un bon coup et revenir serein vers votre proche afin de lui donner des explications claires.

Comment en parler à votre entourage? C’est très difficile, car la honte peut être présente. Sachez faire la différence entre les interlocuteurs, on ne parle pas d’un secret si lourd de la même façon à une amie proche ou à un voisin. Ne parlez que si vous savez que vous n’allez pas être jugé.

Enfin, question délicate, faut-il s’éloigner d’un proche adhérent de l’Unafam? Ce n’est pas indispensable, mais vous devez surtout penser à vous protéger. A partir du moment où votre proche ne vous appelle plus que « mon malade » ou se demande si vous devez signer une oeuvre par votre nom ou « un psychotique », ou pire, s’il adhère à la philosophie de Schiz’autrement, la page facebook de Janssen Cilag, vous pouvez penser à fuir.

 

Cet article est une parodie de la brochure L’Indispensable de l’Unafam

 

« Un faux boulot », Le Cil Vert, Delcourt

Jean na pas un « vrai boulot ». Il aide des personnes handicapées. Enfin… c »est sa mère qui dit que ce n’est pas un vrai boulot… Mais Jean, lui, veut être avec ces vacanciers, ceux qui étaient dit « normaux » et qui, suite à un traumatisme, ont sombré dans l’alcool, dans la folie, dans leur solitude. Jean fait de plus en plus de crises d’angoisse, l’avion l’obsède. Il a peur lui aussi de devenir, un jour, l’un de ces vacanciers en bout de course.

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Avec l’aide de la famille… ou pas

On lit souvent que pour aller mieux, il faut l’aide de la famille. Sous-entendu: que la famille soit impliquée dans les soins et dans le quotidien de la personne touchée par la maladie.

Certains ont sans doute une famille aimante, ni trop intrusive ni trop indifférente, qui ne les infantilise pas, qui ne dit pas « notre malade » (comme à l’Unafam), qui est là quand il faut et qui n’est pas là quand il faut aussi. C’est super.

Mais la famille, si elle peut-être un plus, n’est pas une condition indispensable pour s’en sortir, comme on le lit souvent. Parce que la famille, ça peut aussi être un moins. Une famille, ça peut culpabiliser, infantiliser, mépriser, mettre des bâtons dans les roues, enfermer dans une condition de malade, être intrusive, couper les ailes (est-ce que je pense à l’Unafam, oui, mais rassurez-vous, je ne vais pas encore faire un post sur eux).

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Une famille, on peut aussi la laisser là où elle est: ni infirmière, ni psychiatre, ni contrôleuse de la prise de médicaments et compteuse de symptômes. On peut aussi la laisser à sa place de famille. En-dehors des soins.

Je m’en suis sortie parce que personne n’a été là pour confondre se place de famille avec celle de soignants, parce que c’était moi qui prenais les décisions concernant mes troubles et mes traitements. Parce que personne n’a expliqué à mes parents que je ne travaillerais plus jamais, que je n’étais plus qu’une malade, que j’étais désormais incapable de faire ci ou ça (suivez mon regard). Parce que personne ne m’a regardée autrement que comme le membre de la famille que j’avais toujours été et qu’on m’a laissée respirer.

Pour rien au monde je ne voudrais que ma famille se mêle de mes soins et de mes projets. J’ai des soignants, j’ai une famille, et ce sont deux choses différentes. Ca me choque que certaines méthodes ne se fassent qu’avec la famille, comme l’Open Dialogue, comme si on n’était pas des personnes à part entière, comme si on ne pouvait rien faire seuls. Si ça convient à certains, c’est super, vraiment, mais je refuse qu’on conditionne notre bien-être quasiment exclusivement à la présence de la famille, parce que ça condamne tous ceux qui n’en ont pas, ceux qui ont une famille dysfonctionnelle ou ceux qui ont envie de gérer seuls leur maladie. Et parce que c’est une vision idéalisée de la vie, une vision de soignants bisounours et beaucoup plus rarement une vison de personne schizophrène.

« Le rétablissement par soi-même », Chantal Van Audenhove, Racine

Un livre pour lequel j’ai témoigné

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Comment reconstruire sa vie pas à pas ?
Quelle place donner à ses vulnérabilités ?
Comment devenir son premier allié ?

Le rétablissement par soi-même décrit les petites et grandes victoires remportées par des personnes avec une vulnérabilité psychique. Ils témoignent ici, en paroles et en images, de leur parcours de rétablissement, de ce qui les a inspirés, de ceux qui les ont soutenus dans ce parcours. Leurs témoignages engendrent des recommandations pour des soins de santé mentale sur mesure, plus en phase avec leur identité et leurs besoins personnels.

Ces récits peuvent ouvrir de nouvelles pistes et perspectives aux responsables politiques, aux soignants de différentes disciplines, aux patients et aux aidants-proches. Comment entre-t-on dans un processus de rétablissement ? Quels sont les facteurs de réussite ou d’échec de celui-ci ? C’est à ces questions fondamentales et à d’autres questions connexes que ce livre tente de répondre.

Pourquoi l’humour oppressif n’est pas drôle

Un jeu vidéo où il faut sauver une jeune fille anorexique en lui lançant de la nourriture vient de faire scandale et d’être retiré de la vente. Alors, bien sûr, on entend les habituels « on ne peut même plus rigoler ».

Sauf que ce jeu n’est pas drôle. Sauf que non, tout n’est pas drôle. Que ceux qui disent « il vaut mieux en rire qu’en pleurer » ne sont pas ceux qui en pleureraient, de toute façon.

J’entends déjà invoquer l’esprit de Pierre Desproges, comme chaque fois que cette discussion a lieu. Oui, il a dit « on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde ». Mais non, il ne voulait pas dire « sauf avec les cons et ceux qui n’ont pas d’humour, sauf avec les coincés et les rabat-joie ». Il a dit ça parce qu’il ne voulait pas rire avec Jean-Marie Le Pen, parce que l’humour de Le Pen est réellement raciste et oppressif.

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Car oui, l’humour peut être oppressif. Il l’est même souvent. Connaissez-vous beaucoup de blagues qui ont pour objet les dominants? Non, pour la bonne raison que l’humour oppressif est la première marche de l’échelle des discriminations, celle qui se termine par le génocide. L’humour oppressif touche essentiellement les femmes, les personnes d’origines étrangères, les personnes souffrant de maladies mentales et les minorités en général, jamais les Blancs, jamais les hommes ni les hétérosexuels. L’humour n’est pas innocent, et dire simplement « on peut rire de tout sauf avec les coincés », c’est faire preuve d’angélisme.

Car oui, on peut rire de tout, mais ça dépend bien avec qui, et surtout de qui. Des dominants qui font des blagues sur les dominés en entretenant des préjugés qui ne leur font pas de mal à eux, c’est peut-être drôle pour eux, mais pas pour les autres, surtout quand il s’agit de le faire en public. Des dominés qui se moquent des dominants, c’est renverser la situation, c’est une subversion de l’ordre du monde, alors que l’humour oppressif n’a rien de subversif. Des gens qui rient de stigmates que la société leur impose, qui rient de leur malheur, c’est justement pour ne pas en pleurer, c’est un besoin vital pour ne pas sombrer. Il y a plusieurs sortes d’humour, et il faut bien les différencier au lieu de simplement dire « on ne peut plus rigoler ». Rigoler, c’est comme tout, ça a des conséquences.

Revenons à l’exemple de ce jeu vidéo et à celui du jeu de cartes « Nazo le schizo ». « Nazo le schizo » est un jeu de cartes pour enfants qui avait été mis sur le marché il y a une dizaine d’années, avec un personnage à double face, le méchant et le gentil, entre autre. Il avait été lui aussi retiré du marché après des plaintes, événement suivi bien sûr des fameux « on ne peut plus rigoler ».  En quoi ces deux jeux ne sont pas drôles?  L’application qui consiste à jeter de la nourriture à une anorexique qui fait la taupe est méprisante et fait croire que pour aider une jeune fille anorexique, il suffirait de la forcer à manger. Reprenons mon exemple favori de l’enfant ayant un cancer: qui rirait d’un jeu où il faudrait le forcer à prendre ses médicaments en les lui jetant dessus ou en lui courant après pour lui enfoncer une aiguille dans le bras? Pas grand-monde, je l’espère; mais les maladies mentales, c’est différent, ça fait rire les gens. Oh, tiens, justement, les personnes souffrant de maladies mentales ne seraient-elles pas discriminées dans nos sociétés? Humour oppressif, je vous dis. « Nazo le schizo » est un  bon exemple à cet égard. La schizophrénie est souvent confondue avec un dédoublement de la personnalité, lui même associé à la dangerosité. Ces préjugés contribuent beaucoup au fait que les schizophrènes sont discriminés et obligés de vivre dans le secret. En quoi mettre ces préjugés dans la tête d’enfants de six ans est drôle? Sachant que ça alimentera la discrimination dont souffrent des centaines de milliers de gens au quotidien?  Si je ris avec mes amis en disant « arrête de m’ennuyer, je suis schizo, et dangereuse, n’oublie pas! », ça peut être drôle, parce que chacun sait que ce n’est pas vrai et que je ris en fait de ce que la société m’a collée comme étiquette sur le dos. Les enfants qui rient en jouant avec ces cartes croient au contraire que les schizophrènes sont réellement dangereux et que c’est une bonne chose de les mettre au ban de la société.

Donc, oui on peut rire de tout mais pas avec tout le monde. Mais il ne s’agit pas d’être coincé ou non, il s’agit de valeurs partagées et de sa place dans l’échelle des dominants, il s’agit d’éviter l’humour oppressif, et d’autant plus quand cet humour est public.

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