Archive for Extraits de livres

La contrainte n’est pas du soin

Je le redis, la contrainte n’est pas du soin, c’est une décision de la société. Je pense que la société a le droit de se protéger. Cela étant, lorsque vous mettez quelqu’un dans une chambre d’isolement, vous n’avez pas le droit de penser que c’est pour son bien, ou pour endiguer son morcellement psychotique. On le fait, parce que l’on ne sait pas quoi faire d’autre.

Roger Ferreri

http://www.liberation.fr/societe/2010/09/25/lorsque-vous-mettez-un-fou-a-l-isolement-ce-n-est-pas-pour-son-bien_681706

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L’expérience de l’hôpital

« Mais l’expérience de l’hôpital a fait pour toujours de moi un être plus timoré que je ne l’étais jusque-là. Trop effrayé pour pouvoir éprouver à nouveau une véritable confiance. »

« L’empreinte de toute chose », Elizabeth Gilbert, Le Livre de Poche

 

 

Le syndrome neurotypique

Un texte qui inverse les points de vue: comment les neuroatypiques voient les neurotypiques. Je n’ai pas pu identifier l’auteur du texte, mais je l’invite à se manifester s’il passe par là et veut signer son texte (ou n’a pas envie de le voir ici).

Définition
Le syndrome neurotypique est un trouble neurobiologique caractérisé par un souci de préoccupations sociales, des délires de supériorité, et l’obsession de conformité.

Symptômes
Les individus neurotypiques pensent souvent que leur expérience du monde est soit la seule ou la seule bonne. Les NTs ont du mal à être seuls. Les NTs sont souvent intolérants à l’apparence des différences mineures chez les autres. Les NTs ont du mal à communiquer directement, et beaucoup ont une incidence plus élevée de mensonges par rapport aux personnes autistes.

Causes
Le NT est censé être d’origine génétique. Les autopsies ont montré que le cerveau du neurotypique est généralement plus petit que celui d’une personne autiste et a surdéveloppé les domaines liés au comportement social.

Tendance
Malheureusement, plus de 9 625 sur 10 000 personnes pourraient être neurotypique.

Traitements
Il n’existe pas de remède connu pour le Syndrome neurotypique.

Adaptation
Dans de rares cas les NTs peuvent apprendre à compenser leur handicap et d’interagir normalement avec des personnes autistes.

Critères diagnostiques du Syndrome Neurotypique

A. Altération qualitative de la communication comme le témoigne au moins un des éléments suivants:

Retard ou Absence du langage parlé. (surcompensation par d’autres modes de communications comme le geste, la mimique ou l’interprétation)
Chez les individus maitrisant suffisament le langage: Incapacité à ne pas interpréter les conversations avec autrui de manière illogique (en cherchant continuellement des doubles sens par exemple)
Usage stéréotypé et répétitif du langage. (ex. Comment ça va ? Ça va bien)

B. Altération qualitative de l’autonomie affective, comme en témoigne au moins deux des éléments suivants:
Obsession marquée de comportements non-verbaux, vagues, indéfinissables, propres à chaque personne tels que le contact oculaire, la mimique faciale, les postures corporelles et/ou les gestes.
Incapacité à établir des relations avec les pairs possédent un autre mode de fonctionnement sans faire abstraction d’une interprétation l’amenant directement à une carence affective excessive.
Recherche extrême ou anormale de confort dans les moments de détresse. (cherche le réconfort d’une manière stéréotypée, attire l’attention lorsque peu bléssé)
Le sujet n’arrive pas à s’estimer suffisamment de manière autonome, ce qui l’amène à partager constamment ses plaisirs, ses intérêts ou ses réussites avec d’autres personnes.
Recherche constamment l’attention car incapable de rester seul.
Présence de réprocité sociale ou émotionnelle : Le sujet n’existe pas sans le regard des autres.

C. Caratère restreint, répétitif et stéréotypé des comportements sociaux, des intérêts et des activités socialement acceptables, comme en témoigne au moins deux des éléments suivants :
– Préoccupation circonscrites à quelques centres d’intérêts stéréotypé et restreints permettant de sauver l’image sociale, tant dans son intensité que dans son orientation.
– Adhésion apparemment inflexible à des habitudes ou à des rituels spécifiques d’une incohérence marquée mais fonctionnels pour la norme.
– Maniérismes moteurs stéréotypés et répétitifs dont l’absence de cohérence avec l’émotion vécue provoquent une distorsion.
– Préoccupation persistantes pour certaines parties du corps.

D. La perturbation entraine un modelage cliniquement significatif du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants.

E. Il n’existe pas de retard général du langage mais la récurrence du manque de précision et de clarté de la communication est significative sur le plan clinique.

F. Au cours de l’enfance, il y a eu diminution de l’autonomie de penser et de la curiosité pour son environnement. Il y a cependant eu un apprentissage accéléré du comportement adaptatif.

Ce qui me gêne dans le « Tu es courageuse »

Les pratiques de réadaptation exemplifient, en l’exacerbant même, le paradigme de la « normalité moyenne ». Tous les efforts convergent pour que les personnes handicapées puissent être assimilées au lot commun. L’individu stigmatisé s’efforce de répondre aux normes sociales et « s’il parvient à trouver un emploi et à fonder une famille, on dit de lui qu’il « a su faire quelque chose de sa vie » « . Ces « héros de l’adaptation » se rapprochent, en dépit du stigmate, d’une certaine normalité; « normalité fantôme » cependant, puisque leurs actions restent interprétées à la lumière du stigmate. L’épreuve privée du handicap et l’idéologie de la réadaptation nourrissent une psychologisation du handicap, lequel est pensé comme une épreuve à « surmonter » exigeant une constitution psychique forte et volontaire. La réponse à l’épreuve est binaire: on la surmonte ou non.

« Introduction à la sociologie du handicap », Ville, Fillion, Ravaud, éditions de boeck, p.112

POUR CEUX QUI NE SAVENT PAS CE QU’EST UNE CRISE DE SCHIZOPHRÉNIE AIGÜE, JE VAIS VOUS RACONTER LA MIENNE

Par Daniel Smith

l y a un an, je ne savais plus qui j’étais.

Tout a commencé quand mes insomnies sont apparues. En deux semaines, j’ai progressivement eu de plus en plus de mal à m’endormir. Jeune homme de 24 ans et fumeur de weed occasionnel, je n’avais jamais connu de tels dérèglements. C’était étrange. Dès que je mettais au lit, je n’arrivais plus à mettre mon cerveau en veilleuse. Je ne pouvais plus contrôler le flot de mes pensées, qui gonflait démesurément. Certaines nuits, je m’enfouissais au plus profond de ma couette, m’agrippant le visage des deux mains et murmurant : « Ferme. Ta. Putain. De. Gueule. »

In fine, j’arrivais à m’endormir ; parfois. Mais je me réveillais confus, comme si j’avais l’impression d’avoir oublié un rendez-vous. Je perdais l’appétit. Avant, à la seconde où j’ouvrais les yeux, je me précipitais me verser un bol de Frosties. Au lieu de ça, je me réveillais chaque matin la gorge nouée par une sensation étrangère. Je n’avais pourtant aucun mal à poursuivre mes activités quotidiennes, me disant simplement que je devrais plutôt réduire ma consommation de résine.

J’allais donc au boulot (je travaille chez un caviste), essayant juste de refouler ce qui se passait la nuit dans un coin de mon cerveau. Ces journées n’ont pas accéléré ma dégringolade ; mais en y repensant aujourd’hui, je crois que j’avais déjà du mal à soutenir une conversation.

Quand mon patron me demandait de m’occuper d’une livraison, il me fallait quelques instants avant de piger ce qu’il m’avait dit, comme si trois personnes parlaient en même temps – je ne saisissais pas une instruction pourtant évidente.

J’avais aussi l’impression que les bouteilles au-dessus du comptoir allaient tomber. Je jetais sur elles un œil inquiet – et les voyait bien en place. J’entendais tout le temps des téléphones sonner, avec des tonalités différentes, même dans l’entrepôt, où il n’y en avait pas. Je n’étais pas plus inquiet. Je disais que tout allait bien, que je ne dormais pas très bien certes, mais que ce n’était pas plus grave que ça. Un mec au boulot m’a refilé des somnifères. Ils ont été plutôt efficaces, même si je me réveillais dans le coltard. Je me foutais bien d’aller boire des coups ou de jouer au foot le week-end. Tout ce que je souhaitais, c’était dormir.

Il m’a fallu deux semaines pour comprendre que mes insomnies cachaient un truc plus sérieux. La pieuvre de mes pensées, comme j’avais fini par appeler ce phénomène, devenait de plus en plus envahissante à chaque nuit. C’était effrayant. Un soir, alors que je matais Homeland, j’ai eu ce que j’ai interprété comme une crise d’angoisse. Je savais  comment se déroulaient ces crises ; une de mes ex y était sujette. Une fois, elle avait du s’allonger en plein cinéma et s’était mise à respirer très fort pour refouler ses haut-le-cœur. Spectacle terrible à voir. Cette nuit, je tremblais de tout mon corps, comme s’il faisait un froid de gueux ; seul mon cerveau bouillonnait. Et il y avait cette cacophonie dans mon crâne, comme si plusieurs personnes discutaient sous mon oreiller. La folie me gagnait.

Dans ma chambre, tandis que le soleil se levait et que mon réveil sonnait l’heure du turbin, j’ai ressenti un besoin impérieux : voir ma mère.

Heureusement, seul un escalier nous sépare. Je n’ai pas encore pu me décider à déménager – je n’en ai pas les moyens, aussi. Je l’ai appelée au téléphone. J’étais intimement persuadé que, dès le seuil de ma porte franchi, mon crâne exploserait et mes entrailles se déverseraient sur le sol comme de la pâté pour chien. Elle a décroché : « Oh, pour l’amour de Dieu, Daniel*, prends-toi en main » m’a-t-il semblé entendre. J’ai fondu en larmes. Je l’ai entendu jeter son téléphone et se précipiter à ma rencontre.

Lorsqu’elle a ouvert la porte, elle suffoquait. Je ne m’en souviens pas mais, à l’en croire, j’étais en train de démonter les quatre télécommandes de ma télévision et mon matelas était couvert de composants électroniques, de pisse et de sang. J’étais assis là, en caleçon, pleurant et lui disant que quelqu’un m’avait « enlevé ». Elle a appelé une ambulance.

À partir de là, mes souvenirs sont d’autant plus confus. A priori, quand les ambulanciers sont arrivés, je croyais qu’ils me prenaient en photo. J’ai essayé de les frapper. Je leur ai hurlé dessus, leur précisant que prendre ma photo était contraire à la loi. Et tout ça alors que j’étais souillé d’urine et d’hémoglobine.

Du trajet vers l’hôpital, je ne me rappelle que de ma mère qui me tenait les jambes allongées sur le brancard. Je hurlais ; je ne voulais pas que l’on roule sur l’autoroute parce qu’il y avait des « gens cachés dans les radars ». Mes souvenirs de cette nuit aux urgences forment un fatras confus d’aiguilles, de voix apaisantes et de flash de mes avant-bras menottés.

Un scanner comparant les zones du cerveau d’un patient schizophrène (à droite) et celles, plus actives, d’un patient lambda (à gauche), au cours du même test de mémoire.

Ce que je viens de raconter s’appelle un épisode psychotique, très fréquent chez les patients atteints de schizophrénie aiguë. Une psychose, c’est une perte ponctuelle de contact avec la réalité. Elle peut survenir brusquement ou – comme le plus souvent chez les schizophrènes – se développer petit à petit et soudain se manifester. C’est ce qui m’est arrivé. Je suis resté à l’hôpital une semaine et demi. J’y ai commencé un traitement anti-psychotique dès mon arrivée. Le mec qui partageait ma chambre se chiait dessus toute la journée, larguant une joyeuse odeur partout dans la pièce.

J’ai un bon souvenir du jour où je suis revenu à la réalité – après que mon corps a réussi à métaboliser tous les médicaments ingurgités. C’est lorsque mon frère m’a rendu visite, avec ma mère. Ce jour-là, nous avions regardé ensemble trois épisodes de Breaking Bad à la suite, sur iPad. Une vanne de Saul m’a fait rire et j’ai eu l’impression que je retrouvais quelque chose, comme si les rideaux que l’on avait tirés sur ma vie se rouvraient enfin. Le soir, j’ai réussi à avaler un repas complet.

Ma guérison fut elle aussi, semée d’embûches. Le plus souvent, c’était des crises d’angoisses qui me saisissaient dès que j’avais un flash de ce qui m’était arrivé. Dès qu’on m’a donné l’autorisation de rentrer chez moi, un travailleur social est venu me voir toutes les semaines pour vérifier que je suivais bien mon traitement. Il me demandait comment j’occupais mes journées, m’encourageait à faire des balades avec ma mère et surtout, à reprendre contact avec mes amis.

Mon meilleur ami, Sam*, a été tellement inquiet pour moi qu’il n’en dormait plus la nuit. Un par un, tous mes proches m’ont envoyé des textos de soutien. Tous m’ont faire part de leur impatience de se refaire un foot avec moi, dès que mes pauvres jambes pourraient à nouveau me porter.

Les psychiatres de l’hôpital m’ont recommandé de suivre une thérapie en marge de l’hôpital. C’est comme ça que j’ai rencontré Greg, mon psychiatre. Les anti-psychotiques m’ont calmé pendant un moment. Je me sentais patauger dans la mélasse, mais mon cerveau n’avait pas été aussi détendu depuis de nombreux mois. Greg m’a appris à donner du sens à ce qui m’était arrivé. Il me disait toujours que ça ne sert à rien de dire que l’on a « perdu la tête » – ton esprit est toujours là, sauf qu’il est malade. Je devais juste être conscient que j’étais malade. Je devais me faire à l’idée.

« Accepter » a été le plus difficile. La frustration, comme je l’ai appris, est un sentiment proche de l’anxiété. Ma mère m’emmenait tous les après-midi marcher pendant une heure, me laissant à mi-chemin avec pour mission de ramener du lait ou du beurre. Ces jours-là, des souvenirs me revenaient. « Foutre de Dieu, me disais-je, pourquoi tu ne peux pas être normal ? » Je devais alors faire une pause, respirer profondément et me dire à haute voix : « Je suis normal ; je suis malade et dois juste me reposer. »

Six semaines après mon départ de l’hôpital, je me suis mis à squatter à nouveau chez mes potes. Je ressentais toujours une légère douleur interne lorsque la télé était trop forte ou quand tout le monde parlait en même temps. Je le leur disais. Ils ne se formalisaient pas. Personne n’a eu pitié de moi non plus, ce dont je les en remercie.

« Je suis réaliste quant à mon diagnostic ; je rechuterai un jour et ça me déprime à l’avance. »

En mois de dix semaines, j’étais de retour au boulot, à mi-temps. Mon patron a fait preuve d’une empathie remarquable. Alors que j’étais à l’hôpital, il a appelé ma mère pour lui faire savoir qu’il me gardait et qu’il attendrait le temps que je sois remis sur pieds. Au début, je ne voulais pas qu’il me considère comme un handicapé. J’ai 25 ans, pas 60. Je voulais juste redevenir la même personne qu’avant. Il m’a fallu du temps pour apprécier la sollicitude dont faisaient preuve les gens à mon égard, ne pas la considérer comme de la complaisance.

Un an déjà depuis cette crise, et je ne suis pas encore guéri. Je vis avec. Ma libido pointe à nouveau le bout de son nez (même si ce n’est pas gagné). J’ai repris du poids, aussi – mais ce ne sont que de petites victoires, comparées à ma santé mentale recouvrée.

Je voulais vous raconter mon histoire, car avant que je sois diagnostiqué schizophrène, je voyais cette maladie comme une condamnation à mort. Quand on vous parle de personnes atteintes de schizophrénie, vous les imaginez en camisole. Vous imaginez un mec seul face à son monde intérieur peuplé de voix surnaturelles et de fantômes. Vous êtes loin du compte – ou du moins, si la maladie est traitée correctement. Avec les bons médicaments, et si vous commencez le traitement assez tôt, vous pouvez vous remettre rapidement des crises de schizophrénie aiguë, tout comme des tas d’autres maladies mentales.

De fait, je suis réaliste quant à mon diagnostic ; je rechuterai un jour et ça me déprime à l’avance. Mais depuis que je sais que je peux en guérir, le futur n’est plus aussi terrifiant pour moi. Je suis de retour au boulot, j’ai une vie sociale, je me maintiens en forme et joue aussi bien au football que l’année dernière. Je me suis même pris des vacances.

Si un jour vous aussi, vous vous sentez lâcher prise, allez voir un médecin. N’hésitez pas à réclamer un rendez-vous en urgence. Même si vous trouvez ça exagéré, exprimer devant quelqu’un ce qui vous tourmente est la meilleure des solutions. S’il le faut, appelez le Samu. Je sais d’expérience que se renfermer est la pire des choses à faire. Et n’oubliez pas que les gens sont toujours plus sympa que vous le pensez.

 * Les prénoms ont été modifiés.

http://www.vice.com/fr/read/crise-de-schizophrenie-293?utm_source=vicefb

Un endroit solitaire

« Je suis schizophrène paranoïde, ce qui veut dire que j’ai passé la majeure partie de ma vie d’adulte terrifié. Comme si quelque chose à chaque coin allait me faire du mal. Je sais ce que c’est que de vouloir se couper du monde et s’enfermer en soi. Mais c’est un endroit solitaire. J’ai appris que, parfois, quand je me coupe du monde, ce que je fais vraiment, c’est demander de l’aide. »

Daniel Pierce, Perception, saison 3, épisode 2

Avec Martin Winckler, le malade imaginatif

CHRONIQUE «AUX PETITS SOINS»

Martin Winckler est une figure dans le monde de la médecine. Pas simplement parce qu’il écrit des livres étonnants, mais aussi parce qu’il parle avec justesse de la relation compliquée entre le malade et son médecin. Et voilà qu’il vient de se lancer dans une drôle d’expérience : imaginer un code d’éthique énoncé par le patient, sorte de serment d’Hippocrate vu de l’autre côté. Il l’a présenté en avril au congrès de l’éthique clinique à Paris puis il l’a missur son site. Le voici :

1. Je suis le patient, ton égal, et je te choisis comme soignant. En échange de ma confiance, tu assumeras la responsabilité de mes soins avec loyauté. Car je n’ai pas besoin d’une relation de pouvoir, mais de soutien, d’assistance et de partage.

2. Pour me soigner au mieux, physiquement et moralement, tu mettras en œuvre ton savoir, ton savoir-faire, ton intelligence et ton humanité ; tu prendras garde, en tout temps, à ne pas me nuire.

3. Tu respecteras ma personne dans toutes ses dimensions, quels que soient mon âge, mon genre, mes origines, ma situation sociale ou légale, ma culture, mes valeurs, mes croyances, mes pratiques, mes préférences. Si tes valeurs sont trop éloignées des miennes pour que tu te sentes prêt à me soigner, tu m’aideras sans réserve à trouver le soignant dont j’ai besoin.

4. Tu seras le confident et le témoin qui entend mes plaintes, mes craintes et mes espoirs sans jamais les disqualifier, les minimiser, les travestir, les museler, les divulguer sans mon accord ou les utiliser contre moi. Tu seras mon interprète et mon porte-parole, celui qui parle en mon nom mais non à ma place. Tu ne me soumettras pas à des interrogatoires inquisiteurs et tu ne me bâillonneras pas.

5. Tu partageras avec moi, sans réserve et sans brutalité, toutes les informations qui me concernent et dont j’ai besoin pour comprendre et supporter ce qui m’arrive, pour faire face à ce qui m’arrivera. Tu répondras patiemment et sans restriction à toutes mes questions ; tu ne me cantonneras pas au silence, tu ne me laisseras pas dans l’ignorance.

6. Tu m’aideras à prendre les décisions qui me concernent, en m’informant et en me guidant au mieux. Tu n’entraveras jamais ma liberté par la menace, le chantage, le mensonge, le mépris, la manipulation, le reproche, la culpabilisation, la honte, la séduction. Tu ne me tromperas ni sur tes compétences ni sur tes limites. Tu ne m’abuseras pas et tu n’abuseras pas de moi.

7. Tu m’assisteras non seulement face à la maladie, mais aussi face à tous ceux qui pourraient profiter de mon état – tout particulièrement s’il s’agit d’autres professionnels de santé. Tu ne seras ni leur complice ni leur serviteur. Et tu refuseras que quiconque – moi y compris – t’achète ou t’utilise.

8. Tu m’aideras à lutter contre les injustices qui m’empêchent de recevoir des soins, tu respecteras et feras respecter les lois qui me protègent. Tu te tiendras à jour des connaissances scientifiques et des savoir-faire libérateurs ; tu lutteras contre les obscurantismes.

9. Tu respecteras tous les autres soignants, quels que soient leur statut, leur formation, leur mode d’exercice et tu œuvreras de concert avec eux. Car j’ai besoin de soignants qui travaillent ensemble, et non de professionnels aliénés par la hiérarchie ou les luttes de pouvoir.

10. Tu te soigneras et tu soigneras les tiens avec le même engagement et la même loyauté qu’à mon égard. Car si je ne veux pas d’un soignant qui m’exploite, je ne veux pas non plus d’un soignant qui se sacrifie. J’ai besoin d’un soignant que soigner gratifie.

Eric FAVEREAU

http://www.liberation.fr/societe/2014/05/26/avec-martin-winckler-le-malade-imaginatif_1027390

Evoluer avec une maladie mentale

La vie attend. Des amitiés qui ont du sens, un travail inspirant, l’indépendance, votre place dans le monde. Tout cela attend juste derrière votre porte. Maintenant, imaginez que cette porte est verrouillée. Pas de clés, pas de sortie de secours. Vous êtes pris au piège, alors que tout le monde s’épanouit autour de vous. Ca donne cette sensation d’évoluer avec une maladie mentale.  Alors même si le couteau de la chirurgie est capable de couper le circuit neurologique d’où viennent les impulsions d’un patient atteint d’un TOC, ça ne nous ramène pas le temps perdu. La chirurgie ne peut pas nous apprendre comment prendre soin de nous. Ou comment reconnaître un sentiment comme l’amour, l’amitié ou les possibilités. Nous devons tous comprendre qui nous sommes au-delà de nos diagnostics. C’est un long chemin. Ca commence avec l’apprentissage de la confiance en notre propre cerveau.

Citation tirée de la série Perception, saison 2, épisode 7

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Qu’on revienne de guerre ou d’ailleurs

Qu’on revienne de  guerre ou d’ailleurs

quand c’est d’un ailleurs

aux autres inimaginable

c’est difficile de revenir

 

Qu’on revienne de guerre ou d’ailleurs

quand c’est d’un ailleurs

qui n’est nulle part

c’est difficile de revenir

tout est devenu étranger

dans la maison

pendant qu’on était dans l’ailleurs

 

Qu’on revienne de guerre ou d’ailleurs

quand c’est d’un ailleurs

où l’on a parlé avec la mort

c’est difficile de revenir

et de reparler aux vivants.

 

Qu’on revienne de guerre ou d’ailleurs

quand on revient de là-bas

et qu’il faut réapprendre

c’est difficile de revenir

quand on a regardé la mort

à prunelle nue

c’est difficile de réapprendre

à regarder les vivants

aux prunelles opaques.

 

Charlotte Delbo, « Auschwitz et après, III. Mesure de nos jours », les éditions de Minuit

 

 

Folie et création

La maladie mentale n’est pas restreinte à tel ou tel groupe ethnique, racial, religieux ou financier. Chacun peut en être
victime à un moment ou à un autre.
Bien que la plupart des maladies mentales aient des effets dévastateurs sur les personnes affectées, beaucoup ont découvert que ces maladies peuvent produire une extraordinaire clarté,
inspiration et créativité.
Vous trouverez ci-dessous les noms de nombreuses personnes qui ressentirent non seulement la dévastation mais aussi le potentiel de création extraordinaire ainsi que le courage de s’en servir. C’est une longue liste. Merci
de prendre le temps de la parcourir complètement.
Abraham Lincoln
Le seizième président des Etats-Unis, admiré, souffrait de dépressions cliniques sévères et incapacitantes qui parfois le conduisaient à penser au suicide.
Virginia Woolf
La romancière britannique qui a écrit le phare et Orlando a souffert des basculements d’humeur de la maladie bipolaire qui incluait des périodes fiévreuses de création littéraire et des semaines passées dans le gouffre de la dépresssion. Anthony Storr a écrit son histoire dans « la dynamique de la création »?
Lionel Aldridge
Comme défense du légendaire Green Bay Packer des années 60, il a participé à deux super Bowls. Au cours des années 70, il a souffert de schizophrénie et a vécu à la rue deux ans et demi. Avant sa mort en 1998, il a prononcé de nombreux discours inspirants au sujet
de sa lutte contre la schizophrénie paranoïde.
Eugene O’Neill
Le célèbre auteur de théatre, l’auteur du « long voyage dans la nuit » et de « Ah, contrée sauvage ! » est connu pour avoir souffert de dépression clinique.
Ludwig van Beethoven
Le compositeur brillant est connu pour avoir soufferte de la maladie bipolaire. Cela est documenté dans  » La clé du génie : maniaco-dépression et la vie créative » de D. Jablow Hershman et Julian Lieb
Gaetano Donizetti
Le célèbre chanteur d’opéra souffrait de maladie bipolaire.
Robert Schumann
Le poête inspiré de la souffrance humaine a vécu avec la maladie bipolaire, c’est l’une des personnes les plus créatives décrites dans « la dynamique de la création » de Anthony Storr.
Leo Tolstoy
L’auteur de la guerre et la paix, Tolstoy a révélé la profondeur de sa propre maladie mentale dans ses mémoires. Il souffrait de dépression clinique, hypocondrie, alcoolisme et consommation de drogues. Ses expériences sont décrites à la fois dans « la dynamique de la
création » d’Anthony Storr et dans « le monde intérieur de la maladie mentale : une suite de récits à la première personne de ce que cela était » de Bert Kaplan.
Vaslov Nijinsky
Son autobiographie, the Journal de Vaslov Nijinsky, décrit la bataille du danceur avec la schizophrénie.
John Keats
La maladie mentale célèbre du poête est décrite ainsi que celle ne nombreux autres dans « la dynamique de la création » d’Anthony Storr et dans « le cerveau brisé : la révolution biologique en psychiatrie » par Nancy Andreasen, médecin.
Tennessee Williams
L’auteur de théatre a écrit à propos de sa bataille personnelle avec la dépression clinique dans ses propres mémoires, c’est également décrit dans « L’ange de cinq heures : lettres de Tennessee Williams à Maria St Just, 1948-1982; « La gentillesse des étrangers : la vie de Tennesse Williams » de Donald Spoto; et dans « Tennessee : cri du coeur » de Dotson
Vincent Van Gogh
La maladie bipolaire dont souffrait ce célèbre peintre est décrite dans « la clé du génie : maniaco-dépression et vie créative » de D. Jablow Hershman, Julian Lieb et dans « Cher Theo », l’autobiographie de Van Gogh.
Isaac Newton
On soupçonne que le mathématicien et scientifique britannique qui formula la théorie de la gravitation souffrait de maladie bipolaire, c’est décrit dans « la dynamique de la création » d’Anthony Storr et dans « la clé du génie maniaco dépression et vie créative  » de D. Jablow
Ernest Hemingway
Les combats du romancier vainqueur du prix Pulitzer avec la dépression suicidaire est examinée dans « le vrai génie : portrait intime d’Ernest Hemingway par ceux qui le connaissaient » de Denis Brian.
Sylvia Plath
Le suicide de cette poétesse et romancière est le résultat de sa lutte de toute une vie contre la dépression clinique, c’est décrit dans « examen attentif d’Ariel : mémoires de Sylvia Path » par Nancy Hunter-Steiner.
Michelangelo
« La dynamique de la création » d’Anthony Storr parle de la maladie mentale de l’un des plus grands génies artistiques.
Winston Churchill
La citation « Aurait-il été un homme stable, il n’aurait jamais pu inspirer la nation. En 1940, alors que tout condamnait la Grande Bretagne, un chef au jugement sobre aurait très bien pu conclure que nous étions finis » a été écrite par Anthony Storr à propos de la maladie bipolaire de de Churchill dans « Le chien noir de Churchill, la souris de Kafka et autres phénomènes de l’esprit humain ».
Vivien Leigh
L’actrice britanique des années 50 et 60 star d’ « Autant en emporte le vent » et d' »un tramway nommé désir » souffrait de la maladie bipolaire, comme décrit dans « Vvian Leigh : biographie » de Ann Edwards.
Jimmy Piersall
« La vérité fait mal », écrit par le jouer de baseball des Boston Red Sox décrit en détail son expérience de la maladie bipolaire.
Patty Duke
L’actrice qui a remporté l’Academy Award a révélé sa maladie bipoliare dans son autobiographie et dans le film télé « Appelez moi Anna » et dans « une folie brillante : vivre avec la maladie bipolaire » écrite en commun avec Gloria Hochman.
Charles Dickens
La dépression clinique de l’un des plus grands auteurs de la langue anglaise et décrite dans « Clé du génie : maniaco dépression et vie créative » de D. Jablow Hershman et Julian Lieb et « Charles Dickens : sa tragédie et son triomphe » d’Edgar Johnson.
John Forbes Nash
Mathématicien, auteur de la théories des jeux appliquée à l’économie, vainqueur du prix Nobel en économie en 1994, souffrait de schizophrénie paranoïde. Il fut aussi le sujet du livre et film « Une belle âme ».
Titres en anglais des livres non traduits:
« The Dynamics of Creation » par « Anthony Storr  »
« Manic Depression and the Creative Life » par « D. Jablow Hershman » et « Julian Lieb »
Traduit par Alain
http://www.stampoutstigma.net/famous.html

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