Archive for Paroles des lecteurs du blog

On va se battre pour vivre du mieux qu’on peut

A 17 ans, on m’a diagnostiquée schizophrène dans une Maison de l’Adolescent. Cela aurait pu très mal se passer en fait, quand j’y réfléchis. On aurait pu chercher longtemps mon traitement. Mais dès le premier essai, tout était bon… Je me sentais déjà mieux, malgré quelques instabilités. Je me rend compte à quel point j’ai de la chance par rapport à d’autres patients.
Malgré tout, une idée obsessionnelle me poursuivait, avec mes voix qui accentuaient cela : tu es un monstre.
Oui, tu es un monstre, parce que les schizophrènes tuent les gens à la demande des voix. Tu vas finir par tuer ta famille, puis les gens qui t’énervent. C’est comme ça que se comporte les schizophrènes.
J’avais peur que je le fasse un jour, que mes crises mènent à blesser quelqu’un. Alors, pourquoi pas utiliser cette « arme » pour me faire du mal à la place ? Dès que j’allais mal ou que je voulais faire du mal à quelqu’un, je m’enfermais dans la chambre et je me tabassais seule, pleurant en silence.
Je me rendais compte que, parfois, quand j’étais en colère, une voix prenait ma place, je ne voyais que des brides d’images, en général. Elle tentait d’attaquer les gens, ou de les blesser dans leur égo. J’ai eu de la chance, je n’ai jamais eu de contact avec la police à cause de ça. Au contraire, je voyais un psychiatre ou on m’emmenait en hôpital psychiatrique. Dans ces moments là je reprenais lucidité, et je mentais en disant que c’était moi même.
Après 8 ans de traitement actuellement, je vais beaucoup mieux. J’ai appris à connaître ma maladie, à connaître trois principales voix, et à apaiser leur rage. Je me sentais seule toutefois. Jusqu’à ce que je rencontre quelqu’un de jeune, qui débutait la même maladie, à la salle d’attente. J’ai pu le rassurer, qu’il n’était pas le seul à avoir cette maladie, et lui ait donné conseil sur la prise en charge de sa maladie. Je me rend compte à quel point on se sent seul dans cette maladie, et que les témoignages de souffrances de notre part sont rares.
J’ai pour projet de faire un témoignage BD de cette maladie, et d’essayer de le faire éditer pour non seulement sensibiliser sur la maladie, mais aussi dire à ceux qui peuvent avoir conscience de leur maladie : « vous n’êtes pas seul ». Car ma psychiatre actuelle me l’a dit : nous ne sommes que 40% à avoir conscience de cela, les 60% autres sont totalement coupés de la réalité. Nous avons la chance de pouvoir continuer notre vie en se faisant aider du mieux que peuvent les professionnels, même si nos voix nous rabaissent, nous angoissent, nous donnent envie de leur foutre un poing dans leur gueule immatérielle ; on va se battre pour vivre du mieux qu’on peut, dire merde à nos angoisses quand on a envie d’avoir du bonheur, d’aimer malgré notre haine envers nous même. Ce ne sera pas facile tous les jours, mais on se battra !
Bien cordialement à vous, chers lecteurs et chères lectrices,
Auriane.
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Je ne cherche pas à paraître autre chose que ce que je suis

Je souffre de schizophrénie depuis l’âge de 17 ans et je suis passé par plein d’étapes. Aujourd’hui, je suis un homme de 31 ans et j’ai bien mûri. Entre temps il s’en est passé des choses : des études, des rencontres, disputes, rires etc.

Je ne cherche pas à savoir quels sont les effets secondaires de tels médicaments, je ne cherche pas une définition à chacune des idées délirantes qui me passent par la tête et je ne cherche pas à paraître autre chose que ce que je suis. Je ne cherche pas non plus à me regarder le nombril et à penser comme je suis triste d’être comme ceci ou cela. Le seul regret que j’ai sur le plan phénoménologique, c’est mon appartenance, c’est-à-dire ce qui fait ce que je suis aujourd’hui. J’ai vécu toute ma vie dans la précarité.

Ce qui m’a fait beaucoup de mal depuis que je suis passé au cabanon à mes 18 ans et qu’un infirmier se soit délibérément foutu de moi. J’ai vécu aussi des blâmes. On m’a honni, une soirée il y a 3-4 ans d’ici, en groupe on me traitait de « psychopathe » parce qu’ils pensaient que j’avais cherché à incendier une habitation protégée. Ils m’ont réellement fait souffrir.

Lors de ma première crise psychotique je croyais à l’époque que je pouvais être télépathe, qu’on lisait dans mes pensées et qu’on disait du mal de moi. Des années plus tard, j’ai compris que c’était le cas en quelque sorte. Une de mes collègues de l’école secondaire avait perdu son père et avait répandu la misère dans mon dos, ce qui s’est reproduit plusieurs fois dans ma vie et qui m’a conduit à préférer la solitude à la vie de groupe.

Mes voix ont toutes une histoire et pour la plupart, je les aimais parce qu’elles m’apportaient de la sécurité et ont permis mon développement personnel. Mon père m’a déjà battu pour avoir fait une décompensation psychotique et il y avait toute cette violence autour des disputes de mes parents et de leur addiction à l’alcool. Pour revenir à mes voix du début de la maladie, vous  voyez, ce n’était pas que des voix qui m’insultaient mais elles m’aidaient aussi à percevoir le monde à ma manière. Cela me manque parce que tout ce qu’il en reste, c’est juste une immense plaie qui ne se refermera jamais. Au début, j’entendais des voix dire « continue comme cela, courage etc. » et maintenant, c’est une sorte de double langage ou d’une part j’entends des amis se moquer de moi dans des rêves que je prends pour réels, je leur sonne et ils me disent que non, ce n’est pas réel.

À l’époque, je savais différencier l’imaginaire du réel, à présent, c’est vraiment compliqué. Je suis seul et jamais je ne me sentirai en sécurité… Je n’ai pas choisi d’être schizophrène, je n’ai pas choisi d’avoir à surmonter une situation sociale ou psychique qui m’aliène… Quelque chose a changé, ce quelque chose c’est que je suis devenu malgré moi le fou que je ne voulais pas devenir. Je ne veux plus l’être mais déjà je suis terriblement seul.

J’ai perdu mes parents et je n’ai plus de famille ou bien un ersatz de ce qu’elle était, c’est-à-dire que je vois tous les 3 mois mon frère ou ma sœur. C’est très difficile à vivre et bien que j’essaye de relativiser,  c’est devenu viral : il me faut retrouver de la sécurité, ne plus angoisser, me rappeler des bons moments avec ma famille qui a explosé depuis. Il me reste une poignée d’amis qui ne peuvent pas comprendre l’autodestruction où  me pousse cette maladie.

J’aimerais finalement remercier tous les gens qui visitent ce blog et la personne qui le met à jour, j’ai vu des témoignages poignants, des réflexions pertinentes sur la schizophrénie (on n’est pas tous un peu schizophrène…). Merci de rendre accessible des vécus, des idées, de l’espoir. J’espère vraiment que je vais m’en sortir.

Encore merci.

Notalent

La vision tronquée d’un étudiant infirmier

Bonjour à tous,

Je m’appelle Alexandre, je suis infirmier depuis 10 ans et je suis l’auteur du site Santadom. Un petit blog sur la santé. Mais ce n’est pas le sujet.

J’ai eu envie de prendre la parole sur ce site car lorsque j’étais étudiant infirmier, on a voulu me dégoûter de la pathologie mentale.

Je me souviens c’était au tout début de ma scolarité. J’avais déjà une idée toute tracée de mon évolution dans la profession infirmière. Je voulais bosser en psychiatrie.

Pourtant, de nombreuses personnes m’ont conseillé de ne pas le faire. Au départ il n’y avait pas de justifications.

Puis, par la suite, j’ai entendu des choses horribles sur cette partie de la santé et sur ceux qui y travaillent.

« Bosser en psy? Ce n’est pas un vrai métier ».

« Tu ne soignes personne dans ces services »

Et tant d’autres phrases absurdes. En gros lorsque l’on parle de maladie mentale, il ne faut pas la mettre sur le même pied d’égalité qu’une maladie physique.

Venant de la part d’infirmiers, je n’en croyais pas mes oreilles. D’ailleurs il est vrai que lors de mes stages dans des CHU ou des cliniques, lorsque j’évoquais l’endroit où je voulais travailler, on me riait au nez. A tel point que je n’osais plus l’évoquer.

A ce moment là, j’avais fait la connaissance d’une interne qui voulait devenir psychiatre. La pauvre… Elle était en cardiologie. Il n’ y a pas un seul jour ou son référent ne l’a pas taquiné avec ça. C’est fou cette sensation de supériorité que certains ont parfois non?

Pour ne rien vous cacher, lors de ma première semaine dans un service de psychiatrie, je m’en souviendrai toujours, un infirmier m’a dit :

« Fais attention à lui, il pourrait te planter un couteau dans le dos » en parlant d’un des patients.

Il a beaucoup ri, pas moi. J’avais 18 ans et du coup j’ai mal vécu mes premiers instants. Heureusement le reste de l’équipe était passionnée. J’ai pu faire des activités avec tous les patients, leur parler, les soigner… et cela m’a conforté dans mon idée.

J’ai par la suite bossé en CMP et en addictologie. J’ai adoré. Au jour d’aujourd’hui je fais complètement autre chose mais je crois que je n’aurai plus jamais l’impression d’être aussi utile qu’à cette période de ma vie.

Tout cela pour vous dire que j’ai l’impression que la maladie mentale n’est pas toujours à la place à laquelle elle devrait être. Heureusement qu’il existe des lieux comme ce blog pour pouvoir échanger de tout cela.

J’ai reçu un témoignage à la fois drôle et touchant il y a peu d’une personne hypocondriaque. Je ne sais pas si certains s’y reconnaîtront mais c’est très intéressant.

Merci d’avoir lu mon petit coup de gueule ! Je ne sais pas si vous êtes du même avis que moi alors n’hésitez pas à m’interpeller.

Alex – SantADom

Je suis aujourd’hui sortie du psychiatre en larmes

Je suis aujourd’hui sortie du psychiatre en larmes. J’ai 19 ans. En ce moment je ne me sens pas bien, j’ai l’impression que mes proches et des inconnus me veulent du mal. J’ai peur de rechuter. J’ai donc décidé de ne pas manquer le rendez-vous chez le psy. J’ai hésité à lui serrer la main. J’avais le regard fuyant et je ne parlais pas beaucoup. J’étais nerveuse, angoissée. Je ne veux pas regarder le psychiatre dans les yeux car j’ai peur qu’il puisse m’analyser. J’ai passé la séance à balbutier en me griffant la main et le poignet. Le psychiatre passe le début de la séance à ironiser « Ohhhhh mais vous pensez que les gens autour de vous ont des pouvoirs magiques!!! » Tout à coup le psychiatre se met en colère contre moi. Me dit « Vous êtes soûlante, vous ne parlez pas de toute la séance, la séance n’arrêtera pas! » Je dis que je ne le fais pas exprès. « Vous parlez comme une enfant de six ans! Je ne vais quand même pas vous prendre par la main! » « Et puis vous ne prenez même pas vos traitements régulièrement! » « Vous devriez vous faire soigner! Mais chez un autre psy! ». J’ai les larmes aux yeux et l’envie de riposter. Je quitte le bureau du psychiatre en claquant la porte, même la secrétaire a entendu l’altercation. Je crie « adieu » et je sors en pleurant. Ce témoignage est véridique. J’ai tout de même dit au psy qu’il ne devrait pas parler comme cela à des patients, il a rétorqué de la manière la plus inhumaine qui soit « Oui effectivement je ne devrais pas parler comme cela MAIS vous êtes soûlante! ». Je suis sortie sans ordonnance de neuroleptiques, et il n’a même pas essayé de me rattraper. Alors qu’il ironisait pendant la séance « Oui bien sûr… Vous ne pensez tout de même pas qu’on a caché des micros » alors même que je répète que je n’ai pas le coeur à plaisanter. Je n’ai même pas les moyens de me payer un psy en libéral maintenant. Ce psychiatre a été infect du début à la fin. Il remet mes expériences hallucinatoires en cause. Il utilise l’appel à la majorité « l’autre psy ne vous supporte pas non plus donc c’est vous qui avez un problème ». Il ne veut pas me dire mon diagnostic. A sous-entendu que j’étais bipolaire alors que mes délires/hallucinations ont parfois duré plus d’une année sans pause, puis a assuré que je n’étais pas maniaco-dépressive, tout en occultant toujours le sujet de la schizophrénie en disant « le diagnostic est inutile sauf pour mettre les gens dans des étiquettes ». Suite à cela j’ai arrêté les neuroleptiques, car à quoi bon, je ne suis ni bipolaire ni schizophrène selon Docteur, et je ne me reconnais pas dans les autres psychoses. Ce même docteur a osé me reprocher l’arrêt des neuroleptiques ensuite! Et depuis j’hallucine tous les jours, je vois mon propre visage se transformer, j’ai peur tous les jours, j’ai peur, peur, peur.

Surtout, si vous rencontrez un tel psy, ne faites pas la même erreur que moi, essayez, si vous le pouvez, avec vos moyens de le rembarrer dès les premières séances. Je n’ai pas osé et je m’en veux. Ce même psy sous-estimait les effets secondaires des neuros, haussait le ton, était condescendant et toujours sarcastique.

Elise

Mange ! Sale gamine !

:

Je ne sais pas si on peut parler de témoignage sur l’anorexie, à propos de cette petite contribution personnelle relatant mon propre vécu : un épisode anorexique.

Toujours est-il que ce sont les conseils d’un « psychologue » qui motivent ma réponse, car il déclare, je cite :« Je m’autoriserai à dire à une anorexique ce que ses parents n’ont peut-être jamais osé lui dire : « Mange ! Sale gamine ! » Vous pouvez voir l’ensemble de son article en capture d’écran, puisque la page du site a été retirée entre temps, sans doute suite à une pétition :

Je me souviens de ce culte du repas en famille, de cette charge émotionnelle qui le motive et qui en découle aussi. L’importance donnée à l’acte de manger provient peut-être de plusieurs raisons, je ne sais trop, mais j’en ai noté quelques unes :

– Partager une nourriture alimentaire c’est aussi partager une nourriture sociale, en mangeant avec un groupe, ce que mange ce groupe, on y adhère, on incorpore plus que des aliments : sa façon de vivre aussi. Ne pas manger les mêmes aliments, ou refuser tout net de manger, cela peut renvoyer au groupe une image négative de sa façon de vivre. En s’excluant de la sorte de ce rite du partage, le groupe se sent rejeté, pas aimé, et il réagira de manière très irrationnelle et rigide contre celle ou celui qui refuse de partager le même pain. J’y vois, d’ailleurs, un rapport ancestral avec le mythe de la « sainte Cène »

– Par le passé, certains parents ont souffert du manque de nourriture quand ils étaient enfant durant la guerre. Refuser de profiter de ce dont ils ont manqué leur semble une être une aberration, une insulte à leur propre lutte pour la survie. Ne pas manger c’est risquer de mourir, au point que si un de leur enfant refuse un repas, ou un aliment, cela les renvoie à leurs anciennes angoisses et l’alarme « danger de mort » retentit dans leur tête. D’un seul plat refusé, ils en font tout un plat. Leurs peurs les rendent menaçants vis à vis de ces « sales gamins », et alors commence la série de gestes et propos violents : j’ai vu des parents forcer carrément la bouche de leur enfant avec la cuillère, malgré ses cris et ses pleurs, j’en connais qui étaient punis des heures à rester devant leur assiette jusqu’à ce qu’ils la vident, sans compter tout le chantage dont ils se retrouvent victimes : « si tu ne manges pas, tu seras privé de… »

– Ces générations ayant souffert de pénurie alimentaire ont sans doute fait perpétrer le message aux générations suivantes, car le forçage alimentaire des enfants récalcitrants est toujours de mise. C’est très angoissant pour eux. Ils espèrent évidemment que leur enfant devienne grand et fort, c’est assez normal. Ils redoutent plus que tout les conséquences des carences alimentaires. C’est terriblement anxiogène d’imaginer leur propre enfant, dont ils doivent prendre soin, devenir chétif, sous- alimenté, et voilà que le drrraaame survient : le bout de chou, entêté, serre les lèvres, dit « non »,  pour ne pas avaler le bout de viande au fond de l’assiette.

Je peux comprendre, par contre, ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est que ces angoisses passent par dessus le fait d’obliger quelqu’un à incorporer quelque chose qu’il refuse. Qu’elles soient plus fortes que les peurs de générer des traumatismes propices à des comportements alimentaires déséquilibrés dans le futur.

J’en avais parlé plus tard à mes parents. Ils s’extasiaient que mon enfant « n’avait aucun problème pour s’alimenter », contrairement à tant d’autres… Je leur expliquais que lorsqu’il refusait un aliment, cela ne m’angoissait pas outre mesure.

Je vivais pourtant dans la misère. Pouvoir acheter de quoi manger était un grand souci à cette époque, et mes priorités étaient que mon enfant ne manque de rien. Mais jamais au grand jamais je n’aurais pour ces raisons accepté de perpétrer les manies familiales : l’obliger à manger c’est un manque basique de respect.

Autant que possible je lui proposais des produits variés, qu’il avait le droit de refuser s’il y avait goûté avant. Il était autorisé à manger ce qu’il aimait, et ce qu’il aimait étant varié, ses repas étaient au final, toujours équilibrés.

S’il arrivait qu’il refuse catégoriquement de manger, je lui demandais de sortir de table : il changeait de comportement immédiatement et partageait le repas avec nous, en toute convivialité.

Il avait déjà expérimenté le « sautage de repas » et n’aimait pas cela. Quand il avait sauté ce repas, je n’en avais ressenti aucune crainte, je savais qu’il se rattraperait au suivant. Si j’avais montré quelque inquiétude, il aurait été assez finaud pour le sentir et l’utiliser comme moyen de chantage.

De ce fait, lorsque je l’invitais à sortir de table, il restait, et puis, il mangeait comme tout le monde.

Je me souviens aussi de la fois où il refusait de goûter aux épinards. D’habitude il acceptait de tester  ce que je lui proposais, mais pour les épinards, j’ai du beaucoup insister pour qu’il en prenne juste une bouchée. Quelques minutes après j’ai remarqué qu’autour de sa bouche, où il restait une trace d’épinard, sa peau devenait rouge vif. Peut-être une allergie ? J’aurais du le laisser ne pas y goûter.

En tous les cas, dans la mesure de mes moyens, et du respect de l’équilibre nutritionnel, je m’accordais le droit de ne manger que ce que j’aimais, pourquoi le refuser à son enfant ?

Qu’il n’aime pas ce qu’on aime n’est PAS un manque d’amour de sa part à notre égard.

J’expliquais à mes parents que si j’avais agi ainsi avec mon enfant, c’est parce que j’avais souffert de toutes les fois où ils m’avaient forcée à manger.

« Forcée ! Vous vous rendez compte ? »

Ils se sont excusés.

Adolescente, j’avais fait ce qu’on pourrait appeler une mauvaise rencontre durant des vacances. Une famille suisse « bien comme il faut » campait à côté de la notre, ils étaient évangélistes chrétiens. L’un des fils m’a fait croire qu’il était amoureux de moi, dans le but de me convertir à sa religion. Il s’en est excusé, mot pour mot, en ces termes, quelques années plus tard. Mais à l’époque j’avais 16 ans, j’étais naïve, il m’était inconcevable qu’on puisse vouloir manipuler par les sentiments, quelqu’un, pour atteindre des objectifs autres, et pire encore, au nom d’un Jésus-qui-t’aimes-Jésus-peut-te-sauver-Jésus-est-amour ». Mais je n’avais pas les mots pour définir l’arnaque dont je fus victime, c’était lui qui était venu me chercher : je n’avais rien demandé.

Sans savoir pourquoi, sans même être consciente de cette petite trahison, j’ai perdu le goût de manger, cela s’est fait en douceur, mois après mois, années après années, jusqu’à ce que je devienne squelettique. A 20 ans j’étais un tas d’os sur pattes quand je regarde les photos, et pourtant on avait beau me dire « que tu es maigre ! », je n’en croyais rien. Je fuyais les repas, qui étaient surtout le théâtre de règlements de compte en famille = double écoeurement. Manger le minimum vital ne me fatiguait pas outre mesure, j’étais comme une pile électrique toujours en mouvement et souffrais surtout des inquiétudes de ma famille. L’idée même de manger me serrait le ventre.

Cela n’a pas duré au point d’être en danger. C’est au détour d’une conversation avec ma gynécologue qu’un déclic s’est produit. Elle a dit un truc du genre : « Mais vous en avez bien souffert, de cette déception sentimentale… » de manière anodine, comme si c’était une évidence.

Je l’ai regardée, frappée par ses propos, les yeux grands ouverts.

Je tournais en boucle dans ma tête, les heures suivantes « déception sentimentale ». C’était ça ! Tout ça pour ça ! Je n’avais plus goût à la vie à cause d’une déception sentimentale !???

Quoiqu’il en soit, j’ai décidé à ce moment là de lutter contre mon dégoût de la nourriture, et j’y suis parvenue, tout d’abord, en mangeant seule, comme si de rien n’était, en mangeant sans penser au fait que je mangeais, en mangeant en même temps que je faisais une activité autre, et agréable.

Dix ans plus tard j’arrivais à accepter des repas de groupes, mastiquant longuement, où bien animant tant et si bien les repas qu’on remarquait à peine que j’en oubliais de manger.

Les amoureux qui m’invitaient au restaurant ne savaient pas que si je déclinais cette si jolie invitation, c’était pour éviter la corvée de passage obligé au partage de la tablée.

Maintenant, pour les repas de groupes incontournables, je ne décline plus l’invitation, et j’arrive même à faire comme tout le monde, et même, à y prendre goût.

En bref, j’ai eu la chance de ne pas tomber sur un spécialiste qui m’aurait dit « Mange ! Sale gamine ! »

réponse du psy sur anorexie

Florence

Je me suis fait à l’idée que c’était pour la vie…

Des précisions de l’auteur du témoignage « Je voudrais donner un peu d’espoir aux schizophrènes » sur ses symptômes:

Je pense que dans les précédents paragraphes, j’ai dû faire une erreur sur le début de ma maladie. Une chose est sur elle à commencé bien avant mes quarante ans.
En fait cela ne fait que huit ans que je n’ai pas fait de rechute, que je suis stabilisé.
La dose de Risperdal quotidienne que je prend le soir, me rappelle que j’ai une épée de Damoclès au dessus de la tête, comme tous les gens qui sont condamnés à prendre des médicaments à vie… Je me suis fait à l’idée que c’était pour la vie…
Je voudrai décrire quelques symptômes que j’ai eu dans mes délires.

Comme je le disais dans le paragraphe précédent, je pensais être harcelé par des voix télépathiquement. Voix que j’attribuaient à mon voisinage proche.
Les voix la plupart du temps n’avaient rien d’empathique.
C’était comme si j’étais harcelé par des gens sans cœur, des coquilles vides, un peu comme des pervers narcissiques.
Ces voix me dévalorisaient. Elles faisaient référence souvent à la sexualité, me culpabilisait. Elles voyaient aux travers des murs. Je n’étais jamais seul, elles surveillaient mes moindres faits et gestes.
Le plus souvent une voix féminine prenait ma défense, se faisait mon avocat pendant que d’autres plutôt masculines me dévalorisaient, m’insultaient.
J’en étais arrivé à tomber « amoureux » de la voix féminine à qui j’avais donné un prénom.
Les voix méchantes aussi avaient leur nom, à ma façon je les dévalorisais, les ridiculisais. Je me défendais comme je pouvais, j’essayais de leur faire entendre raison et tout ça par la pensée.
Je parlais rarement tout seul comme beaucoup de schizophrènes.
Ces voix communiquaient rarement directement avec moi. Elles ne s’adressaient jamais à moi personnellement.
Elles parlaient entre elles sur moi, débattaient de ce qui était bien, se disputaient entre elles.
C’était infernal ça ne s’arrêtait que dans mes périodes de sommeil. Quand elles se manifestaient la nuit c’était pendant mes phases de réveil. Je dormais peu dans les crises de délire.

Dans un moment de délire assez long je me suis senti agressé par tout le quartier.
J’entendais ou semblait entendre tout ce qui se passait derrière les murs, les portes, les fenêtres de tout les appartements.
C’était un peu comme si les murs était devenus de papier. Plus personne n’avait d’intimité.
Les gens se parlaient entre eux par télépathie, s’engueulaient, faisaient l’amour…
Paradoxalement j’affichais un comportement « normal » hors de chez moi devant le public physique bien en chair et en os. Bien que parfois je criais par la fenêtre…
Plus en voiture je m’éloignais de la grande ville ou j’habite, plus les voix, les bruits diminuaient, pour réapparaître la ville, ou la bourgade suivante.
Je commençais d’envisager d’acheter un fourgon pour dormir au calme dans un chemin, dans une forêt, un peu comme les personnes électrosensibles.
Mon internement mis fin au projet…

Un jour par lassitude j’ai été voir mon médecin généraliste tout en continuant à entendre des voix, j’avais encore du discernement…
J’ai suivi son conseil, j’ai été aux urgences psychiatriques du CHU de mon plein gré.
Quand on m’a sanglé sur un brancard, alors que je commençais à m’agiter (ma voiture était garée sur un parking payant et ils ne me laissaient pas sortir pour mettre des pièces dans le parcmètre) j’ai eu de la haine contre les soignants.
Cela pour moi commençait à ressembler à un internement abusif.
Maintenant je les comprends, ils ne savent jamais à qui ils ont affaire. Ils agissaient pour ma sécurité, la sécurité des autres patients et la leur.
Certains de leur collègues avaient été blessés et tués par des cas psychiatrique dans le passé. Ce qui est encore le cas, maintenant et je comprends leur prudence.

Tout ceci est un descriptif assez sommaire de mes délires.
Dans des périodes j’avais même le pouvoir de faire disparaître des objets, de les rendre invisibles.
Moi aussi j’avais le pouvoir de me rendre invisible.
Les voix voyaient aux travers de mes yeux, j’étais une sorte de réceptacle.
Les voix étaient dans ma tête ou peut être dans une autre dimension, un monde parallèle, peut être l’enfer…

Mais tout cela n’est que suppositions. La science n’a jamais démontré physiquement l’existence d’univers parallèles.
Restons dans le cartésianisme, ne partons pas dans un délire…En général une crise commence comme ça…Boostée par l’imagination…On se met à essayer de comprendre ce qui nous arrive, à inventer des concepts, des théories plus abracadabrantes les une que les autres, des tentatives d’explications aux voix qui envahissent votre tête.

Je voudrais donner un peu d’espoir aux schizophrènes

Je voudrais donner un peu d’espoir aux schizophrènes de guérir un jour. J’ai été interné en psychiatrie en février 2007 pour délire schizophrène.
A ma sortie j’ai été traité au Risperdal consta 50 mg, une injection tous les quinze jours. Cela à duré jusqu’en avril 2014. Plus de sept ans sans aucune rechute avec peu d’effets secondaires sinon  une baisse de la libido.
A partir d’avril 2014, d’un commun accord avec mon psy nous avons décidé d’arrêté les injections de Risperdal et de prendre 2mg par jour de rispéridone à sucer, bref la même chose que les injections, mais en moins contraignant…
Bientôt février 2015 toujours pas de rechute, depuis trois mois je me suis remis au sport, je suis en pleine forme physique et psychologique. La libido a remonté😉
Peut être que je suis définitivement guéri. La cinquantaine s’annonce sous de bon hospice.
Gardez espoir il y a des cas de guérisons, j’en suis convaincu.
Mais je continue à prendre mon cachet tous les jours, on est jamais trop prudent, quand on est soi disant fou…

Je voudrais continuer à témoigner…
Depuis février 2007, depuis la première prise de médicaments aux urgences psychiatriques, aucun symptôme n’est réapparu, peut être un léger retrait solitaire, ce qui est fréquent cher les schizophrènes, mais cela à toujours été dans mon caractère.
Depuis onze ans je n’ai pas fait de rechute, j’ai toujours suivi mon traitement à la lettre.
Pourtant quand on m’à interné j’étais bien atteint.
La maladie contrairement à ce que l’on pourrait penser est apparue assez tardivement, aux alentours de 35 ans.
Progressivement je me suis senti surveillé, espionné. Je suis devenu complètement parano. Les hallucinations auditives sont venu tout doucement, elles occupaient ma tête presque continuellement avant mon internement. Par exemple j’entendais mes voisins , ou ce que je pensais être mes voisins me harceler aux travers des murs de mon appartement par télépathie.
J’en suis même venu à provoquer une altercation avec un de ces voisins. Ce qui a donné lieu à une médiation au tribunal et je passe d’autres « bêtises » du même genre lors de ma période de maladie.
Il y a des schizophrènes qui terminent en prison…Dans mon cas cela à été limite.
Dans mes délires j’ai souvent eu ce que je pense être des hallucinations olfactives, souvent des odeurs de cadavres ou d’excréments. Je pense que dans ces périodes les hallucinations visuelles se sont manifestées aussi, mais elle étaient légères.
Je voudrais dire aussi par mon expérience, malgré les horreurs que commettent certains schizophrènes (mais ils ne sont qu’un infime pourcentage sur le grand nombre de schizophrènes) que ces personnes sont aussi des êtres humains même s’ils n’ont plus la faculté de discernement au moment de passer à l’acte, quand ils passent à l’acte…
Ils tentent simplement par la violence de mettre fin aux voix qu’ils attribuent aux personnes qu’ils agressent. Il croient souvent que ces personnes les harcèlent par télépathie.
Ce qui est absurde la science n’a pas encore démontré que la télépathie existe.
Mais dans leurs délires il y a toujours une logique qu’ils sont les seuls à comprendre. Aux yeux des autres personnes ils ont des comportements incohérents, ils sont fous. Ce qui est loin d’être le cas dans les périodes non psychotiques.
Certains sont peut être plus lucides que la moyenne en ce qui concerne le monde, la société ou ils vivent…Un peu comme certains autistes…
Onze ans après, arrivé a cinquante ans tout va bien de nouveau.
A part une chose, treize avant la retraite…
Malgré la maladie le traitement j’ai toujours réussi à conserver mon emploi…Un toit…
Pas si fou que ça le vieux schizophrène…

Bon courage à vous tous.

A jamais

A jamais tu seras mon enfant masculin

Mon dernier désir de transformer la chair

en être de bonté

et tu fus celui-là

enfant bon et joyeux

qui aima sa maison

comme on aime aux cieux

comme un délit secret

comme un ravissement

Ta maison t’appartient

tu ne l’as pas quittée

pour un avenir mensonger

brouillé de larmes apeurées

pour un destin déformé

sans famille tu devenais

et ton bras désarticulé

ne pouvait plus souffrir

la longue litanie

de nos sagacités

Dans les murs

ton esprit échappé

divague bouche cousue

Ton enfance perdue

tous les plaisirs reçus

sous leurs globes de verre

te regardent surpris

tu as si peu grandi

sans abri, sans logis

A jamais

Disparu le temps

d’avoir vécu confiant

petit frère apaisé

fierté de tes parents

ta longue peine déguisée

en sombre tragédie

dans l’isoloir, ton absence grandit

ton chagrin ne se partage plus

Il est caché dans ta maison

ta maison dans ta tête

et ta tête ?

O ta tête !

se débat dans sa cage d’acier!

Ta chère tête de beau petit garçon

de jeune homme élancé

qui peut la protéger ?

la sauver du passé ?

Tu es venu

éclairer la mémoire

supplier la pitié

et la fidélité

à toute chose aimée

demeurée dans ton coeur

Ta révolte essentielle a malmené nos liens.

Epris de liberté

tu as osé, mon fils

un invincible pari

Le temps n’a pas de prise

Sur l’amour des enfants

Corinne, maman de Guillaume

Parents

Des parents pratiquants

déposent leurs tributs

aux consciences armées

d’une longue expérience

de jeunesses damnées

de cervelles irradiées

de garçons disloqués

errant toujours vivants

aux limites mortelles

du désordre géant

de leur imaginaire

percé cloué vissé

ébloui ahuri

greffé sur des tympans

par les sons discordants

des transes ennemies

et des cris de leurs mères

à genoux accouchées

d’une plaie à trépan

d’une longue patience

d’un fils immaculé

et des cris de leurs pères

accablés, violentés par un fils étranger.

Nos garçons sont tremblants

dans leurs corps interdits

de fièvre et de désir

Nos garçons sont perdants

au jeu des destinées,

des écoles, des lycées

Des parents rassemblés

au piège des tourments

inventent une contrée

de psychoses hantées

de paroles mêlées

de fragiles bienfaits

Pour une vie cachée

mentalement honnie

pour des fils innocents

de leurs bouleversements

Pour des fils à aimer

des parents convertis

au quotidien absurde

bâtissent en clair-obscur

une empathie fidèle

aux jours qui ne sont plus

au présent qui s’avance,

au trouble conjuré.

Corinne, maman de Guillaume

Schizoïde

Mon vide se rempli de l’angoisse

D’un futur en berne.

Il n’y a plus d’espoir,

Juste la mélancolie pesante

De la maladie qui opère.

Les mots m’échappent

Ainsi que ma pensée.

J’en regretterais presque

Les chimères entrevues

Lors de voyages ailés.

Les neuroleptiques brutaux,

L’hôpital et l’odeur

Du cadavre de mon cerveau

Font un printemps sans fleurs.

Où est ma légèreté ?

Dans le souvenir

D’amours en liberté

Et d’un possible devenir.

Schizophrénie tu mens !

Ce n’est plus une vie,

Errer sans sentiments

Faire les choses sans envie.

Plus de rimes au compteur,

Plus aucun intérêt au mensonge,

Cela n’ira pas mieux.

Le rire a sombré dans l’oubli.

Torpeur. J’ai peur aussi.

Il fait si froid.

 

Gunnar

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