Posts Tagged ‘schizophrénie’

« Le goût amer de l’abîme », Neal Shusterman, Nathan

Présentation de l’éditeur

Un roman bouleversant qui nous plonge au cœur de la schizophrénieRésumé : Caden est un adolescent de quinze ans ordinaire, qui s’intéresse à l’athlétisme et aux jeux vidéo. Pourtant, il adopte un comportement de plus en plus étrange aux yeux de ses parents : il marche seul et pieds nus dans les rues, craint que ses camarades de classe ne veuillent le tuer… Dans son esprit, Caden est devenu le passager d’un navire voguant sur des mers déchaînées.
Lorsque cela devient trop difficile pour lui de garder le contact avec la réalité, ses parents doivent l’interner en hôpital psychiatrique. Commence pour le jeune homme un long voyage qui doit le mener au plus profond des abysses, au risque de s’y noyer…

Inspiré d’une histoire vraie, un roman d’une justesse incroyable sur les maladies mentales.

Biographie de l’auteur

Né en 1962 à New York, Neal Shusterman est auteur de romans policiers et fantastiques dont La Faucheuse (Robert Laffont, 2017). Le Goût amer de l’abîme a été inspiré par la vie de son fils Brendan, qui a illustré le roman. II a reçu plus d’une dizaine de prix littéraires, dont le National Book Award 2015.
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Internet et la schizophrénie

Ceux qui disent qu’internet isole, je me demande s’ils savent dans quelles affres de solitude plonge la schizophrénie. Quand on tombe dans cette maladie, quand on ne comprend pas ce qu’il nous arrive, quand on a personne à qui en parler.

J’ai été adolescente avant internet. Je le regrette. Parce que quand je vois les groupes d’entraides, je me dis que ça m’aurait bien aidé au début de ma maladie. Les forums m’ont aidée plus tard, d’ailleurs, et avec internet, je me dis que je n’aurais pas dû supporter cette solitude horrible des débuts. Parce que dans la vie quotidienne, personne n’est schizophrène. Ca n’existe pas. C’est tabou, on n’en parle pas. Je n’aurais pas eu comme seule information je ne sais plus quelle encyclopédie obsolète qui m’apprenait que la lobotomie était un bon traitement pour la schizophrénie. On peut rire des gens qui essayent de comprendre leur maladie sur internet, même si je n’ai jamais compris pourquoi (comme si tout le monde ne le faisait pas), mais en quoi était-ce vraiment mieux avant? On avait deux lignes dans le Larousse, à tout casser, et quelques paragraphes dans l’encyclopédie familiale. Et comme c’était à peu près les seules informations qu’on avait rapidement sous la main à la maison, on n’avait pas vraiment de quoi comparer et recouper les informations. Moi, j’étais là, avec ce mot lobotomie (dans une encyclopédie qui datait des années 80, pas 40!), et personne à qui poser la question, personne sur un groupe facebook ou un forum, pas un médecin sur twitter pour me dire que c’était n’importe quoi. Juste moi et ma peur.

Ceux qui disent qu’internet, c’est du virtuel ne savent pas qu’une parole, une petite phrase, mêmes quelques likes, peuvent vous prouver que vous êtes vivants, que vous pouvez encore communiquer avec quelqu’un.  Quand j’étais petite, j’avais des correspondants, et personne ne me disait qu’ils étaient virtuels. Je ne vois pas la différence. Alors, bien sûr, il y a des associations, mais non seulement elles étaient difficiles à trouver avant internet (j’ai essayé, et j’ai dû passer une dizaine de coups de fil avant de tomber sur une bénévole de Similes qui m’a dit que les thérapies de groupe, c’était à l’hôpital; j’ai aussi demandé à mon psychologue et il ne m’a pas répondu (c’était un psychanalyste pur et dur et il devait avoir pour principe de ne pas répondre aux questions)), mais en plus, au plus fort de la maladie, je n’aurais jamais eu le courage de pousser leur porte et de me trouver face à des inconnus, alors que sur internet j’aurais pu communiquer, échanger.

Toutes les rencontres que j’ai faite à cause de/grâce à cette maladie, je les ai faites d’abord parce que j’ai pu utiliser internet. Ca m’a poussé à m’exprimer dans la vie réelle, à me faire des amis. Je regrette juste de ne pas avoir pu le faire plus tôt.

Dénigrer la communication par internet, c’est un truc de psychotypique qui ne sait pas ce que c’est de vivre une expérience incommunicable à son entourage et d’être privé de la parole dans la vie réelle.

 

« Schizophrènes au XXe siècle », Hervé Guillemain, Alma

Présentation de l’éditeur

Inventée vers 1900, la schizophrénie est devenue en cent ans la plus grande pourvoyeuse d’hospitalisations psychiatriques, la source de nombreux faits divers, une figure dominante de la culture cinématographique, un objet désormais récurrent d’intérêt médiatique.L’historien, Hervé Guillemain s’est plongé dans les dossiers de milliers de patients. Écrire l’histoire du point de vue des cliniciens n’aurait apporté rien de neuf. La schizophrénie, cette maladie du siècle, a déjà une histoire. C’est bien celle des schizophrènes et de leur prise en charge médicale, politique et sociale qu’il convenait d’écrire avant que cette appellation, considérée par de nombreux médecins comme fragile, inopérante et stigmatisante, disparaisse des classifications mondiales.

Il en ressort que l’un des premiers buts de cette  » nouvelle maladie « , née sur les beaux restes de la mélancolie, fut de prévenir l’essor des psychoses juvéniles. Plus généralement, ce sont aussi bien des domestiques en difficulté, des migrants confrontés à la crise que des jeunes adultes aspirant à l’émancipation qui formèrent, sous l’égide de la science et de la pratique médicale, un nouveau sous-ensemble de population reconnaissable à ses postures, ses gestes, la résistance aux thérapies et son inadaptation au nouveau modèle sélectionniste scolaire, militaire ou professionnel.

Il en ressort aussi que des années 1900 aux années 1970 ces sujets considérés comme incurables ont été soumis à une double peine : la représentation socialement négative accolée à leur souffrance s’est doublée d’une intensification de leur traitement et d’une dégradation alarmante de leurs conditions de vie.

Pourquoi et comment une nouvelle maladie mentale naît-elle, évolue-t-elle, meurt-elle ? C’est à cette question qu’Hervé Guillemain répond en écoutant la voix de ceux qui furent à la fois les sujets et l’objet d’un épisode phénoménal.

Biographie de l’auteur

Hervé Guillemain est un historien reconnu qui s’inscrit dans la tradition de l’écoute flottante chère à Michel de Certeau. Il est Maître de conférence à l’université du Maine-CERHIO (Le Mans). Il a publié, avec Stéphane Tison, Du front à l’asile 1914-1918 (Alma, 2013), La méthode Coué (Seuil, 2010) et Une histoire comparée des pratiques thérapeutiques et religieuses 1830-1939 (La Découverte, 2006).

Inexprimable schizophrénie

Aujourd’hui, j’ai participé au tournage d’un documentaire sur les troubles psychiques.  Je m’en suis bien sortie, mieux que ce que je croyais, je n’ai pas bafouillé, j’ai terminé mes phrases, je n’ai pas parlé trop vite, et les gens qui étaient là ont paru intéressés.

En rentrant, dans le train, j’ai repensé à tout ce que je n’avais pas dit. Tout ce que j’aurais pu dire. J’ai trouvé que je n’avais pas assez bien expliqué ce qu’était la schizophrénie. Ca m’a fait mal au cœur. Je ne savais pas si je me sentais mal d’avoir reparlé de tout ça (CA, comme je dit souvent au lieu de dire schizophrénie) ou parce que je ne m’étais pas assez bien exprimée à mon goût.

Les deux sont possibles. D’un côté, il y a quelques jours, je me demandais si j’étais vraiment schizophrène, parce que je vais bien et que j’ai l’impression parfois de n’avoir jamais été malade. Alors, me replonger dans tout ça, ce n’était pas facile, c’était remuer de la souffrance, me rappeler que j’avais été bel et bien malade.  De l’autre, il y a le côté inexprimable de la schizophrénie. J’ai beau en parler, je ne le fais jamais comme je le voudrais, jamais assez bien, jamais assez clairement, jamais assez complètement.  C’est d’ailleurs pour ça je crois que je ne cesse d’en parler, d’écrire sur ce sujet, pour essayer de faire mieux que la fois précédente.

Les choses les plus importantes dans la vie des gens sont en général l’amour, la naissance d’un enfant, le deuil. Les choses les mieux partagées du monde. La chose la plus importante dans ma vie, qui l’a le plus bouleversée, la plus dure, la plus intense, ça a été la folie. Ca a été de vivre dans l’autre monde, d’être seule sur l’autre rive. Depuis le début, j’ai essayé de créer des ponts, j’ai espéré que quelqu’un me parle. Pendant longtemps, ça  n’a pas eu lieu. Et c’était un drame, ça m’enfonçait encore plus dans la maladie. Aujourd’hui, je parle, j’ai retrouvé une voix, des mots, et des gens m’écoutent. Je ne suis plus dans l’autre monde. Mais comment parler des innombrables symptômes? Comment rendre compte de l’angoisse insondable? De la douleur terrible de la dépression? Je ne sais pas. Je cherche toujours. Et d’avoir vécu cette expérience inexprimable, oui, ça me fait mal au cœur, de ne pas arriver à la dire comme je le voudrais aussi. Ce ne sont plus les gens en face de moi qui sont en cause, au contraire, j’ai rencontré beaucoup de gens très à l’écoute et compréhensifs, ça vient uniquement du caractère si étrange de cette maladie qu’il n’y a pas de mots pour la dire et que ça me renvoie à cette expérience solitaire qu’elle a été.

Je suis schizophrène

Il est mal vu de dire « je suis schizophrène ». A présent, on préfère dire « je souffre de schizophrénie », j’ai une schizophrénie », « personne avec schizophrénie ».

On nous a trop longtemps réduit à notre maladie, c’est vrai. Pour autant, la schizophrénie ne fait-elle pas partie de nous?

Quand je dis « je suis libraire », ça n’englobe pas tout ce que je suis. Mais c’est une partie de ce que je suis. Je ne me réduis pas à ça, mais je le suis bel et bien.

Je considère la schizophrénie de la même façon. Cette maladie n’est certainement pas tout ce que je suis, loin de là. Mais elle m’a façonnée, je ne peux pas le nier. Sans elle, ma vie aurait été différente. Elle a changé mon rapport au monde, aux autres, à moi-même, radicalement et pendant des années, les années où je devais construire ma vie d’adulte.

Aujourd’hui, je vais mieux. Ma dernière rechute remonte à quatre ans, je n’ai plus de symptômes. Pourtant, je pense encore à cette maladie tous les jours, et pas seulement parce que je dois prendre des médicaments tous les matins ou parce qu’elle hante mes cauchemars, mais parce qu’elle a changé ma façon d’être à jamais.

C’est pour ça que je préfère dire « je suis schizophrène » à « j’ai une schizophrénie ». Il n’est pas question de me complaire dans une identité de malade, de me réduire à une maladie, mais simplement de considérer cette partie de moi comme tout aussi importante que tous les autres adjectifs que j’accole derrière « je suis ».

« La montagne escarpée », Léanne, Pioc, GRRR…Art

Jason se sent de plus en plus mal, tout lui paraît étrange. Peu à peu, il sombre dans la schizophrénie. Il raconte son histoire en bandes dessinées, entre espoir et désespoir, rechute et moment de répit.

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Témoignage sur le Collectif Schizophrénies

Lana tient un blog qui détaille « la schizophrénie par une schizophrène » et présente ses « réflexions sur la psychiatrie par une usagère ». Elle raconte dans ce texte ceux qui l’ont aidée et ce dont elle avait besoin en période de crise.

J’ai étudié couchée sur mon lit, souffrant de clinophilie. J’ai passé des heures à étudier quelques pages, interrompue par une voix qui me poursuivait. M’arrêtant pour aller à la librairie la plus proche m’acheter des livres sur la psychiatrie, pour tenter de comprendre ce qu’il m’arrivait. J’ai passé des examens oraux les yeux rougis, ayant pleuré dans les toilettes juste avant. Je suis allée au cours la vue brouillée par les médicaments ou les larmes.  J’ai vu les mots danser sur des feuilles, prise par l’angoisse.

Lire la suite ici:

http://www.collectif-schizophrenies.com/les-schizophrenies/temoignage-de-lana

« Je reviens d’un long voyage, Candide au pays des schizophrènes », Stéphane Cognon, Frison-Roche

Présentation de l’éditeur

 À 48 ans, j’ai éprouvé le besoin d’écrire sur ce qui m’était arrivé à l’âge de 20 ans. Je n’ai rien oublié de cette période, et désormais je peux en parler avec suffisamment de recul et de distance au point de trouver certaines situations drôles, cocasses ou au contraire tristes, mais sans complaisance. Grâce à mon entourage et au monde médical, j’ai réussi à trouver mon équilibre, à fonder une famille. En partageant mon histoire, mes rencontres, mes réflexions, j’aimerais vous proposer un autre regard sur la maladie psychique. Un témoignage optimiste sur mon voyage initiatique.

Et pas toi

J’aurais pu mourir tant de fois.

Cette fois, à cette soirée, où je ne pensais qu’à ce pont que j’avais repéré, idéal pour s’en jeter.

Chaque fois que je passais au-dessus de la Sambre, attirée par l’eau sombre.

Quand je découpais quelque chose au couteau, pensant à m’en servir pour mes poignets.

Chaque fois que je ne regardais pas en traversant, cette fois où j’ai failli me faire renverser par une voiture.

Là fois où j’avais préparé tous mes médicaments et le verre d’eau pour les avaler d’un coup.

A dix-sept ans, je pensais que je ne passerais pas mes vingt ans. Personne ne me venait en aide. Ma prof principale écrivait dans mon bulletin « Lana joue, espérons qu’elle gagne. Nous ne pouvons rien pour elle ». Moi j’espérais tout des adultes et je pleurais en pensant à cette phrase, en silence. Je jouais ma vie.

La chance, que j’ai eue, et pas toi, Cécile, c’est que je n’ai jamais été désocialisée. Que la maladie ne m’a pas reléguée dans le no man’s land de la société. Toi, tu souffrais d’être une marginale. La folle avec ses chiens.  La chance que j’ai eue, après mes années d’errance médicale, c’est d’avoir une psychiatre que je pouvais voir une heure chaque semaine. Toi, tu ne croyais pas en le psychothérapie, mais quelqu’un t’avait-il déjà offert un véritable espace pour parler?

Oui, j’aurais pu mourir tant de fois. Et pourtant, à presque quarante ans, je suis toujours vivante. Et pas toi. Ce n’est pas faute d’en avoir parlé. Oui, on a parlé du suicide, on avait dit qu’on ne le ferait pas, on ne voulait pas se faire souffrir l’une l’autre, ni notre entourage. Moi, ça m’a aidé, de me dire ça, depuis je ne pense plus au suicide. Ou alors pour quand je serai vieille, et seule. Mais seule, tu l’étais beaucoup trop. Moi j’étais loin, ta famille aussi, tu n’avais pas de travail, pas de reconnaissance de la société.

Certains disent que les problèmes sont temporaires. Mais la schizophrénie, c’est pour la vie, la plupart du temps. Et si j’ai toujours l’espoir de faire changer quelques petites choses, sinon je n’écrirais même pas ça, je comprends que d’autres ne l’ait pas. Que certains s’en sortent, que certains survivent, ne veut pas dire que ceux qui n’y arrivent pas sont faibles. C’est plus qu’un problème individuel.

Je m’en suis sortie. Et pas toi. Mais je comprends ta mort, je ne suis pas en colère contre toi, je ne t’en veux pas. J’en veux plus au système de santé, à la société qui ne t’a pas fait de place. J’ai eu des chances que tu n’as pas eue. Sans cela, serais-je encore en vie? Je ne sais pas.

J’aurais pu mourir tant de fois. Je suis en vie. Mais pas toi.

 

 

 

Les larmes de la schizophrénie

Un article de La Croix sur mon intervention à la journée du Psycom.

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