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Incroyable et incompréhensible

J’en ai longtemps voulu aux gens de ne pas m’avoir prévenue. Prévenue que la vie pouvait être si dure, si douloureuse. Prévenue qu’on pouvait basculer dans la folie avant même sa majorité. J’en voulais aux adultes, on m’avait menti sur ce que serait ma vie. Je n’ai pourtant pas été élevée dans du coton, je connaissais les horreurs du monde, mais la claque que je me suis prise à 17 ans, je ne m’y attendais pas.

Et puis, de longues années après, j’ai compris qu’on ne m’avait pas menti. Simplement, les gens ne savaient pas. La plupart des gens ne deviennent pas fous, ils n’ont rien  dire sur ce sujet, personne à mettre en garde. On ne m’avait pas menti, et ça a été un soulagement de m’en rendre compte.

Longtemps, j’en ai voulu aux gens de ne pas comprendre la maladie mentale, de ne pas faire d’efforts.

Aujourd’hui, je me rends compte qu’ils ne comprennent pas parce que c’est incroyable et incompréhensible. Je ne parle pas des psychiatres ou autres soignants qui ne comprennent rien, eux pourraient faire un effort, je crois qu’on sera d’accord là-dessus, preuve en est ceux qui comprennent très bien. Mais les autres personnes, celles qui ne sont pas directement touchées par la maladie mentale, peut-on leur en vouloir? Est-ce que moi-même je ne passe pas par des phases où j’oublie ce que j’ai vécu, où je me dis oui mais non, peut-être après tout ne suis-je pas schizophrène, peut-être que j’ai inventé tout ça, que ce que j’ai vécu n’était pas si terrible, et après tout si j’arrêtais mes médicaments. Est-ce qu’à chaque rechute je ne me reprends pas la douleur dans la gueule comme si je ne l’avais jamais vécue, parce que je l’ai oubliée (un peu, au moins)? Est-ce que, moi-même, j’arrive à expliquer ce que j’ai vécu? Comment demander aux autres de le comprendre, alors? Quand je relis ce que j’ai écris pendant toutes ces années,  chaque fois je m’étonne de telle ou telle chose. Je ne me rappelais plus avoir déliré à ce point à telle période, ou à quel point la voix m’avait poursuivie pendant des jours. J’ai adouci mes souvenirs. Je vis avec une plaie ouverte mais en ayant oublié ce qui l’a causé. Je vis comme si tout ça n’avait été qu’un cauchemar, ou la vie d’une autre. Chaque fois je m’étonne que j’ai pu vraiment vivre ça, parce que c’est incroyable. Parce que c’est fou, et incompréhensible. C’est incommunicable.

Alors, si je remercie ceux qui font l’effort de comprendre, si je le demande à mes soignants, non, je ne peux pas en vouloir à ceux qui ne comprennent pas. Je ne peux pas leur demander de se jeter volontairement dans la folie quand la vie les en a tenus éloignés. Je ne peux pas leur demander de croire l’incroyable et de comprendre l’incompréhensible. C’est comme ça, c’est grave ou ce n’est pas grave, ça dépend des moments, c’est le sort des psychotiques que d’être d’un autre monde. Les autres ne sont pas dans notre tête, et c’est tant mieux pour eux.

On est tous un peu schizophrène

On a tous déjà entendu cette phrase: « Bah, tu sais, on est tous un peu schizophrène/bipolaire/autiste/etc » . Ou « on a tous nos problèmes ».

Wait, wait, wait… NON. Déjà, on n’est pas un peu schizophrène (ou autre, mais je parlerai de la schizophrénie puisque c’est ce que je connais). Attends, tu veux dire par là que tu as un peu gâché ta jeunesse en enfer, un peu déliré, un peu entendu des voix, un peu eu envie de te suicider, un peu été dissocié, dépersonnalisé et tout le reste? Un peu, sérieusement? Tu as un peu pris des médicaments et un peu pris vingt kilos à cause des neuroleptiques, tu as un peu connu la psychiatrie et les traumatismes qui vont avec? Tu en as un peu pris pour des dizaines d’années de maladie? Mais comment t’as fait pour que ce soit un peu? Je veux le secret!

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De deux choses l’une. Ou tu ne veux pas entendre parler de troubles mentaux, ça te fait peur/chier/ne t’intéresse pas, et c’est ta façon polie de dire ta gueule. Ou tu trouves qu’être schizophrène, ça a un côté cool/fascinant/romantique et tu aimerais bien en être, mais juste un peu, c’est à-dire que tu voudrais bien ne pas être désespérément neurotypique, banalement normal, tu voudrais être original mais sans les problèmes qui vont avec. Ce n’est pas mieux. Et, scoop, ce n’est pas possible. La folie, ce n’est romantique que dans les romans du XIXème siècle ou chez les peintres préraphaélites. Dans la vraie vie, le romantisme, ça n’existe pas, il n’y a personne pour faire de l’art avec nos larmes, et souvent il n’y a même personne pour les éponger. Le côté fascinant, ça, c’est pour les livres de psychiatrie, les cas cliniques romancés de Freud et ceux qui se passionnent pour les liens entre génie et folie. Dans la réalité, il y a chez les schizophrènes autant de génies et de cons que partout et la folie ça fait juste très peur et très mal. Quant au côté cool, le seul que je vois, ce sont les amitiés que j’ai nouées avec des usagers, mais sinon, non, le maladie mentale, au quotidien, ce n’est pas cool, c’est juste la merde, c’est long, répétitif et désespérant.

Tu ne diras jamais « on a tous un peu un cancer ». Donc, si on a tous nos problèmes, et si tu ne veux pas entendre « ta gueule » (pas de façon polie cette fois), contente-toi des tiens, savoure le fait d’être neurotypique, va te trouver une originalité ailleurs, et ferme-la plutôt que de dire « on est tous un peu schizophrènes » parce que c’est absolument faux et tant mieux pour toi.

Un drapeau pour affirmer nos droits

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Une insulte pour les fous

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« Une femme avec personne dedans », Chloé Delaume, Points

« Juillet. L’ange m’ordonne : Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, et ce qui doit arriver ensuite. Alors je m’exécute, et j’endosse aussitôt le rôle de l’héroïne. Ma vie est emplie de BonheurTM. Un mari, des enfants. Les volutes montent, le rideau tombe et le décor change. Me voilà femelle sorcière, du haut de ma tour. Dans le vide, JE tombe. Qui suis-je ? Peut-être une femme avec personne dedans. »

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Une lectrice se suicide et se change en ange annonciateur. La narratrice culpabilise et prend alors conscience de la possibilité réelle d’une identification avec l’auteur-narrateur-personnage.

« Je n’suis pas folle », Aliose

« Un homme comme vous », Patrick Coupechoux, Seuil

Au cours de l’histoire, on a toujours dénié aux fous la qualité d’êtres humains. On les a brûlés au Moyen Age, parqués dans l’hôpital général de Louis XIV, enfermés dans l’asile, on les a laissés mourir de faim durant l’Occupation, exterminés sous le régime nazi. Pourtant, la folie appartient à l’humanité : elle concerne l’existence même, et pas seulement des symptômes ou ce qui pourrait être leur fondement biologique. Oublier cela, c’est la condamner au rejet, à l’exclusion, à l’enfermement. C’est se condamner à ne jamais la comprendre – et à ne jamais entendre ce qu’elle dit de notre monde. Patrick Coupechoux montre que cela n’a rien d’une fatalité. La psychiatrie désaliéniste, née au coeur de la Résistance française, en fait la démonstration : le fou peut vivre parmi nous, comme les autres citoyens, à condition qu’on le considère et qu’on le traite comme une personne. A condition que l’on défende cette idée simple : le soin, c’est la relation avec lui et seulement cela, loin des traitements médicamenteux. Ce passionnant ouvrage explore les sources théoriques et cliniques, politiques et poétiques de la psychiatrie désaliéniste. Il montre comment le paradigme actuel de la santé mentale délaisse l’humanité de la folie au profit d’une conception scientiste et gestionnaire de l’individu. Une étude ambitieuse et approfondie en même temps qu’un magnifique éloge du désaliénisme.

« Esprit d’hiver », Laura Kasischke, Bourgois

Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d’angoisse inexplicable. Rien n’est plus comme avant. Le blizzard s’est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant…

On ne peut pas en dire plus sans trahir le dénouement de ce livre, mais il parle bien de folie. Un chef-d’oeuvre comme tous les livres de cet auteur.

Folie et création

La maladie mentale n’est pas restreinte à tel ou tel groupe ethnique, racial, religieux ou financier. Chacun peut en être
victime à un moment ou à un autre.
Bien que la plupart des maladies mentales aient des effets dévastateurs sur les personnes affectées, beaucoup ont découvert que ces maladies peuvent produire une extraordinaire clarté,
inspiration et créativité.
Vous trouverez ci-dessous les noms de nombreuses personnes qui ressentirent non seulement la dévastation mais aussi le potentiel de création extraordinaire ainsi que le courage de s’en servir. C’est une longue liste. Merci
de prendre le temps de la parcourir complètement.
Abraham Lincoln
Le seizième président des Etats-Unis, admiré, souffrait de dépressions cliniques sévères et incapacitantes qui parfois le conduisaient à penser au suicide.
Virginia Woolf
La romancière britannique qui a écrit le phare et Orlando a souffert des basculements d’humeur de la maladie bipolaire qui incluait des périodes fiévreuses de création littéraire et des semaines passées dans le gouffre de la dépresssion. Anthony Storr a écrit son histoire dans « la dynamique de la création »?
Lionel Aldridge
Comme défense du légendaire Green Bay Packer des années 60, il a participé à deux super Bowls. Au cours des années 70, il a souffert de schizophrénie et a vécu à la rue deux ans et demi. Avant sa mort en 1998, il a prononcé de nombreux discours inspirants au sujet
de sa lutte contre la schizophrénie paranoïde.
Eugene O’Neill
Le célèbre auteur de théatre, l’auteur du « long voyage dans la nuit » et de « Ah, contrée sauvage ! » est connu pour avoir souffert de dépression clinique.
Ludwig van Beethoven
Le compositeur brillant est connu pour avoir soufferte de la maladie bipolaire. Cela est documenté dans  » La clé du génie : maniaco-dépression et la vie créative » de D. Jablow Hershman et Julian Lieb
Gaetano Donizetti
Le célèbre chanteur d’opéra souffrait de maladie bipolaire.
Robert Schumann
Le poête inspiré de la souffrance humaine a vécu avec la maladie bipolaire, c’est l’une des personnes les plus créatives décrites dans « la dynamique de la création » de Anthony Storr.
Leo Tolstoy
L’auteur de la guerre et la paix, Tolstoy a révélé la profondeur de sa propre maladie mentale dans ses mémoires. Il souffrait de dépression clinique, hypocondrie, alcoolisme et consommation de drogues. Ses expériences sont décrites à la fois dans « la dynamique de la
création » d’Anthony Storr et dans « le monde intérieur de la maladie mentale : une suite de récits à la première personne de ce que cela était » de Bert Kaplan.
Vaslov Nijinsky
Son autobiographie, the Journal de Vaslov Nijinsky, décrit la bataille du danceur avec la schizophrénie.
John Keats
La maladie mentale célèbre du poête est décrite ainsi que celle ne nombreux autres dans « la dynamique de la création » d’Anthony Storr et dans « le cerveau brisé : la révolution biologique en psychiatrie » par Nancy Andreasen, médecin.
Tennessee Williams
L’auteur de théatre a écrit à propos de sa bataille personnelle avec la dépression clinique dans ses propres mémoires, c’est également décrit dans « L’ange de cinq heures : lettres de Tennessee Williams à Maria St Just, 1948-1982; « La gentillesse des étrangers : la vie de Tennesse Williams » de Donald Spoto; et dans « Tennessee : cri du coeur » de Dotson
Vincent Van Gogh
La maladie bipolaire dont souffrait ce célèbre peintre est décrite dans « la clé du génie : maniaco-dépression et vie créative » de D. Jablow Hershman, Julian Lieb et dans « Cher Theo », l’autobiographie de Van Gogh.
Isaac Newton
On soupçonne que le mathématicien et scientifique britannique qui formula la théorie de la gravitation souffrait de maladie bipolaire, c’est décrit dans « la dynamique de la création » d’Anthony Storr et dans « la clé du génie maniaco dépression et vie créative  » de D. Jablow
Ernest Hemingway
Les combats du romancier vainqueur du prix Pulitzer avec la dépression suicidaire est examinée dans « le vrai génie : portrait intime d’Ernest Hemingway par ceux qui le connaissaient » de Denis Brian.
Sylvia Plath
Le suicide de cette poétesse et romancière est le résultat de sa lutte de toute une vie contre la dépression clinique, c’est décrit dans « examen attentif d’Ariel : mémoires de Sylvia Path » par Nancy Hunter-Steiner.
Michelangelo
« La dynamique de la création » d’Anthony Storr parle de la maladie mentale de l’un des plus grands génies artistiques.
Winston Churchill
La citation « Aurait-il été un homme stable, il n’aurait jamais pu inspirer la nation. En 1940, alors que tout condamnait la Grande Bretagne, un chef au jugement sobre aurait très bien pu conclure que nous étions finis » a été écrite par Anthony Storr à propos de la maladie bipolaire de de Churchill dans « Le chien noir de Churchill, la souris de Kafka et autres phénomènes de l’esprit humain ».
Vivien Leigh
L’actrice britanique des années 50 et 60 star d’ « Autant en emporte le vent » et d' »un tramway nommé désir » souffrait de la maladie bipolaire, comme décrit dans « Vvian Leigh : biographie » de Ann Edwards.
Jimmy Piersall
« La vérité fait mal », écrit par le jouer de baseball des Boston Red Sox décrit en détail son expérience de la maladie bipolaire.
Patty Duke
L’actrice qui a remporté l’Academy Award a révélé sa maladie bipoliare dans son autobiographie et dans le film télé « Appelez moi Anna » et dans « une folie brillante : vivre avec la maladie bipolaire » écrite en commun avec Gloria Hochman.
Charles Dickens
La dépression clinique de l’un des plus grands auteurs de la langue anglaise et décrite dans « Clé du génie : maniaco dépression et vie créative » de D. Jablow Hershman et Julian Lieb et « Charles Dickens : sa tragédie et son triomphe » d’Edgar Johnson.
John Forbes Nash
Mathématicien, auteur de la théories des jeux appliquée à l’économie, vainqueur du prix Nobel en économie en 1994, souffrait de schizophrénie paranoïde. Il fut aussi le sujet du livre et film « Une belle âme ».
Titres en anglais des livres non traduits:
« The Dynamics of Creation » par « Anthony Storr  »
« Manic Depression and the Creative Life » par « D. Jablow Hershman » et « Julian Lieb »
Traduit par Alain
http://www.stampoutstigma.net/famous.html

Nouveaux cahiers pour la folie n°3

Mon article sur le schizophrènes qui se rencontrent pour la première fois en fait partie.

Pour le télécharger, c’est ici:

http://www.collectifpsychiatrie.fr/wp-content/uploads/2012/07/Cahiers-folie-n-3.pdf

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