Pourquoi est-ce si difficile de trouver un psy?

Vous allez mal. Vous allez voir un médecin, ils vous envoie chez un psychiatre. Celui-ci vous écoute, vous prescrit un traitement, vous explique vos symptômes, pose un diagnostic et vous aide à vivre avec votre problème, sans le minimiser et sans le dramatiser.

Ah ah ah! Vous y avez cru? Dans quel monde vivez-vous?

Dans la réalité, c’est la croix et la bannière, le parcours du combattant pour trouver un psy qui vous convienne.

Il y a celui qui vous voit dix minutes sans parler, celui qui vous assomme avec des doses de cheval, celui qui nie vos effets secondaires, celui qui balaie vos problèmes de la main, celui qui dramatise, celui qui ne vous prendra en charge que si vous vous faites hospitaliser, celui avec qui vous avez l’impression de prendre le thé avec un ami, celui qui est aussi psychanalyste et ne veut pas prescrire de médicaments, celui qui ne vous croit pas, celui qui ne s’intéresse qu’à votre alimentation et votre sommeil, celui qui parle tellement qu’il ne vous écoute pas, celui qui ne veut pas faire de diagnostic, celui qui ne répond pas à vos questions et celui qui viole ses patientes.

Dans la réalité, il y a mon généraliste qui s’excuse pour l’état du système de santé. Dans la réalité, j’ai souffert cinq ans avant de trouver un bon psy. Dans la réalité, j’en lis encore aujourd’hui des histoires comme la mienne. Dans la réalité, il faut se battre contre la maladie et contre le système.

Dans la réalité, tu peux toujours crever avant de trouver un bon psy.

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10 commentaires »

  1. Anonyme Said:

    Dure réalité

  2. Hlhl Said:

    Tout est dit …

  3. Hlhl Said:

    Heureusement qu’il en existe des bons !
    Pourtant, cela ne me semblait pas si compliqué : il suffit d’être carré, de voir les faits, tel traitement = tels effets secondaires et tels bénéfices, ne pas prendre le patient pour un con qui ne sait pas … Alors pourquoi y en a-t-il si peu de psy comme ça ? Pourquoi la profession, avec toute l’histoire qu’elle se traîne, ne parvient pas à se remettre en question ?

  4. Lana Said:

    J’ai l’impression que les jeunes sont moins paternalistes, j’espère que c’est vrai, ça inaugurerait de bonnes choses pour l’avenir.

  5. Isa Said:

    Bonjour,

    Je tombe par hasard sur votre blog, que je viens de parcourir un peu. Il me touche profondément. J’apprécie votre saine indignation, votre envie de faire bouger les lignes, votre lucidité sur l’urgence qu’il y a à réveiller une situation absolument indigne.

    Je partage, alors même que je ne connais pas ce qui est un parcours du combattant pour beaucoup, visiblement. Je suis bien consciente que je dois passer à côté de beaucoup de réalités, en comparant ma petite expérience personnelle avec des expériences comme celles que vous citez, et la vôtre apparemment. Je suis consciente que je n’y connais presque rien.

    Mais il me semble qu’il n’y ait pas besoin de trop fréquenter ce milieu des « soins », et de la « psychologie », pour déjà en avoir une petite idée.

    Je n’ai commencé à consulter un « psy » qu’il y a cinq ans, à l’âge de 50 ans, pour des crises d’angoisse soudaines. Par contre j’ai beaucoup travaillé sur moi, je le fais depuis longtemps. Je suis passionnée par la psychologie… sauf que ce mot est décidément peu explicite, quand on dit « psychologie » on pense à la discipline universitaire, ses théories, moi je pense juste au fonctionnement humain, à l’analyse de mes expériences personnelles… Avec mon mari, nous comparons nos façons de voir, lui a beaucoup suivi de psychothérapies, étudié ça de façon plus formelle, avec des thérapeutes et des méthodes.

    Je me dis que j’ai eu la chance de pouvoir me passer de psy’ jusque là. Je dis « chance » pour les raisons que vous exposez, cette incurie des soignants, dont beaucoup d’amis me parlent, qui souffrent de dépressions, de mal être, d’insomnies, ou qui travaillent sur leurs traumatismes… comme tant de personnes aujourd’hui, et qui se heurtent à l’obstacle majeur : trouver une aide, un soutien, digne de ce nom.
    Cette incurie n’est pas vraiment dramatique pour ceux qui comme moi aujourd’hui vivent sans « maladie » (mais au sens de maladie « officielle », répertoriée), disons « juste » avec des souffrances supportables, gérables (la frontière me semble bien floue, subjective en tous cas). Mais j’imagine qu’elle est dramatique, si, ô combien, quand on est en grande souffrance, quand on a un besoin vital, urgent, d’aide. Là, cette incurie relève tout bonnement de l’inhumain.
    J’ai tendance à minimiser, parce que si, les crises d’angoisse c’est invivable, et il est très très difficile, douloureux, voire impossible de devoir frapper à x portes avant de trouver une aide digne de ce nom, on n’est pas en état de faire cette recherche, c’est très dangereux de risquer tomber sur des attitudes rigides, fermées, ou ignorantes, risquer d’affronter ce qui est réellement de la violence, parfois cachée derrière une apparente « gentillesse », et de la bonne volonté.

    Je voudrais vous remercier pour votre témoignage. Parce que je suis persuadée qu’il n’y a que les témoignages qui peuvent commencer à faire bouger les choses. Témoignages de patients, témoignages de soignants, de l’intérieur.
    Le mien me semble un peu ridicule par rapport à ceux de personnes qui comme vous ont subi un long parcours pénible dans ces milieux dits « d’aide ». Mais je le donne quand même autour de moi, car à ma petite échelle, je pense que ça peut être utile, on ne sait jamais.

    En ce qui me concerne, avant de trouver un aidant digne de ce nom, un psychanalyste, j’ai connu juste une seule psychothérapeute, avant l’actuel, plus quelques médecins généralistes (et même un passage sidéré chez une loufoque « chaman »… qui m’a fait entrevoir un autre milieu assez inquiétant aussi, et encore moins encadré, le genre « ésotérique », avec ce qu’il y a de charlatans là-dedans, ou plutôt de gens paumés mais dangereux. Là encore parmi d’autres sans doute compétents).
    Rien ne m’aurait laissé imaginer me lancer dans une psychanalyse, c’est juste le hasard, d’avoir rencontré (trouvé pour quelqu’un d’autre !) quelqu’un d’équilibré, humain, plein d’empathie, d’écoute et d’ouverture, après ces quelques médecins qui m’avaient paru encore plus perdus que moi, assénant des diagnostics surréalistes, me regardant à travers le filtre de croyances apprises, répétées avec la certitude de gens qui se croient scientifiques, ou bien me conseillant des médicaments inadaptés…
    J’avais abandonné un traitement aux antidépresseurs pris pendant plus d’un an, qui m’abrutissait, mais j’ai « rechuté » comme on dit, retour des angoisses. Cette expérience m’avait rendue méfiante, très méfiante… mais j’étais en besoin urgent d’aide. J’ai été plus vigilante. Mais la vigilance ne fait pas tout, loin de là ! J’ai plutôt eu de la chance, la chance de trouver cette fois un psychanalyste digne de ce nom.
    Je suis rapidement sortie de mes crises d’angoisses, et je sors de mieux en mieux de moments d’anxiété qui sont restés récurrents, j’en connais désormais la cause, je sais quoi faire, et ça s’intègre peu à peu.

    J’aimerais partager avec vous deux choses qui ont été essentielles pour moi, en parallèle de l’aide thérapeutique qui m’était indispensable, je n’y serais pas arrivée seule. Je ne sais pas si cela va vous parler.

    – Tout d’abord, je me félicite de n’avoir rien connu ou presque des théories abstraites de ce qu’on appelle « psychologie », en tant que discipline universitaire, avant de démarrer ma psychanalyse. Parce que, aussi intéressantes soient-elles sans doute (je dis ça, mais j’ai du mal à le croire), mon ignorance et mon scepticisme m’ont évité d’être influencée, d’être entraînée dans des diagnostics extérieurs, convaincue par des évaluations, cet j’ai pu comprendre ce que je vivais moi, « dans les tripes », personnellement, j’ai pu plonger en moi chercher ce qui me prale, ou non. Je suis la seule qui puisse réellement me connaître, et je considère qu’être « diagnostiqué » participe à rester éloigné de soi. Hélas la « psychologie » actuelle ne fonctionne que comme ça, elle est basée sur des diagnostics et des théories.
    Mais j’ai pu garder mes convictions grâce à l’aide reçue, au soutien permanent de mon thérapeute.
    J’ai pu retrouver peu à peu mon esprit critique, et il faut pour cela être respecté dans sa façon de voir.
    J’ai repris confiance en moi, et il faut pour cela recevoir beaucoup d’empathie.
    On ne fait rien de bon sans être sécurisé, réellement sécurisé.
    Même en m’intéressant aux théories freudienne ou jungienne, j’ai vu que cela ne m’apportait rien, au contraire, cela ne me parlait guère, trop abstrait, trop figé, trop clichés. Mon psychanalyste ne m’en parlait que parce que je le lui demandais, mais il a compris que ça n’était pas ma tasse de thé et l’a respecté.
    En revanche je lui suis très reconnaissante d’avoir évoqué la systémie de l’école de Palo Alto. Là, j’ai tendu l’oreille, j’ai fouillé ça, et ça a été un éclairage puissant.
    J’y pensais en découvrant votre site, parce que je me dis que j’ai échappé de peu à la schizophrénie (encore que ma grande méfiance vis-à-vis des diagnostics et des étiquettes me fasse nuancer cette affirmation, et je suis trop consciente de mon ignorance sur cette maladie).
    Mon psychanalyste, à force de m’entendre lui expliquer que j’avais eu l’impression enfant de devenir folle dans ma famille, comme s’ils faisaient tout pour me pousser à le devenir, a fini par me dire que cela lui faisait penser à l’expression « L’effort pour rendre l’autre fou » de Harold Searles, et m’a parlé de la théorie de la « double contrainte » des années 1950, (double bind) de Palo Alto, une école américaine pluridisciplinaire, regroupée autour d’un anthropologue, Gregory Bateson. Mon psychanalyste estime que ces théories ne sont pas encore suffisamment connues, notamment des psychanalystes, effectivement la théorie de Palo Alto se base sur un autre paradigme que la seule « introspection » dans la « boite noire » de l’inconscient, elle parle aussi conditionnements, culture, environnement, communication…
    J’ai lu plus tard Harold Searles, que j’ai beaucoup aimé. Pas pour son côté freudien, rien à faire, il y là-dedans des dogmes qui ne passent pas, mais chez lui ça m’a semblé annexe, ou j’ai résussi à le mettre de côté, je suppose, ce qui m’a crevé les yeux c’est son humanité, ses doutes, sa curiosité, sa vision de ses patients schizophrènes dont il semble estimer qu’ils sont moins malades que leur environnement, au final, ou du moins que c’est leur environnement qui les a rendu malades, et qu’il y a de quoi en tomber malade ? Maintenant je ne l’ai pas assez étudié, et surtout je ne sais pas ce qu’en ont pensé ses patients ! C’est cela qu’il serait intéressant de connaître…
    Mais j’ai surtout été enthousiaste de découvrir la théorie de la « double contrainte » de l’école de Palo Alto (par contre j’ai apprécié la théorie, les études, mais pas la thérapie dite « systémique » qu’ils ont créé dessus, là je ne partage pas du tout leur point de vue sur la méthodes de soin, même si je crois comprendre, intellectuellement, leur idée, je la trouve encore non respectueuse du libre arbitre du patient). Dans la « double contrainte », j’étais scotchée de lire quasiment la description de l’attitude de ma mère, de tout le système familial « à rendre fou », effectivement, je comprenais pourquoi…
    Pas d’accord avec tout, n’ayant pas vécu exactement tout ce que je lisais (par contre j’y ai ajouté des choses), mais c’était très impressionnant pour moi. Jamais lu. Cette découverte m’a été très utile, confirmant et complétant mes intuitions, cela m’a permis de tourner une page. Cela a surtout été un véritable soulagement de constater que je n’étais pas la seule à avoir vécu ça, la fin d’une impression de « folie », justement. J’ai pu m’occuper de moi et de mes besoins, enfin.

    – et une deuxième chose qui a été essentielle, pour moi, absolument essentielle. Il s’agit de la CNV (« Communication Non Violente ») de l’américain Marshall B. Rosenberg, que j’avais découvert quelques années auparavant, et qui m’avait passionnée. Là aussi, je me suis dit que j’avais eu de la chance de connaître ça avant de démarrer une psychanalyse. Je dirais même que je fais une psychanalyse « façon CNV », ce qui ne doit pas être si courant…
    Je ne sais pas si vous connaissez la CNV ? Cette méthode, plutôt pour moi une façon de voir les choses, est classée « communication », mais c’est bien de psychologie dont il s’agit, de notre fonctionnement. En la découvrant, j’ai poussé un ouf de soulagement, enfin quelqu’un qui fonctionne comme moi !
    Marshall Rosenberg est justement un ancien psychologue (élève et collaborateur de Carl Rogers), qui a quitté sa profession précisément parce qu’il était devenu conscient que le principe même de la psychologie moderne, basée sur des diagnostics et des évaluations est inapte. Si j’ai bien compris, il s’est lancé dans la pratique avant même d’écrire les fondements de ce qui est devenu la CNV. Il a d’abord pratiqué sur le terrain ce qui est effectivement une méthode d’observation, d’analyse.
    La CNV consiste en effet à observer ce qui se passe en nous, et autour de nous, en regardant nos émotions à chaque instant, émotions qui sont le « tableau de bord » de nos besoins. Quand nos émotions sont agréables, c’est que tout va bien… et si elles sont douloureuses, elles peuvent nous servir d’indicateur, elles sont le signe que nous avons un besoin qui crie famine… et ainsi nous permettre de le combler.
    Le principe est simplissime, la mise en œuvre plus difficile, mais parce que nous avons été coupés de nos besoins. C’est apparemment la constat de tous les participants aux stages de CNV, ou de ceux qui comme moi, l’ont simplement lue et mise en pratique peu à peu : on réalise tout à coup que c’est dingue, on ne connaît pas nos besoins, on ne sait même pas qu’on en a, d’ailleurs, notre éducation nous a coupés de nous-mêmes, de notre naturel. Tous, à des degrés divers, nous en souffrons.
    Les livres de Marshall Rosenberg sont puissants. C’est du vécu, de l’expérienciel, rien d’abstrait.
    Je ne peux qu’en recommander la lecture. Le plus connu est « Les Mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)/ introduction à la Communication NonViolente » sur la « méthode » CNV (édition La Découverte), mais j’ai commencé par le passionnant « dénouer les conflits par la Communication NonViolente », où il explique ses découvertes (éditions Jouvence).
    Mon mari lui, préfère « cessez d’être gentil, soyez vrai », de Thomas d’Ansembourg, formateur belge en CNV. Perso je le trouve encore un peu trop empreint de psychologie classique, même si c’est subtil.
    On commence à trouver des vidéos en français sur la CNV sur Youtube; dont 15 environ de séances de formation données par Marshall Rosenberg (traduites en français par Eulliot)… Et d’autres formateurs du NVC Europe… après c’est une question, subjective, de goût, de style.
    Au départ je ne me rendais pas compte à quel point cette connaissance de la CNV m’aidait dans ma psychanalyse, me permettait de faire une analyse à ma façon, en me respectant. Mais je vérifie, encore et encore, à ma troisième année de psychanalyse, combien cela m’a permis de ne pas être influencée par les diagnostics, les théories et les dogmes en vigueur. Cela m’a surtout évité d’être entraînée dans une introspection purement « intellectuelle », d’être entraînée à rester coincée vainement dans le passé, comme tant de gens qui travaillent sur eux en psychothérapie.
    C’est là sans doute que ma façon de faire ma psychanalyse est originale. Mon introspection à moi est en quelque sorte une introspection « au présent ». Le passé, les blocages du passé qui sont à l’origine de mes problèmes actuels, de mes souffrances, je les comprends « façon CNV », disons de façon quasi « indirecte »… Je regarde au quotidien mes émotions, ce qui me permet de comprendre ce dont j’ai besoin aujourd’hui pour me sentir bien, je fais tout pour me sentir bien en m’écoutant, en me sécurisant. Ainsi je reste ou retrouve contact avec moi-même, moi telle que je suis aujourd’hui, au contact de mes émotions et besoins d’aujourd’hui, et surtout en faisant tout pour savourer le moindre rayon de soleil, pour m’émerveiller, parce que je me tourne systématiquement vers ce qui me fait du bien. On pourrait dire que c’est de la « psychologie positive », à positiver à tous prix… mais ce n’est pas vraiment ça. C’est vraiment une analyse, quotidienne, intense, mais une analyse qui « éclaire ». Mon passé, mes maltraitances passées, mes blocages, mes souffrances, bien sûr que je cherche à les comprendre. C’est même une obsession, une passion chez moi : comprendre. Mais je le fais sans introspection permanente, pas tournée sur le passé, toujours dans l’esprit de rechercher un mieux-être, ce que la CNV appelle « bienveillance », en éclairant avec du bon, du positif. Et étrangement (enfin étrangement pour l’esprit de la psychologie dite moderne), surgissent peu à peu toutes les explications que je cherchais sur le passé. Ca vient tout seul. Juste en me faisant plaisir dans tout ce que je fais, en analysant mes émotions (uniquement quand elles sont regardables, jamais de violence ! Si l’émotion c’est la peur, alors c’est que j’ai un besoin vital de sécurité, c’est lui qui l’emporte) et en prenant conscience des besoins qu’elles indiquent, donc.
    Au début c’était laborieux (rien ne me faisait plaisir, j’étais trop mal !), mais on repère vite ce qui, à défaut de « faire plaisir », au moins sécurise. Et surtout, en parallèle, j’ai appris à fuir (juste en les observant, là encore, et on apprend peu à peu à les repérer, ces réflexes appris !) les injonctions, qu’elles viennent de moi ou des autres, les évaluations et autres jugements, les catégorisations, les clichés, tout ce qui ne m’appartient pas, mais qui hélas constitue l’essentiel de la « psychologie » actuelle. En chassant ça, en cherchant à être bien, on revient à soi. Et le reste suit tout naturellement. La compréhension surgit.
    Pour autant, c’est un long parcours, pas facile, avec des hauts et des bas, mais je me suis débarrassée rapidement des crises d’angoisse invivables du départ, et je me sens redevenue moi-même.

    La fragmentation entre les « disciplines » qui portent sur l’humain est telle qu’on n’a pas forcément l’idée d’aller lire de la « communication » quand on recherche sur la psychologie. La CNV est inclassable, mais ce qui est certain, c’est qu’elle traite bien de la psychologie. Parce qu’elle traite de ce qui nous fait du bien, de ce qui respecte nos besoins humains fondamentaux; Parmi ceux-ci, il y a le besoin d’écoute, de respect, d’aide et d’empathie, qui concernent aussi bien les patients que les soignants, tout le monde sans distinctions. Et le besoin de comprendre.

    Je suis un peu longue, mais j’ai tellement envie de partager ce qui m’a aidée !

    Personnellement, je ne sépare pas ce qu’on appelle la maladie, de l’état global de notre société. C’est ce que fait Marshall Rosenberg, et il cite le penseur Jiddu Krishnamurti (dont il dit s’être inspiré pour la phase « observation » de sa CNV). Or Krishnamurti explique bien que c’est toute la société qui est malade, conditionnée. Dans ses conférences retranscrites, j’ai trouvé révélateur un échange entre Krishnamurti et un psychiatre intrigué qui s’étonne du mieux être d’une de ses patientes depuis qu’elle suit les enseignements de Krishnamurti, et qui lui demande quoi faire pour aider ses patients à s’adapter à la société… réponse de Krishnamurti, une citation souvent lue : « Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale que d’être adapté à une société malade »… il tente de lui expliquer ce que l’on appelle des « conditionnements », tout ce qui nous rend malade, nous coupe de nous-mêmes. Ce qui pour moi rejoint les conclusions de Palo Alto, comme quoi on deviendrait « schizo » au moins en partie à cause d’un environnement lui-même malade, en manque d’empathie, de communication bienveillante; Nombre de nos soignants sont eux-même inconscients de leurs propres besoins… alors ceux de leur patients ! Mais on peut en sortir, bien sûr qu’on peut en sortir, revenir à soi et à ses besoins. Je suis ravie de voir que des praticiens se forment à la CNV. Je ne sais pas s’il y en a de compétents aujourd’hui, mais ça débute apparemment.
    Par contre dommage, Krishnamurti ne connaissait pas la CNV ! Son époque était encore au « langage chacal », disons moralisateur, pas consciente de l’importance des émotions, encore moins des « besoins », et je bloque souvent sur sa façon de parler, son langage; Mais je partage beaucoup sa façon de voir, de ce que j’en ai compris. Et Marshall Rosenberg est beaucoup sorti de ces écueils du langage.

    La société évolue, laborieusement, mais nous bénéficions de toutes ces découvertes que n’avaient pas nos ancêtres, découvertes qui heureusement bouleversent peu à peu une psychologie dogmatique, fondée sur une introspection purement intellectuelle, que je trouve très « doloriste », reflet d’une société dont la majorité des gens, dont beaucoup de soignants, hélas, n’est pas encore au courant qu’il s’agit d’écouter nos émotions, et que nous avons tous des besoins de bienveillance, de respect, d’empathie. Ils ignorent surtout quelle force, quel pouvoir cela donne de les connaître.

    Pour finir, je voudrais citer cette parole de Carl Rogers que cite Marshall Rosenberg, et que je trouve très vraie : « Lorsque quelqu’un vous entend réellement sans vous juger, sans essayer de vous prendre en charge ni de vous modeler, c’est délectable…Quand on m’a écouté et entendu, je peux redécouvrir mon univers sous un jour nouveau et poursuivre mon chemin. Il est étonnant de voir comme ce qui semblait insoluble se dénoue quand quelqu’un vous écoute. Comme tout ce qui semblait confus peut soudain couler de source quand on est entendu ! »

    Et ça, c’est un besoin fondamental, le besoin d’empathie, qu’on a tous, et que nous attendons de nos soignants, lesquels en ont bien besoin également, mais encore faut-il qu’ils en soient conscients.

    Encore une fois, merci pour votre site, votre témoignage, votre courage. Bon chemin à vous,
    Bien cordialement,
    Isa

  6. Hlhl Said:

    Je ne sais pas, je trouve les jeunes plus froids aussi, plus tranchants dans leurs opinions concernant leurs malades … Et finalement, ils imposent quand même, sans donner la moindre (fausse) impression de compromis que peuvent donner leurs aînés.
    Pour ma part, je ne ressens pas une évolution positive.

  7. Lana Said:

    Isa, merci pour votre témoignage, c’est très intéressant. Je connais l’école de Palo Alto, et je trouve leurs théories intéressantes, surtout le double lien, que j’ai vécu aussi dans mon enfance. Je connais moins la CNV, mais vous expliquez bien ce que c’est, et ça donne envie de s’y intéresser davantage.

  8. mj Said:

    bonjour à tous,
    merci Isa, ton message est très intéressant ; ma sœur m’avait prêté le bouquin « les mots sont des fenêtres » que je n’avais pas réussi à lire, mais je vais ré-essayer.
    personnellement, j’ai eu de la « chance » avec mes psys : bien que la première soit décédée, le second m’a vraiment aidée à « m’en sortir » (parce que je le voulais bien 🙂 ) et le troisième (parce que j’avais changé de ville) a été suffisamment bienveillant pour juste me guider quand, suite à un deuil familial « anormal », j’ai été victime d’une anxiété qui m’étouffait.
    néanmoins, je dirais que les bons psys (et les bons soignants d’une manière générale) sont comme les bons profs : trop rares, mais inoubliables et vraiment aidants. ils aident l’être humain qu’ils ont en face d’eux, parce qu’ils le considèrent dans sa totalité comme un égal, à trouver en lui la ou les perles, les étoiles dont le scintillement est profondément enfoui sous toutes sortes de couches de souffrances.
    les autres sont mauvais parce qu’ils aiment le pouvoir et l’ascendant que leur position leur donne (ou dont il s’emparent) sur des gens qui souffrent et qui se mettent ou se retrouvent, bon gré, mais souvent mal gré, à leur merci.

  9. Lana Said:

    Je suis d’accord, quand on a un bon psy, ça aide vraiment. Le tout est de le trouver!

  10. Anonyme Said:

    Je n’aime pas spécialement les chiffres, mais pour l’exemple, parce que je trouve que ça parle bien : 60% de la réussite d’une prise en charge est à attribuer au patient (bref, on aide pas les gens malgré eux). Autorisez vous à en choisir un, pour de bon, de « psy » comme vous dites ^^. C’est facile à dire, difficile à faire, j’en sais quelque chose. Ça reste le « moins pire » ..


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