Posts Tagged ‘suicide’

« Eden matin midi et soir », Chloé Delaume, Joca seria

Thanatopathie [tanatopati] n. f. – du grec thanatos, la mort, et de pathos, ce dont on souffre. C’est ainsi qu’Adèle a nommé le mal qui la ronge, un mal qui la rend inapte à la vie. Durant cinquante minutes, elle explore chaque recoin de sa pathologie, avec l’humour de ceux au-delà du désespoir. Cinquante minutes, c’est le temps moyen qui sépare deux suicides en France.

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« Une femme avec personne dedans », Chloé Delaume, Points

« Juillet. L’ange m’ordonne : Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, et ce qui doit arriver ensuite. Alors je m’exécute, et j’endosse aussitôt le rôle de l’héroïne. Ma vie est emplie de BonheurTM. Un mari, des enfants. Les volutes montent, le rideau tombe et le décor change. Me voilà femelle sorcière, du haut de ma tour. Dans le vide, JE tombe. Qui suis-je ? Peut-être une femme avec personne dedans. »

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Une lectrice se suicide et se change en ange annonciateur. La narratrice culpabilise et prend alors conscience de la possibilité réelle d’une identification avec l’auteur-narrateur-personnage.

« Ce que j’ai oublié de te dire », Joyce Carol Oates, Albin Michel jeunesse

C’est la dernière année de lycée pour Merissa et Nadia. Les deux filles ont plus que jamais besoin de leur meilleure amie, la singulière, l’étrange et abrupte Tink qui s’est suicidée six mois plus tôt. Chacune est seule avec des secrets qu’elles ne pouvaient partager qu’avec Tink. Des secrets inavouables qui ont mis en péril leur amitié, mais qui les ont également mises en danger. Tink aussi avait un secret, un secret très lourd mais jamais elle ne leur a confié son tourment… Comment continuer à vivre avec ses silences quand la seule personne qui vous comprenait est morte ?

Un livre qui traite notamment du suicide et de l’automutilation.

J’envie les gens qui meurent

J’envie les gens qui meurent, les suicidés

Les voyageurs qui posent un problème sur la ligne

Assise dans le train, je me dis quelle chance

Et au journal, quand ils parlent de ces suicides en augmentation, et comment remédier au problème

Je me dis mais quel problème?

C’est la condition humaine, tragique et douloureuse, dont certains ont le courage de sortir

Laissez-les mourir en paix, voilà ce que je me dis, et que j’aimerais être à leur place

J’envie les gens qui meurent, les suicidés, les noyés, les brûlés volontaires

Et j’aimerais qu’on m’enterre avec eux

Je n’envie pas les gens heureux, parce que je sais que leur bonheur à eux n’est pas pour moi

J’envie les gens qui meurent parce que je sais depuis longtemps que moi je suis comme eux

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Le prix de la vie

Le suicide, avant, c’était pour ne plus souffrir mais avec le regret de quitter cette vie que j’aurais voulu plus clémente. Un suicide pas trop radical, au cas où je changerais d’avis en cours de route. Avec l’espoir que quelqu’un me sauve et comprenne ma souffrance. Avec l’espoir d’être écoutée, soignée. Finir à l’hôpital pour fermer les yeux en sachant que quelqu’un veillerait sur moi. Un désir de mourir avec l’espoir dévorant de vivre mieux.

Et puis j’ai abandonné l’idée de mourir. On me soignait, j’allais mieux, et dans les mauvais moments, j’attendais que ça passe. Parce que c’est la vie, souffrir, mais que ça fluctue, alors je dormais, et je me relevais parce que je croyais que ça pouvait aller mieux et qu’il fallait vivre pour ça.

Mais après toutes ces années avec la schizophrénie, la moitié de ma vie, je me dis que cette vie ne vaut pas le prix de la souffrance que je lui verse. Je suis de l’autre côté de la rive, c’est irrémédiable, et ceux qui y sont aussi, ils me comprennent trop bien pour que je ne les blesse pas.  Et cela, cette solitude de la psychose, ça ne passe pas, ça ne change pas. Peu importe les années de thérapie, le nombre de médicaments avalés. Alors quand je pense au suicide, ce n’est plus comme avant. Ce n’est pas par désir de revivre, mais juste par désir que tout s’arrête enfin. Je choisirais un moyen radical, un simple pas dans un vide abyssal, ne surtout pas se retrouver à l’hôpital, ne plus parler de tout ça puisque c’est inutile. Je rêvais de parler, avant, et aujourd’hui je me tais, car la parole ne fait que raviver la souffrance. Juste un petit pas pour que ça s’arrête. Que je ne ferai pas pour ne pas faire souffrir mon entourage. Je rêve d’un suicide qui ait l’air d’une mort naturelle, pour que personne ne se sente coupable, car il n’y a pas de coupable. Juste moi et une vie où les moments difficiles sont trop nombreux. Juste moi qui n’en peux plus de marcher brisée. Juste moi qui rêve de la mort comme les vieillards épuisés qui disent en fermant les yeux de soulagement « c’est bon, j’ai assez vécu ».

La Belgique responsable du suicide d’un détenu toxicomane mentalement déséquilibré

Cour européenne des droits de l’homme. Photo DR.
 

Par Emilie Gougache | LexTimes.fr | 7 décembre 2011 14:50

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a constaté mardi que la Belgique avait violé plusieurs articles de la Convention européenne des droits de l’homme, suite au suicide d’un jeune toxicomane souffrant de déséquilibre mental, placé dans le quartier « ordinaire » d’une prison.

Le suicide de Tom De Clippel, 28 ans, remontait au 6 août 2001. Ce sont ses parents qui, le 10 février 2006, ont introduit une requête devant la CEDH.

Tom De Clippel avait commencé à consommer des drogues douces à l’adolescence et avait ensuite montré des problèmes de personnalité. Dès ses 20 ans, il avait été plusieurs fois interné en établissement psychiatrique et suivait une thérapie. Il se trouvait sous traitement psychotrope. En mars 1999, soupçonné de tentative de vol de voiture, il fut arrêté et présenté à un psychiatre qui releva des « pensées paranoïdes ».

En mai 1999, la chambre du conseil du tribunal de première instance de Gand constata que Tom De Clippel avait bien commis les faits dont il était inculpé. Elle ordonna son internement, en application de l’article 7 de la loi de défense sociale. Le tribunal précisa qu’il serait provisoirement détenu dans l’annexe psychiatrique de l’établissement pénitentiaire de Gand, en attendant que la commission de défense sociale désigne un établissement psychiatrique.

Un établissement spécialisé dans le traitement des toxicodépendances fut choisi. Le 9 avril 2001, la commission de défense sociale estima que Tom De Clippel pouvait continuer à suivre son traitement à l’extérieur de l’établissement les fins de semaine. Mais trois mois plus tard, le travailleur social chargé de son suivi indiqua qu’il ne respectait pas les conditions de sa resocialisation, puisqu’il avait adopté une attitude verbale « particulièrement menaçante » à l’égard du personnel et l’équipe soignante jugeait impossible de continuer à travailler avec lui. Le 27 juillet, le substitut du procureur ordonna qu »il soit placé dans l’annexe psychiatrique de la prison de Gand.

Le 30 juillet, il réintégra cet établissement pénitentiaire. Mais suite à un manque de places, il fut détenu non pas dans l’annexe psychiatrique mais dans le secteur des détenus ordinaires. Sa cellule était occupée par trois autre personnes. Dès le lendemain, à la suite d’une altercation violente avec l’un des codétenus, il fut isolé en cellule de punition. Le 2 août, un médecin psychiatre modifia son traitement médicamenteux, puis le jeune homme fut placé en cellule individuelle.

Le 6 août 2001, Tom De Clippel se suicida par pendaison dans sa geôle, à l’aide d’une ceinture élastique.

Ses parents ont déposé une plainte contre X

Le 10 août 2001, les parents de la victime déposèrent une plainte contre X avec constitution de partie civile entre les mains du juge d’instruction de Gand. Ils dénonçaient notamment le fait qu’une personne « dont l’état de santé mentale défaillant était connu et appelait avant tout un soutien psychologique avait été mise en prison ».

Le 19 juin 2002, la chambre du conseil du tribunal de première instance de Gand prononça un non-lieu. Elle estimait que le dossier médical de Tom De Clippel ne contenait pas d’élément indiquant une tendance suicidaire. Les requérants interjetèrent appel de cette décision devant la chambre des mises en accusation de la cour d’appel de Gand. Selon eux, la tendance suicidaire de Tom De Clippel ressortait de son dossier médical qui, schizophrène, était prédisposé au suicide. Mais par un arrêt du 29 mars 2005, la chambre des mises en accusation rejeta l’appel. La Cour de cassation rejeta également leur pourvoi le 18 octobre 2005.

C’est ainsi qu’ils formèrent une requête devant la juridiction strasbourgeoise.

Ils invoquaient l’article 2 de la Convention sur le droit à la vie et soutenaient également le fait que l’incarcération de leur fils à la prison de Gand et son placement à l’isolement, étaient incompatibles avec les garanties de l’article 5 de la Convention, sur le droit à la liberté et à la sûreté.

Tom De Clippel n’aurait pas dû être placé dans les quartiers ordinaires d’une prison

La Cour a considéré(1) qu’il y avait un risque réel que le détenu attente à ses jours. Elle a en effet relevé que le jeune homme était doublement vulnérable. D’une part du fait que le taux de suicide est plus élevé au sein de la population carcérale et d’autre part du fait qu’il était atteint de schizophrénie paranoïde, pathologie mentale où le risque de suicide est particulièrement élevé.

Elle remarque que l’affection mentale dont il souffrait était en plus connue des autorités au moment où la décision de son incarcération à la prison de Gand a été prise. « Le fait qu’il ait agressé un co-détenu aurait dû être interprété comme une expression de son mal-être et même s’il n’a pas donné de signes alarmants, les autorités auraient dû savoir qu’il existait un risque réel que, dans l’environnement carcéral ordinaire de la prison de Gand, le jeune homme qui souffrait de troubles mentaux, attentât à sa vie ».

La Cour indique que la privation de liberté trouvait sa base légale dans la loi de défense sociale, autorisant les juridictions à ordonner l’internement d’une personne lorsqu’il existe des raisons de croire qu’elle est en état de démence ou de déséquilibre mental grave la rendant incapable du contrôle de ses actions. Mais d’après cette loi, « cet internement ne doit pas avoir lieu en milieu carcéral ordinaire mais dans un établissement spécialisé ou bien par exception dans l’annexe psychiatrique d’un établissement pénitentiaire ».

Or la décision du substitut du procureur du 27 juillet ordonnait que Tom De Clippel soit placé dans l’annexe psychiatrique de la prison de Gand.

Les juges strasbourgeois en ont déduit que sa détention en milieu carcéral ordinaire était « contraire au droit interne », rappelant que « la détention d’une personne comme malade mental n’est en principe régulière […] que si elle se déroule dans un hôpital, une clinique ou un autre établissement approprié. De sorte qu’il y a également eu violation de l’article 5 ».

La Belgique devra verser 25 000 euros à chacun des deux parents, estimant que « Tom De Clippel n’aurait jamais dû se trouver dans les quartiers ordinaires d’un établissement pénitentiaire ».
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(1) CEDH, 6 déc. 2011, n° 8595/06, De Donder et De Clippel c/ Belgique.

http://www.lextimes.fr/4.aspx?sr=9056

« Rien ne s’oppose à la nuit », Delphine de Vigan, Lattès

Présentation de l’éditeur

« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire.
La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence.
Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. »Dans cette enquête éblouissante au cœur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan déroule avec force.

Delphine de Vigan parle de sa mère dont la bipolarité l’a menée au suicide.
Rien ne s'oppose à la nuit

Biographie de l’auteur

Delphine de Vigan est notamment l’auteur du best seller No et moi, plus de 400 000 exemplaires vendus toutes éditions Prix des Libraires 2008, adapté au cinéma par Zabou Breitman, et des Heures souterraines (2009), près de 100 000 exemplaires vendus en édition première et traduit dans le monde entier. Elle faisait partie de la dernière sélection du Goncourt. Elle vit à Paris.

« Les souffrances du jeune Werther », Goethe, Le Livre de Poche

Amazon.fr

Manifeste exalté de l’impétueuse jeunesse,
Les Souffrances du jeune Werther est le roman qui donna ses lettres de
noblesse à Goethe. Le succès de cette oeuvre parue en 1774 fut étonnant pour
l’époque et le personnage de Werther devint le symbole d’une génération entière.
Quête d’absolu, transcendance de l’amour, lyrisme de la douleur… il s’agit
bien là d’un des plus célèbres textes fondateurs du Romantisme. Werther, perché
sur le pic solitaire de la passion qu’il éprouve pour Charlotte, est en proie au
vertige. L’objet de son désir n’est autre que la fiancée de son meilleur ami,
mais la pureté de son âme ne saurait tolérer l’idée même d’une trahison. Goethe
ne se contente pas de mettre en scène un terrible dilemme, il livre une analyse
extrêmement fine des tourments intérieurs de son personnage qui finira par se
donner la mort. Mais le suicide de Werther n’est pas seulement la réaction
suprême à un amour impossible, il résulte également d’un terrible constat
d’échec : l’humain ne peut atteindre l’absolu, la souffrance est une fatalité à
laquelle aucun être sensible ne peut se soustraire. Une oeuvre qui met en
lumière la cruauté de l’existence, qui inflige à l’innocence son macabre cortège
de désillusions. –Lenaïc Gravis et Jocelyn Blériot
Les souffrances du jeune Werther

L’obsession de la mort

Quand passer sur un pont n’est plus qu’un moyen de mourir, quand la mort me suit
partout et partage mes nuits, couche dans mon lit et me suit dans les couloirs.

Quand mon seul désir est d’être dans cet état:

 

Prévention des suicides : le coup de gueule du Pr Lançon

Publié le samedi 05 février 2011 à 11H45

Un psychiatre de Marseille dénonce l’absence de politiques publiques

Le professeur Christophe Lançon, chef du service psychiatrie de l'hôpital Sainte-Marguerite de Marseille.

Le professeur Christophe Lançon, chef du service psychiatrie de l’hôpital Sainte-Marguerite de Marseille.

Photo serge Mercier

En matière de prévention des suicides « il n’y a pas de politique publique digne de ce nom en France« . C’est le coup de gueule poussé, hier, par le professeur Lançon. Le chef du service psychiatrie de l’hôpital Sainte-Marguerite de Marseille n’a d’ailleurs pas été franchement contredit par le docteur Pierre Verger, directeur adjoint de l’Office régional de la Santé, qui présentait hier la 15e journée nationale de prévention du suicide, qui se déroule aujourd’hui.

Le taux de suicide était d’environ 17 pour 100000 habitants en Paca et 20 pour 100000 dans toute la France entre 1979 et 1981 et il était, tant pour notre région que pour l’ensemble de l’Hexagone, d’environ 16 pour 100000 lors de la période 2006-2008 (derniers chiffres disponibles), avec une différence du simple au double entre les hommes et les femmes. Le suicide des jeunes, qui horrifie tant les adultes parce qu’ils ne le comprennent pas, est en nette régression (de 16 à 10 pour 100000 entre 1991 et 2008), alors qu’il diminue peu pour les plus de 65 ans mais est plus important en nombre (de 33 à 28 pour 100000, selon la même période).

 » En France nous avons réussi à diviser par deux le nombre d’accidents de voiture. Mais le taux de suicide diminue lentement, alors que dans d’autres pays européens qui ont mis sur pied des politiques volontaristes, il a diminué de 50%« , a affirmé le professeur Lançon. Signes avant-coureurs Quelles politiques? « 90% des gens qui se sont suicidés avaient vu un médecin dans le mois précédent leur passage à l’acte« , note-t-il.

Sans vouloir alourdir la barque déjà bien chargée des généralistes, il estime nécessaire qu’ils soient formés à détecter les signes avant-coureurs de la dépression. Le stress au travail, l’absence de considération de ses responsables hiérarchiques, le harcèlement, comme stratégie de management ou simplement exercé par un pervers, sont autant de facteurs dépressifs qui peuvent conduire au suicide.

Il réclame aussi une meilleure information du grand public: « Une personne qui a des idées suicidaires ne se confiera jamais à une personne de sa famille. Il aura peur de lui faire de la peine. Il pourrait se confier à un collègue, si celui-ci lui disait: « Qu’est-ce que tu as? Je te trouve bizarre en ce moment ». Mais en France, cette question est souvent taboue« . Pour l’heure la politique publique de prévention des suicides consiste à distribuer dix mille brochures tous les deux ans aux professionnels de santé. Pas assez pour informer les médecins et dire aux simples citoyens que s’intéresser aux collègues, amis, voisins qui semblent aller mal, c’est peut-être les inciter à consulter afin de ne pas passer à l’acte.

Thierry NOIR(tnoir@laprovence-presse.fr)

http://www.laprovence.com

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