Posts Tagged ‘psychiatre’

Le petit HP dans la prairie et autres péripéties banales

J’ai appris plein de choses très intéressantes sur la psychiatrie aujourd’hui.

D’abord que la schizophrénie est une maladie biologique car due à un problèmes de neurotransmetteurs. Moi qui croyait qu’on n’avait aucune explication totalement satisfaisante, me voilà rassurée, le progrès est en marche.

Ensuite, que chercher un psychiatre est un parcours du combattant. Et que chercher un nouveau psychiatre est un sacrilège. Bon, ça, ce n’est pas comme si je ne le savais pas, mais jusqu’ici je croyais que c’était la faute à pas de chance. J’avoue que je suis difficile: je ne veux pas un psy muet, ni froid et j’aimerais qu’il soit un peu critique envers la psychiatrie pour comprendre mon traumatisme. J’ai un nom, je me dis bon, ça va aller, mais non, elle ne prend plus de patients. Bon, ça se comprend. J’ai un deuxième nom, alors j’appelle, et la secrétaire me dit en soupirant que son agenda est plein pour les semaines à venir. Pas grave, j’ai le temps.  Vous ne voulez pas allez dans un autre centre?. Non, j’insiste, je voudrais un rendez-vous avec elle, c’est pas comme si ça ne faisait pas quinze jours que j’en parle avec mon généraliste. Bon, motif de la consultation? Je suis obligée de raconter ma vie au téléphone? Parce que je suis au travail là et pas seule. En résumé, je cherche un nouveau psychiatre. Ah ah, que n’ai-je pas dit! Ah, mais vous avez déjà un psychiatre!! Euh, j’ai juste dit que j’en cherchais un nouveau, donc peut-être que l’autre est mort, retraité, parti ou que j’ai moi-même déménagé. Ou peut-être que j’ai juste envie de changer de psychiatre, il ne me semble pas être mariée avec l’ancien, ni avoir signé un contrat d’exclusivité, et je ne vois pas pourquoi je devrais me justifier auprès d’une secrétaire médicale que je n’ai jamais vue et au téléphone en plus. Aucun autre médecin ne demande jamais pourquoi et au nom de quoi il nous vient à l’idée de demander un rendez-vous alors qu’on a déjà vu un de ses confrères il y a deux ans. Il faut croire que les psychiatres se transmettent leurs patients eux-mêmes, et que faire une demande spontanément est hautement suspect. Bref, on va voir, et on va « sûrement » me rappeler. Sous-entendu: ou pas. Ma parole, c’est pire qu’un entretien d’embauche. A partir de combien de temps dois-je comprendre que ma candidature est rejetée? Mystère. Vouloir un psychiatre pour soigner ses traumatismes et devoir les réveiller pour ça, c’est à se demander s’il est bien raisonnable de persévérer dans cette voie.

Et enfin, j’apprends des choses merveilleuses sur le monde magique de la psychiatrie: les chambres d’isolement permettent en réalité de ne pas donner trop de médicaments aux patients. Oui, une fois sur mille, sans doute. Mais bon, c’est toujours bien d’avoir des chouettes raisons à des trucs moches, même si la réalité n’a rien à voir, ça fait scientifique et bien intentionné. J’apprends aussi que l’hôpital psychiatrique de la région est situé dans un environnement si splendide qu’un patient totalement révolté d’être interné peut se calmer instantanément devant la spectacle de Mère Nature et surtout que, dans cette riante contrée, les patients ramassent  des châtaignes avec une joie évidente. Que tout cela est si beau qu’il faudrait en faire un livre entier. J’avoue, ça a failli m’arracher une larme d’émotion et j’en viendrais presque à regretter qu’on ne puisse plus passer sa vie entière à l’HP.

Voilà le résultat de ma journée: la schizophrénie, c’est simple; l’HP, c’est merveilleux, mais demander un simple rendez-vous, c’est demander la lune.

 

Prison avec sursis pour deux psychiatres

Le tribunal a condamné hier deux spécialistes de l’hôpital de Moisselles après la mort de Florence Edaine, une de leurs patientes.

«Coupables. » Les docteurs Mestres et Ruinart de Brimont ont été reconnus responsables, hier, d’homicide involontaire devant le tribunal correctionnel de Pontoise, après le décès le 14 mars 2004 de Florence Edaine, 28 ans, une patiente de l’hôpital Roger-Prévot de Moisselles. Les deux médecins psychiatres ont écopé de douze mois de prison avec sursis et de 1500 € d’amende chacun, à verser à la famille de la victime.

Madame Mestres, le visage fermé, et son collègue le docteur Ruinart de Brimont, cheveux blancs et petites lunettes, sont arrivés au palais de justice comme ils en sont sortis, sans dire un mot. Dans la salle d’audience, le regard figé, ils ont écouté le délibéré avant de notifier au juge qu’ils n’avaient « rien à déclarer ». En écho à leur silence, les soupirs de soulagement de la famille et des amis de Florence Edaine, présents pour l’annonce du jugement.

« C’est une reconnaissance de la culpabilité des médecins à hauteur des graves manquements dont ils ont fait preuve », se satisfait Me Olivier Morice, l’avocat de Michèle Edaine, la mère de la victime. Les parties civiles avaient également réclamé des dommages et intérêts aux deux psychiatres, « à hauteur de 100000 € », précise Olivier Morice, mais cet aspect de l’affaire a été renvoyé devant le tribunal administratif qui statuera sur la question.

Des éléments accablants

Le 28 novembre, lors de l’audience, les juges avaient longuement interrogé les deux spécialistes sur les conditions de prise en charge de Florence Edaine mais aussi sur son suivi médical. Admise quelques jours avant son décès pour des troubles du comportement, la jeune femme a succombé à une fausse route alors que son état de santé s’était sérieusement dégradé. Déshydratée, fiévreuse, elle présentait un encombrement bronchique sévère et crachait du sang. Pourtant, ni le docteur Mestre, de permanence le dimanche de sa mort, ni le docteur Ruinart, référent du service, n’ont jugé bon de stopper les neuroleptiques qui ont provoqué ces effets secondaires. Par deux fois, les analyses médicales réclamées, qui auraient déterminé le mauvais état de santé de Florence, avaient été repoussées. Aucune décision de transfert vers un service d’urgences médicales n’a été prise. Autant d’éléments mis en lumière durant l’audience qui ont conduit à cette condamnation.

Le Parisien

http://www.leparisien.fr/moisselles-95570/prison-avec-sursis-pour-deux-psychiatres-31-01-2013-2527901.php

Monsieur Rufo, votre mépris, on n’en veut pas!

Voici une question posée lors de l’émission « Allo Rufo » du lundi 3 décembre 2012 sur France 5 :

Monique :

« Ma fille de 28 ans va mal. Elle est addict aux médicaments et nous avons dû l’hospitaliser. Depuis, elle nous dit avoir été abusée sexuellement dans sa petite enfance. Est-il possible que ce soit une réalité ? »

Dr Rufo :

« L’immense majorité des enfants « abusés » vont bien ! … à distance après le sévice… ils ont bien sûr des craintes un peu précises, mais elles vont bien dans leur vie amoureuse, sexuelle, personnelle, professionnelle… donc, en quelques sortes, un abus ne peut pas entrainer un tel dégât sauf si la vulnérabilité et la fragilité du sujet vient faire que l’abus renforce cette pathologie d’organisation. Là, dans ce que vous décrivez, c’est complètement fantasmatique, ça fait partie peut-être de son organisation un peu plus de reconstruction délirante du monde où un ennemi, un agresseur existe, fondu comme ça dans son histoire.

La première chose à faire, c’est de vérifier auprès de la personne citée les choses, de dire :

« voilà, notre fille dit ça, qu’en pense-tu ?», en plus, c’est respecter votre fille que de tenir compte de sa parole, puisqu’elle cite quelqu’un, il faut vérifier les choses. »

Monique :

« Moi je souhaiterais justement en parler à la personne en question, ensuite, est-ce qu’il faut que ça se fasse en sa présence à elle ? »

Dr Rufo :

« Non, je crois que ça doit se faire vous. D’abord, est-ce qu’il faut le rendre juridique ou non ? La mode, la loi même c’est de dire signalement, c’est de dire signalement mais en même temps, il y a quelque chose qui… alors moi je suis très favorable au signalement des enfants mais en même temps, je m’étonne de quelque chose, lorsque par exemple, il y a enquête ou examen, expertise et que finalement on aboutit à un non lieu, souvent, certains parents disent « nous on croit ce qu’a dit l’enfant » alors que visiblement c’est une organisation fantasmatique de crainte et tant mieux ! Parce que tant mieux, parce que personne ne souhaite l’abus. Non, là, en l’occurrence, compte tenu des troubles, de l’HDT, ce n’est pas un irrespect de la part de votre fille, ce n’est pas parce qu’elle est en psychiatrie que sa parole ne doit pas être entendue, attention à ce que je vous dis. Mais en même temps, le malade mental, le délirant reconstruit un monde parce qu’il ne peut plus percevoir le monde et ce monde est peuplé d’ennemis, d’événements dramatiques, d’histoires comme ça. Il vaudrait mieux que vous vous rapprochiez aussi du service où elle a été hospitalisée pour un suivi en hôpital de jour, un suivi régulier pour que quelque chose soit entreprit avec elle pour la reprise d’activités, pas seule, pas confinée, pas hospitalisée chez vous mais en relation étroite avec le service de psychiatrie adulte pour qu’il l’accompagne ou un foyer occupationnel, ou un placement ou une formation et un suivi. Ne l’abandonnons pas à sa pathologie et merci de votre appel. »

http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/president-de-la-r%C3%A9publique-stop-%C3%A0-la-d%C3%A9sinformation-sur-les-violences-sexuelles-faites-aux-enfants

Cher monsieur Rufo,

je ne vais pas vous parler de votre scandaleuse vision de l’abus sexuel, qui ne serait un problème que chez un enfant ayant une pathologie, d’autres l’ont fait, mais de votre vision des psychotiques qui me semble bien limitée pour un éminent pédopsychiatre tel que vous.

Selon vous, savoir qu’une personne que vous n’avez jamais vue  souffre d’addictions et est en HDT suffit à établir une diagnostic aussi lourd que celui de psychose. Permettez-moi de vous trouver bien léger quant à l’éthique de votre métier. Je trouve également très étonnant que vous ne sachiez pas qu’on signe des HDT à tour de bras sans même parler aux patients, et qu’une HDT n’a jamais suffit à établir un diagnostic de psychose. Même le DSM n’y avait pas pensé, mais vous l’avez fait!

Ce diagnostic maintenant solidement établi, vous en concluez donc logiquement que cette jeune fille ne peut pas dire la vérité lorsqu’elle dit avoir été abusée. Forcément, tout cela est fantasmatique et délirant (merci au bon docteur Freud). Oui, car comme chacun sait, les psychotiques délirent, fantasment et ne vivent rien de réel. La psychose préserve de tout évènement traumatique réel, comme elle préserve visiblement de la moindre considération du corps psychiatrique. Le psychotique ne raconte rien de vrai, n’a rien vécu de difficile, et surtout pas un abus sexuel qui aurait pu déclencher ses troubles. Attention, dites-vous, le respect est dû à la parole de cette jeune fille, mais en gardant bien en tête qu’elle est délirante. Ce n’est pas de sa faute si elle ment, ne la condamnons pas, mais ne soyons quand même pas bête au point de penser seulement à la croire! Ca me rappelle une histoire qu’a vécu une de mes amies récemment: elle téléphone à une amie psychotique en HDT, et l’infirmier ne veut pas la lui passer, ne comprenant pas pourquoi, n’étant pas de la famille, elle veut lui parler. C’est vrai, les psychotiques n’ont pas d’amis, le contraire serait impensable. Qui pourrait se soucier sincèrement de ces pauvres malades ne sachant que délirer à part leur brave et courageuse famille?

Votre vison des psychotiques est pour le moins méprisante. Vous n’imaginez pas une seconde qu’ils peuvent aussi ne pas délirer, avoir une vie faites d’évènements réels dont ils puissent parler objectivement,  vivre des traumatismes autres que fantasmatiques. Ne parlons même pas de ce qu’il pourrait y avoir de bien dans leur vie, je suppose que cela ne vous a jamais effleuré.

Vous n’êtes évidemment pas le seul coupable de cette vision réductrice de vos patients, elle est malheureusement partagée par beaucoup de vos confrères.

Mais vous savez quoi, Monsieur Rufo, et c’est une psychotique debout qui vous le dit, vos diagnostics de comptoir, on n’en veut pas. Votre mépris, il est pire que celui que la société à envers nous et il nous fait gerber. Votre condescendance, gardez-la car on n’en a pas besoin. Des psychotiques debout, il y en a plein, et cela malgré les idées que vous partagez avec certains de vos confrères qui font tout pour nous briser avec un sourire bienveillant et la conscience tranquille. Car dans ce monde, il y a aussi des gens bien, des amis, et des personnes qui nous respectent, même si on les trouve rarement en psychiatrie. Arrêtez de parler des psychotiques si c’est pour le faire avec un tel mépris, et arrêtez de psychiatriser à tout va des personnes que vous n’avez jamais vues, c’est ce que vous pourriez faire de mieux.

Une psychiatre indonésienne tente de sortir les fous de leur enfer à Bali

C’est une femme presque seule, mais combattante et motivée comme un régiment. Luh Suryani sillonne les jungles et les rizières balinaises à la rencontre des malades mentaux enchaînés et oubliés de tous pour les soigner. L’Indonésie a interdit formellement ces mauvais traitements, héritages de coutumes ancestrales. Mais malgré les lois, cette psychiatre se heurte souvent à la réticence des familles qui méconnaissent la médecine moderne et pour qui la folie est affaire de malédiction.
Zoom:

Le docteur Suryani écoute l’une de ses patientes
10.10.2012par Anne-Fleur Delaistre (texte et photos)Un large sourire aux lèvres, le docteur Suryani marche prudemment dans la jungle de Bali. Elle va visiter une de ses patientes, une jeune femme de 17 ans, qui vit enchaînée dans une cabane en bois depuis plusieurs années. Lorsqu’elle s’approche de l’adolescente, Luh Suryani lui adresse des mots gentils, elle tente de la rassurer, car la patiente est affolée, en pleine crise. Malgré ses chevilles attachées à un lit en bois, Tut se débat. « Nous l’avons enchaîné car elle est violente. Elle a pris un couteau et a voulu tuer son oncle. Nous ne pouvons pas l’emmener à l’hôpital, car nous n’avons pas assez d’argent », explique la mère de la jeune femme.
Le docteur Suryani a fondé il y a cinq une clinique psychiatrique mobile. Elle sillonne deux des régions les plus pauvres de Bali pour soigner des patients atteints de maladie mentale.

L’indifférence des autorités sanitaires

« Souvent les familles ne peuvent faire hospitaliser leurs proches malades. Par honte, par peur ou par manque d’argent, elles enchaînent ceux qu’elles considèrent comme fous », témoigne Luh Suryani. Cette coutume, appelée «pasungan» est interdite en Indonésie, mais est encore répandue. Il y aurait près de 20 000 malades mentaux enchaînés sur tout l’archipel.
« Je vais sur le terrain, dans des villages difficiles d’accès car j’ai réalisé qu’il y avait, contrairement à ce que l’on croit sur l’île des Dieux, énormément de personnes atteintes de maladies mentales. Plus de 9000 selon mes données. Le gouvernement ne s’en préoccupe pas, il n’y a qu’un seul hôpital psychiatrique sur l’île de Bali », s’insurge la professeure Suryani.

Zoom:

Côté paradis à touristes : les fameuses rizières de Bali, un décor que ne voit jamais les malades mentaux de l’île
A Bali la folie fait peur et la maladie est jugée comme une malédiction. Pour beaucoup il s’agit de sorcellerie, et c’est à un chaman plus qu’à un psychiatre qu’on fait appel pour soigner les malades.
La méthode du docteur Suryani et de son équipe d’une dizaine de volontaire combine la psychiatrie moderne et le respect des traditions locales : « J’administre des psychotropes, mais je n’interdis pas aux familles de consulter les guérisseurs, sinon je ne pourrais pas être acceptée », explique cette soixantenaire battante, qui lutte contre les préjugés.

La maladie mentale, envers et enfer d’un décor paradisiaque

Beaucoup des malades sont atteints de schizophrénie. Souvent une dépression, un échec personnel, ou sentimental, des abus sexuels déclenchent les symptômes. «Non soigné, le patient reste prisonnier de sa folie, isolé, vivant parfois dans des conditions inhumaines, comme ce jeune homme que nous avons trouvé dans un village, qui vivait depuis des années dans un cage en bois, sans aucune porte ni fenêtre et à qui on jetait de la nourriture à travers les barreaux», se souvient Luh Suryani. Ce patient, Nyoman, est aujourd’hui guéri. Quand l’équipe du professeur Suryani lui rend visite, il est fier de leur jouer un air de musique qu’il vient d’apprendre. Sur les 850 patients qu’elle a soigné, un tiers est guéri, les autres suivent encore un traitement. «Les patients sont très reconnaissants, ils pensent qu’il s’agit d’un miracle», sourit-elle.

Luh Suryani a investi toute sa fortune personnelle pour continuer son travail auprès des malades enchaînés. Elle ne reçoit que très peu d’aide du gouvernement, uniquement des dons de particuliers.

La psychiatre Luh Suryani et sa patiente Tut enchaînée depuis plusieurs années

La psychiatre Luh Suryani et sa patiente Tut enchaînée depuis plusieurs années

Tut est enchaînée à son lit, dehors dans la forêt près de la maison familiale

Tut est enchaînée à son lit, dehors dans la forêt près de la maison familiale

Ketut Linge est schizophrène, il est enchainé depuis des années.

Ketut Linge est schizophrène, il est enchainé depuis des années.

Le docteur Suryani discute avec un ancien patient, qui a passé presque 15 ans enchainé, avant d'être soigné par Luh Suryani.

Le docteur Suryani discute avec un ancien patient, qui a passé presque 15 ans enchainé, avant d’être soigné par Luh Suryani.

« Grandeur de la folie », Henri Grivois, Robert Laffont

Présentation de l’éditeur

Après deux siècles de psychiatrie, un siècle de psychanalyse et cinquante ans de neurobiologie, la folie – la psychose, en termes médicaux – reste un mystère planté au cœur de l’être humain. Nous n’avons guère avancé depuis les Grecs. La psychose est universelle. Quels que soient la société, la culture ou le sexe, le premier épisode psychotique se déclare entre 15 ans et 25 ans et touche autour de 1% de la population aux quatre coins de la planète. C’est là un point fondamental. L’île, le pays lointain, le régime politique ou alimentaire qui ne connaît pas de psychotique n’a pas été découvert à ce jour et ne le sera jamais.  » Je suis tout le monde, je suis vous, je suis Dieu « , dit le psychotique. À ces mots, la médecine a répondu par la saignée au XIXe siècle, et par les médicaments au XXe. Chaque fois, le psychotique a été laissé à son délire, dans une profonde solitude. On ne parle pas aux fous. L’intuition géniale du docteur Grivois a été de faire parler les patients aux toutes premières heures de la psychose pour les faire accoucher du savoir qu’ils ont de leur folie. En créant les premières urgences psychiatriques à l’Hôtel-Dieu à Paris, il a pu parler aux psychotiques avant que leur délire interprétatif, commence, avant qu’ils n’essaient de trouver une explication forcément délirante à ce qui leur arrive. Par la parole, il est parvenu à enrayer la machine, à faire reculer le délire, à garder le fou dans notre monde. Le patient va pouvoir – non pas guérir, car la psychose n’est pas une maladie mais un accident anthropologique – vivre avec sa psychose, ne pas devenir un schizophrène dangereux pour lui-même et la société.

 
Grandeur de la folie : Itinéraire d'un psychiatre iconoclaste 

Biographie de l’auteur

Issu d’une longue lignée de psychiatres, Henri Grivois, psychiatre et psychanalyste né à Paris en 1933, créa les urgences psychiatriques de l’Hôtel-Dieu dont il dirigea le service durant près de dix ans. Il y reçut toutes sortes de patients, des doux dingues aux schizophrènes les plus sévères, sans compter tout ce que la France a compté de serial killers. Enseignant et expert auprès des tribunaux, il a publié deux cents articles dans les revues médicales et psychiatriques.

L’horreur absolue

C’est tellement l’horreur absolue d’avoir un enfant autiste.

Hervé Bokobza

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/autisme-les-psychanalystes-vont-entrer-en-resistance_1094612.html

L’horreur absolue c’est de réaliser que les « médecins », les « soignants » supposés vous aider considèrent que votre enfant est « l’horreur absolue ».

Hilde Garde, consultante, mère de famille et citoyenne

http://www.soutenonslemur.org/2012/03/21/halte-aux-insultes-des-psychanalystes-colere-apres-les-propos-du-dr-herve-bokobza/

Certes, ces paroles sont sorties de leur contexte, mais on peut les recontextualiser comme on veut, pour moi ça reste inacceptable d’entendre des choses pareilles dans la bouche d’un psychiatre.

La plume et le bistouri: Deux psychiatres de Ste Anne suspendus

Deux psychiatres, chefs de service hospitalier, ont été sanctionnés pour manquements au Code de déontologie médicale par la chambre disciplinaire du Conseil régional de l’Ordre des médecins d’Ile-de-France.

A priori, rien que de très banal, mais voilà il ne s’agit pas de n’importe qui, et encore moins de n’importe quelle situation. L’un des deux contrevenants n’est autre Gérard Massé, qui fut jusqu’à peu président de la commission médicale d’établissement de l’hôpital St Anne.

Ces deux psychiatres ont été poursuivis à la suite de la diffusion le 7 mai 2010 sur la chaîne télévisée Arte d’un documentaire «Sainte-Anne, hôpital psychiatrique», filmé dans leur service respectif. Gérard Massé est sanctionné d’une interdiction d’exercice d’un an dont neuf mois avec sursis et le Dr François Petitjean, qui a quitté Saint-Anne depuis, d’une interdiction d’exercice de trois mois dont deux mois avec sursis. L’application de la sanction reste toutefois soumise à un éventuel appel des deux médecins devant la chambre disciplinaire du Conseil national de l’ordre des médecins, dans un délai de 30 jours suivant la notification.

Que leur reproche-t-on? La mention du nom de certains patients, voire de leurs médicaments, traitements, le non-respect de leur dignité, voire la déconsidération de la profession font partie des griefs portés leur encontre, sur la base du Code de déontologie. Ce long reportage avait suscité un véritable choc,tant les conditions de traitements des patients hospitalisés manquaient singulièrement de «chaleur humaine», et de « simple hospitalité ». Et cela était d’autant plus inquiétant que cela intervenait dans un des services les plus dotés de France. Qui plus est, Gérard Massé, chef du service à l’hôpital Sainte-Anne a été l’auteur d’un rapport sur la psychiatrie, il a mis en place la mission nationale d’appui en santé mentale qu’il a dirigée jusqu’en février 2008. Gérard Massé a toujours été trés contesté, pour manifester beaucoup de soins à l’évolution de sa carrière. Celle ci vient de prendre un sacré coup d’arrêt.

http://societe.blogs.liberation.fr/laplumeetlebistouri/2012/01/deux-psychiatres-de-st-anne-suspendus.html

Eric Favereau

Et tu écraseras les patients pour écraser ton ennemi

Il y a des soirs où les psys m’écoeurent. Se tirer dans les pattes, on dirait qu’ils ne savent faire que ça. S’attaquer, se mépriser. Ne jamais écouter l’autre s’il a une autre vision de la psychiatrie. Le discréditer parce qu’il fait partie du mauvais camp, celui des méchants, celui des inhumains. Dédaigner ses résultats. Ils se gargarisent d’un savoir qui ne peut être sujet à critique. On dirait des curés obtus qui excommunient à tout va. Rien n’est bon que leur religion révélée. La parole de Dieu n’a pas à être remise en question, on ne peut s’en écarter sous peine d’erreur fatale. Il faut la comprendre littéralement et rejeter tout le reste. Des idéologues qui mènent des guerres d’égo. Ce que les autres ont à dire ne les intéresse pas. La moindre intérêt pour quelque chose qui ne fait pas partie de leurs commandements est une trahison.

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Ils sont censés savoir écouter, être ouverts d’esprit, se soucier de l’autre. Mais on parle bien peu des patients dans ces duels pathétiques, et on n’écoute jamais son adversaire. On le ridiculise seulement.

Je crois bien que je n’ai jamais vu des gens si fermés, si intolérants non seulement à la moindre critique mais même au fait qu’il puisse exister d’autres idées que les leurs. Alors bien sûr, les psys ne sont pas tous comme ça, mais c’est l’image qu’ils donnent d’eux sur internet. Et vu l’influence qu’ils peuvent avoir sur leurs patients, eh bien oui, ils me font peur ces psys ayatollahs.

Tout cela les occupe, du tribunal à la toile, et ce ne sont pas les patients qui en profitent.

Du blog de Jaddo: « Accroche-toi au pinceau. »

18 février, 2009

Laissez moi vous raconter un de mes premiers orgasmes médicaux.
Et je ne dis pas ça seulement pour faire plaisir à Google.

Les « visites de CHU » commencent à faire figure d’images d’Epinal.
On les lit partout, depuis des années, et on les connait maintenant par coeur : le cortège idiot de blouses blanches, qui farandole de chambre en chambre, fait irruption au chevet d’un patient qu’on n’a pas prévenu et qui avait naïvement planifié de passer les quelques prochaines minutes à se gratter les couilles, s’amasse autour de lui sans le saluer, pour parler de lui devant lui et à d’autres.

Bref, des grandes visites à ce point grotesques et odieuses, je n’en ai pas connues TANT que ça.
C’est peut-être bon signe, c’est peut-être que ce n’est plus si fréquent ; qui sait…

Bref, pas tant que ça mais quand même.
Au moins dans deux stages.
Dont un, douce ironie, dans un service de psychiatrie.

Parce que décidément ce stage était très ironique, et en même temps tout à fait navrant de stéréotypes idiots, on rajoutera que le chef de service était fou.
Oui, pardon, je vous sors le coup de la visite-chenille et du psychiatre fou. C’est éculé, je sais, mais je n’y peux pas grand chose.
Le chef était fou, donc.

Un très gentil fou, aux cheveux blancs et naturellement hirsutes, complètement dans la lune.
Parfaitement imperméable à l’humour et au second degré, qu’il ne comprenait pas, et incapable de vous regarder dans les yeux en vous parlant.
Moi, déjà, quand un patient n’est pas capable de soutenir mon regard, je tique. Si j’étais patiente et que mon psychiatre était infichu de me regarder dans les yeux, inutile de souligner à quel point je partirais en courant.
Bref, un grand type aux cheveux blancs, qui regardait ailleurs en vous parlant, et qui enchaînait ses mots d’une voix trop lente et trop douce, parsemée de tics de langage : Heu… Mmmm… Oui, bien sûr, bien sûr… Mmm… Bien sûr…
Le gars qui fait pas tout à fait ancré dans la réalité, quoi.
Parfait pour les congrès et parfait pour les cours en amphitéâtre à la fac. C’était juste un peu ballot qu’il exerce avec de vrais patients.

Jamais dans le service (naturellement, il était quelque part dans ses bouquins, puisque je ne vous épargnerai aucune platitude), sauf un mercredi sur deux, pour le grand tour du mercredi.
Et là, jouez hautbois résonnez musettes, on ne faisait pas les choses à moitié.
La plus stéréotypée des visites stéréotypées, dans toute sa splendeur.
Avec la cerise supplémentaire d’un patron fou, qui parlait à des fous sans jamais leur répondre et sans jamais les regarder.

Là, pour le coup, on avait VRAIMENT l’impression d’être au zoo.

Les gens lui racontaient leurs histoires (je n’ai même jamais bien compris pourquoi ils lui racontaient des trucs, étant donné qu’il donnait l’impression de regarder à travers eux quelque chose de bien plus intéressant loin derrière, et d’écouter à peu près de la même façon…), lui avait les mains jointes, les yeux far far away, et il hochait la tête en disant « Mmm, mmm, bien sûr, bien sûr ».
Des fois, quand le patient était complètement délirant, ça donnait des trucs rigolos.

– Je crois que mes médicaments sont empoisonnés par les infirmiers.
– Mmm, oui, bien sûr.

 

Mais revenons à mon orgasme.
C’est une des patientes du service qui me l’a donné.
La quarantaine, schizophrène, plutôt pas si mal équilibrée. Assez mal pour être hospitalisée, certes, mais pas du tout délirante. Elle était enceinte d’environ 7 mois, et l’un des enjeux de l’hospitalisation était de déterminer s’il allait falloir placer son enfant ou non.

Nous sommes arrivés dans sa chambre par un beau mercredi matin.
Stupeur, elle n’y était pas.
L’infirmière s’est confondue en excuses, a dit qu’elle avait dû aller boire un café alors qu’on lui avait pourtant bien dit que c’était mercredi, est partie la chercher en courant.
Le grand patron qui attend la patiente, premier pas vers le monde à l’envers.

Ce délai inattendu nous a permis, une fois n’est pas coutume, de tous rentrer dans la chambre, et de nous y aligner sagement. Comme la chambre était petite et que nous étions nombreux, nous en avons couvert presque tout le périmètre, coudes à coudes, en bons petits soldats-oignons. Grand côté, petit côté, grand côté.
Restait le petit côté de la porte, que la patiente a fini par franchir, talonnée par l’infirmière.
Elle s’est immobilisé une seconde sur le seuil, devant le spectacle du grand U blanc qui l’attendait dans un silence religieux.
Elle a lentement jeté un regard circulaire sur nous.
Elle a eu un tout petit sourire en coin, et elle s’est mise en mouvement. Elle s’est approchée du grand type qui faisait office d’extrémité du U, a tendu une main décidée vers lui, en disant : « Bonjour. Je suis Madame Compté. »

Bien obligé de lui serrer la main, l’autre en face. Et de bredouiller un bonjour hâtif. (Il ne s’est pas présenté, quand même, l’indécence a ses limites.)
Et elle a commencé à faire le tour du U. En prenant son temps. Dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
Bonjour, poignée de mains. Bonjour, poignée de mains. Bonjour, poignée de mains. Vous êtes venus me voir ? Voyons nous !
Nous étions une vingtaine, autant vous dire que ça a pris du temps.
Estomaquée, l’assemblée. Estomaquée et silencieuse, de plus en plus gênée au fur et à mesure des cérémonieuses salutations. Cinq longues, incongrues et savoureuses minutes de revanche.
On n’allait pas quand même l’engueuler de nous obliger à perdre notre temps à lui dire bonjour.
On ne pouvait pas dire une chose pareille.
Pourtant, c’était sur tous les visages : « Ca ne se fait pas de dire bonjour aux gens ! Vous êtes folle ! Pour qui vous prenez vous !? ».
Mais le dire à voix haute aurait été un aveu.
L’absurde, quand il est trop honteux, ne peut être que tu.
Alors, les gens s’étaient inclinés. La tête basse, ils avaient serré cette main. Tous. En marmonant bonjour. Le grand patron itou.

Quand la réalité est devenue trop folle, une leçon de normalité donnée par une schizophrène, ça n’a pas de prix.
Heureux les félés car ils laissent passer la lumière

http://www.jaddo.fr/2009/02/18/accroche-toi-au-pinceau/

« Frantz Fanon, une vie », David Macey, La Découverte

Frantz Fanon, une vie

En remettant Frantz Fanon dans son temps, en ne cachant aucune de ses contradictions et aucun de ses tâtonnements, en ne négligeant aucune facette de la vie et de la carrière de ce révolutionnaire qui fut aussi psychiatre, David Macey offre de nouvelles clés pour comprendre la fécondité de ses ses écrits.

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