Posts Tagged ‘violence’

Il y a deux réalités

Vacances d’internet obligent, ce n’est qu’aujourd’hui que j’apprends la mort de Jean Oury, lui qui disait: « soigner les malades sans soigner l’hôpital, c’est de la folie ». Je lis aussi un article où un psychiatre répond à des plaintes de patients pour maltraitances:  Parfois, un patient perçoit différemment la réalité. C’est un cas typique de psychose. Le rôle du psychiatre est alors de réussir à dire qu’il y a deux réalités différentes et non d’affirmer au patient qu’il a tort. (http://www.lavoixdunord.fr/region/psychiatrie-a-berck-reelles-maltraitances-ou-ia36b49106n2141280)

Visiblement, ce psychiatre n’a pas dû lire Jean Oury. Ou Martin Winckler, qui dit que si un patient se sent maltraité, c’est qu’il l’est, mais il est vrai qu’il ne parle pas spécifiquement des psychotiques. C’est bien pratique, la psychose, pour décrédibiliser la parole des gens. Les psychotiques ne vivent pas dans la même réalité que les autres, alors s’ils se sentent maltraités, ils ne le sont pas vraiment. Parce que la maltraitance en psychiatrie, ça n’existe pas, comme nous l’explique l’article en questions, et il existe des organes de contrôle, les patients ont des droits et en plus aucun incident n’a été signalé. Comme nous savons que ces droits sont toujours signifiés aux patients et bien sûr respectés, que ceux-ci ont tout le loisir de contacter les organismes de contrôles, on ne peut pas douter de la vérité des faits: ils n’existent pas dans la bonne réalité, mais seulement dans la mauvaise, celle des psychotiques, qui décidément interprètent toujours tout de travers. Oh, je sais, j’ai bien lu, il n’est pas question de dire aux patients qu’ils ont tort, mais enfin quand même, toute personne sensée se doute bien quelle réalité il faut prendre en compte. Tiens, ça me rappelle Rufo et ses mises en garde: attention, cette psychotique que je viens de diagnostiquer à la télé en deux minutes a le droit de se dire abusée, il faut l’écouter, mais ne tombons pas dans le piège de la croire.

C’est curieux, je trouve, d’être soignant en psychiatrie et de ne pas prendre en compte la réalité de ses patients. Je croyais, il y a longtemps que je n’y crois plus c’est vrai mais ça fait toujours aussi mal, que le but d’un soignant était de comprendre la réalité de son patient, de l’écouter, de la prendre en compte, de la respecter. Si quelqu’un dit qu’il souffre, il souffre, c’est tout. Croire qu’on n’est jamais maltraitant, c’est de la mégalomanie. C’est un refus absolu de se remettre en question, d’écouter l’autre, c’est défendre ses pouvoirs et ses privilèges au mépris de la souffrance de l’autre, c’est défendre le pouvoir absolu de l’institution. Parce que tout le monde peut être maltraitant. Parce qu’on est humains, parce qu’il y a des gens qu’on apprécie moins que d’autre, des jours où l’on a pas envie d’être attentifs aux besoins des autres, parce qu’on n’a pas le temps, qu’on est fatigués ou de mauvaise humeur. C’est encore plus facile d’être maltraitant quand on a du pouvoir sur des personnes fragilisées. Pour ne pas l’être, la première chose, c’est d’admettre qu’il nous arrive de l’être, c’est d’y réfléchir et d’essayer de ne pas l’être. Les gens qui pensent n’être jamais maltraitants, qui croient travailler dans une institution où la maltraitance n’existe pas, je ne sais pas dans quelle réalité ils vivent, mais ce n’est pas la mienne.

téléchargement (1)

Oui, il y a deux réalités. Je crois bien que je préfère ma réalité de psychotique, celle de Jean Oury, à celles de ceux qui pensent pouvoir diriger la vie des autres en toute bonne conscience.

 

Au courage de deux femmes que je ne connais pas

Les femmes, parfois, quelles connes, on leur fait l’amour et elles croient qu’on les viole.

Les folles, parfois, quelles connes, on les soigne et elles croient qu’on les viole.

Et certaines vont même en parler aux flics. Alors qu’elles étaient consentantes. Alors que c’était thérapeutique. Pas courant en psychiatrie, peut-être, mais thérapeutique.

Des filles pas comme il faut, des filles ni sympas ni gentilles. Des filles qui l’ouvrent. Des filles qui la ramènent avec leur haine et leur traumatisme.

Je suis une de ces connes qui croit qu’on la viole. Et les deux autres, celles que je ne connais pas, celles qui ont traîné un psychiatre au tribunal, celles qui ont mal compris, je les ai peut-être croisées dans le couloir de l’hôpital. Le vendredi matin, quand le Dr P. était seul. Pas d’interne, pas de secrétaire, pas de collègue. Peut-être me suis-je assise à côté d’une de ces deux connes qui n’ont rien compris aux gestes thérapeutiques de leur psychiatre, ou pas, mais en tout cas je me suis assise à la même place devant le même médecin.

imagesCALJM2OB

Ce médecin, moi je le trouvais juste antipathique mais j’avais eu ma dose de confusion l’année d’avant. Mais bon, t’avais qu’à dire non plus fort, frapper plus fort, partir, ne pas sortir avec ce mec. Et puis comme m’a dit plus tard un autre psychiatre « Tous les hommes ne sont pas comme ça ». Voilà sa réponse à mon traumatisme, à ma haine, mon envie de lui écraser mes Docks sur la gueule s’il crevait devant moi, ce mec-là. En clair, faut passer à autre chose mademoiselle, tous les hommes ne sont pas comme ça, n’en parlons plus.  T’en as pas parlé aux flics, n’en parle pas à ton psy non plus.

Faut arrêter d’emmerder son monde avec des histoires de femmes, aussi. Ou pire d’aller la ramener chez les flics et traîner devant les tribunaux les psychiatres qui essayent de vivre tranquilles et de bosser avec quelques avantages en nature. Faut pas envoyer en taule des gens juste parce qu’on a pas compris leurs intentions, juste parce qu’on est des femmes et des folles et qu’on a trop d’imagination.

Parce que bon, puisque tous les hommes ne sont pas comme ça, faut pas aller culpabiliser les mecs bien avec ses peurs et ses haines. Quand même.

La psychiatrie s’interroge face à la banalisation de l’isolement et de la contention

Deux rapports alertent sur le développement de la contention et de l’isolement en psychiatrie. Des soignants s’inquiètent de ce recours à ces pratiques, thérapeutiques mais aussi attentatoires aux libertés.

Dans quelles conditions est-il légitime de placer à l’isolement ou d’attacher des patients dans des services de psychiatrie ? Et assiste-on aujourd’hui à un développement de ces pratiques, parfois nécessaires sur un plan thérapeutique, mais aussi potentiellement attentatoires aux libertés individuelles ? Même si elles ne font pas la une de l’actualité, ces questions sensibles se retrouvent une nouvelle fois au cœur du débat public.

Coup sur coup, deux rapports viennent de tirer la sonnette d’alarme. Le plus récent, publié la semaine dernière, est le rapport annuel du contrôleur général des lieux de privation de liberté. «Il n’est pas question de discuter ici le fait que certains patients particulièrement agités, dangereux pour eux-mêmes et pour les autres, puissent nécessiter le recours à l’isolement voire à la contention. Il n’en reste pas moins qu’une telle décision devrait répondre à des critères précis et des conditions déterminées, ce qui n’est pas toujours le cas», écrit Jean-Marie Delarue.

Il constate que les chambres d’isolement, parfois dépourvues «de commodités (un seau est alors laissé au patient)», ne sont pas non plus toujours équipées d’un bouton d’appel, ni d’horloge permettant au patient de se repérer dans le temps. «Les malades peuvent y être entravés, sanglés à leur lit par une main et un pied ; le moindre geste de la vie quotidienne – se nourrir, uriner – place alors la personne dans des conditions humiliantes», indique Jean-Marie Delarue.

Dans son rapport sur la santé mentale, rendu public à la fin de l’année (La Croix du 17 décembre ), le député PS de Loir-et-Cher, Denys Robiliard, dénonce lui aussi «un recours problématique» à la contention et à l’isolement. «C’est un phénomène difficile à appréhender car il n’existe aucune statistique, explique-t-il. Mais nous avons interrogé de nombreux professionnels qui, de manière majoritaire, nous ont dit que cela était en développement.»

Pour Denys Robiliard, cette évolution n’est en rien anodine. «Elle témoigne d’une perte de la culture de la relation humaine dans les établissements», souligne-t-il. L’isolement et la contention ne peuvent être mis en œuvre que sur prescription médicale. «Cela ne s’impose que si aucune autre solution n’est possible pour un patient agité qui se met en danger ou qui met en danger les soignants ou les autres patients. Et cette prescription doit être limitée dans le temps», explique le professeur Jean-Louis Senon, chef du pôle psychiatrie et urgences au CHU de Poitiers.

La situation est identique pour la mise à l’isolement, qui doit être prescrite pour une durée maximale de 24 heures, possiblement renouvelable. Mais certaines dérives semblent exister. Dans son rapport, Jean-Marie Delarue évoque le cas de patients «autistes et déficients chroniques», parfois placés en chambre d’isolement pour des durées qui se comptent en semaines, en mois, voire en années. «Les contrôleurs ont rencontré, dans une maison d’accueil spécialisée (MAS), un résident placé en chambre d’isolement depuis sept ans», indique-t-il.

En France, après la Seconde Guerre mondiale, toute une génération de psychiatres s’est mobilisée pour bannir l’isolement et la contention. Au point, affirment-ils, que cela était quasi marginal dans les années 1970 et 1980. «J’ai fait les trois quarts de ma carrière sans jamais avoir mis un patient sous contention», affirme le docteur Christiane Santos, secrétaire générale de l’Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique.

«Aujourd’hui, l’isolement est devenu une pratique routinière. Et la contention, bien que plus rare, a aussi tendance à se banaliser. Au point que beaucoup de soignants ne s’imaginent même pas qu’on puisse faire autrement», déplore Dominique Friard (1), infirmier de secteur psychiatrique au centre de santé mentale de Gap et rédacteur en chef adjoint de la revue Santé mentalePour certains psychiatres, tout cela n’est pas sans lien avec l’émergence d’un «climat sécuritaire», largement activé, selon eux, sous le mandat de Nicolas Sarkozy.

Ils estiment qu’un tournant s’est produit, fin 2008, lorsque le chef de l’État a annoncé un plan visant à mieux «sécuriser» les hôpitaux avec la création de 200 chambres d’isolement. Au-delà du débat politique, nul ne peut nier que, ces dernières années, la sécurité est devenue une préoccupation croissante pour de nombreux soignants, désarçonnés par le comportement parfois violent de certains patients. «Quand une équipe a peur, il est certain que le médecin va prescrire des contentions», a expliqué, à la commission Robiliard, Danièle Hagen, cadre de santé, référente du collectif psychiatrie de la Coordination nationale des infirmiers.

Pour le député, plusieurs facteurs doivent aussi être pris en compte. Le premier est la diminution du nombre de soignants dans les équipes. «Ces dernières années, on a aussi assisté à une féminisation des effectifs infirmiers en psychiatrie et à une évolution de la formation», ajoute Denys Robiliard. Il évoque notamment la disparition, en 1992, du diplôme d’infirmier de secteur psychiatrique. Depuis, il n’existe plus qu’un seul et même diplôme pour tous les infirmiers. 

«Désormais, les services connaissent souvent un turnover important d’infirmières, souvent jeunes et qui arrivent là sans aucune expérience de la psychiatrie. Résultat, elles ont souvent plus de mal à gérer des patients démonstratifs et agressifs», constate Danièle Hagen. «Avant, nous avions des infirmiers psychiatriques expérimentés qui “sentaient” bien les patients et étaient capables de prévenir les situations de crise», ajoute le docteur Santos. «La formation et l’expérience des équipes sont des éléments déterminants», renchérit le professeur Senon.

Pour l’avenir, tant Jean-Marie Delarue que Denys Robiliard plaident pour que tout recours à l’isolement et à la contention soit signalé dans un registre spécifique. «Les éléments à consigner doivent comprendre l’heure de début et de fin de la mesure, les circonstances d’espèce, les raisons ayant motivé le recours à la mesure, le nom du médecin l’ayant prescrite ou approuvée dans un délai raisonnable», souligne le contrôleur général dans son rapport.

«C’est indispensable pour s’assurer que ces pratiques restent réservées à des cas extrêmes et éviter toute banalisation», insiste Alain Monnier, membre de l’Union nationale de familles et amis de personnes malades ou handicapées psychiques (Unafam). «Ce qu’il faudrait, c’est surtout qu’une institution extérieure puisse venir dans les services pour interroger les pratiques», ajoute Dominique Friard.

Mais pour certains, cette évolution doit surtout inciter à s’interroger sur l’état de la psychiatrie en France. «Le fait que la contention soit de plus en plus utilisée est quand même le signe qu’elle ne va pas très bien», estime le docteur Jean-Claude Pénochet, président du Syndicat des psychiatres des hôpitaux.

——————–

LA CONTENTION «CHIMIQUE»

La contention «chimique» est une question «délicate» selon le contrôleur des lieux de privation de liberté. Dans son rapport, il constate que certains patients continuent à recevoir des «doses massives» de médicaments, même lorsque la crise est passée et que la contention physique a été levée : «Par une application excessive du principe de précaution, des doses importantes de neuroleptiques continuent d’être administrées, faisant subir aux patients de lourds effets secondaires.»

Jean-Marie Delarue constate que, d’un établissement à l’autre, la pratique de la «contention chimique» est très variable :  «Dans certains établissements de santé mentale de droit commun, les patients sont tellement sédatés qu’il est difficile d’échanger avec eux, alors que dans d’autres, y compris en UMD (unités pour malades difficiles), il est tout à fait possible de dialoguer», souligne le rapport.

(1) L’isolement en psychiatrie : séquestration ou soin ?, Elsevier Masson, 2002. La revue Santé mentale a publié, en juin 2009, un dossier très complet sur le «vécu en chambre d’isolement»

Pierre Bienvault

Farid Bamouhammad, victime de traitements dégradants en prison, recevra 11.000 euros

Les contentions  jugées humiliantes et dégradantes en prison sont pourtant toujours considérées comme nécessaires en psychiatrie, voire comme des soins.

 

Les faits se sont déroulés en 2007 dans la prison d’Ittre.

Le tribunal correctionnel de Nivelles a estimé que Farid Bamouhammad avait bien fait l’objet, en décembre 2007 à la prison d’Ittre, de traitements dégradants dont sont responsables deux membres de la direction et un chef des gardiens. Le détenu est lui-même reconnu coupable d’injures et de menaces envers le personnel pénitentiaire.

Vu le dépassement du délai raisonnable dans ce dossier, tous les prévenus sont sanctionnés d’une simple déclaration de culpabilité. Mais Farid Bamouhammad recevra 11.000 euros de dédommagement, soit 1.000 euros par jour de détention. Les agents insultés, eux, reçoivent un euro symbolique.

Placé au cachot, Farid Bamouhammad, dit « Farid le Fou », était resté attaché aux poignets et aux chevilles durant 11 jours en décembre 2007, jusqu’à son transfert vers une autre prison. Ses avocats avaient déposé plainte contre plusieurs membres de la direction et plusieurs gardiens, pour traitements inhumains et dégradants.

Dans le jugement rendu lundi, qui est longuement motivé, le tribunal écarte la prévention de traitements inhumains mais retient les traitements dégradants, qui sont une humiliation ou un avilissement grave. Le tribunal relève que le comportement de Farid Bamouhammand à la prison d’Ittre n’était pas d’une dangerosité telle qu’il faille lui poser des entraves (menottes aux poignets et aux chevilles) alors qu’il était placé en cellule nue.

Le directeur de l’époque, une codirectrice et un chef des gardiens sont estimés responsables. Les autres membres du personnel sont acquittés. Vu l’ancienneté des faits, une simple déclaration de culpabilité a été prononcée à l’encontre des trois prévenus.

Farid Bamouhammad, plusieurs fois condamné, est détenu quasiment sans interruption depuis 1984. Réputé difficile à gérer, il a été changé de prison à de nombreuses reprises et soumis à des régimes souvent très sévères.

http://www.lesoir.be/400236/article/actualite/belgique/2014-01-13/farid-bamouhammad-victime-traitements-degradants-en-prison-recevra-11000-euros

Le pouvoir absolu

Les images du centre de Lampedusa, je ne peux pas les regarder. Les récits des crimes des policiers ayant torturé et humilié des SDF à Bruxelles, je ne peux pas les entendre. C’est physique. Ca m’anéanti, ça atteint mon humanité et mon sentiment de sécurité. Je ressens physiquement à quel point le monde est dangereux. Le pouvoir absolu, je ne peux pas le supporter. Je suis toujours hantée par les images d’Abou Ghraïb. J’ai quasiment une réaction de panique quand je vois une photo tirée du reportage d’Arte sur Sainte-Anne.

Alors, il y a des moments où je ne peux plus rien lire sur la psychiatrie. Je n’alimente plus beaucoup la catégorie des actualités de ce blog parce que c’est au-dessus de mes forces. images (1)

Je ne dis pas que la psychiatrie est équivalente à Abou Ghraïb, qu’on s’entende bien. Mais je dis que le pouvoir absolu est présent en psychiatrie, pas tout le temps, pas toujours, mais son ombre plane toujours.

Premièrement, parce que l’hôpital psychiatrique (et c’est bien ce dont je parle ici quand je dis psychiatrie) est une institution, et qu’une institution ça se base sur la négation de l’individu. Il faut faire marcher l’institution, respecter ses règles, et pour cela, le plus simple, le plus rapide, c’est d’exiger des individus qu’ils s’oublient. Pour justifier le port des uniformes dans l’hôpital où j’ai séjourné, une infirmière m’a dit « Comme ça, on est tous pareils ». Tout était dit.  Même vêtements, mêmes horaires, mêmes activités, mêmes pensées. Pas de différences, pas de critiques, pas d’espoirs personnels, pas d »originalité, pas de fantaisie. Ca, c’est l’institution. Et celui qui voudra s’y opposer ferait bien de savoir à quoi il s’attaque et s’il est prêt à en payer le prix. Adolescente dans une école religieuse, externe, c’était plutôt drôle, le prix à payer était le mépris des dirigeants et une réputation salie. Ca en valait la peine. A l’hôpital, j’ai choisi de dire ce qu’il fallait, parce que le prix à payer était trop lourd, parce que je me battais contre bien plus fort que moi, parce que je ne voulais pas y perdre ma liberté ni laisser mon esprit s’enfoncer dans les brumes des neuroleptiques trop fortement dosés.

Deuxièmement, ce qui fait que le pouvoir absolu est présent en psychiatrie, c’est l’absence effective de droits des personnes souffrant de maladies mentales. Oh, je sais bien que sur papier nous avons des droits. Mais ceux-ci sont bafoués régulièrement, en misant sur l’ignorance du patient, en utilisant même la menace à l’occasion, ou la punition. Ensuite, ces droits ne sont que très relatifs puisqu’ils sont la plupart du temps suivi de la mention « sauf en cas d’urgence ». En clair, des droits nous n’en avons pas beaucoup et on peut nous les enlever à tout moment. Par exemple, si vous êtes en hospitalisation libre, vous avez le droit de refuser un traitement. Personne ne vous le dit, donc vous avez intérêt à être bien renseigné avant. Mais si vous demandez ce droit, on peut changer votre régime d’hospitalisation afin de vous imposer votre traitement. Donc, finalement, vous avez juste le droit d’être d’accord avec ce qu’on vous dit de faire. Si ça ne ressemble pas à du pouvoir absolu, je ne sais pas ce que c’est.

Ce pouvoir absolu d’êtres humains sur d’autres êtres humains, je ne le supporte pas, y compris sous couvert de bienveillance. La malveillance, le plaisir de faire souffrir, la plupart des gens les trouvent insupportables. Je ne veux pas le comprendre et ne le comprendrai jamais. La bienveillance qui ne veut rien écouter, qui broie les êtres humains, elle est tout aussi insupportable, car quand on veut la remettre en question, on est face à un mur, face à quelqu’un qui veut croire qu’il sait mieux que l’autre ce qui est bon pour lui. Les deux broient les êtres, et c’est en cela que les institutions punitives et les institutions soignantes, éducatives, etc peuvent se rejoindre, dans la négation de l’autre.

Voilà pourquoi par moment je ne peux plus rien lire sur la psychiatrie que j’ai connue, parce que mon coeur s’emballe, parce que je tremble, parce que je pleure, parce que je me souviens de ce pouvoir absolu, ou de son ombre, son ombre qui annonce les plus grands dangers, la vulnérabilité d’une personne sans défense face à une institution qui a tous les pouvoirs.

Mikhaïl Kossenko, ou le retour de la psychiatrie punitive en Russie

Le 8 octobre 2013, Mikhaïl Kossenko est condamné à un internement psychiatrique forcé. Pour lui, c’est une étape de plus dans le calvaire qui a commencé le 6 mai 2012, alors qu’il manifestait à Moscou.

Mikhaïl a 38 ans. Amateur d’échecs, passionné d’histoire, il passe la moitié de son temps dans les bibliothèques, et dépense sa maigre pension d’invalidité dans les livres. A son retour du service militaire où brimades et humiliations étaient monnaie courante, on lui a diagnostiqué une schizophrénie légère. Depuis, il suit un traitement et, d’après ses médecins et sa sœur Ksenia, chez qui il vit, il n’a jamais représenté le moindre danger.

Le 6 mai 2012, Mikhaïl est sur la place Bolotnaïa à Moscou, à l’appel de plusieurs partis d’opposition dénonçant l’investiture de Vladimir Poutine pour un troisième mandat présidentiel. Ce jour-là, des dizaines de milliers de manifestants convergent vers la place.

Au mépris des accords passés avec les organisateurs, les forces de l’ordre ferment un des deux accès à la place, créant un goulot d’étranglement. Des violences éclatent entre des manifestants isolés et la police, qui réprime le rassemblement de manière brutale et aveugle, comme en témoignent les nombreuses scènes filmées : des manifestants sont tabassés, des centaines d’autres sont arrêtés au hasard et relâchés peu après. Mikhaïl est de ceux-là.

Le 7 juin à 21h30, la police perquisitionne le domicile de sa sœur, et emmène Mikhaïl au quartier général de la police à Moscou. Il est alors accusé, à l’instar d’autres manifestants de Bolotnaïa, d’avoir participé à des « émeutes de masse » et de violences contre des policiers.

Pendant sa détention préventive, Mikhaïl apprend à la télévision le décès de sa mère. Malgré l’insistance de ses avocats, il n’est pas autorisé à assister aux funérailles. Pire, les lettres que Ksenia lui écrit lui sont retournées par le service de censure de la prison. Ce n’est que lorsque le procès commence, dans la salle d’audience, qu’elle pourra le réconforter à travers le box des accusés.

Le procès contre Mikhaïl et onze des manifestants inculpés va durer des semaines. Pour les défenseurs des droits humains, il s’agit d’une mascarade sans fondement juridique, sans preuve apportée par l’accusation, et selon Ksenia, uniquement motivée par des considérations politiques « venant d’en haut ».

Amnesty International a pu assister aux audiences et consulter les dossiers d’accusation. L’organisation a acquis la certitude que Mikhaïl et au moins neuf des onze autres prévenus ont manifesté pacifiquement, et les considère comme des prisonniers d’opinion, qui doivent être immédiatement libérés.

Prisonniers de Bolotnaïa projetés sur l'ambassade de Russie, Paris décembre 2013Prisonniers de Bolotnaïa projetés sur l’ambassade de Russie, Paris décembre 2013 © Pierre-Yves Brunaud/ AI France

Le 8 octobre, Mikhaïl Kossenko est condamné à un internement psychiatrique forcé de durée indéterminée sur la base d’une expertise ordonnée par l’accusation, sans contre-expertise indépendante. Un vrai retour à la pratique soviétique de la psychiatrie punitive visant à faire taire les dissidents en les internant. Alors qu’est prononcé ce nouveau déni de droit, à l’intérieur du tribunal, on peut entendre les soutiens de Mikhaïl crier : « liberté, liberté ».

Mais, alors que certains invoquent la possibilité que des prisonniers de Bolotnaïa soient amnistiés prochainement, Mikhaïl, lui, n’y aura pas droit : seul un panel d’experts  pourrait le faire libérer. A sa sœur, il disait dernièrement : « Je suis dans cet hôpital, je vais suivre leur traitement stupide, pas de problème. Mais je serais tellement heureux que les autres  soient libérés. Mon esprit serait tellement soulagé. »

Demandez sa libération, et celle des autres prisonniers de Bolotnaïa :http://www.10jourspoursigner.org/bolotnaia

http://blogs.mediapart.fr/edition/les-autres-visages-de-la-russie/article/131213/mikhail-kossenko-ou-le-retour-de-la-psychiatrie-punitive-en-russie

Atteinte d’un trouble bipolaire, une Italienne subit une césarienne forcée en Angleterre

Internée sans son consentement, une quadragénaire de nationalité italienne s’est vu ôter son bébé après avoir subi une césarienne forcée. L’enfant a été proposé à l’adoption en Angleterre, une violation du droit européen selon plusieurs avocats.

Depuis que les services sociaux britanniques ont obligé une Italienne souffrant de troubles bipolaires à subir une césarienne avant de lui ôter la garde de son bébé en arguant ses troubles psychiatriques, le torchon brûle entre Rome et Londres. L’affaire remonte à l’été 2012. À l’époque, la jeune femme âgée d’une quarantaine d’années et dont le nom n’a pas été révélé, suivait un cours de formation professionnel auprès d’une compagnie aérienne implantée dans l’aéroport de Stansted dans l’Essex.

En proie à une forte crise d’angoisse liée à ses troubles bipolaires, la ressortissante italienne avait demandé de l’aide au commissariat le plus proche. C’est alors que la situation a dérapé, les policiers ayant fait interner la jeune femme sans son consentement. Anesthésiée de force cinq semaines plus tard, la quadragénaire italienne a subi une césarienne. Toujours sans son consentement et celui de sa famille.

La Haute Cour de Rome s’en mêle

Quelques heures plus tard, sa fille était confiée aux services sociaux britanniques ayant obtenu l’autorisation d’un juge de la Haute Cour. En février dernier, un tribunal britannique a estimé que l’enfant doit être proposé à l’adoption – sa mère susceptible d’avoir des rechutes, est jugée incapable de s’en occuper.

« Je n’ai jamais vu une telle affaire en quarante ans de carrière. La famille de la jeune femme, les services sociaux italiens, le consulat n’ont jamais été interpellés par les autorités britanniques », avoue Brendan Fleming, l’avocat de la jeune femme en Angleterre.

Quasiment deux mois après avoir été internée, la jeune femme a finalement été « libérée ». De retour en Italie, elle décide avec sa famille de recourir en justice dans les deux pays. « Une césarienne obligatoire est un cas sans précédent. Les services sociaux britanniques auraient du faire immédiatement rapatrier ma cliente », estime l’avocat italien de la jeune femme.

La Haute Cour de Rome saisie par la défense de la ressortissante italienne a réclamé des explications à son homologue britannique. Mais le magistrat italien en charge du dossier a estimé que la justice britannique avait le droit d’intervenir dans la mesure où la jeune femme« était à l’époque incapable d’entendre et de vouloir ». Une thèse inacceptable pour les avocats de la jeune femme. « Comment se fait-il que personne n’ait été averti, ni la famille ni le père de l’enfant ? »,s’énerve l’avocat romain.

L’affaire prend une tournure politique

Au-delà de l’aspect médical, cette affaire a pris une tournure politique et juridique. La mère de nationalité italienne est aussi résidente dans la péninsule. Le droit de sol à la française n’existant pas au Royaume-Uni, sa fille est par conséquent italienne. « Laissons de côté la partie médicale. Sur le plan purement juridique, l’enfant a la nationalité italienne. Elle ne peut en aucun cas être proposée à l’adoption en Angleterre. Pour ces mêmes raisons, les juges ne peuvent pas empêcher la famille de récupérer l’enfant. C’est un enlèvement ! »,estime Corrado Giacchi, membre du barreau romain.

De l’autre coté de la Manche, l’affaire a fait grand bruit notamment du côté des démocrates libéraux. Au point que le député John Hemming en charge de la campagne pour la réforme des lois régissant le code de la famille a demandé l’ouverture d’un débat au parlement sur cette affaire.« J’ai déjà assisté à de graves violations des droits de l’homme au sein des tribunaux notamment en ce qui concerne le droit de la famille. Mais je n’ai jamais vu un tel abus de pouvoir », a déclaré John Hemming au quotidien londonien « The Daily Telegraph ».

› ARIEL F. DUMONT À ROME

http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualite/international/atteinte-d-un-trouble-bipolaire-une-italienne-subit-une-cesarienne-forcee-en

Procès de l’ostéopathe Pierre Pallardy: « Maman, c’était sexuel »

Après Rufo qui invoque la psychose pour nier un abus sexuel, c’est Pallardy qui se sert de l’anorexie. Elle a bon dos, la maladie mentale!

 

Par LEXPRESS.fr, publié le 15/10/2013 à  17:00

Ce mardi, à la barre, la mère d’une des ex-patientes accusatrices de Pierre Pallardy témoignait. Sa fille, anorexique depuis 1997, s’est suicidée depuis.

Pierre Pallardy, l’ex ostéopathe du Tout-Paris, qui comparait pour viols et agressions sexuelles, a fait face ce mardi à la mère d’une de ses ex-patientes accusatrices, une jeune anorexique qui s’est suicidée depuis.

Anorexique depuis 1997, la jeune femme avait été en outre très marquée par le suicide de sa soeur cadette et d’une tante.

En 2005-2006, âgée de 25 ans, elle est traitée par Pierre Pallardy, pendant une douzaine de séances. Elle arrête la thérapie en mars 2006, en juin Pallardy est interpellé.

Convoquée, entendue comme témoin par la police, c’est le déclic. En revenant, « elle s’est effondrée, elle a pleuré, elle m’a dit maman, c’était sexuel. Elle n’est pas entrée dans les détails mais elle était tellement mal que je n’ai pas voulu insister, » raconte sa mère.

« Je ne pouvais même pas imaginer que, dans l’état de maigreur où elle était, cela puisse se faire ».

27 kilos pour 1,63 m

Lors d’une de ses dernières hospitalisations, sa fille ne pesait plus que 27 kilos pour 1,63 m. Elle finira par se donner la mort en 2008 dans un établissement suisse où elle était traitée.

Si elle n’avait rien dit à sa mère, elle s’était ouverte à une amie des séances avec l’ostéopathe, qui l’embrassait, lui caressait le sexe. Devant les policiers, elle évoquera aussi une fellation.

La cour lit le témoignage de l’amie: « Il avait soigné des stars et elle était sensible à cela. (…) Il lui a dit qu’il faisait ça pour elle, qu’il la soignerait comme il soignait les stars, qu’elle ressemblait à Naomi Campbell, alors que mon amie était rousse et avait la peau claire ».

« Quand la police a appelé, je pense qu’elle a pris conscience, elle a compris qu’elle s’était fait avoir ».

« Elle voulait que je l’emmène à Venise »

A la barre, Pierre Pallardy présente ses condoléances à la mère, la voix étranglée. Mais il se tient sur son habituelle ligne de défense: la patiente, extrêmement fragile, s’est mépris sur certains de ses gestes thérapeutiques. D’autant que la jeune femme n’ayant plus ses règles -un symptôme courant de l’anorexie-, il avait, avec succès assure-t-il, réalisé certaines manipulations pour les faire revenir. « Je pense qu’elle a confondu certains gestes, certaines paroles ».

Il assure lui avoir dit qu’il ne souhaitait pas la traiter, trouvant son état trop altéré. Mais elle insistait. Et puis aussi, elle « était très amoureuse de moi, elle voulait se marier avec moi, que je l’emmène à Venise, elle me demandait si je pouvais mettre les doigts pour voir si elle était vierge ». Soupirs appuyés dans la salle face à cette étrange énumération.

« En tant que thérapeute, vous étiez le mieux placé pour avoir une réaction adéquate et interrompre cela », lui lance la présidente, Jacqueline Audax.

« Vous n’auriez pas dû immédiatement couper? » renchérit l’avocat général, Annie Grenier. « Vous avez sûrement raison », répond l’accusé.

« Affabulations »

Mais pas question d’admettre d’autres fautes: « Personne ne sait ce qui se passe dans la tête d’une anorexique. Ce sont des affabulations, des choses qu’elles construisent, qu’elles déconstruisent ».

Pierre Pallardy est poursuivi pour 19 cas de viols ou agressions sexuelles. Le procès devant la cour d’assises de Paris doit s’achever vendredi.

Avec 

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/proces-de-l-osteopathe-pierre-pallardy-maman-c-etait-sexuel_1291243.html#xtor=AL-839

Les trois jeunes femmes de Cleveland séquestrées, torturées et violées pendant 10 ans par au moins un homme : un fait divers ?

Dre Muriel Salmona,
Présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie
le 8 mai 2013, actualisé le 9 mai 2013
Nous sommes sous le choc de cette information qui est tombée le 7 mai 2013 concernant trois jeunes femmes de Cleveland aux USA disparues depuis 10 ans qui venaient d’être retrouvées, l’une d’entre elle ayant en l’absence de leur bourreau (pour l’instant un seul des trois frères Castro, Ariel Castro est inculpé) réussi en cherchant à s’évader à alerter un voisin Charles Ramsay qui l’a aussitôt secouru.

Mais nous avons aussitôt assisté à tout un discours de minimisation et de négation de la réalité particulièrement intolérable avec l’habituelle incapacité de nombreux journalistes et spécialistes de nommer précisément les violences, de parler de leurs conséquences psychotraumatiques, et de les replacer dans un cadre plus politique de violences et de crimes sexistes commis par des hommes envers des femmes. Les mots crimes, viols, sévices, tortures, actes de barbarie ne sont que trop rarement entendus, les journalistes ne parlant surtout que d’enlèvement, de séquestrations, de calvaire, et même de syndrome de Stockholm…
On a également entendu qu’elles « allaient assez bien», «qu’elles parlaient normalement » !… « Qu’il fallait maintenant qu’elles se réadaptent à la vie normale ». Qui peut humainement croire que l’on peut aller « assez bien » après 10 ans de séquestration et les pires violences qui soient, après 10 ans de terreur et de peur de mourir permanente ? Que la souffrance psychique ne soit pas forcément visible, que les victimes soient complètement déconnectées et anesthésiées émotionnellement (dissociées) pour survivre et que ce soit un indice de gravité de leurs traumas qui pourront être des bombes à retardement, et de l’intensité de leurs souffrances ne vient à l’idée de personne et de presque aucun spécialiste.
Pour la seule raison qu’elles étaient des femmes : des adolescentes de 14 et 16 ans (Gina DeJesus et Amanda Berry) et une toute jeune femme de 21 ans (Michelle Knight) ont été kidnappées dans la rue, en sortant de l’école, en quittant leur travail et séquestrées pendant 9, 10 et 11 ans pour être privées de toute liberté et de tous leurs droits dans les pires conditions, terrorisées, violées tout au long de ces années avec dans ce contexte de terreur la naissance d’une enfant, conçue lors de ces viols, une petite fille de 6 ans, et d’autres grossesses qui auraient été interrompues par des coups (5 d’après la chaîne américaine NBC, mais cette information n’est pas confirmée par la police), subissant une torture continue, les pires sévices, les pires atteintes à leur dignité et à leur intégrité physique et psychique, esclavagisées, transformées en objet sexuel, isolées les unes des autres et enchaînées, soumises aux scénarios pervers et à la loi délirante d’un homme dans une maison qui n’était pas isolée, avec de nombreux voisins autour, dans un quartier populaire, sans que qui que ce soit ne se rende compte de rien… On apprend que des voisins auraient entendu des bruits de choc contre des portes, vu des jeunes femmes à quatre pattes tenues en laisse dans le jardin ?!!!… Et on apprend que d’autres jeunes filles disparues pourraient avoir été séquestrées et violées… (cf article du Parisien du 9 mai 2013)
Est-ce seulement un fait divers criminel, un crime contre l’humanité de ces jeunes femmes ou bien un crime contre l’humanité, un féminicide qui nous concerne toutes et tous ?
Il ne s’agit pas d’un fait divers, mais d’un fait de société, un fait politique qui illustre la condition des femmes, la domination masculine et la haine sexiste qui peuvent à tout moment se déverser sur elles. Et est tout à fait symptomatique de cette société composées de personnes qui ne veulent absolument pas savoir ce qui peut se passer chez leurs voisins, leurs amis, leurs proches, leur famille, dans le cadre de leur travail, des activités sportives, des institutions scolaires, des établissements de soin, etc., etc. Que les pires maltraitances, les pires crimes sexuels s’y passent en toute impunité, faut-il le rappeler les études de victimisation font état d’au moins 190 000 viols par an en France (en comptant en plus des femmes adultes : 75 0000, les mineurs qui représentent au moins 60% des viols filles et garçons et les hommes adultes, cf chiffres) commis dans 80% des cas par des personnes connues de la victime, seulement 8 % feront l’objet de plainte et 1,5 à 2 % de condamnation : le crime parfait qui assure uneimpunité quasi totale. Si l’on veut commettre des crimes, des atrocités, des tortures, les violences sexuelles sont ce qu’il y a de mieux pour le faire sans risque, à répétition, dans l’indifférence générale. Ces crimes ne seront pas connus et les victimes ni entendues, ni protégées, ni soignées, et même s’ils sont dénoncées, la grande majorité des victimes ne seront pas crues, traitées de menteuses, ou bien on considèrera qu’il s’agit en fait de sexualité et que la victime était consentante (dans une confusion atroce entre violences et sexualité, avec une vision pornographique de la femme qui aime – la s… – subir les pires violences et sévices sexuels), ou bien que la victime est coupable de s’être exposée, de ne s’être pas assez protégée, pas assez défendue, pas n’avoir parlé assez tôt. On considèrera que ce n’est que parole contre parole, « alors comment faire pour avoir des preuves ?», tout en ne les cherchant pas du côté de l’agresseur et en faisant une enquête à charge du côté de la victime, on déqualifiera plus de la moitié des viols en agression sexuelle dans un déni de réalité effrayant. Les victimes qui auront osé porter plainte seront maltraitées et non protégées tout au long de leurs parcours judiciaire, dans une indifférence et un manque d’empathie étonnants. Les agresseurs ne seront dans leur grande majorité ni inculpés, ni condamnés. Leur intentionnalité et leur logique de prédation et de préméditation ne seront pas recherchées, ni dénoncées, ni reconnues. Qui aura peur pour les prochaines victimes ?
Dans quel monde vit-on ? Comment vivre dans un monde qui tolère la perpétration de ces crimes sexistes sans y réagir ?
Un monde où être née femme scelle votre destin et fait de vous une proie potentielleoù que vous soyez, quels que soient votre histoire, vos croyances, vos engagements, votre milieu d’origine, votre statut social, vos études, votre travail, votre personnalité, votre âge, votre aspect physique, etc… Destin effarant d’être un jour ou l’autre une proie, sous couvert de sexe, pour un homme ou un groupe d’hommes, et d’être injuriée, agressée, violée, torturée et tuée… d’être condamnée à vivre dans un monde de non- droits, un monde où le féminicide est omniprésent.
Comment vivre dans un monde ou tout est banalisé, retourné. Les pires crimes ne sont pas nommés. La réalité des tortures qu’ont vécu les victimes n’est pas reconnue. L’impact et les conséquences psychotraumatiques de ces violences sont minimisés, méconnus voir même niés. Et ils ne font quasiment jamais l’objet de diagnostic, de prise en charge et de soin, alors que ces violences sont celles qui sont les plus psychoytraumatogènes et qu’elles entraînent de graves atteintes psychologiques et physiques, alors qu’il est reconnu que ces violences si elles ne sont pas prises en charge sont un des déterminant principal de la santé même des dizaines d’années après : en sachant que les traumatismes sont d’autant plus graves que la victime est plus jeune, les enfants même très petits seront gravement impactés par les violences qu’ils subissent ou dont ils sont témoins, même s’ils n’ont pas de souvenirs des violences, ils auront une mémoire traumatique de celles-ci, et seront traumatisés. Dans un contexte de violences des troubles psychotraumatiques peuvent se mettre en place chez l’enfant avant même la naissance, au moins à partir du 7ème mois de grossesse, c’est dire à quel point la petite fille de 6 ans d’Amanda Berry aura besoin de prise en charge et de soins (malgré les mises en scène médiatiques qui relaient sans recul les propos du chef adjoint de la police locale sur cette petite fille : Elle a l’air en forme, heureuse, en bonne santé, et elle a mangé une glace la nuit dernière).
Et – scandale de santé public sans nom – en France (et dans de très nombreux pays) les médecins (qu’ils soient généralistes ou spécialistes) ne sont toujours pas formés en psychotraumatologie et en victimologie, que ce soit en formation initiale ou continue !!!!!… Les médecins ne connaissent pas la réalité des violences subies par beaucoup de leurs patients et surtout patientes, ni les troubles psychotraumatiques, la sidération (la paralysie psychique et motrice au moment des violences) qui va être à l’origine d’un stress dépassé et d’un risque vital (cardio-vascuaire et neurologique avec des atteintes neuronales et des circuits neurologiques), ni les mécanismes de survie neuro-biologiques face au stress extrême(disjonction avec la production de drogues endogènes morphine et kétamine-like) qui entraînent une dissociation (avec une anesthésie émotionnelle et un sentiment d’étrangeté et de dépersonnalisation) et l’installation d’une mémoire traumatique(mémoire émotionnelle et sensorielle piégée qui n’a pas pu être traitée et intégrée par le cerveau et qui va revenir hanter la victime en lui faisant revivre à l’identique ce qu’elle a vécu, ressenti, entendu par des flash- backs, des réminiscences, des hallucinations sensorielles, des cauchemars, au moindre lien qui rappelle les violences), ils n’en connaissent pas les conséquences graves sur la santé qu’elle soit physique et mentale, et sur la vie quotidienne des victimes et le risque suicidaire, le risque de conduites à risque et addictives, le risque d’accidents, d’échecs scolaires, professionnels, dans sa vie affective, le risque de marginalisation et d’exclusion, le risque prostitutionnel. Ils sont donc dans leur immense majorité incapables de repérer les violences subies par leurs patientes et leurs conséquences, de les protéger, de proposer des soins adaptées, hors les troubles psychotraumatiques se traitent et on peut déminer la mémoire traumatique, décoloniser les victimes des violences et des mises en scène des agresseurs, et éviter ainsi de grandes souffrances et de très nombreuses conséquences.
Les victimes de viols, de violences sexuelles et de maltraitances sont donc laissées sans soin, sans information : il n’y a quasiment pas de centres de soins spécifiques pour elles, ni de médecins formés ! Il s’agit d’une grave atteinte à leurs droits et une perte de chance pour leur santé ainsi qu’une non-assistance à personne en danger !
Il y a URGENCE alors que les connaissances internationales sur les troubles psychotraumatiques sont bien répertoriées depuis les années 1980 (définition de l’état de stress post-traumatique) ! Que l’on sait que ce sont des conséquences normales que toute victime peut présenter, dues non à la victime mais à la gravité de ce qu’elle a subi et à l’intentionnalité de la détruire de l’agresseur ou des agresseurs. Que les connaissances sur les conséquences sur la santé ont fait l’objet de grandes quantité de publications internationales et que l’on sait qu’avoir subi des violences particulièrement dans l’enfance est un des déterminants principal de la santé de nombreuses années après (cf Felitti et Anda, 2010 : avec des risques non seulement d’atteintes psychologiques, mais également neurologiques, des atteintes cardio-vasculaires, pulmonaires, endocriniennes, immunologiques, digestives, gynécologiques, dermatologiques, etc.). Que l’OMSa reconnu depuis 2010 qu’avoir subi des violences faites aux femmes est un des déterminant principal de leur santé. Que les mécanismes psychologiques et neuro-biologiques en cause et leurs traitements sont de mieux en mieux connus, que ce sont des conséquences logiques d’actes criminels perpétrés dans le but de générer le maximum de souffrance chez les victimes, et d’organiser délibérément chez elles un traumatisme qui sera utile à l’agresseur comme une drogue pour s’anesthésier et mettre en place sa domination.
Qui se préoccupe réellement de ce qu’ont vécu les victimes de violences sexuelles et de sévices physiques ? Qui se préoccupe de ce qu’elles vivent au quotidien, de l’enfer que sont les troubles psychotraumatiques avec une mémoire traumatique qui leur fait revivre continuellement les pires moment, les pires sentiments de terreur et de détresse, les pires douleurs, les pires atteintes à leur dignité ? On les abandonne, sans rien reconnaître de ce qu’elles ont subi, sans remettre le monde à l’endroit, sans les aider à se décoloniser de toute cette violence qui les hante et les torture encore et encore, de toutes les phrases assassines et les scénarios pervers des agresseurs qui organisent chez elles un sentiment de culpabilité et de honte, et une estime de soi catastrophique, sentiments crées de toute pièce et relayés par un entourage contaminé par tous les stéréotypes les plus aberrants. Elles se retrouvent seules, sommées de prendre sur elles, de faire comme si, «de tourner la page», de ne pas se victimiser, à devoir survivre à des souffrances que personne ne pourrait supporter, à des attaques incessantes sur elles, leur incapacité à avancer, à ne pas se plaindre. Dans un retournement pervers particulièrement cruel on les accuse d’être les propres responsables de leurs tourments, de leurs propres destructions, ou bien on les considère comme folles (les troubles psychotraumatiques étant pris pour des symptômes psychotiques par méconnaissance). Quoi de plus horrible à vivre ?… Elles se retrouvent à devoir mettre en place des stratégies de survie pour quand même tenir coûte que coûte faites de conduites d’évitement, de contrôle et de conduites anesthésiant. Mais ces stratégies hyper coûteuses et invalidantes pour elles, leur seront aussi continuellement reprochées et seront utilisées souvent pour disqualifier leurs paroles. Et le peu de traitement qu’on leur propose est uniquement symptomatique, non rapporté et centré sur les violences subies, et le plus souvent dissociant et anesthésiant, voire violent (camisole chimique, enfermement, contention, électrochocs,…).
Qui se préoccupe de tout ces enfants, de toutes ces adolescentes, de toutes ces femmes qui actuellement qui sont à l’heure actuelle séquestrées par des criminels qui peuvent être leurs proches pour subir des tortures et des leurs parents, leurs conjoints viols à répétitions, qui se préoccupe vraiment de toutes ces femmes qui disparaissent, de toutes ces prostituées qui disparaissent. Combien sont-elles ces victimes qui sont rendues invisibles, qui sont baillonnées, menacées ? Combien sont-ils ces bourreaux qui peuvent commettre les pires crimes en toute impunité ? Elles peuvent être nos voisines. Ils peuvent être nos voisins si serviables, si sympathiques… (comme le principal accusé, Ariel Castro, est décrit : « il aimait emmener des jeunes du quartier faire un tour sur sa moto, jouait de la basse dans des groupes de salsa, et se mêlait au voisinage lors de barbecues. Il participait même aux évènements menés pour retrouver les filles disparues comme des marches en leur honneur ou des distributions de tracts. » cf article  Le Monde). Ils peuvent être ces personnes importantes, élus, médecins, universitaires, hauts fonctionnaires, personnes du monde du cinéma, des médias que tout le monde ou presque admire… Qui se préoccupe des victimes qui les ont déjà souvent accusés de violences ?… En 2005, l’ex-femme d’Ariel Castro avait porté plainte contre lui pour violences conjugales sans qu’il soit inculpé, « l’accusant d’avoir « souvent enlevé » leurs deux filles et de les avoir « empêché d’être avec (leur) mère ». Les documents judiciaires indiquent en outre que Grimilda Figueroa, décédée l’an dernier, avait eu deux fois le nez brisé, des côtes cassées, les épaules luxées, et qu’elle avait demandé au juge« d’empêcher (Castro) de menacer de la tuer ». Ariel Castro, le 22 avril avait posté une affiche sur laquelle était écrite : «Une vraie femme n’utilisera pas son enfant comme arme contre le père quand la relation se brise. Ne perdez pas de vue que c’est l’enfant qui souffre.» !!…
Il est temps d’ouvrir les yeux, de ne plus tolérer cette violence faite aux femmes et l’impunité dont bénéficie les agresseurs. Il est temps que les victimes soient enfin réellement secourues, protégées, soutenues. Il est temps d’être solidaire des victimes, de s’indigner de ce qu’elles ont subi et de dénoncer les coupables. Il est temps de leur redonner la dignité et la valeur que leur a déniées l’agresseur et ses complices. Il est de temps de leur rendre enfin justice, de leur donner des réparations à hauteur de ce qu’elles ont subi et de les soigner.
Pour cela, il faut agir, dénoncer, demander des compte, exiger, se révolter…
MOBILISONS-NOUS ! Signez massivement le manifeste
Exigeons une vraie information sur la réalité de ces violences, la mise en place d’une formation des professionnels de la santé et de tous les professionnels qui prennent en charge et accompagnent les victimes, l’ouverture de centre de crise et de soins pour les victimes de violences, et une justice digne de ce nom.
Le 8 mai 2013
Dre Muriel Salmona
psychiatre
présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie drmsalmona@gmail.com
memoiretraumatique.org

Article à télécharger en PDF sur le site memoiretraumatique.org : : http://www.memoiretraumatique.org/assets/files/doc_violences_sex/article-sur-les-jeunes-femmes-sequestrees-de-Cleveland.pdf

Pour en savoir plus :
à lire :  Le livre noir des violences sexuelles  de la Dre Muriel Salmona paru en avril chez Dunod
voir également les blogs :
http://www.stopauxviolences.blogspot.fr
ethttp://lelivrenoirdesviolencessexuelles.wordpress.com
avec sur les violences sexuelles des articles, des chiffes, des témoignages,
une bibliographie, les textes de loi, des vidéos, etc.
et les articles Mémoire traumatique et conduites dissociantes paru chez Dunod en 2012 :http://www.stopauxviolences.blogspot.fr/2012/03/dernier- article-de-muriel-salmona-avec.html
et : La dissociation traumatique et les «troubles de la personnalité post–traumatique : où comment devient-on étranger à soi-même ? à paraître chez Dunod en 2013 : http://www.stopauxviolences.blogspot.fr/2013/04/nouvel-article-la-dissociation.html

le communiqué de presse de l’association sur le verdict du procès des viols collectifs rendu par le  tribunal de Créteil, l’article En réponse aux pro-prostitution
L’article Abolir le système prostitueur c’est réaffirmer les droits humains avec Sandrine Goldschmidt, Anne Billow, Typhaine Duch, Annie Ferrand et moi-même

et le Scoop-it sur la prostitution de Fée Ministe

le manifeste et la campagne pas de justice pas de paix

Le site Zero-impunity

Pour signer le manifeste Violences et soins : pour que les victimes de violences soient enfin protégées, pour qu’elles reçoivent des soins appropriés et pour que leurs droits soient respectés : http://www.stopauxviolences.blogspot.fr/2012/06/nous-accusons-manifeste-petition-signer.html

Personne ne me protégeait

Un court instant plus tard, on me dit qu’il était temps de me préparer à aller au lit et on m’ordonna
d’enlever mes vêtements de tous les jours et d’enfiler une robe d’hôpital. Alors que je me
déshabillais, la pièce de métal et le briquet tombèrent de ma poche sur le sol, ce qui attira l’attention
de l’infirmière.
« Donnez-moi la pièce de métal et le briquet, Elyn », exigea l’infirmière.
Mon Dieu. « Non », fis-je « j’en ai besoin pour me protéger »
« Vous n’en n’avez pas besoin, nous vous protègerons » dit-elle. « Donnez-les-moi ».
« Non !» insistai-je. « Vous ne les aurez pas tant que je n’aurai pas décidé de vous les donner, et je
ne l’ai pas décidé. Des mesures seront prises si vous essayez de me les prendre »
Je ne sais pas d’où cela m’était venu. Je ne sais pas pourquoi je ressentais cela pour l’anneau de
métal et le briquet ni pourquoi je menaçais l’infirmière. Je n’avais aucune intention de la brutaliser ni
elle ni personne d’autre ; en réalité, je me sentais petite et sans secours, sans souhait (ni possibilité)
de blesser quiconque. Cependant, les mots sortirent de ma bouche, spontanés et effrayants, et je
m’étais perchée de tout mon haut lorsque je les avais déversés.
L’infirmière fit demi-tour et sortit de la chambre. Quand elle revint après plusieurs minutes, elle était
accompagnée de plusieurs personnes. Une bande de quatre ou cinq costauds, en réalité.
« Elyn, nous souhaitons que vous vous installiez vous-même », dit fermement l’infirmière. « Et si vous
ne le faites pas volontairement, nous le ferons ».
Je ne pouvais pas le croire. «Je suis désolée, je suis désolée » suppliai-je. « S’il vous plait, ne
m’attachez pas à nouveau. Je serais sage. De toute façon, c’était une simple plaisanterie, s’il vous
plait !»
Mais j’avais déjà perdu la bataille et je le savais. Aussi, je m’étendis passivement sur le lit alors que le
personnel pratiqua son travail manuel. Cette seconde fois fut presque pire que la première, car je
savais ce que les prochaines heures allaient être.
En dépit du Trifalon qu’on m’administra dose après dose, je fus attaquée par mon délire qui
m’envahit comme un essaim dense et serré. Les créatures du ciel voulaient me tuer ; les créatures
d’ici-bas étaient prêtes à l’attaque. Personne ne me protégeait. Et, au cours de la nuit, ma psychose
s’aggrava. Je chantais, je criais, je hurlais de terreur. J’étais attaquée. Je me débattis contre la
contention tant et tant que mon dos devint douloureux et ma peau à vif. Pendant tout ce temps, la
porte de ma chambre était restée ouverte ; chacun passant par-là pouvait regarder, et beaucoup le
firent.
Finalement, l’épuisement et le médicament me plongèrent dans le sommeil – un puits noir de rêves
et de cauchemars et un corps douloureux et abandonné.
Lorsque la lumière du jour s’infiltra, cela faisait en tout trente heures de contention. « S’il vous plait,
détachez-moi !» implorai-je, mais la réponse était un non pur et simple. S’ils avaient en tête un
échéancier pour ma libération, ils ne le partageaient pas avec moi. Le jour défila, et à huit heures du
soir, j’étais toujours attachée, pieds et poings liés.

Extrait du livre d’Elyn Saks, traduit par Alain

Next entries » · « Previous entries