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« Essaim 26, Se faire entendre », Erès

Présentation de l’éditeur

Les hallucinations auditives constituent l’indication la plus « parlante » d’une faille psychotique, transitoire ou pas. Mais que savons-nous vraiment des hallucinations ? Certes, leur caractère xénopathique et le fait que le sujet les croit plutôt qu’il n’y croit (selon la juste remarque de Lacan) sont des traits communs. Mais leur variété est si grande, leurs limites avec le discours intérieur et les injonctions propres parfois si difficiles à établir, que l’on peut dire que des hallucinations auditives il y en a autant que de sujets parlants. Ces hallucinations, que l’on appelle des voix, quel est leur lien avec la voix ? Les voix sonorisent la voix qui, comme objet pulsionnel, n’est pas sonore en elle-même mais se définit par la scansion, le temps à dire les choses, le silence entre les mots dits. Comment relier les trois temps de la pulsion invocante (entendre, être entendu, se faire entendre) aux voix et à la voix ? Le « se faire entendre » représente-t-il une articulation entre la voix et les voix ? Que dire aussi de la façon dont l’espace public est aujourd’hui envahi de formes de paroles toutes faites, impératives, qui fonctionnent comme un discours imposé ? Si l’hallucination révèle une disjonction entre le parler et l’entendre, une altération dans le circuit qui mène au « se faire entendre », elle pose aussi la question de savoir comment les psychotiques se font entendre aujourd’hui, et des mal-entendus qu’ils suscitent.

Essaim, N° 26 : Se faire entendre

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Le monde

Il tourne trop vite, fait des vagues, s’effondre, est étrange.

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Mon corps déstructuré

 

Mon corps se disloque, les bras se détachent de mon corps, ma tête est coupée, mon visage se dissout, mon crâne est fendu et mon cerveau s’en échappe. 

images (38) Il m’arrive d’avoir quatre yeux, ou des yeux derrière la tête, me corps gonfle et parfois se transforme complètement. Parfois, j’ai peur qu’il parte en morceaux, que je m’effondre comme un puzzle.

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Mon bras n’est plus le mien.

images (39)Je marche à côté de mon corps. J’agis mécaniquement, comme un robot.

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Les voix dans la tête

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28 décembre 1998

Tu n’as pas envie de me foutre la paix deux minutes? De ne pas être toujours derrière moi comme un horrible bruit de fond? Laisse-moi tranquille!

29 décembre 1998

Fous-moi la paix! J’en ai marre d’elle, je ne la supporte plus, je la hais, elle est toujours derrière moi, elle ne me laisse jamais en paix.
J’en ai marre de toi, c’est clair? Casse-toi! Tire-toi! Laisse-moi tranquille! Je veux te piétiner, t’écraser, t’écraser, te tuer, te crever, je te hais!!
Laisse-moi tranquille!!! Pars! Je n’en peux plus de toi, je n’en peux plus. Laisse-moi. Laisse-moi!

TA GUEULE! Je ne veux plus t’entendre. Crève! Je te hais à mort.

Je ne sais pas si elle est partie ou si elle a gagné. Mais je ne suis plus déchirée. Je suis abattue. J’ai l’impression d’avoir pleuré des heures. Je me sens vidée.

30 décembre 1998

Ca va pas recommencer?

Comment la tuer? Je peux peut-être lui enfoncer la tête sous l’eau, lui fracasser la tête contre l’émail blanc du lavabo, son sang se mélangera à l’eau qui lui remplira les poumons, elle se videra de son sang et s’étouffera. Et elle me laissera enfin en paix. Je pourrai étudier tranquillement.

Laisse-moi tranquille avec tes conseils à la con. Je ne veux pas me tuer.

J’en ai marre. Je suis fatiguée mais je n’ai pas envie de dormir.
C’est quoi cette voix qui m’a poursuivie pendant six jours, qui me colle des remords affreux et me rend folle? Cette impression d’être coupée en deux? Cette impression d’étouffer, dans la rue, impression que le monde est mouvant, fait des vagues, que les façades des maisons et les rayons du supermarché vont me tomber dessus, les escaliers se dérober sous mes pieds, que les gens me regardent méchamment?
Je suis fatiguée.
J’en viens même à penser que j’aurais dû me suicider pendant que j’étais persuadée que c’était la meilleure chose à faire. Mais je ne suis pas d’accord.
Je ne veux pas devenir folle. Je veux mener une vie normale. Je veux être normale. Ce n’est pas grand-chose, ce n’est pas trop demander.
Je passe mon temps à rêvasser, ou à penser que j’ai le sida, du diabète ou que je vais devenir aveugle. Symptômes de la schizophrénie. Cela correspond à d’autres choses qui m’arrivent en ce moment. Mais je ne veux pas y croire. Ce n’est pas possible. Je préfère encore la dépression. Il paraît qu’on peut la guérir en deux mois.
Je ne suis pas schizophrène, je ne m’intéresse pas à l’astrologie.
Si je lis les pages sur les accès mélancoliques, c’est tout à fait moi avant. J’avais quasi tous les symptômes. (Traitement: hospitalisation immédiate. J’étais donc malade à ce point. Pourquoi ils ne m’ont pas crue?)
Je n’ai que quelques symptômes de la schizophrénie. En plus, certains sont aussi sont de la dépression.

Tout ce que je demande, c’est que quelqu’un m’aide à guérir définitivement. C’est que je puisse lui parler. C’est qu’il me croie et qu’il me comprenne. C’est ne pas être droguée aux médicaments. C’est ne pas avoir à choisir entre la maladie et la mort. Je veux vivre normalement.

31 janvier 1999

Les statues du musée tournent la tête et sourient, sautent de leur socle. Tout ce qui a figure humaine sous les vitrines bouge. Les têtes sont égorgées, atrocement mutilées, ont les yeux vides, elles sont folles et dangereuses. Et penser qu’elles ne bougeaient pas me paraissait stupide et fou, choquant.
Est-ce qu’ils bougeaient? Je sais qu’il faut répondre non. Mais je sais aussi qu’ils bougeaient.

21 avril 1999

J’ai vu des taches de sauce tomate sur mon tee-shirt. Je les ai vues, réellement vues. J’ai regardé plusieurs fois. Et maintenant il n’y a plus rien.

11 octobre 1999

Personne ne me croit. Et j’ai lu dans un livre la description exacte de ce qui m’est arrivé quand j’entendais des voix. Je n’ai donc rien inventé. Je finissais par le croire. L.D. ne me croyait pas. Mon psychologue ne me croit pas. « C’est vous qui pensiez ça. » Si ça existe, pourquoi est-ce que ça ne pourrait pas m’arriver? Je ne suis pas une menteuse. Et aussi « …ce que vous appelez dépression. » Mais ce n’est pas moi qui appelle ça comme ça. Pourquoi ne me croient-ils pas?
C. et V. me détestent. Je ne sais pas ce que je leur ai fait. Mais je ne les aime pas non plus, parce qu’elles m’ont vue à l’hôpital.

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