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Tout de même, ce n’est pas un schizophrène!

Un article de Libération dénonce fort justement des violences policières qui ont conduit à la mort d’un autiste: http://www.liberation.fr/societe/01012362223-menottage-fatal-pour-un-colosse-autiste

Une histoire qui montre encore une fois que la peur des malades conduit à plus de drames que la violence des malades eux-mêmes (je ne parle pas seulement de morts, mais de la façon dont les malades psychiatriques sont traités par la société). Par contre, quel n’est pas mon étonnement de lire dans cet article les paroles du médecin traitant de la personne tuée: «Serge n’était pas un schizophrène. Il était autiste, donc très replié sur lui-même. Il avait un cadre de conduite qu’il suivait sans en dévier. Je n’ai jamais été appelé pour une crise, un comportement violent. Mais en revanche il était imposant physiquement. Peut-être qu’il pouvait impressionner des gens qui ne le connaissaient pas.»

Parce que les schizophrènes ne sont pas, la plupart du temps, repliés sur eux-mêmes? Rappelons à ce médecin qu’un des principaux symptôme de la schizophrénie est bien l’autisme, terme qui n’est pas utilisé pour décrire un handicap ou une maladie en soi dans ce cas, mais bien un repli sur soi.

Les schizophrènes aussi peuvent impressionner des gens qui ne les connaissent pas, par leur comportement qui peut être étrange, ou simplement parce qu’on les a désigné comme schizophrène et que ce seul mot fait peur aux gens, et ce ne sont pas les paroles de ce médecin qui vont arranger les choses.

Comment peut-on déplorer une violence qui a conduit à la mort d’un innocent en disant qu’il n’était pas schizophrène, comme si les schizophrènes méritaient d’être traités comme ça? Comme si ces violences n’étaient pas tout aussi atroces pour un schizophrène? Comme si on pouvait excuser la mort d’un schizophrène?

Il s’agit bien ici d’un drame de l’incompréhension, de la stigmatisation, de la peur de la différence, et tout cela nuit tout autant aux schizophrènes.

Tant que les gens n’auront pas compris qu’on ne revendique pas des droits, de la considération, de la comprehénsion en les déniant aux autres, rien ne s’améliorera.

Les schizophrènes ne sont pas les rebuts de l’humanité, ceux pour qui des HP dans des états désastreux sont toujours bons quand ils sont inacceptables pour les autres, ceux qu’on peut stigmatiser quand il est hors-la-loi ou scandaleux de le faire pour d’autres, ceux qu’on peut utiliser comme boucs émissaires, ceux qui servent de comparaison pour dire à quel point les autres ne sont pas si fous, pas si violents et que par conséquent on ne peut pas les traiter aussi mal qu’eux, ceux qui ne ressentent rien, ceux qu’on oublie, ceux qu’on fuie, ceux qui ne comptent pas, ceux dont parents, soignants et Etat veulent contrôler la vie.

Sans doute, ça fait bien dans la conversation, « quelle honte de le traiter comme ça, tout de même ce n’est pas un schizophrène », voilà un argument de poids, les gens peuvent apporter leur compassion à cette personne si mal traitée alors qu’elle n’est même pas schizophrène. Mais est-ce que ça va aider les autistes, les handicapés mentaux, les dépressifs ou tout autre groupe de personnes de réclamer de la considération en rejetant une autre catégorie de personnes? Non, ça veut juste dire qu’on accepte, qu’on légitime même le fait d’exclure un groupe de gens en les jugeant uniquement sur une particularité commune. Mais à partir du moment où on accepte une société qui ostracise les schizophrènes, ça veut dire qu’on accepte le principe même de l’ostracisme. Alors il ne faut pas se plaindre d’en être un jour victime quand on l’a accepté pour les autres, quand on l’a même utilisé pour défendre ses droits.

Une personne sur cent est schizophrène. Vous en croisez donc chaque jour. Etant donné ce qu’ils doivent supporter d’entendre en ce moment, on peut dire qu’ils sont étonnamment calmes et discrets, puisqu’on vous ne vous rendez pas compte d’en croiser autant sur votre chemin.

On a peur de ceux qui ont peur de nous

Je fuis le monde qui me craint.

Je crains les autres qui me trouvent méprisant.

Je vis ce qui en images ou en mots les horrifie, dont ils détournent les yeux pour ne pas y penser.

Je le vis tous les jours,  je porte mes tripes en main, mais c’est moi qui fais peur.

Les gens disent « suis-je en danger? », « faut-il les enfermer? », « comment les reconnaître? ».

Je suis un mythe des temps modernes, mais c’est moi qui suis en danger, c’est en moi que je suis enfermé, c’est moi qui ne reconnais plus le monde.

Oui, j’ai peur des gens qui ont peur de moi. Et la société a peur de moi qui ai peur d’elle, parce que je suis schizophrène.

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Je suis un blessé debout, et le sang que je perds reflète une image de mort dans les yeux de celui qui ne me regarde pas, qui ne regarde que l’assassin qu’agitent les médias.

« Stigmate », Erving Goffman, Minuit

Quatrième de couverture

Il y a le stigmate d’infamie, tel la fleur de lys gravée au fer rouge sur l’épaule des galériens. Il y a les stigmates sacrés qui frappent les mystiques. Il y a les stigmates que laissent la maladie ou l’accident. Il y a les stigmates de l’alcoolisme et ceux qu’inflige l’emploi
des drogues . Il y a la peau du Noir, l’étoile du juif, les façons de l’homosexuel. Il y a enfin le dossier de police du militant et, plus généralement, ce que l’on sait de quelqu’un qui a fait ou été quelque chose, et  » ces gens©là, vous savez…  » Le point commun de tout cela ? Marquer une différence et assigner une place : une différence entre ceux qui se disent  » normaux  » et les hommes qui ne le sont pas tout à fait (ou, plus exactement, les
anormaux qui ne sont pas tout à fait des hommes ) : une place dans un jeu qui, mené selon les règles, permet aux uns de se sentir à bon compte supérieurs devant le Noir, virils devant l’homosexuel, etc., et donne aux autres l’assurance, fragile, qu’à tout le moins on ne les lynchera pas, et aussi l’espoir tranquillisant que, peut©être, un jour, ils passeront de l’autre côté de la barrière.
Stigmate

Des fous pas si furieux

Un rapport dévoilé jeudi va à l’encontre des clichés sur la dangerosité des malades mentaux.

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Par Eric Favereau

Un patient sur un banc dans la cour de l'hôpital psychiatrique Saint-Jean de Dieu à Lyon, le 17

Un patient sur un banc dans la cour de l’hôpital psychiatrique Saint-Jean de Dieu à Lyon, le 17 décembre 2006       (AFP Jean-Philippe Ksiazek)

 

La Haute Autorité de santé (HAS) est bonne fille. Elle, qui est censée faire des choix en matière de santé, a eu la délicatesse de ne rendre public que jeudi son rapport sur la question de la «dangerosité chez les malades mentaux». Soit deux jours après la promulgation de la nouvelle loi sur l’enfermement sous contrainte. Bizarre, non ? D’autant que ledit rapport, pourtant terminé depuis mars, fait un point, honnête et documenté, sur cette question. Et, au final, prend le contre-pied des clichés établissant une sorte d’équation entre fou et dangereux, clichés qui ont fortement inspiré le texte de loi sur la psychiatrie.

«Exceptionnel».«C’est honteux ce que l’on a pu entendre ces derniers mois, a rappelé, jeudi, Claude Finkelstein, présidente de la Fédération des associations de malades mentaux. A chaque fait divers, on pouvait lire : « Un schizophrène a tué. » Comme s’il y avait un lien automatique. Personne n’oserait écrire : « Un Noir a tué. » Mais, là, cela ne choque personne.» Une colère que les chiffres du rapport rendent légitime. La Haute Autorité a recensé toutes les études sur ces questions. «Dans les études internationales disponibles, les individus souffrant de troubles mentaux graves sont 4 à 7 fois plus souvent auteurs de violences que les individus sans trouble mental, mais ils ne sont que rarement auteurs d’actes de violence grave : environ un homicide sur 20 actes de violence, voire un homicide sur 50 [soit de 2 à 5 % des homicides, ndlr].» En France, on estime que 1% de la population souffrirait de troubles schizophréniques et 1% de troubles bipolaires. Ces personnes seraient à l’origine de 3 à 5% des cas de violence.

«C’est le premier constat qu’il faut répéter : le passage à l’acte violent chez un malade reste exceptionnel, explique le professeur Jean-Louis Senon, psychiatre à Poitiers, et qui a présidé les auditions à la base du travail de la HAS. Ce n’est ni la règle ni l’habitude. Pour les agressions sexuelles, les malades mentaux sont même très peu représentés : moins de 5%.» Comme le notent d’autres études, les malades mentaux sont bien plus victimes qu’acteurs. «Ils subissent de 7 à 17 fois plus d’actes violents que la population générale»,insiste le professeur Senon.

Même si ces actes violents sont marginaux, ils existent. Et les données indiquent que, proportionnellement, les malades mentaux commettent plus de violence qu’un citoyen lambda. Mais est-ce si automatique que cela ? Ces actes violents sont-ils liés aux troubles mentaux ou à d’autres éléments ? Le professeur Senon met en avant une série de facteurs de risque, comme le sexe (ce sont surtout des hommes), l’âge (ils ont plutôt moins de 40 ans), mais aussi la précarisation de leur situation, les difficultés d’insertion sociale et, surtout, la consommation d’alcool ou de drogues. Plus éclairant encore, la rupture dans la continuité des soins est un facteur de risque majeur. «C’est bien souvent dans les semaines qui ont suivi une hospitalisation que le risque est le plus élevé, surtout quand la prise en charge est peu suivie»,note ce psychiatre. Exemple : dans le cap des vingt semaines après la sortie de l’hôpital, il y a quatre fois plus de risques qu’un malade commette un acte violent lorsqu’il est vu seulement une fois par mois en consultation, et non pas une fois par semaine. Comme si, en somme, la violence venait plus d’un déficit de lien thérapeutique que de la maladie elle-même.

«Il faut revenir à la clinique»,insiste Jean-Louis Senon. C’est-à-dire le soin, l’hospitalité, la prise en charge. «Il faut observer et être très attentif», martèle le rapport de la HAS, qui note que des signes d’alerte existent et qu’il faut savoir les repérer.

Paranoïde. Le rapport énumère ces signaux : «En cas de troubles schizophréniques, les équipes soignantes doivent être attentives à des signes cliniques d’alerte tels qu’un délire paranoïde avec injonction hallucinatoire, des idées délirantes de persécution avec dénonciation d’une personne considérée comme persécutant le malade, etc. Et bien sûr, une consommation importante d’alcool ou de substances psychoactives.» Les déprimés peuvent être aussi violents. «Les équipes soignantes doivent être vigilantes à des signes tels que l’importance de la douleur morale, des idées de ruine, d’indignité, etc., mais aussi un sentiment d’injustice ou de blessure narcissique.»

Comme le note la HAS, ces signaux peuvent être repérés par l’entourage familial, par les équipes soignantes voire par les patients eux-mêmes. «Etre attentif et à l’écoute des proches permet souvent de désamorcer un possible passage à l’acte violent», conclut sans ambiguïté le rapport. «Si les députés avaient vu le rapport, ils n’auraient jamais voté ce texte de loi qui ne préconise que l’enfermement», déplore Claude Finkelstein.

http://www.liberation.fr/societe/01012348008-des-fous-pas-si-furieux

Estampillé psychotique

C’est la justice qui enferme, sauf pour toi.

Refuser un traitement est permis, sauf pour toi.

Etre traité dignement est un droit, sauf pour toi. Ta maltraitance est même protocolisée.

Il est scandaleux que les dépressifs, les adolescents, les anorexiques, les personnes âgées se retrouvent dans des HP asilaires, mais pas toi.

Sur a peu près tous les sujets, on demande l’avis des principaux intéressés. Mais jamais le tien.

Quand on stigmatise une partie de la population, il y a toujours des protestations relayées dans les médias. Mais rarement pour toi.

Ta pathologie fait partie des seules maladies graves et fréquentes pour lesquelles on accepte qu’il n’y ait pas de moyens.

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Pourquoi? Tu es un parent, un mari, une femme, un travailleur, un ami, un militant associatif, un artiste, etc… comme tout le monde.

Oui, mais tu es psychotique. Ca annule tout le reste.

 

Un patient en santé mentale raconte à quel point il a été victime de stigmatisation de la part du personnel de première ligne

Reportage

Jen Jensen

OTTAWA, le 26 avril /CNW/ – Pour Constantin Nastic, la vie est belle aujourd’hui. On s’en réjouit sachant que, durant des années, celui-ci a été en proie à une profonde dépression et à des problèmes d’anxiété.

Constantin a toujours évité les hôpitaux parce qu’il se sentait victime de stigmatisation de la part du personnel de première ligne qui affichait une attitude clinique rigide à son égard. « L’hôpital ne prête pas aux confidences. J’étais vu par des inconnus qui n’avaient aucune empathie ou qui me méprisaient. » En plus, comme il préférait se taire, il était étiqueté comme indocile et peu coopératif, ce qui rendait les choses encore plus difficiles. « Je n’ai jamais ressenti de compassion de la part du personnel des urgences. »

Constantin évoque son séjour dans une aile psychiatrique : « Je ne pouvais échapper à la douleur ni à la noirceur qui m’inondaient. Les médicaments ne réglaient rien. Mon problème n’avait rien à voir avec l’alcool ou la drogue. En fait, je ne consommais plus depuis longtemps. Tous mes problèmes étaient causés par ma maladie mentale. »

Un jour, il a tenté de s’étrangler avec un cordon caché dans son pantalon. Pourquoi continuer à vivre, se disait-il, puisque le système ne lui avait été d’aucun secours durant dix ans? Tout juste avant qu’il ne passe à l’acte, une infirmière est entrée dans sa chambre et a posé la main sur son bras. Elle lui a dit : « Constantin, je ne peux pas imaginer la douleur que tu ressens, mais nous allons travailler ensemble et nous allons trouver un moyen de t’aider. Tu n’es pas seul. »

En cet instant crucial où une infirmière a posé un simple geste d’une grande bonté, la vie de Constantin a changé son cours.

Son périple vers le rétablissement a été comme un casse-tête dont les pièces se sont emboîtées peu à peu, chemin faisant. C’est à la suite de cette rencontre avec cette infirmière secourable qu’il a décidé de se prendre en main et de se rétablir.

Maintenant que ce processus de rétablissement est bien engagé, Constantin s’est donné la mission d’aider les autres. Il raconte ce qu’il a vécu à l’occasion d’ateliers du Réseau local d’intégration des soins de santé (RLISS) du centre de l’Ontario intitulés « Santé mentale et dépendances : comprendre l’effet de la stigmatisation. »

« Le groupe de travail en éducation du Réseau local s’est vu confier la tâche immense de sensibiliser le public aux questions de santé mentale », précise Arla Hamer, qui était à l’époque présidente du groupe de travail sur les ateliers. Avec un calendrier serré et un budget restreint, son équipe a trouvé des moyens de concentrer ses efforts. « Comme nous étions tous des professionnels de la santé mentale, nous avons compris intuitivement que, pour avoir le plus d’effet, il nous fallait nous attaquer à la stigmatisation », raconte-t-elle.

Depuis, des ateliers ont été présentés à plus de 900 professionnels de la santé travaillant dans différents hôpitaux et centres de soins de santé de la région.

L’initiative Changer les mentalités de la Commission de la santé mentale du Canada a établi un partenariat avec une quarantaine de programmes semblables un peu partout au Canada pour en évaluer l’efficacité, y compris celui du RLISS. Ces programmes ont été conçus pour réduire la stigmatisation couramment vécue par de nombreuses personnes ayant une maladie mentale. L’objectif de l’initiative Changer les mentalités est de diffuser et promouvoir les programmes couronnés de succès au Canada.

Joanna Meeke a participé à l’atelier de Newmarket. Gestionnaire de cas pour les services de soutien et d’hébergement chez LOFT/Crosslinks, Joanna côtoie plusieurs personnes atteintes de maladie mentale. Curieuse de savoir pourquoi certains hésitent à consulter un psychiatre, elle demande : « Si tu tombes d’une terrasse et que tu te casses la jambe, tu vas à l’hôpital te faire soigner, non? »

Les participants à l’atelier sont exposés aux mythes concernant la maladie mentale ainsi qu’au fait que la stigmatisation est le principal facteur de dissuasion dans la recherche d’aide. Leurs commentaires révèlent qu’ils sont particulièrement touchés par les témoignages personnels comme celui de Constantin, qui racontent les obstacles que les personnes atteintes de maladie mentale doivent surmonter, la stigmatisation qu’elles ont vécue et ce qui les a aidées à se rétablir. Dans ces témoignages, le rétablissement est souvent défini comme un état où l’on pense qu’il est possible de vivre avec la maladie, tout comme si c’était un problème physique tel que l’arthrite ou le diabète.

Plusieurs professionnels de la santé perdent contact avec leurs patients une fois la crise passée et le processus de rétablissement enclenché. Constantin a un effet positif sur son auditoire, pas seulement parce qu’il raconte son histoire personnelle, mais aussi parce qu’il est assez fort mentalement pour se présenter devant eux et leur parler.

Comme le programme du RLISS central s’est avéré efficace pour réduire la stigmatisation, Changer les mentalités aide à le reproduire au sein d’autres régies de santé au pays. En Colombie-Britannique, la régie régionale du centre l’a adapté l’automne dernier pour l’offrir aux pourvoyeurs de soins de santé de sept communautés. Le centre de santé IWK Health Centre, important centre de santé pour les enfants de Halifax, en Nouvelle-Écosse, prévoit implanter ce programme dans les prochains mois. Un autre RLISS ontarien mettra des programmes en œuvre ce printemps. On évalue aussi la possibilité d’offrir des programmes aux pourvoyeurs de soins de santé des Territoires du Nord-Ouest.

La Commission de la santé mentale du Canada a pour rôle de favoriser la transformation du système de la santé mentale. Le Réseau local d’intégration des soins de santé du centre de l’Ontario contribue à concrétiser cet objectif.

À propos de la Commission de la santé mentale du Canada
La Commission de la santé mentale du Canada vise à transformer le système de la santé mentale. Sa mission est de collaborer avec des partenaires pour changer l’attitude de la population canadienne à l’égard des problèmes de santé mentale et pour améliorer les services et le soutien. Elle a pour objectif de promouvoir la santé mentale et d’aider les personnes confrontées à un problème de santé mentale à mener une vie productive et enrichissante. La Commission est subventionnée par Santé Canada. Pour de plus amples renseignements au sujet de la Commission, rendez-vous au www.commissionsantementale.ca.

À propos de l’initiative de lutte contre la stigmatisation Changer les mentalités
Cette année, sept millions de Canadiens éprouveront un problème de santé mentale. La stigmatisation est un facteur dissuasif important qui empêche de chercher de l’aide. L’initiative de lutte contre la stigmatisation Changer les mentalités a été conçue en vue de changer l’attitude et le comportement de la population canadienne à l’égard des personnes atteintes de maladie mentale. Ses quatre groupes cibles initiaux sont les pourvoyeurs de soins de santé, les jeunes, les milieux de travail et les associations professionnelles. Elle évalue actuellement des programmes de lutte contre la stigmatisation implantés partout au Canada pour établir lesquels sont les plus efficaces pour changer l’attitude et les comportements à l’égard de la maladie mentale. Les programmes retenus seront reproduits et publicisés dans d’autres régions du pays.

Renseignements:Photo envoyée sur demande. Pour obtenir une entrevue, communiquez avec :  
Kristin Bernhard, spécialiste en communications
Bureau : 403 385-4066
Cellulaire : 403 620-2339
kbernhard@commissionsantementale.ca

http://www.newswire.ca/fr/releases/archive/April2011/26/c7008.html

Paradoxe d’un combat

Nous n’aimons pas le terme handicapé, qui rappelle le handicap mental, et nous sommes fous, oui, mais pas bêtes!

Les handicapés mentaux, eux, préfèrent l’appellation handicap intellectuel car le terme mental fait trop penser aux maladies mentales. Bêtes, oui, mais pas fous.

(Pardon pour ces raccourcis hâtifs et réducteurs en fin de phrase, mais la caricature a au moins le mérite d’être claire.)

Nous ne voulons pas être rejetés à cause de notre différence, mais dans notre discours, nous sommes nous-mêmes rejetants envers d’autres catégories de personnes « différentes ». Regardez, nous ne sommes pas comme eux, nous ne sommes pas tout à fait normaux, c’est vrai, mais attention, pas à ce point-là, ne nous confondez surtout pas avec les autres anormaux. Ah non, nous on est bien mieux! Regardez de travers qui vous voulez, mais pas nous! On vous ressemble, on n’est pas si différent, on est sur la deuxième marche de la normalité, n’allez pas nous faire descendre dans ces autres catégories en bas du podium.

Notre volonté de nous faire accepter finit par ressembler à mendier un certificat de normalité. Oui, oui, on veut être normaux, comme vous. Ne rejetez pas notre différence, quand bien même on  veut nous-mêmes la cacher à tout prix.

C’est assez paradoxal. Que voulons-nous, au fond? Etre accepté avec nos particularités, qui peuvent être une richesse, ou vivre sous un vernis de normalité, imiter tout un chacun pour se fondre dans la masse?

Si c’est la première proposition, il n’est pas nécessaire pour cela de se distinguer des autres personnes exclues ou différentes.

Personnellement, j’ai beaucoup de mal à communiquer avec les inconnus, adultes ou enfants. Par contre, j’aime beaucoup les handicapés mentaux. Ils ne trichent pas, ne font pas semblant. Quand je parle à un enfant handicapé, je suis gentille et sympathique, je suis souriante, je parle naturellement. La relation est vraie, et ça simplifie tout pour moi. Je me sens vraiment en phase avec la personne. Alors en quoi suis-je si différente d’eux?

Pourquoi nous rejeter les tares les uns sur les autres, au lieu d’être liés parce ce que nous avons en commun? Une fragilité, une différence, une force aussi parfois.

Si nous désirons être acceptés comme nous sommes, il faut arrêter de vouloir se faire passer pour normaux à tout prix. Il faut demander que chacun soit accepté comme il est, différent, enrichissant, heurtant, choquant peut-être, mais en tout cas pas des êtres lisses sous une façade.

Alors notre combat sera commun, et nous ne sacrifierons plus d’autres personnes sur l’autel de notre volonté de reconnaissance.

D’autant que si on arrête de catégoriser les gens (valides-invalides, voyants-non voyants, fous-sains d’esprit, malades du cancer-en bonne santé, autochtones-allocthones, etc…) on se rendra très vite compte que les gens soi-disant différents sont une majorité, que la normalité telle qu’on se l’imagine est très peu répandue. Et on arrêtera de courir après un mirage en s’oubliant soi-même et en niant les autres.

Le jeu Panini qui ulcère les proches de schizophrènes

Baptisées «Skyzos », ces cartes et figurines qui s’échangent dans les cours de récréation présentent des personnages à deux personnalités, l’une bonne, l’autre méchante. Deux associations de soutien aux malades ont demandé le retrait de ce jeu «scandaleux».

Il en existe des dizaines de couleurs différentes, tout en dents, sourcils froncés et oreilles pointues. Les «Skyzos » sont des personnages rappelant les Pokemon, de l’une des collections lancées à la rentrée par la société italienne Panini. Ces monstres à deux faces, l’une présentant un visage souriant, l’autre menaçante, ont suscité l’ire de deux associations de proches de schizophrènes. Dénonçant l’assimilation «insupportable» des malades à des personnages méchants, elles réclament leur retrait.

DR.
DR.

«On ne joue pas avec la souffrance, c’est de la stigmatisation», s’indigne Jean Canneva, le président de l’Unafam. «Imaginez que l’on fasse un jeu sur le cancer ! Les malades ne sont pas méchants, ils sont surtout fragiles ». Un courrier adressé à Panini France a donné lieu à une rencontre du président de l’association avec deux responsables de la société mercredi. «Ils ont expliqué qu’en italien, schizzo signifie ‘un rebond’. Mais pas en français, et ces jeux sont offerts à des enfants français !», explique-t-il.

Un précédent de retrait

L’Unafam, soutenue par une autre association, Schizo espoir, a demandé à Panini de prendre une décision sur le retrait du jeu d’ici vendredi, 17 heures. «S’ils refusent, j’entamerai une procédure en référé, prévient Jean Cavenna. J’ai déjà consulté un avocat. » En 2003, l’association avait obtenu le retrait d’un singe en peluche parlant baptisé «Nazo le schizo», qui tenait des propos incohérents quand on appuyait sur son ventre.

Chez Panini, on explique que la branche française est en train de consulter la maison mère en Italie sur la conduite à tenir, tout en remarquant que la France est le seul pays dans le monde où le lancement du jeu a donné lieu à des plaintes. «Il n’y a qu’en France et en Italie que l’on prononce Skyzos «schizosse». Ailleurs, on dit «skaïzosse» », explique-t-on. Le directeur marketing de la société, Bruno Guillen, s’est toutefois dit «très embarrassé» par les préoccupations des familles et assuré «n’avoir jamais voulu se moquer de quiconque».

La schizophrénie touche environ 500.000 personnes en France. C’est une maladie mentale dont le malade n’est pas conscient, caractérisée par des hallucinations, une désorganisation du comportement et de la pensée et un repli sur soi. Elle se déclare pour l’essentiel chez des jeunes âgés de 15 à 25 ans. Si l’hérédité est une composante importante dans son apparition, d’autres facteurs environnementaux, comme l’isolement social ou la consommation de cannabis, peuvent également peser.

www.liberation.fr

Finalement, le jeu a été retiré de la vente.
L’article a donné lieu à une bataille de commentaires.
Personnellement, je pense que changer le nom aurait suffit. Je suis la première à rigoler de la schizophrénie, il y a des BD qui en parle et sont très drôles.
Ce qui me gêne dans ce jeu, c’est qu’on rit de la schizophrénie en véhiculant des préjugés, en en parlant comme d’un dédoublement de personnalité, avec une bonne et une mauvaise personnalité. J’imagine le tollé si on faisait la même chose avec des malades du sida, les présentant par exemple comme contagieux. Je suis contre cette société qui interdit tout tout le temps. Mais je trouve ça con aussi d’inculquer des idées fausses aux enfants avec un jeu. Ces idées fausses sur la schizophrénie sont à l’origine de beaucoup de problèmes pour les malades, notamment dans les politiques menées.
Donc rions de la schizophrénie, mais pour ce qu’elle est!

Enquête sur la dangerosité des malades mentaux

Le Figaro, 5/02/2009
Anne Jouan

La maladie mentale n’engendre pas de comportements dangereux. Sauf lorsqu’elle est associée à une combinaison de facteurs : dépendance à l’alcool ou à la drogue, violences sexuelles pendant l’enfance.

Les schizophrènes sont-ils plus dangereux que les autres ? Quand les médias parlent de cette maladie mentale, c’est souvent pour l’associer à des épisodes de violence tragique. Dernier exemple en date : celui du malade qui a poignardé deux bébés et une puéricultrice dans une crèche en Belgique à la fin du mois dernier. Une étude américaine publiée cette semaine dans Archives of General Psychiatry remet en cause cette vision simpliste des choses.

L’auteur, le psychiatre Eric Elbogen de l’université de Caroline du Nord, a travaillé sur des entretiens avec 34 653 personnes tirées au sort sur les registres de population. À l’issue de ce travail de bénédictin, il conclut que les malades atteints de schizophrénie, de troubles bipolaires ou de dépression ne sont pas plus violents que les autres. Selon cette vaste enquête, il faut la combinaison de plusieurs facteurs pour entraîner un comportement dangereux. Le fait d’être dépendant à une substance toxique (alcool, cannabis, cocaïne, hallucinogènes, amphétamines) et d’avoir été témoin de scènes de violence entre ses parents (ou d’avoir été abusé sexuellement, ou que l’un de ses parents ait fait de la prison) constituent autant de facteurs qui, additionnés à la maladie mentale, augmentent les risques.

Quand la maladie mentale, la dépendance et des antécédents familiaux de violence sont associés, le risque de comportement agressif est multiplié par quatre.

Une violence qui s’acquiert

Ces données collectées aux États-Unis sont transposables en France même s’il n’existe pas chez nous de travail épidémiologique comparable. «Ces conclusions sont complètement en phase avec la réalité clinique de la psychiatrie», observe ainsi le Dr Michel Lejoyeux, professeur à Paris-VII et chef du service de psychiatrie et addictologie à Bichat. Le Dr Michel Reynaud, professeur de psychiatrie et d’addictologie à l’hôpital Paul-Brousse (Villejuif), va dans le même sens, estimant que cette étude a le mérite de «remettre les pendules à l’heure pour ce qui est des représentations que se font les gens. Car les schizophrènes qui égorgent sont rares». Et le médecin d’insister sur le fait que «la violence s’acquiert», notamment dans l’histoire familiale ou sociale. Elle n’est donc pas le fait de la maladie mentale ou de la consommation de substances à proprement parler. Cette enquête jette les bases d’une stratégie qui permettrait d’évaluer la dangerosité de certains patients.

Pour les psychiatres, la majorité des crimes et des homicides sont commis par des «gens normaux». «Il est important de sortir d’une position sécuritaire disant que la criminalité est inscrite dans la maladie mentale. La violence sociale ne doit pas être analysée en terme de psychiatrie», ajoute Michel Lejoyeux. Le Dr Didier Cremniter, responsable de la cellule d’urgence médico-psychologique au Samu de Paris, note par ailleurs que si l’on fait « une bonne analyse clinique des patients, on arrive généralement à prévenir les passages à l’acte ».

Le Dr Reynaud rappelle que des études antérieures ont montré que les malades mentaux étaient soumis à au moins deux fois plus de violence que les autres, que ce soit de la part de leurs proches ou de gens croisés dans la rue. Dans la même logique, un article publié en janvier dernier dans Alcoholism Clinical and Experimental Research rappelait que les addictions sont très fréquentes dans les prisons françaises et que 26,3 % des prisonniers avaient un double diagnostic, à savoir maladie mentale et dépendance, ce qui multiplie par six fois le risque de suicide. «On stigmatise des populations, en l’occurrence les malades mentaux, qui sont déjà en souffrance», déplore-t-il.

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2009/02/05/9417-enquete-sur-dangerosite-malades-mentaux

L’amalgame «maladie mentale-violence»


Libération, 18/11/08
ERIC FAVEREAU

C’était lors d’un congrès sur la santé mentale, à Paris. Evoquant les progrès des médicaments, un orateur, sûrement bien intentionné, a lâché : «Bientôt, on éradiquera la schizophrénie.» Dans la salle, Claude Finkeslstein, présidente de la Fédération des associations de malades, bouillait de colère : «Éradiquer la schizophrénie… On veut nous éradiquer, mais comment parle-t-on de nous !»

Mercredi dernier, un homme de 56 ans, schizophrène, fugue de son hôpital psychiatrique. Et dans une rue de Grenoble, il poignarde au hasard un étudiant. Aussitôt, le président de la République saute sur l’affaire. Et réclame une réforme, visant «à améliorer la surveillance des patients susceptibles de représenter un danger pour autrui, dans le cadre notamment de la création d’un fichier national des hospitalisations d’office.»

«Peut-être y a-t-il eu mauvaise appréciation des médecins ? Peut-être y a-t-il eu un manque de surveillance, mais la réaction du Président est totalement déplacée. Et surtout, elle ancre cette idée que maladie mentale égale violence, et qu’il faut donc ficher tous ces fous dangereux», explique un psychiatre. Bien sûr, il y a quelques gestes insensés, aussi terrifiants qu’imprévisibles. Mais la nouveauté aujourd’hui est plutôt dans la violence faite aux malades. Et le risque de violence attribuable aux personnes malades mentales est très faible.

En 2003, sur 47 655 personnes mises en examen dans des affaires jugées (crime, délit ou contravention), seuls 0,002 % des personnes ont été déclarées irresponsables. A l’inverse, la prévalence des crimes violents envers les patients psychiatriques est 11,8 fois plus importante que dans la population générale. Celle des vols sur personnes est quant à elle 140 fois plus élevée.

Qui s’en souvient ? Le 1er septembre 1969, une enseignante, Gabrielle Russier, ouvrait le gaz dans son appartement, et se suicidait: elle avait été mise en cause pour avoir vécu avec un de ses élèves. Georges Pompidou, alors président de la République, interrogé lors d’une conférence de presse, citait le poète, Paul Eluard : «Moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d’enfant perdu, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimé.» Nicolas Sarkozy aurait pu citer un poète pour évoquer la douleur devant cet étudiant tué. Il a préféré appeler à la création d’un fichier.

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