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Presque prendre dans les bras

« Il y a d’autres façons de prendre dans les bras, sans se toucher » à répondu vendredi une formatrice à une participante qui disait chercher en vain un psy qui la prendrait dans ses bras.

Dans mon journal, j’écrivais, à propos de mon ancienne psychiatre, « c’est presque comme si elle m’avait prise dans ses bras ».

Il y a une qualité d’écoute qui fait qu’on se sent pris dans les bras. Un ton de voix, une douceur, le mot qu’il faut.

Je crois que j’ai écrit cette phrase dans mon journal un jour où j’étais complètement déréalisée. J’avais dû sortir un moment, au travail, je me sentais à côté de moi-même et je ne comprenais plus ce que je faisais là.  Je suis arrivée chez ma psychiatre en allant mal, ne sachant pas très bien ce qu’elle pourrait faire pour moi. Et j’en suis sortie en allant bien.  Qu’est-ce qu’elle a fait au juste? Je ne saurais le dire. Déjà, j’ai pu parler de la déréalisation, comme si c’était normal. Dans l’espace clos de son bureau, mon monde est devenu le sien. Et oui, c’était presque comme si elle m’avait prise dans ses bras.

Il y a eu cette autre fois, où ayant peur qu’il y ait un papillon géant derrière moi, j’ai dit que je voulais me retourner pour vérifier. Elle m’a dit doucement « pourtant, il n’y a rien ». Et j’ai pu la croire. C’était comme me prendre dans les bras pour me protéger.

Il y a eu Lucia, ma psychiatre en Espagne. Lucia qui s’est penchée vers moi pour me dire « il faut me raconter ». C’était la première fois que quelqu’un me disait ça. C’est ce qui a fait que je l’ai tellement aimée. Juste quelques mots, « hay que contarme » et le fait de se rapprocher en le disant. C’était comme prendre dans les bras la jeune fille que j’étais, comme on le ferait avec un enfant pour le porter, pour l’aider à aller plus loin.

Et il y a eu mon médecin généraliste. Je ne me souviens plus de ses mots. Juste du fait que c’était comme s’il me prenait la main, comme s’il entrait dans mon monde et m’en extrayait à la force de son bras.

Quand j’étais malade, je ne supportais pas qu’on me touche. Je n’aurais pas supporté qu’on me prenne dans les bras. J’ai fui d’ailleurs face à un médecin qui m’a pétri l’épaule alors que je ne le connaissais pas. Ca partait certainement d’une bonne intention, mais moi je n’entendais plus rien, je ne sentais plus que ça, ce contact inopportun, je me liquéfiais.  Par contre, ceux qui m’ont pris dans leurs bras par leurs paroles, par leur ton, par leur écoute, par leurs regards, m’ont touchée au cœur. Ils m’ont tous aidée, ils sont venus sur ma rive, celle où j’étais seule, ils ont tous contribués à me sortir de l’autre monde.

C’était presque comme s’ils m’avaient prise dans leur bras, avec tous ces petits riens inexplicables. Presque et bien plus à la fois.

 

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La vision tronquée d’un étudiant infirmier

Bonjour à tous,

Je m’appelle Alexandre, je suis infirmier depuis 10 ans et je suis l’auteur du site Santadom. Un petit blog sur la santé. Mais ce n’est pas le sujet.

J’ai eu envie de prendre la parole sur ce site car lorsque j’étais étudiant infirmier, on a voulu me dégoûter de la pathologie mentale.

Je me souviens c’était au tout début de ma scolarité. J’avais déjà une idée toute tracée de mon évolution dans la profession infirmière. Je voulais bosser en psychiatrie.

Pourtant, de nombreuses personnes m’ont conseillé de ne pas le faire. Au départ il n’y avait pas de justifications.

Puis, par la suite, j’ai entendu des choses horribles sur cette partie de la santé et sur ceux qui y travaillent.

« Bosser en psy? Ce n’est pas un vrai métier ».

« Tu ne soignes personne dans ces services »

Et tant d’autres phrases absurdes. En gros lorsque l’on parle de maladie mentale, il ne faut pas la mettre sur le même pied d’égalité qu’une maladie physique.

Venant de la part d’infirmiers, je n’en croyais pas mes oreilles. D’ailleurs il est vrai que lors de mes stages dans des CHU ou des cliniques, lorsque j’évoquais l’endroit où je voulais travailler, on me riait au nez. A tel point que je n’osais plus l’évoquer.

A ce moment là, j’avais fait la connaissance d’une interne qui voulait devenir psychiatre. La pauvre… Elle était en cardiologie. Il n’ y a pas un seul jour ou son référent ne l’a pas taquiné avec ça. C’est fou cette sensation de supériorité que certains ont parfois non?

Pour ne rien vous cacher, lors de ma première semaine dans un service de psychiatrie, je m’en souviendrai toujours, un infirmier m’a dit :

« Fais attention à lui, il pourrait te planter un couteau dans le dos » en parlant d’un des patients.

Il a beaucoup ri, pas moi. J’avais 18 ans et du coup j’ai mal vécu mes premiers instants. Heureusement le reste de l’équipe était passionnée. J’ai pu faire des activités avec tous les patients, leur parler, les soigner… et cela m’a conforté dans mon idée.

J’ai par la suite bossé en CMP et en addictologie. J’ai adoré. Au jour d’aujourd’hui je fais complètement autre chose mais je crois que je n’aurai plus jamais l’impression d’être aussi utile qu’à cette période de ma vie.

Tout cela pour vous dire que j’ai l’impression que la maladie mentale n’est pas toujours à la place à laquelle elle devrait être. Heureusement qu’il existe des lieux comme ce blog pour pouvoir échanger de tout cela.

J’ai reçu un témoignage à la fois drôle et touchant il y a peu d’une personne hypocondriaque. Je ne sais pas si certains s’y reconnaîtront mais c’est très intéressant.

Merci d’avoir lu mon petit coup de gueule ! Je ne sais pas si vous êtes du même avis que moi alors n’hésitez pas à m’interpeller.

Alex – SantADom

C’est quoi, un bon soignant?

On me dit parfois que je ne parle pas assez du positif, alors j’ai envie de parler des bons soignants. Oui, j’en ai rencontré aussi. Evidemment, je vais parler aussi des mauvais soignants, pour donner des exemples de ce qu’il ne faut pas faire. Il va de soi qu’il ne s’agit que de mon avis, et que ceux que je juge comme tels ne le sont peut-être pas pour d’autres personnes ou à d’autres moments. Donc, il s’agit surtout de dire ici ce que, moi, j’attends d’un soignant. Comme mon médecin généraliste et ma psychiatre sont deux excellents soignants, je vais me baser sur la relation que j’ai avec eux.

-Qu’il soit à l’écoute et qu’il me croit. Longtemps, je n’ai pas été soignée parce que je n’ai pas été écoutée ni crue. On m’écoutait à peine, on balayait mes explications d’un geste (« -Vous avez peur des papillons? Pas grave il n’y en pas beaucoup dans nos régions! -Vous ne mangez plus? C’est la vie d’étudiant. »). Parce qu’on ne m’écoutait pas assez, on ne me croyait pas sur la gravité de mes problèmes. Dans son livre, « Les brutes en blanc », Martin Winckler dit qu’on enseigne aux médecins à ne pas croire tout ce que dise les patients. Mais comment aider quelqu’un si on commence par ne pas le croire? Un psychiatre m’a dit d’attendre que ça passe. On connaît le résultat, la schizophrénie n’est pas passée toute seule. Etonnamment!

-Qu’il ne me mette pas dans une case. Ma psychiatre en Espagne avait décidé que j’étais dépressive parce que quand je l’ai vue la première fois, je faisais une dépression en réaction au Temesta. Elle avait donc fait son diagnostic, et ne voulait pas en changer, laissant sur le côté les symptômes psychotiques. Je n’ai donc pas eu de traitement adéquat. Ne pas mettre dans une case, c’est aussi souvent ne pas être dans la case du malade psychiatrique, donc forcément simulateur quand il a des troubles somatiques. Ca veut dire aussi que le médecin doit nous prendre en compte dans notre globalité. Quand je vais chez l’ORL, je ne suis pas juste une oreille et il est inadmissible qu’il me demande d’arrêter mon traitement sur le champ parce que ça l’arrange pour faire des tests.

-Qu’il soit franc. Ne pas mettre dans une case ne veut pas dire ne pas faire de diagnostic. On peut faire un diagnostic psychiatrique sans y réduire la personne. Si on veut connaître son diagnostic, il est essentiel pour moi que le médecin réponde aux questions qu’on lui pose. S’il n’a pas fait de diagnostic, il peut le dire, c’est mieux que des théories fumeuses du genre « je ne veux pas mettre d’étiquettes », « ça vous apportera quoi de savoir? », etc. On ne se bat bien que contre une maladie qu’on connaît, sur laquelle on peut se renseigner, partager avec d’autres personnes, bref qu’on peut arriver à comprendre.

-Qu’il ne soit pas jugeant. Que ce soit sur le physique ou le mode de vie. Je n’ai que moyennement apprécié le commentaire du médecin du travail sur mes seins, « pas des œufs sur le plat ». J’ai envie que mon médecin soit là si j’ai envie de parler de mon poids, pas qu’il me bassine avec des histoires de régimes quand je ne lui ai rien demandé. Idem pour la cigarette. Je sais que c’est mauvais pour la santé, je n’ai pas besoin de leçon de morale. Le médecin du travail m’a dit que la cigarette était dangereuse et que je devais arrêter de fumer, sans rien me proposer comme solution. A quoi est-ce que ça sert? Par contre, à mon généraliste qui ne m’a jamais fait la morale, je sais que je peux demander de l’aide pour arrêter de fumer si j’en ai envie.

-Qu’il soit disponible. Attention, ça ne veut pas dire qu’il doit être là 24heures sur 24! Mais je sais que je peux téléphoner à ma psychiatre si j’ai un problème et que je peux aller chez mon généraliste le matin avant d’aller travailler si je vais mal et qu’il prendra du temps pour moi si c’est nécessaire.

-Qu’il soit souple. Ayant eu un psychologue très rigide, la souplesse est très importante pour moi. Je ne suis pas du genre à rater un rendez-vous ni à arriver en retard, mais quand j’appelle pour changer un rendez-vous, j’apprécie qu’on ne me raccroche pas au nez, comme l’avait fait ce psychologue.

-Qu’il parle et soit chaleureux. Ca paraît évident, mais mes anciens psychologue et psychiatre étaient froids et quasi muets et ça m’a fait beaucoup de mal de me confronter à des murs quand j’avais besoin d’aide.

-Qu’il me fasse confiance. La confiance doit être réciproque, et j’apprécie qu’un médecin aient confiance dans mes propres ressources.

Et vous, qu’attendez-vous d’un soignant?

 

 

 

 

Santé Mentale

Retrouvez un extrait de mon livre dans le numéro de septembre 2016 de Santé Mentale consacré à l’isolement et à la contention.

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Tant pis pour toi

En lisant le livre de Christophe Malinowski,  « Etre soignant en psychiatrie », j’ai compris pourquoi le « tant pis pour eux » de ma psychiatre m’avait fait tant de mal.

Ce « tant pis pour eux », elle me l’a dit à propos des patients qui faisaient semblant d’aller bien en sortant de chambre d’isolement. Elle me disait que l’isolement donnait de bons résultats, je lui ai dit évidemment, les patients font semblant d’aller bien pour ne pas y retourner, vous ne le saviez pas? Non, m’a-t-elle répondu, eh bien tant pis pour eux. Là-dessus, notre entretien s’est terminé. Pendant quinze jours, j’ai repensé à ça, ça me faisait mal ce « tant pis pour eux », très mal. Je me suis dit il faut que je lui explique, elle ne peut pas penser ça, pas vraiment. Alors je lui ai  redit mon point de vue, le non-choix de ces patients, qui ne pouvaient que faire semblant pour ne pas être maltraités à nouveau. Elle a dit « tant pis pour eux, je le maintiens ».  Alors j’ai perdu confiance et je n’ai plus été voir ma psychiatre.

Je n’ai jamais parlé à ma nouvelle psychiatre ni à mon médecin généraliste de ce qui avait entraîné cette rupture. Ca paraissait tellement dérisoire. Quatre petits mots. A propos de chambre d’isolement, moi qui n’ait même pas été isolée.

Dans son livre, Christophe Malinowski nous raconte l’histoire de Tomasz, dont l’hospitalisation volontaire se transforme en hospitalisation sous contrainte avec mise en chambre d’isolement et contention. Après ça, parce qu’on ne l’a pas écouté, parce qu’on n’est pas venu à sa rencontre, il comprend que s’il veut sortir, il doit faire semblant d’aller mieux, donner aux soignants ce qu’ils veulent, dire ce qu’ils veulent entendre.  Alors, tous se réjouissent du succès de son hospitalisation.

J’ai pensé exactement la même chose que lui quand j’ai été hospitalisée. Heureusement plus rapidement, heureusement sans autant de dommages, mais c’est comme ça que je suis sortie, en faisant semblant d’aller bien, en disant ce qu’il fallait. Comme pour Tomasz, il n’y avait pas de confiance possible. Et il n’y en aura plus jamais, pas dans l’institution.

Alors le « tant pis pour eux », ce n’était pas seulement une histoire de chambre d’isolement que je n’avais pas connue et de patients abstraits. Il était aussi pour moi. Moi aussi j’avais fait semblant. Et à cela, ma psychiatre, en le disant et en le maintenant, répondait qu’elle préférait voir son prétendu succès que des souffrances bien réelles. Que ma souffrance bien réelle. Et cela, je ne lui pardonnais pas.

 

« Etre soignant en psychiatrie », Christophe Malinowski, Chronique sociale

Présentation de l’éditeur

L’auteur, dans une première partie, part du vécu du patient, nous le fait partager, ressentir… à travers l’histoire singulière et romancée d’un patient fictif mais si réel. Il nous fait rentrer dans la vie d’un service de psychiatrie. Une deuxième partie précise l’accompagnement au quotidien puis une troisième partie la posture de l’accompagnant. Elles éclairent les pratiques de terrain, permettent une prise de recul, mettent à jour des questionnements-clés pour renforcer une pratique individuelle, une démarche d’équipe. Elles soulignent l’importance de la nature et de la qualité du lien à établir avec le patient en privilégiant un choix de soin humaniste.

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Biographie de l’auteur

Christophe Malinowski est infirmier en service de psychiatrie, son parcours professionnel l’a amené, par la multiplicité des situations rencontrées, à cerner les questionnements-clés d’une profession.

« L’expérimentation des médiateurs de santé-pairs : Une révolution intranquille », Roelandt, Staedel, Doin

Présentation de l’éditeur

– Un sujet d’actualité qui fait couler beaucoup d’encre – Un retour d’expérience, aussi bien en France qu’à l’étranger – Un point complet et objectif sur cette épineuse question « Médiateur de santé pair ». Cette expression est la déclinaison française d’un programme québécois qui propose aux hôpitaux d’embaucher d’anciens malades dans le but de mieux soigner ceux qui le sont encore. Ce projet révolutionnaire s’inscrit dans un mouvement plus général d’émancipation des patients, à qui on reconnaît le droit à l’autonomie et à un statut respectable. Mais comme toute révolution, celle-ci ne se passe pas forcément dans la douceur, et les résistances, voire les oppositions, ont été et sont toujours nombreuses : reconnaissance du médiateur comme un professionnel et non plus comme un usager, crainte de la part des personnels de santé pour cette nouvelle organisation, critique sur l’utilisation de moyens financiers utilisés à mauvais escient, risque pour le médiateur de se confronter à sa maladie, etc. Et pourtant, cette expérience menée dans trois régions française a aussi apporté bon nombre de points positifs : valorisation du médiateur par le travail, reconnaissance de ses compétences par ses confrères, aide réelle aux malades qui se sentent plus à l’aise avec quelqu’un qui a vécu ce qu’ils vivent, etc. Cet ouvrage permet de faire le point sur ce dispositif, en toute transparence, et chacun pourra, après l’avoir lu, se faire sa propre opinion.
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Ouvre la bouche, soulève la langue

Je croyais qu’on entendait ces phrases que dans les films. Mais on me l’a dite à l’hôpital. J’ai d’abord ouvert grand les yeux, parce que je me demandais si je n’étais pas tombée dans la quatrième dimension. Mais non, il a fallu que j’ouvre la bouche et que je soulève la langue pour montrer que j’avais bien avalé mon médicament.

Le ton était donné. On ne me faisait pas confiance.

Or, la confiance, dans le soin, me paraît cruciale. Dans les deux sens.

Comment avoir confiance en un médecin qui vous ment sur les effets secondaires, par exemple? « Les neuroleptiques? Mais non, ça ne fait pas grossir! » « Les yeux qui plafonnent, rien à voir avec le traitement, voyons! » Un médecin, s’il veut qu’on ait confiance en lui, doit dire la vérité mais aussi faire confiance à notre intelligence. On est assez intelligents pour savoir repérer un effet secondaire, on sait lire une notice de médicament, on a internet comme tout le monde. S’il veut qu’on lui fasse confiance, il peut nous parler franchement des effets secondaires, des correcteurs, de la balance bénéfice-risque, d’un éventuel changement de traitement, etc. J’ai détesté le Risperdal, alors qu’il m’a fait moins grossir que le Seroquel, parce que je n’avais pas confiance en ceux qui me le prescrivaient. Comment avoir confiance dans une molécule quand celui qui vous la prescrit vous ment sur ses effets secondaires? Comment ne pas prendre ce médicament en grippe quand on n’a que le silence comme réponse face à ses effets indésirables?  J’ai apprécié le Seroquel parce que j’aimais ma psychiatre et qu’elle était à l’écoute de mes problèmes avec ce médicament. Parce que je pouvais aussi moduler mon traitement en cas de besoin, parce que ma psychiatre me faisait confiance.

Pourquoi est-ce que certains soignants sont d’emblée dans la défiance? Pensant que s’ils ne vérifient pas, forcément on ne prendra pas nos médicaments, que si on ne nous ment pas sur les effets secondaires, forcément on arrêtera notre traitement? Dans mon cas, ça a toujours été l’inverse. Je ne me laisse soigner que par des gens en qui j’ai confiance et qui me font confiance. Quelqu’un qui ne commence pas par me juger indigne de confiance. Quelqu’un qui mise sur moi. Je ne crois pas qu’on soigne quelqu’un contre son gré (on le médique, on le contient, on l’enferme, mais on ne le soigne pas). Je ne crois pas qu’on soigne quelqu’un sans prendre en compte ce qu’il ressent, ce qu’il demande, sans l’écouter. Je ne crois pas qu’on soigne quelqu’un sans relation vraie.

De la prudence ou du fatalisme?

Je ne peux pas, j’ai examen. Combien de fois ai-je dit cette phrase?

Je ne peux pas me bourrer d’anxiolytiques, je dois étudier.

Je ne peux pas aller à l’hôpital, j’ai examen. Ou c’est la rentrée.

J’ai autre chose à faire. Autre chose à faire que d’être malade et de me soigner. Du moins de la façon dont on voulait me soigner.

Combien de fois ai-je eu l’impression que mes études n’étaient pas importantes? « Vous passerez vos examens à un autre moment ». Peut-être était-ce juste de la prudence. Il fallait que j’aille mieux, le reste viendrait après. Mais je l’ai ressenti comme du fatalisme. Tu es psychotique, tu ne réussiras pas tes études, ni ta vie, de toute façon. Peut-être suis-je injuste, je ne sais pas. Mais le fait est que pas une fois quelqu’un ne m’a proposé de m’accompagner dans mon projet. Personne n’a proposé de m’aider à aller mieux en continuant mes études. Il fallait prendre des médicaments aux effets secondaires gênants (essayez de prendre note et de lire un tableau avec la vue trouble), il fallait aller à l’hôpital alors que je ne suivais même pas de psychothérapie, il fallait toujours remettre mes études à plus tard.

Le fait est que je n’ai pas écouté les prudents ou les fatalistes. Le fait est que je n’ai pas voulu attendre d’aller mieux pour faire quelque chose de ma vie. Le fait est que j’ai réussi mes études. Mais j’aurais aimé qu’on m’accompagne, j’aurais aimé qu’on me soigne autrement, j’aurais aimé qu’on y croit avec moi.

Je reste persuadée que soigner, ce n’est pas tout casser. Je crois au rétablissement, aux forces vives de la personne, à la force des projets. Je pense que soigner, c’est accompagner, c’est au moins essayer avant de dire « abandonnez ».

Je ne suis pas une handicapée psychique

Une des expression politiquement correcte, soutenue notamment par les associations de familles, pour parler des personnes avec une maladie mentale, est celle d’handicap psychique.

Je n’aime pas cette expression. J’AI une maladie mentale, mais je ne SUIS pas une handicapée psychique.

Certes, la maladie peut-être handicapante. Mais une maladie est est en perpétuelle évolution et peut même disparaître complètement, dans les périodes de rémissions. Une maladie peut aussi exister sans handicaper, en étant soignée. Elle existe toujours mais n’handicape plus.

Quelqu’un qui a une maladie comme un cancer ne sera pas dit handicapé, alors pourquoi en serait-il autrement avec une maladie mentale? Une maladie physique peut se révéler pourtant tout aussi handicapante qu’une maladie mentale.

Il ne s’agit pas de nier les handicaps que peuvent entraîner les maladies mentales, ni les aides qui vont avec, au contraire. Mais il s’agit surtout de croire toujours au rétablissement, au fait que ces handicaps ne sont pas inscrits dans le marbre. On fait donc face à des handicaps liés à une maladie, on n’est pas handicapé éternellement.

Si la maladie m’a handicapée dans ma vie professionnelle, par exemple, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Aurais-je persévéré dans la voie qui est la mienne si je m’étais dit dès le début « je suis handicapée psychique, je suis incapable de travailler auprès du public, et ce sera toujours comme ça »? Sans doute pas.

Les mots maladie mentale ne sont pas des gros mots. Et je n’ai pas envie d’en utiliser d’autres, surtout s’ils figent dans un état de handicap permanent.

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