Posts Tagged ‘souffrance’

Pour toujours

Parce qu’un cauchemar peut vous briser le coeur

Parce que la douleur humaine, celle qui est le prix de la joie, peut rouvrir une blessure ancienne qui n’a jamais cessé de suppurer

Parce que la cafard rappelle les sombres jours mélancoliques

Parce que la souffrance banale ramène dans votre coeur le souvenir de la souffrance inhumaine de la psychose, le traumatisme de ces années de folie

Parce que la maladie a laissé des traces ineffaçables dans toutes vos cellules

Parce qu’en fond il y a toujours la folie, la chute sans fin, la psychiatrie blessante

Parce qu’il y a toujours le souvenir du sang sur le poignet, du visage fou dans le miroir, de l’angoisse mortelle

Parce qu’il y a toujours dans ma tête cette jeune fille qui pleure dans sa robe de nuit d’hôpital, cette gamine perdue et cette folle assise dans un coin de la salle-de-bains

Parce que dix ans d’enfer ça ne disparaît pas comme ça

Parce que les souvenirs et les traumatismes cognent toujours dans le coeur

La schizophrénie c’est à vie.

« Para siempre » avait dit le Dr P. Ou peut-être pas, peut-être avait-il dit « pour les prochaines années », je ne sais plus vraiment. Mais j’avais compris pour toujours. Et si c’était ce qu’il voulait dire, à moi qui avait vingt-et-un ans et n’imaginait même pas ce que ça signifait réellement, il avait raison. Mais quoiqu’il en soit, ce que j’avais compris, c’était la vérité. Pour toujours.

Ils t’ont brisé

Ils t’ont brisé.

Neuf mois dans leur ventre vide, neuf mois derrière leur grilles, pour que tu renaisses à la vie. Leur vie.

C »est leur travail, il fallait que tu penses autrement ou que tu te taises. Il fallait que tu avales leurs médicaments ou que tu restes enfermé.

Ils sont contents, ils ont fait leur travail. Tu avales comme il faut tes médicaments tous les jours et tu te tais. Trop de médicaments pour que tu aies encore quelque chose à dire, mais quelle importance tant que tu ne dis pas ce qu’il ne faut pas?

Si tu veux être, sois, mais sois comme eux ou ne sois rien. Il n’y a pas d’alternative pour ceux qui n’ont pas la force d’arracher leur différence avec rage.

On n’appelera plus la police pour des broutilles puisque tu ne sors plus de chez toi. Tu ne dérangeras plus personne puisque tu ne vois plus personne.

Tu ne penses plus de travers mais qui sait ce que tu penses puisque tu vis comme si tu étais mort?

Tu fais ce qu’il faut pour que leur travail soit justifié. On ne te voit plus à l’hôpital, ni sur les toits d’une église, ni parcourant des kilomètres la nuit. La nuit tu dors, et cela dès dix-huit-heures trente. Le jour tu restes seul et ne perturbe plus le quotidien des gens comme il faut.

Tes désirs, tes rêves et tes fugues, ta folie et ta vie, tout cela a disparu sous une dose trop élevée de médicaments et  neuf mois d’enfermement vide, froid et inhumain.

Maintenant tu es normal. Tu ne dis plus rien. Et c’est bien ainsi. Pour eux, c’est bien ainsi.

Ils t’ont brisé.

Je ne suis pas courageuse

Je ne suis pas courageuse, je n’ai pas le choix.

Je ne suis pas courageuse, je m’accroche à ce que j’ai parce que c’est pire de tout perdre.

Je ne suis pas courageuse, la vie normale est plus facile que les années d’hôpital et d’isolement social.

Je ne suis pas courageuse, je m’évite juste de plus grandes souffrances.

S’écrouler, se perdre dans les larmes, clouée au lit, perdre ses amis, son travail, sa vie, c’est bien pire que de mettre un pied devant l’autre. Etre seule au fond du trou est bien plus douloureux que de sourire pour cacher ses problèmes aux autres. Dormir dans un lit d’hôpital est bien plus effrayant que de dormir dans son propre lit. Lever la tête pour assumer sa liberté est moins dur que de faire les cent pas derrière une porte fermée à clé.

Je ne suis pas courageuse, je sais juste que la vie est cruelle. J’ai perdu mes illusions il y a bien longtemps, et je fais juste sans, voilà tout.

Non, je ne suis pas courageuse, je suis juste vivante et blessée, mais j’avance malgré tout, parce que c’est tout ce qu’il y a à faire pour ne pas souffrir davantage.

Se rappeler d’où l’on vient

Se rappeler avoir été cette jeune fille qui laissait des traces de sang sur le chemin de la vie, qui ne voyait comme issue qu’une mort prématurée. Celle qui souffrait tant d’une souffrance indicible et incompréhensible, d’une souffrance sans objet, sans compensation. Avoir voulu si fort souffrir pour la vie, comme tout le monde. Parce que souffrir d’amour veut au moins dire qu’on a aimé. Souffrir du manque veut dire qu’il y a eu quelqu’un. Pleurer sur les bons moments perdus veut dire qu’ils ont existé. Etre comme ceux qui regrettent la douceur de leur vingt ans alors qu’on a vécu ses vingt ans en enfer. Comme ceux que la vie à déçu plus tard alors qu’elle nous a plaqué au sol à l’adolescence. Souffrir encore, mais tellement moins que de la schizophrénie. Souffrir parce qu’on vit et non parce qu’on meurt. Savoir qu’on a vaincu bien pire. Et espérer en même temps le vrai bonheur, parce qu’on a déjà payé bien plus que notre dette à la douleur. Se rendre compte qui si jadis on n’était plus rien, aujourd’hui on est vraiment quelque chose qu’avec l’amour des autres. Prendre le risque de la perte pour vivre vraiment. Et supporter toute la douleur de cette vie pour pouvoir en faire partie. Porter les stigmates de la psychose jusqu’aux derniers de ses jours, mais se rappeler que plaie d’amour n’est pas mortelle.

Avoir voulu souffrir pour la vie. L’avoir. Se taire. Supporter. Etre bien contente de pleurer pour les mêmes problèmes que tout le monde, pour de bien plus petits problèmes que ceux de la plupart des gens de ce monde.

Derrière leurs yeux aveugles

Certains me disent pauvre alors que je suis riche. Certains pensent que c’est faute de mieux alors que c’est mieux que tout. Comme si ta faiblesse n’était pas aussi ta force, n’était pas toi, ta vie, ta sensibilité, ta confiance, ton amour, ta volonté. Tu n’es pas moi, tu n’es pas à moi, tu n’es pas le candidat idéal à la maison, les enfants, le chien et la voiture. Tu n’entres pas dans les cases de la vie publicitaire sur papier glacé. Et ils pensent que c’est une tare, alors que c’est ta richesse et la mienne.  Mon amour est grand et fort parce qu’il est fragile. Il est précieux parce qu’il peut se briser à chaque instant. Il est plus beau qu’ils ne peuvent l’imaginer derrière leurs yeux aveugles.

Au risque de tout perdre, j’ai mis mon coeur dans tes mains parce qu’elles sont tachées de sang, et que le sang c’est la vie.  J’ai mis mon corps dans tes bras  parce qu’ils connaissent le dur prix de la vie. Je ne fuis pas devant la douleur, quelle qu’elle soit. Peut-être aussi parce que je vis avec depuis si longtemps. J’aime la paix qu’on se donne parce que toi seul peut la faire naître.  L’amour n’est pas confortable, parce que le confort, aussi agréable soit-il, n’a jamais rien de grand.

Et ta souffrance, ce n’est pas la mienne. Et ta souffrance, je ne peux que la contempler, l’écouter, espérer la voir disparaître, la comprendre. Je ne peux qu’être là, de près ou de loin. Et tu es là aussi pour comprendre la mienne, même passée, celle qui a laissé des cicatrices sur mon bras. Dans nos silences ou nos paroles, ces souffrances sont là, apaisées parce que reconnues, perdues dans la douceur et la force de l’amour parce qu’elles ne se cachent plus. Elles vivent à leurs façons, violentes ou endormies. Partagées.

Ils sont bizarres ceux qui pensent que c’est faute de mieux. Comme si l’amour pouvait n’être que ça. Une apparence. Un statut social. C’est mieux que tout parce que je suis moi et que tu es toi, vraiment, et que nous ne le jugeons pas, ne le rejettons pas, ne le renions pas. On aime que lorsqu’on aime aussi les blessures de l’autre, aussi profondes soient-elles.  Et c’est là-dedans que réside la beauté de l’amour. Car aimer les belles choses, celles qui sont évidentes, c’est facile, à la portée de tous, à tous moments. Arriver à voir ces belles choses derrière ce qui fait fuir les autres, c’est tout sauf faute de mieux.

Pour tous ceux à qui ont fait comprendre que leur choix n’est qu’un deuxième choix au lieu d’en voir la beauté.

Mes tourments

Dans le silence
de mes nuits rances;
je guette avec ardeur
toutes mes terribles horreurs.
Je voudrai croire
mais où est donc passé l’espoir?
Quand je suis au bout du rouleau
je tente de pourchasser mes maux!
Aller à l’hôpital
quand je vais mal;
pour ainsi parvenir
à ne plus souffrir!
Cataclysmes
et traumatismes
s’additionnent
quand le glas sonne.
A coup de traitements
donnés par les bien pensants
je les avale,
mais ça me fait mal.
Dans ma tête,
c’est loin d’être la fête.
Tout bascule
et je recul.
J’avais décidé
de tout arrêter.
Idées à la « con »
car j’ai connu l’effet rebond….
 
Gotek31

La traversée des ténèbres

-« (…)La douleur n’a jamais de sens. Elle est toujours inutile. »

Mais peut-être ne saurais-je pas ce que je sais aujourd’hui si je n’avais pas traversé les ténèbres, pris le risque de parler, eu la force d’ouvrir les yeux et de résister. Et de recommencer… plutôt que de mourir psychiquement.

Michela Marzano, « Légère comme un papillon », Grasset

Je suis un puits sans fond

Je suis un puits sans fond, un trou noir qui aspire l’énergie de vie, la mienne et celles des autres.  Je suis comme Antigone, emmurée vivante, attendant la mort lentement, en saignant intérieurement, parce qu’elle ne sait pas transiger avec ses sentiments,  son honneur et ses principes.  Emmurée vivante parce qu’elle ne peut pas vivre dans la société des hommes, en accepter les lois et les faiblesses.

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J’essaye de me plier aux codes de la société. Sourire, regarder dans les yeux, parler gentiment. Mais quoique je fasse, j’échoue à être une personne vivante parmi les personnes vivantes. Je fais semblant et ça se voit, ça fait parler, on me condamne, on me dit méprisante. Alors je m’enferme pour fuir le jugement des autres. Chaque condamnation me brise un peu plus le coeur. Le mépris serait facile, rassurant et protecteur, alors que mes efforts vains et incompris ne sont que de nouvelles preuves de mon incapacité à vivre dans ce monde. Jour après jour, année après année, chaque jugement, chaque reproche sur ce que je suis, ou plutôt ce que je ne suis pas, creusent un peu plus mon abîme intérieur et les murs s »élèvent sans jamais s’arrêter.

Et je deviens un puits sans fond, un puits sans eau, assoifé, et quand je rencontre quelqu’un qui me comprend, quelqu’un qui vit ou a vécu dans le même monde, je l’attire dans ce vide que sa présence comble, et je ne lui demande rien d’autre, mais bien sûr c’est trop, alors il s’en va, pour ne pas se laisser aspirer.

Et le puits se creuse encore, et encore, et encore, c’est inexorable.

Le prix de la vie

Le suicide, avant, c’était pour ne plus souffrir mais avec le regret de quitter cette vie que j’aurais voulu plus clémente. Un suicide pas trop radical, au cas où je changerais d’avis en cours de route. Avec l’espoir que quelqu’un me sauve et comprenne ma souffrance. Avec l’espoir d’être écoutée, soignée. Finir à l’hôpital pour fermer les yeux en sachant que quelqu’un veillerait sur moi. Un désir de mourir avec l’espoir dévorant de vivre mieux.

Et puis j’ai abandonné l’idée de mourir. On me soignait, j’allais mieux, et dans les mauvais moments, j’attendais que ça passe. Parce que c’est la vie, souffrir, mais que ça fluctue, alors je dormais, et je me relevais parce que je croyais que ça pouvait aller mieux et qu’il fallait vivre pour ça.

Mais après toutes ces années avec la schizophrénie, la moitié de ma vie, je me dis que cette vie ne vaut pas le prix de la souffrance que je lui verse. Je suis de l’autre côté de la rive, c’est irrémédiable, et ceux qui y sont aussi, ils me comprennent trop bien pour que je ne les blesse pas.  Et cela, cette solitude de la psychose, ça ne passe pas, ça ne change pas. Peu importe les années de thérapie, le nombre de médicaments avalés. Alors quand je pense au suicide, ce n’est plus comme avant. Ce n’est pas par désir de revivre, mais juste par désir que tout s’arrête enfin. Je choisirais un moyen radical, un simple pas dans un vide abyssal, ne surtout pas se retrouver à l’hôpital, ne plus parler de tout ça puisque c’est inutile. Je rêvais de parler, avant, et aujourd’hui je me tais, car la parole ne fait que raviver la souffrance. Juste un petit pas pour que ça s’arrête. Que je ne ferai pas pour ne pas faire souffrir mon entourage. Je rêve d’un suicide qui ait l’air d’une mort naturelle, pour que personne ne se sente coupable, car il n’y a pas de coupable. Juste moi et une vie où les moments difficiles sont trop nombreux. Juste moi qui n’en peux plus de marcher brisée. Juste moi qui rêve de la mort comme les vieillards épuisés qui disent en fermant les yeux de soulagement « c’est bon, j’ai assez vécu ».

Marcher brisée

Je ne suis pas celle que les gens veulent que je sois. Je ne suis pas de leur monde et je ne peux pas vivre dans le mien. Je ne peux pas vivre sans les autres et je ne peux pas vivre avec les autres. Je marche sur un fil en portant sur une perche ma pseudo normalité de façade et ma folie en équilibre. Je cache ce que les gens ne veulent pas voir mais je ne peux pas montrer des sourires factices et discuter de choses sans intérêt avec des gens qui ne me sont rien. Ils ne veulent pas voir qui je suis mais me reprochent la façade que je leur montre. Ils veulent que je me taise, ils veulent que je parle, ils veulent que je sourie, ils veulent toujours celle que je ne suis pas. Quoique je fasse, quoique je dise, ce n’est jamais ce qu’il faudrait.

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Alors je me tais, je ne les regarde plus, je me retire en moi-même, je leur abandonne leur monde et je me brise. Et  j’espère ne plus les déranger. Ne plus rien leur demander, ni leur devoir, juste vivre à côté d’eux comme un fantôme que leurs dents sanglantes n’atteindraient plus. Transparente et insensible. Mais j’ai atrocement mal, et je leur cède mon élan vital, mais ce n’est jamais assez. Je ne suis toujours pas celle qu’il faudrait. Jamais. Je me réfugie dans mon lit, derrière mon I-Pod et mes livres. Et je porte ma perche de plus en plus vacillante, et je ne sais pas de quel côté je préfère tomber, parce que rester en équilibre c’est trop dur, alors il faut choisir de tomber, pour cesser de marcher brisée.

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