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La révolution des « patients experts »

Ils refusent d’être des marionnettes, discutent sur un pied d’égalité avec leur médecin, soutiennent les autres malades. Devenir expert de sa santé, c’est possible.

 « De victime, je suis devenu acteur de ma santé, puis  » personne ressource « , à la fois pour les autres malades et pour les soignants », résume Luigi Flora, précurseur canadien. Un retournement de plus en plus fréquent, qui révolutionne le monde de la médecine.

L’impact du sida

Face au raz-de-marée du sida, et face aussi à l’impuissance des médecins, qui mettront pourtant seulement trois ans à découvrir le virus (VIH) responsable de cette maladie, les personnes infectées s’organisent en associations. Et créent des groupes de parole d’un nouveau genre, ainsi que des services d’information, comme l’explique Philippe Barrier (1), philosophe et docteur en sciences de l’éducation, également diabétique se présentant comme« patient chronique » : « Tout est venu de là. Grâce à des associations comme Aides ou Act Up, les malades ont appris à assumer leur maladie, mais aussi à en faire un combat politique. »
Tout au long des années 1990, les patients s’informent entre eux sur le mal qui les frappe ainsi que sur les traitements, et apostrophent les médecins : à quand la trithérapie, déjà disponible aux États-Unis ? Ces symptômes ne sont-ils pas ceux d’un cytomégalovirus ? Les réseaux s’organisent, et les médecins engagés dans ces associations initient eux aussi un changement de posture décisif dans la relation soignant-soigné en acceptant de se mettre en position de chercher, comme les malades (2).
Avec l’apparition d’Internet, pas une maladie qui ne génère ses sites de patients, ses blogs, ses informations pratiques, y compris pour les proches. Ce qui se révèle alors le plus précieux, c’est « l’expérience des malades ». Le dispositif d’annonce du diagnostic de cancer, par exemple, mesure phare du Plan cancer 1 (2003-2009), est ainsi directement né de la parole des malades.
Grâce aux progrès de la médecine, des pathologies considérées comme mortelles se transforment en « maladies chroniques » : VIH-sida, cancer, insuffisance rénale… « C’est la connaissance de la vie  » avec  » la maladie qui devient essentielle, poursuit Philippe Barrier. Avoir éprouvé l’hypoglycémie, savoir la ressentir afin d’adopter les bons gestes, devient aussi nécessaire que connaître les mécanismes théoriques de la maladie. »

 Maladies chroniques

Des cursus universitaires – notamment le doctorat impulsé par Catherine Tourette-Turgis à la faculté de médecine de l’université Pierre-et-Marie-Curie, Paris-VI – se sont ouverts aux patients experts venant de tous horizons. Là, ils abordent « l’éducation thérapeutique » et suivent, sur les mêmes bancs que des soignants, des cours tels que« Savoir sur la maladie » ou « L’autodiagnostic ». Ces révolutions dans l’institution modifient peu à peu les relations sur le terrain.
Autres marqueurs de cette transformation : de plus en plus de médecins osent lâcher un certain « technicisme » et dévoiler les défis émotionnels auxquels eux aussi sont confrontés (3) ; des sujets jusque-là tabous peuvent être abordés en consultation ; des « mandarins » orientent leurs malades vers des sites d’informations gérés par des patients…
Mieux entendus, davantage insérés : tous les malades peuvent tirer de réels bénéfices de l’action des « patients experts ». Mais ces derniers ne doivent pas oublier d’où ils viennent : s’ils enlèvent leur valeur ajoutée, ils risquent de perdre ce qui fait le sel de leur expertise. Or, ce sel, c’est tout le monde de la santé qui en a besoin.

(1) « Le Patient autonome » (PUF, 2014). (2) « La Révolution sida » d’Hélène Cardin et Danielle Messager (Odile Jacob, 2013). (3) « Cancer du sein, un médecin à l’épreuve de l’annonce » de Laurent Puyuelo (Érès, 2011).

témoignage

> Luigi Flora, engagé depuis cinq ans comme intervenant dans des associations, est tout doucement passé au statut de spécialiste. « La maladie s’est réveillée, se souvient-il, et j’ai dû être hospitalisé. Pour m’administrer une chimiothérapie, on m’avait installé sous la peau une chambre implantable (*) et je me suis rendu compte que celle-là, comme celle de tous les autres malades autour de moi, risquait sans cesse de se boucher et de s’infecter, mais que je ne savais pas comment y remédier seul. Les soignants semblaient ne pas avoir pris en compte ce fait. J’ai demandé à rentrer chez moi, en insistant sur le fait que l’on devait m’apprendre à devenir autonome pour poursuivre le traitement. »
> De longues discussions avec les infirmiers commencent. Pas question de changer leur protocole ni leur rôle de soignant comme ça ! Peu à peu, l’équipe médicale initie Luigi Flora au bon fonctionnement de son cathéter et s’engage dans une nouvelle forme de collaboration avec lui. Une « coconstruction », encore inimaginable dix ans auparavant, se met en place.
> « Aujourd’hui, je ne précise plus quels maux me minent, justifie Luigi Flora, car je souhaite que mon parcours entre en résonance avec le maximum de malades. Lorsqu’ils sont reconnus comme «  experts  », certains ont tendance à vouloir se débarrasser de leur étiquette de «  malades  » », regrette-t-il.

(*) Dispositif composé d’un petit boîtier (la chambre implantable) et d’un cathéter (tuyau souple et fin). Placé sous la peau, il permet d’administrer les médicaments liquides sans abîmer le système veineux.

Pascale Senk avec Psychologies (www.psychologies.com)

A quoi ressemblerait un hôpital psychiatrique conçu par les patients?

Le but du projet artistique de James Leadbitter et de Hannah Hull est de comprendre comment créer des espaces agréables et adaptés aux patients, au lieu des salles mornes et impersonnelles.

A quoi ressemblerait le design d’un hôpital psychiatrique s’il était conçu par les patients? C’est la question posée par le projet «Madlove: A Designer Asylum» de l’artiste et militant britannique James Leadbitter (surnommé «the vacuum cleaner», l’aspirateur). James Leadbitter –dont les oeuvres ont été exposées, entre autres, au Tate Modern et au musée d’art contemporain de Chicago– a lui-même passé plusieurs séjours dans de nombreux hôpitaux psychiatriques publics.

Convaincu que le design triste des hôpitaux psychiatriques affecte les patients comme lui, James Leadbitter et sa collègue Hannah Hull ont passé des mois à organiser des ateliers à travers le Royaume-Uni pour récolter les idées de plus de 300 patients, psychiatres, architectes et designers.

Leur but était de comprendre comment créer des espaces agréables et adaptés aux patients, au lieu des salles mornes et impersonnelles.

Par email, Leadbitter m’a dit que les commentaires avaient été très variés, avec plusieurs idées mémorables, comme celle d’un jeune homme de Birmingham qui avait dit:

«Tout ce que je veux, c’est une chambre avec des oeufs de Fabergé et un marteau.»

La suite en photos sur Slate http://www.slate.fr/story/99273/hopital-psychiatrique-james-leadbitter

Le groupe d’entraide mutuelle, «un lieu où on nous fout la paix»

http://www.liberation.fr/societe/2015/02/16/le-groupe-d-entraide-mutuelle-un-lieu-ou-on-nous-fout-la-paix_1203856

C’était le 15 novembre 2007, un groupe de malades mentaux d’Armentières, près de Lille, se retrouvait. Aujourd’hui, ils racontent :«15 personnes usagères [de psychiatrie] s’étaient réunies pour monter l’assemblée de notre association. La semaine précédente, trois personnes avaient proposé une quarantaine de noms de baptême. Nous avons voté à main levée et c’est « Juste ensemble » qui est sorti. Ce qui plaisait beaucoup aux adhérents, c’est le mot « ensemble », qui est très représentatif de l’entraide et de la solidarité d’un groupe d’entraide mutuelle (GEM)». Les GEM, au début, cela sentait bon la gentille solidarité entre paumés. Créés juridiquement par la loi du 11 février 2005 «pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées», on en compte désormais près de 380, répartis dans toute la France, avec un budget global de plus de 27 millions d’euros. La semaine dernière s’est tenu, au ministère de la Santé, le colloque «Dix ans de GEM, le temps d’un bilan».

«C’est un lieu où on nous fout la paix», a expliqué – fortement – Bernard Durand, président de Croix marine, une association de proches des malades. Et il n’a pas tort. Bien souvent, les malades mentaux sont soit ignorés soit surveillés. Reprenant ce que la psychothérapie institutionnelle appelait dans les années 60 les «clubs», les GEM sont nés de l’idée de «désenclaver une population souffrant plus particulièrement d’isolement et d’exclusion sociale en instaurant à la fois des liens sociaux réguliers entre pairs et avec le reste de la cité». La loi leur a donné une entité juridique type association loi de 1901 «composée d’adultes ayant des troubles psychiques reconnus ou non». Chaque structure devait «se doter d’un local d’une surface comprise entre 80 et 150 m2 incluant une cafétéria, d’un personnel d’encadrement salarié et des animateurs chargés d’organiser une série d’activités, qui vont de simples échanges à des ateliers», disait l’administration. Avec un budget fourni par le ministère de la Santé.

Voilà donc que cela marche, loin du spleen récurrent du monde de la psychiatrie. Certains sont plus actifs que d’autres. «Mais c’est déjà ça, on se parle et cela nous change», disait l’un des participants au colloque. Certains se sont donné des noms bizarres : Au p’tit vélo, Les pieds dans le plat, GEM et toi. «Et vous ne pouvez pas savoir comme de les voir fait du bien», nous disait Claude Finkelstein, présidente de la Fédération nationale des associations d’usagers en psychiatrie. Cette militante historique s’est battue sans compter pour que les GEM existent, puis qu’ils vivent. Et, ce jour-là, cela faisait plaisir de la voir si souriante, même si, en aparté, elle se disait désespérée : le ministère lui a supprimé la subvention de sa fédération. Drôle de façon de fêter un anniversaire.

Eric FAVEREAU

Du fou au collègue de travail

Thaïs Martel

Ils ont vécu la dépression, les troubles anxieux ou encore la psychose; ils ont reçu un diagnostic de schizophrénie ou de trouble bipolaire et, pourtant, non seulement ils travaillent, mais en plus leur tâche consiste à aider d’autres personnes qui souffrent d’un trouble mental. Ils sont pairs aidants.

Guylaine Cloutier et Sandrine Rousseau (Photo TC Media – Thaïs Martel)

La personne atteinte d’un trouble mental peut faire plus que se rétablir : elle peut se servir de cette expérience pour aider les gens. Voilà le postulat de l’Association québécoise pour la réadaptation psychosociale (AQRP) qui chapeaute le programme Pairs aidants réseau.Ce qui distingue les pairs aidants des autres intervenants, c’est l’obligation d’utiliser et de partager leur savoir expérientiel, leur vécu, découlant de leurs propres expériences avec un trouble mental dans le but de redonner de l’espoir, de servir de modèle d’identification et d’offrir du soutien et de l’information à des personnes qui vivent des situations similaires à celles qu’ils ont vécu.

Mais attention : il ne s’agit pas de raconter sa vie. «Un pair aidant est une personne qui s’est rétablie, qui a pris du recul. Il faut ne pas avoir eu de rechute depuis deux ans. Et il faut être formé pour utiliser son vécu à bon escient. Ce n’est pas un contexte d’échange mutuel», explique Sandrine Rousseau, agente de projet pour le programme Pairs aidants réseau. En d’autres termes, pas question pour le pair aidant de raconter ses petits soucis, mais plutôt de dire qu’il a vécu, par exemple, une période de grande anxiété et qu’il a utilisé telle ou telle stratégie pour la faire diminuer.

Un modèleDepuis plus de six mois, Corinne Escoffier rencontre une paire aidante. Pour la femme qui souffre de dépression depuis une dizaine d’années et qui a touché le fond l’hiver dernier, allant jusqu’à envisager le suicide, la rencontre avec quelqu’un qui avait vécu les mêmes difficultés a tout changé.

«Les pairs aidants, ce sont des gens extraordinaires qui s’en sont sortis et qui sont là pour aider les gens en détresse à aller mieux ou à guérir. Pour moi, c’est comme un psy et même plus efficace. Elle a vécu ce que j’ai vécu, elle est capable de ressentir la même chose. Si elle s’en est sorti avec tout ce qu’elle a vécu, je n’ai pas le choix de m’en sortir aussi», résume-t-elle.

Et l’aidant? Les problèmes de ceux qui ont connu les troubles mentaux ne pèsent-ils pas déjà assez lourd comme ça? Il semblerait bien que non. Au contraire. «Être pair aidant, c’est redonner au suivant, susciter l’espoir. On devient en quelque sorte un modèle vivant», indique Guylaine Cloutier, paire aidante et agente de projet pour le programme Pairs aidants réseau.

Être pair aidant, c’est redonner au suivant, susciter l’espoirGuylaine Cloutier

Quant à la possibilité de rechute, il semblerait qu’elle reste peu élevée. «On ne se laisse pas aller jusque-là. Si un patient nous chamboule trop, on reconnaît plus vite nos lumières jaunes avant qu’elles ne deviennent rouges», assure Mme Cloutier.

FormationLa formation pour devenir pair aidant dure deux semaines, en communauté. Les participants travaillent avec leur expérience de vie, apprennent à mettre des mots sur ce qu’ils ont vécu et s’initient aux principes du rétablissement. À cela s’ajoute le vécu que le programme Pairs aidants réseau compare à «des années d’expérience».

Les milieux qui accueillent ces travailleurs doivent aussi être préparés et formés. «C’est un défi pour les intervenants. On leur a dit pendant leurs études que c’étaient eux les experts. Et là, les pairs aidants arrivent, sans avoir fait de longues études, mais avec un bagage de connaissances. C’est souvent un acte d’humilité pour l’universitaire de reconnaître l’expertise de l’autre. Mais les bénéfices restent plus grands que les obstacles», termine Diane Harvey, directrice générale de l’AQRP.

Le congrès de l’AQRP aura lieu du 10 au 12 novembre à Montréal

Des chiffres et des constats-113 pairs aidants formés depuis formés depuis 2008-Une formation de 119 heures reconnue par l’Université Laval

-Les pairs aidants prennent en moyenne deux jours de congé de maladie de moins que leurs collègues non-usagers

-L’intervention de pairs aidants amène une diminution des jours d’hospitalisation pour les personnes souffrant de trouble mental

http://www.lanouvelle.net/Actualites/National/2014-10-21/article-3910742/Du-fou-au-collegue-de-travail/1

« Obscure clarté : schizophrénia », Florent Babillote, éditions Laïus

Né en 1980, Florent Babillote vit une enfance paisible jusqu’à ce que tout bascule : à l’adolescence, la schizophrénie surgit sous la forme de bouffées délirantes et l’apparition d’un «Autre», à la voix inquiétante. Témoignage sur la maladie «vue de l’intérieur», l’ouvrage fait pénétrer dans les anfractuosités d’une pensée tourmentée qui se (re)construit dans le dire, l’écrire. Il faut, en quelque sorte, «nommer la chose» pour passer à une autre.

Tourner la page, Florent Babillote le fera de façon plus singulière encore. Après avoir achevé son autobiographie, il devient aide-soignant… dans l’unité psychiatrique où, quelques années auparavant, il a lui-même été interné. Comment évoque-t-il ce passage de soigné à soignant ? Dans une postface inédite, Florent Babillote revient sur ce chemin singulier et livre, sans artifice, une expérience hors du commun.

Extrait Comment osez-vous ouvrir ce bouquin, comment pouvez-vous poser votre regard sur ce feu brûlant ? Allez-vous en, fermez ce livre et oubliez tout cela. Quoi, vous persistez et signez ? Qui êtes-vous pour oser me déranger dans ma terrible demeure ? Sachez qu’ici, c’est l’antre de mon coeur. N’oubliez jamais que la dernière personne à avoir tenté pareille entreprise est morte d’une fracture nette de l’oeil droit ! (…) Vous avez mis entre vos mains cet ouvrage mais ce sont mes tripes que vous venez de mettre à jour. Écoutez-moi, je ne suis pas celui que vous croyez, encore moins celui que vous voyez…»

Mad Pride 2014

Première « Mad Pride » prévue à Paris:  le samedi 14 juin 2014 – Départ à 14h de l’Hôpital Sainte Anne pour arriver en fin d’après-midi à l’Hôtel de Ville

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Groupe de discussion

Un groupe pour discuter entre personnes touchées par la schizophrénie? C’est sur facebook: https://www.facebook.com/groups/586147771408565/

Un groupe sans prétention, où l’on vient échanger notre parcours de galériens. La schizophrénie est venue frapper à notre porte….Saurons-nous la laisser s’échapper?

Le rétablissement: une philosophie de soins en santé mentale qui fait ses preuves

Publié le 24 Août 2013
Viviane Asselin  RSS Feed

Journal Beauport Express, membre du groupe Québec Hebdo

Il faut sans doute passer d’abord par le musée Lucienne-Maheux de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec (IUSMQ) pour bien comprendre le changement qui s’y est opéré ces dernières années dans la façon de traiter la santé mentale. Axés aujourd’hui sur le rétablissement, une philosophie de soins qui favorise l’autonomie et l’intégration sociale de l’individu, les services et les lieux sont repensés en conséquence.

Sujets : 
Québec Hebdo

Finis, donc, les dortoirs sans intimité ni silence, où tous les diagnostics se côtoyaient. Finie, aussi, l’époque où on pouvait retrouver 5200 patients hospitalisés à long terme. Si quelque 6500 personnes sont actuellement suivies en externe par le personnel de l’IUSMQ, l’établissement ne compte plus que 222 lits pour les courts séjours et 157 lits pour les séjours prolongés. Une réalité qui, forcément, a laissé des locaux vides; certains trouvent de nouveaux usages, notamment en recherche; d’autres font l’objet de réaménagements.

C’est le cas des trois unités d’hospitalisation en troubles psychotiques, qui ont inauguré leurs nouveaux espaces en mars 2013. Par unité, on trouve 20 chambres individuelles, chacune équipée de son téléphone et de sa radio, et une seule chambre d’isolement. S’ajoutent deux salles de séjour, un coin cuisine, une salle de lavage, un fumoir… Bref, un aménagement qui permet plus d’autonomie et de liberté au client qui peut circuler et sortir à sa guise. «Ce n’est pas une prison, c’est un milieu de vie», résume Lyne Beauregard, assistante en soins infirmiers de l’unité J-3000.

Un modèle en matière de rétablissement

Marie-Chantale Côté est bien placée pour témoigner de ce passage d’une philosophie de soins plus encadrée à une autre qui, par sa souplesse, rend le retour en société moins déstabilisant. «On était trop pris en charge, donc la sortie était difficile», confirme celle qui a traversé une ronde d’hospitalisations par le passé. C’est grâce à la confiance de personnes de son entourage qu’elle a pu rebâtir son estime personnel. Aujourd’hui, elle fait partie des cinq pairs-aidants de l’IUSMQ qui partagent avec les clients leur savoir expérientiel et les valeurs du rétablissement.

Qu’est-ce que c’est, exactement, le rétablissement? «C’est très unique… D’abord, c’est retrouver la paix en soi, la joie de vivre, la sérénité, l’espoir… C’est renaître, finalement», explique Marie-Chantal Côté. Pour parvenir à ce mieux-être, le pair-aidant accompagne la personne, dans son milieu de vie, au travers de cinq étapes: 1) l’amener à admettre son trouble mental pour qu’elle accepte de prendre la médication adéquate; 2) la faire cheminer pour qu’elle ne se définisse pas par la maladie, mais comme personne; 3) l’aider à cibler ses forces, ses buts, et à aller chercher les outils nécessaires pour y parvenir; 4) superviser ses premiers pas pour reprendre contact avec son entourage et la société; 5) la laisser se réapproprier le pouvoir sur sa vie.

Le pair-aidant intègre ainsi les équipes multidisciplinaires composées d’infirmières, de médecins, de travailleurs sociaux, qui suivent les personnes en externe. Son propre vécu avec la santé mentale favorise un rapport d’égal à égal susceptible d’inspirer la confiance chez son vis-à-vis. L’IUSMQ a été parmi les premiers à lui reconnaître un rôle essentiel dans le processus de rétablissement; seule institution québécoise en santé mentale à en compter autant dans ses rangs, elle reçoit parfois la visite de délégations européennes qui viennent s’inspirer de son modèle d’organisation des services.

Membre du Groupe Québec Hebdo

http://www.quebechebdo.com/Communaute/2013-08-24/article-3356746/Le-retablissement%3A-une-philosophie-de-soins-en-sante-mentale-qui-fait-ses-preuves/1

Psychiatrie : d’anciens malades à la rescousse

Par figaro iconMarie-Noëlle Delaby – le 22/03/2013
Réservé aux personnes ayant souffert de troubles mentaux, le métier de médiateur de santé pair consiste à accompagner les personnes en souffrance psychique. Un volontaire témoigne à l’occasion de la semaine de la santé mentale.

 

«Mon parcours en tant que malade diagnostiqué bipolaire a été chaotique, jalonné d’internements et de passages en chambre d’isolement. Mais sans ça, je n’en serais pas là aujourd’hui. Ces épreuves m’ont donné l’envie d’aller vers les autres patients», explique Jean-Pierre Julien. “Là”, c’est son nouveau statut de médiateur de santé pair, à la charnière entre le patient en psychiatrie et le corps soignant. Ce projet lancé en France en 2011 permet à des personnes ayant traversé des épisodes de troubles mentaux d’accompagner, après formation, des malades présentant des pathologies mentales.

Créé sous l’impulsion du Centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé (CCOMS) et des agences régionales de santé (ARS), ce projet pilote a permis la mise en place dans trois régions (Ile de France, Nord-Pas-de-Calais et PACA) d’une trentaine d’emplois de patients médiateurs au sein d’unités de soin en psychiatrie. Ces postes sont pourvus par des anciens malades qui ont suivi une formation de 260 heures. «Au-delà de cette formation conséquente, c’est la sensibilité propre au vécu et à l’expérience des médiateurs qui fait leur force», estime Jean-Pierre, graphiste de formation.

 

Jean-Pierre Julien intervenant jeudi à la mairie du XIe arrondissement de Paris. Crédit photo: Marie-Noëlle Delaby.
Jean-Pierre Julien intervenant jeudi à la mairie du XIe arrondissement de Paris. Crédit photo: Marie-Noëlle Delaby.

 

Une position symétrique avec le malade

En tant que médiateur, il propose aujourd’hui aux patients des hôpitaux de Saint Maurice à Paris des ateliers d’informatique. Au travers de ces ateliers qu’il anime avec un infirmier, il permet aux patients de mettre en texte et en image leur ressenti, de prendre possession de leur état. «En psychiatrie, on parlera plus volontiers de démarche “vers” le rétablissement que de guérison. C’est un travail de toute une vie, qui selon mon intime conviction passe par l’action. Le patient doit être à même de bouger ses lignes, de se prendre en main pour aller vers un mieux-être», rappelle Jean-Pierre. De manière très concrète, ces ateliers permettent aussi aux participants d’acquérir des compétences en informatique qui leur seront indispensables dans leur réinsertion professionnelle.

Pour le docteur Marie-Christine Cabie, chef de pôle du secteur de psychiatrie du 11ème à Paris où travaille Jean-Pierre Julien, l’atout du patient médiateur dans le parcours du malade est de proposer un positionnement différent de celui du corps médical. «Dans la relation entre soignant et patient, le premier a la position haute, le second la position basse. Qu’il s’agisse du médecin en qualité de prescripteur ou de l’infirmier qui applique la prescription, ils adoptent dans les deux cas la position de celui qui sait, tandis que le patient remplit celle de celui qui souffre.» Le médiateur de santé est en revanche dans une position symétrique avec le patient. En tant que pair, il offre donc une autre qualité d’écoute. «Ni meilleure ni pire, mais distincte», souligne la psychiatre. «Différente, plus à même de redonner au patient l’envie de se battre», complète Jean-Pierre Julien.

«Lutter contre la peur»

Dans son travail, le médiateur a affaire à des patients aux profils variés: bipolaires, mais aussi des personnes atteintes de troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie) ou encore de troubles obsessionnels convulsifs (TOC). «Une des grandes questions est de savoir où se situe ma légitimité à travailler avec des gens qui n’ont pas la même pathologie que moi, reconnaît-il. Ce à quoi je réponds que toutes ces maladies psychiatriques reposent sur un socle commun à combattre: le repli sur soi, l’isolement et la peur».

Si l’engagement de Jean-Pierre Julien auprès des patients en souffrance psychique ne date pas d’hier, la création des postes de Médiateurs de santé-pair a selon lui le mérite de donner une légitimité et une reconnaissance à son travail. Une valorisation qui reste cependant contestée par certains. «L’intégration aux équipes n’a pas toujours été facile, reconnaît-il. Certains membres des équipes soignantes craignent que l’arrivée des médiateurs de santé n’ait d’autre but que de remplacer le personnel qualifié par des embauches au rabais». La création des postes de médiateurs a en effet provoqué dès 2011 une violente levée de bouclier de la part des syndicats infirmiers et les tensions demeurent. «La notion d’accompagnement du patient est à la frontière des compétences des travailleurs sociaux, paramédicaux et désormais des médiateurs, et cette ambiguïté est susceptible de favoriser des hostilités», admet Marie-Christine Cabie. «Mais l’idée fait son chemin petit à petit, dans l’intérêt du patient».

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/03/22/20102-psychiatrie-danciens-malades-rescousse

Clubhouse

Pour une fois, une bonne nouvelle.

Il existe une structure récente, en France, l’association clubhouse France, dont le but
est la réinsertion des patients dans la société et en particulier dans le monde du travail.

Elle fait une large place aux patients qui sont considérés comme des adultes, pour une fois,
et qui participent aux activités et à la gestion du club. Des entreprises partenaires le soutient
et propose des emplois qui peuvent être aménagés.

Cela sort des discours rebattus sur « la maladie très grave et définitivement handicapante ».

Extrait de leur page web :

NOTRE MISSION :

Redonner à la personne sa dignité et le pouvoir d’agir. Restaurer, maintenir et améliorer la qualité de vie des personnes
fragilisées par un trouble mental (schizophrénie, trouble bipolaire, troubles de la personnalité, etc.) en les aidant à prendre
conscience, développer et utiliser leurs capacités pour vivre, apprendre et travailler dans la société avec le plus d’autonomie et
de satisfaction possible
.

Notre mission a donc un intérêt général qui peut être bénéfique à l’ensemble de notre société.

NOTRE VISION :

Que les personnes en situation de handicap psychique réalisent partout leur potentiel en étant
respectées comme collègues, voisins et amis
.

NOS VALEURS :

Le respect, la tolérance, l’écoute, la bienveillance, l’entraide, la solidarité avec l’encouragement
au développement du potentiel de chacun.

NB : Clubhouse France est une association d’intérêt général à but non lucratif, apolitique et
sans obédience religieuse.

Site Web : http://www.clubhousefrance.org/

Alain

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