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Mad Pride, Bruxelles, 8 octobre 2011

  

Aujourd’hui a eu lieu une Mad Pride en Italie, en Espagne et à Bruxelles. La Mad Pride est une marche des patients psychiatriques et de sympathisants, qui consiste à affirmer qu’on est fier d’être ce qu’on est, à ne plus avoir honte de sa maladie et à ne plus se cacher.

J’étais à celle de Bruxelles, avec un ami français ayant fait le déplacement uniquement pour y participer lui aussi. La marche a démarré à la gare du Nord et s’est terminée aux Monts des Arts. Sous la pluie battante, environ deux cents personnes étaient présentes, sous les bannières de Psytoyens, Uilenspiegel et Similes ou à titre individuel. Un orchestre accompagnait la marche et a mis une ambiance festive et chaleureuse malgré le froid et la pluie.

Un juriste, une patiente et un membre de Similes ont pris la parole devant la gare Centrale, mais ils étaient très peu audibles et je n’ai quasiment rien entendu.

 

 

Un mini congrès était prévu aux Beaux-Arts à 16h, sur le thème de l’anti-stigmatisation. La première intervenante a présenté la Convention relative aux droits des personnes handicapées (http://www.un.org/french/disabilities/default.asp?id=1413), signée par l’Union Européenne, et qui, si elle est appliquée, devrait apporter des changements notables dans les conditions de vie des patients et le respect de leurs droits, notamment en remplaçant  le système des tutelles par un système d’accompagnement qui consiste à informer la personne et à la laisser prendre les décisions elle-même, en interdisant les traitements inhumains comme la contention ou les traitements médicamenteux excessifs. Le centre pour l’égalité des chances, qui s’occupe du racisme, s’occupera aussi de faire respecter les droits et de lutter contre la discrimination des personnes souffrant de troubles psychiques.

La deuxième intervenante a parlé du rôle des pairs-aidants, qui commencent à voir le jour en Belgique, notamment comme médiateurs entre les patients et les professionnels de santé pour des soins de meilleure qualité.

Dans la salle, j’avais repéré quelques jeunes au look altermondialiste qui n’avaient l’air ni de professionnels, ni de parents ni de patients. Oui, moi aussi je mets les gens dans des cases, ou peut-être que nous nous mettons nous même dans des cases par notre look et notre façon d’être, bref, je me demandais à quel groupe ils appartenaient et ne savais quoi penser.  Le troisième intervant devait être le ministre flamand pour le Bien-être, Jo Vandeurzen, qui s’est aussi occupé de la justice. Je dois l’avouer, je ne savais pas qu’il occupait cette fonction, oui la Belgique est bien coupée en deux, et nous ne sommes pas souvent au fait de ce qui se passe de l’autre côté de la frontière linguistique. En réalité, je ne connais même pas ce ministère du Bien-être, qui existe sans doute aussi en Wallonie. Il n’était pas là mais s’était fait réprésenter. Son remplaçant a été immédiatement interrompu par une des jeunes filles que j’avais repérée, et très vite, des jeunes se sont levés dans plusieurs coins de la salle et on brandi des banderoles. Ils étaient là pour dénoncer la construction de deux nouvelles prisons psychiatriques, les mauvais traitements infligés aux jeunes dans les centres fermés, notamment des injections d’Haldol et des abus sexuels, les isolements prolongés dans les oubliettes de la démocratie. Le présentateur leur a dit de venir discuter après la conférence, mais ils ont continué à parler de leurs revendications, dans les deux langues, et a distribuer des tracts,  malheureusement sans lien vers un site internet qui aurait pu en dire plus. L’animateur a décidé que la pause aurait lieu à ce moment-là. Et moi je me disais que mon « psychodar » était toujours en état de marche! Je suis sortie, cette interruption ayant mis un peu d’animation, j’ai enfin oser discuter avec des gens.  Du groupe qui avait interrompu la conférence, il ne restait qu’une jeune fille qui discutait avec quelques personnes. Je me suis jointe à la conversation, et j’ai pu voir à quel point la politique qu’elle dénonçait la choquait, j’ai vu qu’elle était sincère et très émue. Pour elle, l’intérêt de leur action était de provoquer la discussion avec les intervenants. Je lui ai dit que j’étais d’accord avec ce qu’elle dénonçait, mais qu’il ne fallait pas rejeter la psychiatrie en bloc, que j’étais schizophrène et avais besoin de la psychiatrie et de médicaments pour vivre bien, mais que moi aussi je dénonçais tous les abus, qu’on m’a souvent accusée d’être contre la psychiatrie alors que je suis pour une psychiatrie humaine et respecteuse et qu’il était intolérable que la psychiatrie puisse faire aussi souffrir. Elle m’a répondu « Merci, c’est ce que j’espérais entendre ». Je suis rentrée dans la salle, elle n’a pas voulu attendre la fin pour continuer à discuter comme le lui a proposé une dame, elle avait l’air vraiment bouleversée. J’ai regretté de ne pas être restée là pour parler avec elle et en savoir plus sur le mouvement, si c’en est un, auquel elle appartient. La conférence s’est terminée avec quelques questions-réponses, où malheureusement les traducteurs n’entendaient pas les gens parlant sans micro, et j’ai regretté d’avoir passé mes cours de néerlandais à rire bêtement au dernier rang et de n’avoir jamais pratiqué, parce que toutes les interventions dans la salle on été faites en néerlandais.

Certaines personnes ont été choquées par l’interruption de la conférence, mais je crois que ce n’est que la conséquence du fait que la psychiatrie a toujours plus ou moins flirté avec la répression sociale, et c’est plutôt cela que je trouve scandaleux. J’ai été impressionnée favorablement par ce groupe de jeunes, bilingue en plus.

Pour moi, le bilan est positif, même si j’ai été un peu frustrée qu’il n’y ait pas plus de discussions informelles entre les gens. La plupart était venu en groupe et restait entre eux, j’aurais aimé qu’après la conférence il y ait toujours l’espace pour boire un verre et se rencontrer, les exposés et l’interruption favorisant le dialogue avec des inconnus. Cela dit, j’ai parlé à quatre personnes que je ne connaissais pas aujourd’hui, ce dont je suis assez fière! Cela m’a donné l’envie de continuer à participer à des évènements de ce genre, je pense que j’arriverai peut-être même à y aller seule s’il le faut!

Liens vers Jo Vandeurzen et les prisons:

http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/11/21/des-quartiers-de-haute-securite-dans-les-prisons-font-scandale-en-belgique_1121530_3214.html

http://www.deredactie.be/cm/vrtnieuws.francais/infos/1.735429

http://www.alterechos.be/?p=sum&d=i&c=a&n=262&art_id=18366

http://www.legrandsoir.info/Interdit-d-enseigner-dans-toutes-les-prisons-belges-pour-des.html

Un grand merci à Béhémote pour les photos.

Psychiatrie: Les dérapages se succèdent

30 Septembre 2011

 Yves Gigou
 

Les dérapages se succèdent depuis le 1er août, date de l’application sur les soins sans consentement en psychiatrie. Je propose au débat cet article de 2 amis, je dis bien au débat, à vous lire.

 Loi du 5 juillet : entre criminalisation des patients et refus de soins

 Les dérapages se succèdent depuis le 1er août, date de l’application sur les soins sans consentement en psychiatrie.

 Opérations de police pour forcer des malades à se rendre à l’hôpital, ou au contraire, refus d’hospitalisation pour des personnes en très grande difficulté. C’est un système totalement emballé et absurde qui semble s’activer, au détriment des patients.

 Une mère appelle à l’aide le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire suite à l’opération de « police médicale » que sa fille schizophrène a subie. Cette jeune femme de 27 ans, sous le coup d’une obligation de soins, a prévenu l’hôpital qu’elle se rendrait depuis la gare, accompagnée de sa soeur, pour y faire une injection retard. A son arrivée à la gare, le train avait été bloqué par une équipe de 10 personnes dont des policiers, infirmiers, ambulanciers afin de l’emmener de force à l’hôpital. La mère de la jeune femme ne conteste pas la nécessité d’une hospitalisation pour sa fille, mais ne peut accepter la méthode employée, totalement démesurée et traumatisante pour celle-ci. Elle compte porter plainte.

 A Lyon, il est rapporté qu’une rue a été bloquée par un nombre impressionnant de policiers casqués pour « chercher » un patient qui ne voulait pas ouvrir sa porte.

 A Marseille, Serge Partouche, un autiste de 48 ans est mort mercredi 21 septembre, à plat ventre, le visage en sang, menotté par 3 policiers dont l’un à genoux sur son dos. Les forces de l’ordre avaient été appelées par une voisine en conflit avec les parents. Serge n’avait jamais été violent ni menaçant.

 A l’opposé, le 14 septembre, une mère de famille a perdu son fils qui s’est jeté sous un camion. Une demande d’hospitalisation en clinique lui avait été refusée quelques jours auparavant au service des urgences . Le motif donné par le CISS (Collectif Interassociatif Sur la Santé) : les dépressifs n’ont pas le choix de leur hôpital. Le jeune homme, demandeur d’une prise en charge en clinique ne voulait pas retourner à l’hôpital mais avait accepté de repartir avec des médicaments. Aucune ordonnance n’a été fournie par le médecin des urgences.

 Ces drames et dérives policières à l’égard des malades posent des questions graves sur le secteur psychiatrique. Est-il encore en mesure de répondre à ses engagements déontologiques, et au delà, peut-il continuer à prétendre au soin, venir en aide aux personnes en souffrance psychique ?

Si la loi sur les soins sans consentement continue de criminaliser les malades comme elle a déjà commencé à le faire, il semble que la réponse soit non.

 H.P et J.B.P

http://blogs.mediapart.fr/edition/contes-de-la-folie-ordinaire/article/300911/psychiatrie-les-derapages-se-succedent

« L’homme qui se prenait pour Napoléon : Pour une histoire politique de la folie « , Laure Murat, Gallimard

Présentation de l’éditeur

Tous les fous, dit-on, se prennent pour Napoléon. Mais le délire d’identification à l’empereur se vérifie-t-il dans les registres des asiles et, si oui, que cela nous enseigne-t-il sur les rapports de l’Histoire et du trouble psychique ? C’est à partir de cette question qu’est née l’idée de ce livre, dont le sujet, très vite, s’est élargi à d’autres problématiques. Quel impact les événements historiques ont-ils sur la folie ? Peut-on évaluer le rôle d’une révolution ou d’un changement de régime dans l’évolution du discours de la déraison ? Quelles inquiétudes politiques les délires portent-ils en eux ? En somme : comment délire-t-on l’Histoire ? Pour le savoir, ou du moins y voir plus clair, il fallait remonter à la source et questionner la clinique, interroger les rapports entre la guillotine et la hantise de « perdre la tête », l’enjeu de la présence de Sade à Charenton, la supposée démence des révolutionnaires, la confusion entre la pétroleuse hystérique et l’opposante politique. Pendant trois ans, Laure Murat interrogé les archives. L’Homme qui se prenait pour Napoléon est le résultat de cette enquête.

 L'homme qui se prenait pour Napoléon : Pour une histoire politique de la folie

Biographie de l’auteur

Laure Murat, née en 1967, est chercheuse spécialisée dans l’histoire culturelle. Elle est actuellement professeure au département d’études françaises et francophones de l’Université de Californie-Los Angeles (UCLA). Elle a notamment publié La Maison du docteur Blanche : histoire d’un asile et de ses pensionnaires, de Nerval à Maupassant (Lattès, 2001), Passage de l’Odéon : Sylvia Beach, Adrienne Monnier et la vie littéraire à Paris dans l’entre-deux guerres (Fayard, 2003, Folio n° 4226) et La Loi du genre. Une histoire du « troisième sexe » (Fayard, 2006).

 

EUROPEAN MAD PRIDE – October 8th 2011

De retour après 4 ans …
La Mad Pride est une marche pacifique, pleine de fantaisie
de Bruxelles-Nord à Bruxelles-Central:PROGRAMME

MARCHE – 14h
>>> départ 14h Bruxelles-NordMINICONGRES – 16h
>>> s’inscrire via via minicongres@hotmail.com

ACTIVITES ARTISTIQUES – 16h
centre de jour ‘Den Teirling’
>>> accessible à partir de BOZAR par le bus 38

La Mad Pride est une marche pacifique, pleine de fantaisie de Bruxelles-Nord à Bruxelles-Central, suivie d’un minicongrès à Bozar et d’activités artistiques dans le centre de jour Den Teirling:

• 13h30 : Rendez-vous à l’entrée principale de la gare de Bruxelles-Nord
• 14h00 : départ de la marche à la tour Belgacom
• 15h30 : arrivée au Mont des Arts (près de la Gare Centrale)
•16h00 : début minicongrès sur les droits des personnes ayant des problèmes de santé mentale à BOZAR (Palais des Beaux Arts, Ravenstein 23, 1000 Bruxelles)
• 16h00: d’activités artistiques dans le centre de jour Den Teirling ( Rue Maes 89 – 1050 Bruxelles)
• Fin aux alentours de 18h

MINICONGRES :
(s’inscrire via minicongres@hotmail.com)THEME:
“Anti-stigmatisation et
les droits des (ex)-usagers de la santé mentale”

INTERVENANTS:• Madame José Van Remoortel
(Senior Policy Officer de Mental Health Europe):
“Sur les droits des personnes ayant des problèmes de santé mentale en Europe”. Madame Van Remoortel abordera la Convention des Nations Unies relative aux Droits de la Personne Handicapée (UN CRPD) et un récent rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), et démontrera que la Convention renforcera les droits des personnes ayant des problèmes de santé mentale.

• Madame Pascale Fransolet
(Membre du Conseil d’Administration de Le Funambule asbl
et vice-présidente de Psytoyens asbl):
“L’Arrivée du pair aidant dans les équipes, quelle plus-value pour la qualité des soins?” Madame Fransolet montrera des exemples anglo-saxons et l’implication de pairs aidants dans le secteur de soins dans notre pays.

• Monsieur Rafaël Daem
(Chef de projet UilenSpiegel UilenSpiegel vzw
et vice-président de ENUSP):
Histoires du secteur de santé en Europe et dans notre pays. Recommandations d’organisations d’usagers.

• Monsieur Jo Vandeurzen
(Ministre flamand du Bien-être):
Bonnes pratiques dans le domaine de l’accompagnement et de l’intégration sociale de personnes ayant des problèmes de santé mentale.

EVENEMENT ARTISTIQUE :

A partir de 16h, parallèlement au minicongrès, aura lieu un événement artistique dans le centre d’activité de jour « Den Teirling »
(Exposition, poésie et musique d’usagers)
Où: Rue Maes 89, 1050 Ixelles
(accessible avec le bus 38 à partir de BOZAR)

 
 
 
 
 

Soins psychiatriques : une loi délirante

« Sécuritaire », « antithérapeutique », la loi du 5 juillet sur les soins psychiatriques est loin de faire l’unanimité. Hôpitaux, centres d’accueil alternatifs : qu’en pensent les professionnels ?

 

Au centre psychothérapique de Saint-Martin-de-Vignogoul (Hérault). Photo : Cyril Weiner pour “Télérama”

Difficile d’oublier ces visages denses qui scrutent intensément l’interlocuteur, le questionnent avec une clairvoyance incisive. Impossible de laisser filer ces voix laborieuses, et pourtant si désireuses de parler. Au centre psychothérapique de Saint-Martin-de-Vignogoul (Hérault), une évidence prend à la gorge : la psychose que l’on y soigne, c’est la part de folie, de difficulté à vivre, que tout humain porte en lui, mais que certains, plus fragiles, ne parviennent pas à dompter. Ils sombrent alors dans l’hystérie, la schizophrénie, les bouffées délirantes, ils sombrent en eux-mêmes, jusqu’à trouver une main tendue.

Alejandra, Angèle, Rémi, Marie (1) et beaucoup d’autres ont voulu témoigner de leur vie au centre. D’au­tres sont venus, sans pouvoir ou vouloir parler, offrant leur présence comme un témoignage silencieux. Ouverte en 1972 dans un château du Moyen Age bordé de somptueux lauriers, cette clinique privée, agréée par la Sécurité sociale (2) , accueille quatre-vingt-cinq patients venus « prendre le temps d’essayer de comprendre ce qui leur arrive », explique son directeur, le Dr Hervé Bokobza. Atteints de divers troubles psychi­ques, rarement nommés précisément « pour ne pas les étiqueter », presque tous sont passés par l’hôpital ou les cliniques psychiatriques, avant d’atterrir sur cet « îlot de résistance ». Adressés par des hôpitaux ou des psychiatres de toute la France, ils ont tous écrit une lettre de motivation. « Leur consentement est le socle du travail, insiste Hervé Bokob­za. Il faut qu’ils soient d’accord pour entrer, pour prendre leur traitement. Ils décident de leur départ. Ils sont ­acteurs de leurs soins. »

Soins obligatoires et fichiers d’antécédents
Ici, la loi du 5 juillet 2011 sur les soins psychiatriques, entrée en vigueur en catimini le 1er août, a été longuement expliquée. « Le jour où on en a parlé, j’ai pleuré toute la soirée », se souvient Marie. Conçue pour pallier le manque de lits hospitaliers, et lutter contre la dangerosité supposée des malades, cette loi instaure des soins obligatoires à domicile, sous la menace d’hospitalisation, renforce le pouvoir des préfets pour lever les internements forcés, crée un fichier d’antécédents qui suit le malade pendant dix ans. Après deux semaines de soins forcés, elle prévoit l’intervention d’un juge. Faute de moyens, la « rencontre » peut se faire par visioconférence : patient et juge chacun devant un écran vidéo ! Tollé général, comme dans le service de psychiatrie de l’hôpital des Murets (94), où le Dr Bernard Martin s’insurge : « Ce dispositif est absurde, et même dangereux, pour des malades en crise, qui se sentent persécutés et croient souvent que la télévision leur parle personnellement. »
Qualifiée de « sécuritaire » et « antithérapeutique », la loi a mis dans la rue quantité de professionnels, qui dénoncent une méconnaissance effrayante de la réalité des malades, la dégradation depuis des années de leurs conditions de travail, et un virage inquiétant vers une psychiatrie policière.

“En revenant à une logique carcérale, on détruit deux siècles de psychiatrie.” Dr Hervé Bokobza

Après le meurtre d’un étudiant par un schizophrène, fin 2008 à Grenoble – et déjà un double meurtre à l’hôpital psychiatrique de Pau, en 2004 -, Nicolas Sarkozy annonçait la « sécurisation des hôpitaux psychiatriques », débloquant 70 millions d’euros pour installer vigiles, chambres d’isolement, caméras de surveillance. « Le lendemain de son discours, j’avais honte devant mes patients », se souvient Hervé Bokobza. Avec des confrères, il a alors créé le Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire, groupe de soignants à la proue de la mobilisation actuelle. « En revenant à une logique carcérale, on détruit deux siècles de travail, martèle-t-il. La psychiatrie est née avec la Révolution française. Avant, les fous étaient brûlés comme des sorciers ou jetés en prison. »

Désaliénisme, antipsychiatrie et humanisme
Développée au XIXe siècle, surtout en France et en Allemagne, avec les asiles (du latin asylum, « lieux de refuge »), la psychiatrie a connu un tournant historique à la Libération. Des médecins rescapés des camps ont assimilé les asiles, où quarante mille patients étaient morts de faim et d’abandon durant la guerre, à l’univers concentrationnaire dont ils revenaient. Avec les mouvements du désaliénisme puis de l’antipsychiatrie, ils ont donné naissance à une vision humaniste du soin – à la fois culturel, politique et social. Sans doute ont-ils alors négligé de repenser efficacement le rôle et les moyens de l’hôpital public…

L’hôpital de Saint-Alban, en Lozère, fut un pionnier de cette nouvelle philosophie, sous l’impulsion du psychiatre Lucien Bonnafé. Il accueillait, parmi les patients, des résistants, des réfugiés du fascisme ou du franquisme, des artistes aussi, notamment surréalistes. Paul Eluard y a écrit en 1943 son poème Le Cimetière des fous. Saint-Alban a inauguré la psychothérapie institutionnelle, basée sur la certitude que le malade peut participer activement à ses soins (3) . C’est aussi le credo du centre de Saint-Martin. A tour de rôle, les patients qui le souhaitent s’occupent du café, de la bibliothèque, aident le jardinier. Rémi, 35 ans, explique : « En comptant sur moi, on m’a appris que je suis valable, j’ai pris confiance », raconte ce jeune homme, qui prépare son départ après un séjour de plus de cinq ans. Perrine, 38 ans, vit en couple après plusieurs séjours à Saint-Martin : « Ici, j’ai trouvé pour la première fois de ma vie une place à moi, même si ç’a été d’abord une place de malade. »

 

La souffrance psychique « est la maladie du lien, de la relation à soi et au monde », résume le Dr Bokobza. Ici, on cherche à rétablir ce lien, à raviver la connexion entre le patient et ceux qui l’entourent. Si possible, les médicaments sont réduits. A 23 ans, Marie a vécu onze hospitalisations. « Mes doses de lithium ont diminué peu à peu, à présent je n’en prends plus. » Car l’essentiel est ailleurs. Dans la thérapie de groupe, obligatoire et quotidienne, les sorties (plage, pêche, exposition photos à Arles), les ateliers (danse, peinture, sport). Le psychodrame, jeu de rôles orchestré par le patient, permet à Samuel, jeune pâtissier au visage d’ange, de « lâcher prise, exprimer (s)es émotions, pleurer enfin ».

A Saint-Martin, pas de porte fermée à clé, ni badge de sécurité : chacun est libre de circuler dans le parc.

Pas de porte fermée à clé, ni de badge de sécurité : chacun est libre de circuler dans le parc (piscine, tennis), et même d’aller à Montpellier. Lizzie s’y rend toujours accompagnée ; sinon, elle a peur de se jeter sous une voiture. Son bras gauche est strié de cicatrices. « A l’hôpital, j’ai passé des jours seule, attachée, en chambre d’isolement. A Saint-Martin, il n’y en a pas. » Quand l’un refuse son traitement, les soignants prennent le temps de chercher à convaincre. L’injection de force n’est qu’un ultime recours, très rare. Et exceptionnellement, le centre transfère un patient à l’hôpital psychiatrique de Montpellier, parce qu’il a attenté à sa vie, blessé quelqu’un, ou traverse une crise si violente qu’un cadre plus strict s’impose. « Cela arrive, admet Hervé Bokobza. La collectivité est un pari fou pour des gens repliés sur eux-mêmes par la maladie. Pour certains, ce pari est perdu, ils souffrent toujours, voire davantage parmi nous. La question de notre utilité se pose chaque jour… »

Un secteur torpillé par le manque de moyens
Il y a encore quelques dizaines d’années, l’hôpital aussi faisait preuve de créativité, associant aux médicaments ateliers, thérapie, mul­tipliant les structures d’accueil dans la durée. C’était le but du « secteur », organisation géographique inventée dans les années 1960 pour sortir les malades des asiles et les soigner au cœur de la cité, dans un ensemble de lieux de soins gradués. Torpillé par le manque de moyens, et par des querelles territoriales ou idéologiques, le secteur survit par endroits, comme à Reims. L’hôpital y coordonne des centres médico-psychologiques (CMP), des appartements thérapeutiques, le centre de jour Antonin-Artaud, qui abrite ateliers et groupes de parole. Le directeur, le psychiatre Patrick Chemla, juge la loi du 5 juillet « porteuse d’une idéologie fascisante et gestionnaire de la folie ». Mais reconnaît que les désaliénistes ont été pris à leur propre piège : « On a voulu détruire l’asile qui nous paraissait inique. Aujourd’hui, je vois bien que les lieux alternatifs ne peuvent exister qu’en s’adossant à un hôpital de bonne qualité. »

Seulement, entre-temps, des dizaines de milliers de lits hospitaliers ont fermé, et les structures complémentaires demeurent cruellement insuffisantes. Les CMP sont saturés, les hôpitaux gèrent des flux de patients en crise et travaillent dans l’urgence, alors que le temps est la clé de leur efficacité. Ils privilégient souvent le traitement – le plus bref possible – des symptômes. « Là-bas, pas de dialogue, ni de réelle thérapie, le médecin ne parle que des médicaments », racontent Angèle et Wilfried, sous une tonnelle ombragée, dans le parc de Saint-Martin, à l’heure du café. « Ça dure quelques jours ou semaines, on est shooté, bavant, les bras raides, incapable de parler ou d’écouter. Et puis on sort. Et ça recommence. »

 

Alice Letessier, psychiatre à l’hôpital de Pau depuis dix ans, témoigne : « Nous nous épuisons avec un dilem­me permanent : pour accueillir des malades, il faut en faire sortir d’autres. Où les orienter ? Les structures relais se raréfient, et comme toute la fonction publique nous avons moins de postes, du personnel moins qualifié. »

“La dangerosité fait partie de la maladie de nos patients. Mais si nous sommes assez nombreux pour les soigner, ils ne seront pas dangereux.” Dr Laurent Delhommeau

Depuis vingt ans, une idée infuse : la psychiatrie serait une spécialité médicale comme une autre. Le diplôme d’infirmier spécialisé et l’internat spécifique ont disparu. Le psychiatre Ricardo Schabelman, directeur d’un hôpital de jour pour adolescents à Paris, fustige cette banalisation : « Notre discipline très ­singulière se trouve « protocolarisée » selon le schéma symptômes-diagnostic-traitement. La pratique clinique fondée sur la relation est abandonnée. »

Dans cet établissement, quarante-deux malades sont encadrés par presque autant de soignants, et la durée moyenne de séjour avoisine quatre ans. « Nous n’angélisons pas nos patients, précise le Dr Laurent Delhommeau, la dangerosité fait partie de leur maladie. Mais si nous, psychiatres, sommes assez ­nombreux et bien formés pour les soigner, ils ne seront pas dangereux. » Ricardo Schabelman complète : « Les faits ­divers si médiatisés révèlent un dé­ficit de lits et d’effectifs, et aussi un déficit dans le corpus de savoir des psychiatres. »

L’heure de la chimie triomphante
Car la formation, elle aussi, a changé. La thérapie serait obsolète à l’heure de la chimie triomphante – alors qu’aucune découverte majeure n’est intervenue depuis les premiers neuroleptiques des années 1950, à part l’endiguement des effets secondaires. Durant toutes ses études, Loriane Brunesseaux, psychiatre trentenaire, n’a ainsi jamais entendu parler de psychanalyse. « L’enseignement reflète une approche objectiviste et privilégie l’aspect neurologique de la souffrance mentale. C’est l’ère de la classification et du DSM. » Publié aux Etats-Unis en 1952 et régulièrement réactualisé, le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of mental disorders) répertorie symptômes, diagnostics et traitements. Avec lui, on soigne des ma­ladies, et non plus des personnes.

“Si l’on cherche la rentabilité,on recevra les patients les yeux sur la montre, pour en voir le plus possible, et on les rendra encore plus malades.” Dr Alice Letessier

Quand ils ont rejeté l’enfermement, les psychiatres ont rêvé de psychanalyse pour tous, de soins relationnels au sein d’une société structurée qui saurait prendre en charge ses membres les plus instables. L’idéologie la plus carcérale a échoué ; la plus humaniste a montré ses limites. Reste à inventer une troisième voie, prenant en compte la spécificité de la maladie mentale, reconnaissant la contrainte parfois nécessaire, admettant une fois pour toutes que l’efficacité comptable est hors sujet. « Si l’on cherche la rentabilité, prévient Alice Letessier, à Pau, on recevra les patients les yeux sur la montre, pour en voir le plus possible, et on les rendra encore plus malades. »

Au delà de la loi, le “plan de santé mentale”
Rejetant la loi du 5 juillet, les professionnels redoutent aussi le « plan santé mentale », promis par le gouvernement pour l’automne. « Ce terme,  »santé mentale », suggère une normalité terrifiante, souligne le Dr Bernard Martin. Notre métier consiste à aider les patients à mettre des mots sur leur douleur, à chercher leurs solutions. Pas à éradiquer la souffrance, encore moins à rendre les gens  »normaux » ! »

A Saint-Martin, le soin long, fondé sur la restauration du lien entre les êtres, donne chaque jour des résultats. Des patients retournent à la vie extérieure. Certains reviennent. En psychiatrie, la guérison est un objectif flou, insaisissable, chacun ici le sait avec humilité. Infirmières, assistante sociale, cuisinier, personnel administratif ou de ménage : toute l’équipe – nettement moins payée qu’à l’hôpital – revendique le projet de soin. Et partage la fierté de faire vivre une institution dont plusieurs patients rencontrés affirment avec solennité : « Saint-Martin m’a sauvé la vie. »

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Juliette Bénabent

Télérama n° 3215
Le 30 août 2011 à 12h00 – Mis à jour le 30 août 2011 à 12h45
 

Infanticide d’Alost

Deux articles qui illustrent bien la différence de traitement à propos des crimes commis par des schizophrènes entre la France et la Belgique. Comme je l’avais déjà fait remarquer pour le drame de Termonde, l’émotion est d’autant plus forte en Belgique puisque c’est ici qu’a eu lieu le crime. RTL-TVI qui a traité hier l’affaire en titre, a aujourd’hui donné les détails et le diagnostic de l’expert psychiatre à 19h25 dans un journal qui commence à 19h. Pas de mention de la schizophrénie dans le journal de la RTBF.

Le mot schizophrène est en titre dans l’article français et en fin d’article dans celui de RTL-info.

Drame d’Alost: « Mes fils étaient des vampires »

Les deux enfants de 7 et 8 ans qui ont été battus à mort par leur mère à Alost vendredi, auraient vécu un véritable calvaire. La mère a expliqué aux enquêteurs, abasourdis, qu’elle ne les avait pas tués: « Ce n’étaient pas mes fils, mais des vampires », rapporte La Capitale.

La mère infanticide d’Alost, Landu.G, qui aurait assassiné ses deux enfants de 7 et 8 ans, souffrirait de graves problèmes psychologiques. Inculpée d’assassinats, la mère a servi une version de ses actes totalement hallucinante. « Eux, mes fils ? Non ! Des vampires qui voulaient mon sang. Je les ai vaincus« , a-t-elle expliqué à des enquêteurs qui ont éprouvé quelques difficultés à encaisser le choc.

Acharnements

« Ils ont tous deux livré une terrible bataille pour leur vie« , raconte le parquet de Termonde. Totalement hystérique, leur mère les a frappés avec tout ce qui lui tombait sous la main. « Elle a ainsi cassé une armoire et s’est servi des planches pour frapper l’un des garçons à la tête« , précise La Capitale. « L’ainé n’a pas eu plus de chance : elle lui a jeté à la figure l’écran plasma, l’ordinateur portable et des débris de la table du salon. Un calvaire interminable avant qu’il ne rende son dernier soupir. »

« Ils vivent encore »

Les policiers se souviendront encore longtemps des explications de Landu G. Alors qu’ils tentaient de lui expliquer qu’elle avait tué ses enfants, elle s’est obstinée à répéter que « ce n’était pas mes fils, mais des vampires. Ce sont des figures du royaume des morts. Mes fils vivent encore, je parle toujours avec eux. Ils appartiennent maintenant au royaume des morts. »

Absence de poursuites ?

La mère a depuis été enfermée à la prison de Bruges où sa santé a été prise en main. En effet, Landu.G serait schizophrène, selon les premières constatations, ce qui la mettrait à l’abri de poursuites. Son double crime ne devrait donc pas la mener aux assises.

http://www.rtl.be/info/votreregion/flandre/819180/drame-d-alost-mes-fils-etaient-des-vampires-/

Schizophrène, elle prend ses deux enfants pour des vampires et les tue

 

Une mère de famille s’en est pris à ses deux enfants âgés de 6 et 7 ans alors qu’elle était en pleine crise de schizophrénie. Landu G. a pris ses enfants pour des vampires qui voulaient boire leur sang

« Ce n’était pas mes enfants, mais des vampires qui voulaient boire mon sang. Je les ai vaincus » voici la déclaration faite par Landu G.

« Elle était possédée par le Diable », commentait la communauté africaine d’Alost à la suite du drame. C’est en effet ce qui ressort des explications du parquet. Après avoir brisé les mâts métalliques de la parabole, la trentenaire, active comme aide ménagère, s’en est prise à Jamal (6 ans) et Michael Junior (7 ans) avec un acharnement meurtrier.

« Corps découvert sous un tas de bois »
Hystérique, sous l’emprise de cannabis, elle s’est emparée de tous les objets qu’elle a trouvés sur son chemin pour frapper ses petits garçons. « Elle a démoli sa garde-robe, a pris les portes et a battu l’un des deux enfants. Son corps a été retrouvé sous un tas de bois », explique une source proche de l’enquête.

Appel pour tapage nocturne
L’autre garçon a été brutalisé avec un écran plasma, la table du salon et un ordinateur portable. L’aîné se serait débattu jusqu’à son dernier souffle, peut-on apprendre de source judicaire. Et dire qu’une équipe de police s’était rendue sur les lieux du drame après avoir été appelée pour tapage nocturne. Une fois que la situation ne présentait plus de danger et qu’il n’y avait plus de bruit, elle était repartie aussitôt.

« Mes fils vivent encore et je peux leur parler »
Lors de l’interrogatoire, la jeune femme a livré un récit qui a provoqué la stupéfaction des enquêteurs. « Ce n’était pas mes enfants, mais des vampires d’un autre monde. J’ai vu le Messie et c’est lui qui me l’a dit. Mes fils vivent encore, et je peux leur parler. Ils font désormais partie d’un autre monde », a-t-elle affirmé.

« J’aimais moins mon fils cadet »
Quand un policier lui demande pourquoi elle s’en est d’abord prise au plus jeune de ses deux fils, la mère de famille a répondu. « C’est celui que j’aimais le moins ». Landu G. a été inculpée de double infanticide et incarcérée à la prison de Bruges.

http://mcetv.fr/mon-mag/2908-schizophrene-elle-prend-ses-deux-enfants-pour-des-vampires-et-les-tue

Comparaison des titres d’autres articles:

en Belgique:

Alost: une mère déchaînée massacre ses deux garçons

« Ce n’était pas mes fils, mais des vampires »

Infanticide à Alost: les deux enfants ont été battus à mort

Deux enfants battus à mort à Alost: une faute de la police ?

Alost: inculpation de la mère qui aurait battu à mort ses deux enfants  

en France:

Schizophrénie et cannabis à l’origine du drame d’Alost

Choc : une folle frappe ses enfants à mort ! (photos)

Belgique: une mère tue ses deux enfants

Si les titres en Belgique ne font pas toujours dans la dentelle, au moins ne mettent-ils pas directement en lien schizophrénie et crime ou folie et crime.

A noter que le titre français qui ne le fait pas est illustré par cette photo:

Le consentement (fiction)

© Liliane Baie

Depuis combien de temps n’a-t-il pas mis le pied dehors ? Cette  pensée l’étonna. Puis il retomba dans le sommeil. Deux heures plus tard, il émergea à nouveau, une sensation de soif intense le forçant à lever  ses paupières lourdes. Où était-il donc ? Il avait du mal à fixer son  regard. Pourtant, à force de se concentrer il parvint à trouver des  repères qui lui apparurent familiers. Son jean sur une chaise, un  tableau sur le mur : chez lui, il était chez lui.
Mais d’où venait  alors ce sentiment d’étrangeté et de distance ? Avait-il eu une attaque  cérébrale ?
Peu à peu les souvenirs revenaient. Il était déjà là  hier, il en était certain, et avant-hier aussi, ainsi que le jour  d’avant… En fait, il lui semblait qu’effectivement il n’était pas sorti  depuis longtemps. Pourquoi se sentait-il comme malade ?
Son esprit  était plus clair maintenant, et il pouvait envisager de se lever afin  d’aller chercher un verre pour boire de l’eau.
A ce moment-là, comme il allait s’appuyer sur sa table de chevet parce qu’il se sentait  chancelant, il vit posés sur celle-ci un gobelet et une bouteille, ainsi qu’une boîte comprenant des gélules colorées. Une drôle de pensée le  traversa, comme une question. Mais il n’arrivait pas à se formuler  celle-ci clairement.
L’eau était tiède, mais elle apaisa cependant  sa soif intense. Il sentit la tentation de se recoucher mais, au prix  d’un énorme effort de volonté, il décida de rester debout, et de  réfléchir à ce qu’il allait faire. Son esprit s’éclaircissait, tandis  qu’il enfilait maladroitement les vêtements posés au pied du lit. Une  fois habillé, il se regarda dans le miroir en pied derrière la porte. Il y vit un grand type, les cheveux hirsutes, et mal rasé, plutôt  bedonnant, qui le regardait avec une certaine hébétude. C’était lui ?  Non seulement il ne reconnaissait pas cette image dans le miroir, mais,  de plus, il se sentait tellement étranger à lui-même que cela ne  l’étonnait pas.
La faim le conduisit vers la cuisine où il refit des  gestes routiniers, tels que préparer le café et faire chauffer des  croissants préemballés. Un souvenir de bonne odeur de petit déjeuner le  réveilla un peu plus, lui apportant des images anciennes d’une vie avec  une femme, sa femme, et des enfants petits, ses enfants… Où étaient-ils ? Il lui semblait qu’il y avait un avant (le parfum du café, sa femme,  ses deux enfants) et un après (ici, le sommeil, la solitude). Mais entre les deux ?
La dépression. L’effroi. Il se souvenait maintenant. Le  harcèlement, le surmenage. L’impossibilité de parler, et de s’en sortir. L’envie d’en finir. Les somnifères et l’alcool. Il était sûr de son  coup, personne ne rentrerait avant le soir. Mais le facteur avait sonné, il l’avait su après, à l’hôpital.
Ses idées étaient maintenant à peu prés claires. Il se souvenait de tout, ou presque.
Il se rappelait  avoir été attaché, à l’hôpital, il ne savait pas pourquoi. Il voulait  juste mourir, il ne voulait embêter personne. Pourquoi est-ce qu’on  l’avait laissé seul dans une pièce sans autre meuble qu’un lit fixé au  sol ? Sans livres, lui qui en avait lu tant ? Sans rencontres, alors que son militantisme l’avait mis au centre d’un réseau de solides amitiés ?
Alors, il s’était mis en colère.
Et après, cela avait été pire. Il s’était enfoncé dans un monde de brumes, où tout était lourd et où il se  sentait absolument seul. On lui disait qu’il allait mieux, parce qu’il  ne parlait plus de mourir et qu’il n’était plus agressif. Lui, il aurait voulu voir sa femme et ses enfants, mais on lui disait toujours que  c’était trop tôt, qu’il ne fallait pas les traumatiser. C’est vrai que  quand il avait revu sa compagne, celle-ci avait mal caché une panique  qui agrandissait son regard. Lui-même se sentait loin, gauche, il  n’arrivait pas à ressentir qu’ils étaient liés par de l’amour, tous les  deux, et par ces enfants qu’ils avaient tellement voulus.
Donc, les  visites de sa femme s’étaient espacées, et il ne le regrettait pas. Un  jour il sortirait, s’était-il dit, il redeviendrait lui-même, et la vie  reprendrait…

“Dring !”

En traînant les pieds, il se dirigea vers la porte et l’ouvrit.
Il reconnut tout de suite la jeune femme plein d’entrain qui s’engouffra  dans l’entrée sans attendre son invitation :
“Ah, je vois que ça va  mieux, aujourd’hui ! On s’est habillé, c’est bien ! C’est pour moi ?”
Un regard rieur accompagnait la question, mais l’infirmière n’attendit pas pour savoir s’il lui répondait : elle se déplaça rapidement dans  l’appartement et atteignit la chambre.
“Mais cela ne va pas du tout,  s’exclama-t-elle !” et tout d’un coup, il se rendit compte de sa faute  et se sentit tout penaud “Vous n’avez pas pris vos médicaments ! vous  savez qu’il suffit d’une seule prise manquée pour que je sois obligée  d’en informer le préfet…”.
“Mais pourquoi, réussit-il à dire, malgré  sa diction empêtrée, pourquoi, puisque je vais mieux depuis plusieurs  mois ? Je ne comprends pas…”
Elle lui parla lentement, comme on  explique une évidence à un enfant :
“Vous allez mieux parce que vous  prenez vos médicaments : vous avez été dépressif, mais aussi agressif et dangereux. C’est grâce au traitement que l’on vous a laissé sortir,  sinon, vous seriez toujours à l’hôpital…Allez, pas d’enfantillage, et  comme il est trois heures de l’après-midi, il faut prendre les deux  prises de ce matin en même temps : il vaut mieux que vous vous  recouchiez, sinon, vous pourriez avoir des chutes de tension.”
Il  leva la main, pour tenter de l’arrêter : elle parlait si facilement que  c’était une souffrance pour lui de sentir les freins qui alourdissaient  ses propres pensées et ses propres mots. Et il savait qu’elle avait si  peu de temps à lui consacrer !
“Je veux vous parler… Je ne peux plus vivre comme ça,  je n’ai plus ma femme, plus de famille, je ne travaille pas…”. C’était  un énorme effort de ne pas se laisser engluer dans la masse poisseuse  qui lui suggérait de laisser faire et de se taire. Mais il avait encore  tellement à dire. Il avait toujours été combattif, et il voulait la  convaincre qu’il pourrait allait réellement mieux s’il pouvait se  retrouver lui-même, avec sa pensée alerte d’avant, ses envies d’homme…
“Allons, allons !” Elle regardait déjà ailleurs “Il ne faut pas voir les choses  comme ça : beaucoup de personnes aimeraient être à votre place, dans ce  joli appartement, sans soucis, avec une gentille infirmière qui vient  s’occuper de vous deux fois par semaine !”
Il détestait son humour,  depuis le début. Il la détestait ! Une sourde colère montait en lui.  Mêlée à du désespoir.
C’est le désespoir qui prit le dessus et il  décida de calmer la colère, car celle-ci l’aurait ramené illico à  l’hôpital, où il n’aurait plus aucune possibilité de mettre son projet à exécution.
Il lui sourit : “Vous avez raison, je vais me recoucher  tout de suite…”.

Ceci est une fiction. Toute ressemblance avec des personnes ou des faits réels n’est que pure coïncidence

NB : ce texte a déjà paru dans l’édition « Fictions futures »

Mais c’est un Homme, Déclaration du 1er août 2011

Citoyenneté, liberté, psychiatrie : déclaration d’entrée en résistance


La loi du 5 juillet 2011 relative « aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et à leurs modalités de prise en charge » et ses décrets d’application entrent en vigueur. Le mouvement fort de lutte contre cette loi peut et doit se poursuivre après sa promulgation.

Cette loi, — dans la même veine que celles sur les étrangers, l’immigration, la récidive, la rétention de sûreté, la justice des mineurs, la sécurité intérieure, etc.— participe des atteintes considérables portées aux libertés et aux droits sociaux. Elle organise  la[1] surveillance sociale des vulnérables et précaires stigmatisés en « classes dangereuses ». A l’exemple du fichage généralisé de tout fauteur de trouble et mauvais élève potentiel, elle ouvre même un « casier psychiatrique » des « malades mentaux », sans véritable « droit à l’oubli ».

Cette loi est fondamentalement inacceptable car elle impose la contrainte et le contrôle social comme organisation du soin en psychiatrie, de l’hôpital au domicile, sous la nouvelle appellation aberrante de soins sans consentement. La position  soignante dans sa qualité relationnelle y est dégradée en « expertise de dangerosité », ce qui aggrave la situation actuelle faite de souffrance psychique et de désillusions dans de nombreuses équipes, avec pour résultat d’amplifier les errements de sens du soin à domicile.

L’« entrée » en observation et soin se fera désormais par une garde à vue psychiatrique de 72 heures, sans même les garanties arrachées récemment dans le cas de la garde à vue policière.

La psychiatrie contemporaine a remis en cause significativement le grand renfermement. Les luttes organisées par les professionnels, les usagers, les militants des droits de l’homme ont obtenu le développement des droits et mis en cause la légitimité de l’enfermement et du statut d’exception du « fou ».

Nous n’acceptons pas que la psychiatrie et la santé mentale soient embrigadées comme faisant partie des polices de la société. Nous récusons la politique de la peur.

Faisant fi de tout débat sur l’obligation de soin et le droit au refus de traitement, le pouvoir impose des dits « soins sans consentement » jusqu’au domicile : assignation à résidence, programme de soins imposé et appelé à fonctionner sur le mode du chantage ou du marchandage, traitements médicamenteux contraints y compris à domicile, géolocalisation, etc. Nous dénonçons l’hypocrisie du législateur et la duperie de la loi : un véritable soin psychique ne peut se concevoir sans le consentement.

A cette orientation répulsive donnée au soin psychiatrique s’adjoignent les effets et conséquences de la logique entrepreneuriale et de la casse du service public. Nous refusons le type de moyens supplémentaires attribués après le discours d’Antony de décembre 2008 pour « sécuriser ». Nous exigeons une orientation et des moyens qui relancent la psychiatrie de secteur, assurent et pérennisent les pratiques fondées sur l’éthique de la complexité, du prendre soin, de l’accueil, de l’hospitalité, du rôle des tiers sociaux et familiaux, de l’accompagnement, d’une réelle réhabilitation, …..

Pour en former contours et contenus, nous sommes favorables à un débat national dont l’objet soit :

●      l’abrogation de la loi du 27 juin 1990 et celle du 5 juillet 2011. l’abrogation de la loi du 27 juin 1990 et celle du 5 juillet 2011. La nécessité d’une loi qui en finisse avec l’exception psychiatrique et qui relève du soin psychique bien conçu articulé au droit commun: c’est-à-dire de l’autorisation et du contrôle du juge civil.

●      la mise en chantier d’une loi programmatique pour une psychiatrie démocratique dont l’objet et l’éthique sont proposés dans notre manifeste initial, qui soit à l’opposé des gouvernances de mise au pas gestionnaire dont sont représentatifs les plans de santé mentale actuels et annoncés.

Il nous faut débattre, mais il nous faut également agir. Nous ne devons respecter les lois que si elles mêmes respectent le droit, en l’occurrence les libertés individuelles et l’intimité de la vie privée. La loi, qui dans la tradition est libératrice, est désormais un instrument du contrôle social. Elle formate, arrêtés et certificats à l’appui. La tradition de désobéissance civile, c’est depuis 1789 de s’opposer aux lois, mais c’est aussi désormais de combattre la loi par le droit. L’application servile de la loi ne créerait pas seulement l’injustice ou l’aberration psychiatrique ; elle créerait l’illégalité. La loi est celle d’une majorité conjoncturelle, mais le droit, construit dans le temps, est l’œuvre de tous. Où allons nous ? Vers ce qui n’est pas écrit, et seule la radicalité de l’analyse permet de s’extirper des modèles bien-pensants, déjà prêts à nous ensevelir.

Dans l’immédiat et à cette date du Premier août qui marque l’entrée en vigueur de la loi, nous proposons un plan d’action et de résistance éthique :

– le refus des psychiatres et des soignants, dans la mesure du possible, de mettre en place des mesures de contrainte. Et notamment, le refus des collectifs soignants de tout programme de « soin contraints » à domicile contraires à la déontologie et aux droits fondamentaux. De même, il
faut opposer un refus de tout avis médical sans avoir pu examiner le patient.
– la saisie systématique du juge des libertés, le patient devant être entendu hors visio-conférence.
– Développer l’information, notamment lors des 72 heures, afin que les personnes ne tombent pas dans la trappe psychiatrique que cette loi
organise, mais accèdent aux soins psychiques auxquelles elles ont droit.
– Le soutien des recours et défenses des patients soumis à ces « soins sans consentement », y compris les QPC qui ne manqueront de survenir. La création d’un collectif d’avocats et juristes sera essentielle en ce sens.
– La construction d’un observatoire national de suivi de l’application de cette loi qui assure le recueil de données, l’alerte aux droits des personnes soumises aux « soins sans consentement », qui rapporte au législateur, au contrôleur des libertés et des lieux de détention, à la commission nationale consultative des droits de l’homme et au public les atteintes aux droits de l’homme et à l’éthique du soin psychique.

Nous sommes et demeurerons mobilisés pour concrétiser une œuvre de démocratie et de professionnalités.


Mais c’est un Homme
Contact, Claude
Louzoun : claude.louzoun@wanadoo.fr

Organisations signataires membres du collectif “Mais c’est un Homme”: Advocacy France, CRPA, La coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, Europe Écologie Les Verts, FASE, LDH, PCF, Parti de Gauche, SUD santé sociaux, SNPES PJJ/FSU, Syndicat de la Magistrature, USP

Psychiatrie : les malades abandonnés

L’auteur

Danièle Gilis, médecin de santé publique, dirige le Centre de santé municipal d’Ivry-sur-Seine

 

La situation des malades mentaux en France est indigne. Face à une réduction des capacités d’accueil en hôpitaux psychiatriques, les malades se retrouvent souvent à la rue ou en prison.

Wrangler / Shutterstock

Un sans-abri, ou bien un schizophrène exclu par le système de santé ? Un tiers des sans domicile fixe souffrent d’une maladie mentale grave.

 

Il y a des chiffres qui restent dans l’ombre, que l’on évite d’ébruiter, comme pour ne pas affronter l’étendue des problèmes qu’ils recouvrent. Ainsi, d’après une enquête menée par le samu social de Paris et l’inserm en 2009, 32 pour cent des sans domicile fixe souffrent d’un trouble psychiatrique sévère. Chez les 18-25 ans, ils sont 40 pour cent. Non que la maladie résulte de la condition de sans-abri – les troubles psychiatriques constatés ne se développent pas, pour la plupart, au contact de la précarité. Ces troubles sont souvent préexistants, et devraient être traités comme il se doit. Simplement, les « fous », comme on les nommait autrefois, n’ont plus leur place dans la société civile.

Lorsqu’ils ne dorment pas sous les ponts, on les trouve en prison. En 2004, le bureau d’études en santé publique cemka-eval, a réalisé, auprès de détenus, une enquête sur la prévalence des troubles psychiatriques en milieu carcéral, à la demande de l’Administration pénitentiaire et de la Direction générale de la santé. Les chiffres obtenus sont inquiétants. Les troubles anxieux apparaissent les plus fréquents (56 pour cent), suivis des troubles de l’humeur encore dits troubles thymiques (47 pour cent). Par ailleurs, 34 pour cent des détenus présentent une dépendance aux drogues et parfois également à l’alcool et 24 pour cent un trouble psychotique.

Que la société ne veuille pas voir ses malades mentaux, les excluant de facto, voilà qui ressemble étrangement à un retour en arrière. En effet, la santé mentale a été prise en compte au xviie siècle par une politique d’enfermement dans les hôpitaux généraux très bien décrite par Michel Foucault dans Histoire de la folie à l’âge classique, publié en 1961. Cette organisation avait surtout pour but de garantir l’ordre public : il fallait cacher ceux qui encombraient les rues. Étrange miroir inversé : autrefois, on créait des asiles pour vider les rues de leurs malades mentaux, aujourd’hui les asiles ferment et les rues se remplissent de ces mêmes infortunés…

Avant de chercher le coupable, rappelons qu’il n’y a pas de fatalité. Un monde où les malades mentaux sont intégrés à la société est possible. Cette situation a existé durant une trentaine d’années environ, à compter des années 1950. À cette époque, l’arrivée des neuroleptiques a permis de soulager enfin une partie des souffrances mentales, et a facilité la réflexion sur une politique de sectorisation de la psychiatrie qui permettait de maintenir les patients à domicile. C’est ainsi qu’ont été créés les Centres médico-psychologiques. Ils devaient permettre aux malades de consulter près de chez eux sans qu’ils soient obligés de se rendre dans les grands hôpitaux qui faisaient peur. Médecins et infirmiers pouvaient les recevoir dans un cadre plus accueillant, ou se rendre à leur domicile quand le patient avait du mal à se déplacer. Ce n’était pas une utopie : j’ai vu fonctionner un système de ce type jusqu’au début des années 1980 dans certains secteurs psychiatriques, dont celui de Choisy-le-Roi.

Une situation qui se dégrade

J’ai vu des soignants tisser des liens avec une malade en parlant avec elle à travers la porte de sa chambre, close depuis plusieurs années. D’autres accompagner une jeune mère très handicapée sur le plan relationnel, pour qu’elle fasse connaissance en service de réanimation avec ses jumeaux. À cette époque, nous voulions laisser les malades mentaux dans leur lieu de vie. Nous rejetions l’enfermement dans les « asiles » et incitions les bien-portants à cohabiter avec les malades au sein de leurs quartiers et de leurs villages. Nous prenions exemple sur nos collègues belges qui, depuis le Moyen Âge, organisent la vie avec leurs malades mentaux, au sein des villes.

 

Alors, comment expliquer la régression que nous décrivent, chiffres à l’appui, des enquêtes comme celle de l’inserm ? Le problème est qu’au cours des années 1980, le discours sur l’accompagnement des malades dans les Centres médico-psychologiques ou à domicile a été repris au plus haut niveau avec un autre objectif : celui de fermer des lits d’hôpitaux, car ils coûtent trop cher. Aujourd’hui, environ 75 pour cent des adultes et 97 pour cent des enfants et adolescents soignés dans les services publics de psychiatrie ne sont jamais hospitalisés ; ils sont suivis en ambulatoire, dans des lieux rattachés au même « secteur ». Un tel désengagement de l’hôpital n’aurait de sens que si les structures de proximité permettant aux malades d’être accompagnés au quotidien étaient totalement opérationnelles, et si les médecins et infirmiers des Centres médico-psychologiques pouvaient aller rendre visite aux patients en rupture de soins. Or c’est loin d’être le cas.

De nombreux centres ambulatoires manquent aujourd’hui de psychiatres qui sont en nombre insuffisant, et surtout de lieux de vie alternatifs, tels les centres de crise ou les appartements thérapeutiques. Les malades mentaux, au milieu de cette déstructuration du système de soins, n’ont plus d’asile pour les accueillir.

La responsabilité de la société

Selon leur milieu social et leurs symptômes, on retrouve alors les malades mentaux, soit chez eux et non soignés, soit dans la rue livrés à l’errance, soit encore en milieu carcéral s’ils ont commis des délits liés le plus souvent à leur état mental. Que se passe-t-il dans le premier cas, à domicile ? Bien souvent, l’entourage, non soutenu par les soignants, condamne le malade à l’isolement. Ce dernier se trouve alors dans l’incapacité d’entreprendre les démarches nécessaires pour percevoir ses droits. Dans une société très organisée, mais souvent technocratique, monter un dossier de retraite, obtenir une allocation d’adulte handicapé, voire simplement payer son loyer, exigent de grandes compétences que ces malades n’ont plus – si tant est qu’ils les aient jamais eues.

Souvent, on découvre la situation de ces malades quand les bailleurs s’inquiètent de ne pas être payés, quand les voisins sont gênés ou inquiets de comportements bizarres, lorsque les problèmes d’hygiène sont tels que des odeurs, voire des insectes font penser qu’une personne malade est en cause. Au mieux, les services d’hygiène ou les services sociaux se rendent chez l’habitant pour le convaincre de rencontrer des soignants. Mais une assistante sociale ne peut se rendre au domicile d’une personne et entreprendre des démarches que si cette personne a été déclarée vulnérable. Et même quand l’autorisation est obtenue, il est de plus en plus rare qu’un psychiatre puisse faire une évaluation psychiatrique, le Centre médico-psychologique ne disposant que très rarement d’une équipe mobile.

 

Quand aucune prise en charge n’est possible, la situation du malade continue à se dégrader : il se retrouve expulsé, à la rue, voire en détention. Depuis que nous avons fermé les lits hospitaliers, beaucoup de malades mentaux vivent dans la rue ou en prison. C’est la place que nous sommes en train de leur assigner. Éviter que la situation ne s’aggrave, sauver ce qui peut encore l’être et espérer un retour à la situation plus humaine que nous avons connue il y a 50 ans, suppose de considérer la santé comme une question de société, de solidarité et d’éthique. La rentabilité économique ne peut pas, ne doit pas être l’unique objectif de notre politique de santé publique. ■

http://www.cerveauetpsycho.fr/ewb_pages/f/fiche-article-psychiatrie-les-malades-abandonnes-27179.php?chap=1

Urgences psychiatriques : « On évite des drames tous les jours »

Le personnel des urgences psychiatriques en grève depuis le 12 juillet a reconduit son mouvement, suivi à 100% d’après les infirmiers, 96% selon la direction.  Les grévistes dénoncent le manque de personnel et de moyens.

Assignés à leurs postes les infirmiers des urgences psychiatriques du CHU sont en grève illimitée depuis le 13 juillet. Le personnel, gréviste à 96% d’après la direction, maintient tant bien que mal la continuité des soins aux urgences psychiatriques de Purpan,  tout en dénonçant le manque de moyens. Les hospitaliers de Marchant qui étaient en grève pour les mêmes raisons il y a un an sont solidaires et ont signé  le  communiqué commun de la CGT. «Lundi soir nous avons été reçus par le professeur Schmitt, chef du service du pôle psychiatrie, qui nous a dit qu’il  nous comprenait mais ne pouvait répondre à nos attentes. Le DRH du CHU n’est pas venu à cette réunion», explique Julien Bénézech, infirmier psychiatrique. «On nous a annoncé l’arrivée d’un agent de service remplaçant, d’un infirmier début août et d’un médecin cet été. Ce n’est pas suffisant car nous fonctionnons avec l’équivalent de 36,2 postes au lieu de 40 normalement. Vu l’augmentation de l’activité, de l’ordre de 10% par an, nous devrions être au moins 46. On évite des drames tous les jours» confie cet infirmier qui a eu à à gérer tout seul 8 personnes en même temps le 15 juillet. Des patients «agités, délirants» qui arrivaient en consultation au rez-de-chaussée du Pavillon Laporte. «Nous voulons travailler dans des conditions adaptées, mais le manque de personnel aggrave la souffrance des gens ainsi que la mise en danger d’eux-mêmes et d’autrui» dit encore Julien Bénézech.

«Des mesures sont prises pour conforter le personnel médical et non médical» indiqueThérèse Cousseau-Bourdoncle, secrétaire générale du CHU. «La pénibilité des urgences est prise en compte. Le versement d’une prime est à l’étude.»

http://www.ladepeche.fr/article/2011/07/20/1131156-on-evite-des-drames-tous-les-jours.html

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