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Le travail

Pleurer dans la cave, dans la cour, dans la cuisine, dans les rayons du magasin, dans la réserve.

Etre à fleur de peau, la moindre remarque me faisant fondre en larmes, le moindre mot de travers me faisant hausser le ton.

Avoir envie de hurler quand on m’approche, se reculer pour ne pas être envahie par les autres. Etre transparente.

Aller travailler en marchant avec le monde qui me rentre dedans.

Sourire et regarder les autres vivre sans faire partie de leur monde.

Parler comme un robot, à côté de mon corps.

Etre dépersonnalisée, tanguer, se réfugier dans la cour.

Agiter le pied sans cesse parce que le bruit m’agresse, le marteau piqueur dans la rue, l’imprimante, toutes les voix des gens qui percutent mon cerveau comme des pierres coupantes, trop de bruit, trop fort.

« Mais comment tu fais pour travailler avec des symptômes pareils? » m’a-t-on un jour demandé. Comment tu fais pour travailler en étant ailleurs, en étant qu’angoisses, en ayant peur des gens dans un endroit où il y en a partout? En le payant en crises de larmes et de mutilations des heures durant? En délirant sur tes pensées volées?

Je travaillais, c’était comme ça, ma vie était comme ça, à porter mes angoisses, mes pensées transparentes, mon corps poreux, mes deux pieds dans l’autre monde.

Je travaille dans un endroit qui n’est pas sans défaut mais qui est globalement bienveillant. J’y ai appris à être calme, à sourire, à faire partie du monde. J’ai même appris à prendre des congés maladie. J’ai appris à n’avoir qu’un petit peu d’angoisse, un petit peu de dépression, autant dire rien quand on a décompensé plusieurs fois une schizophrénie.

J’ai de la chance, malheureusement. Malheureusement, parce que la bienveillance devrait être la norme, et aiderait bien plus de gens à trouver ou à garder un travail.

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Le handicap psychique encore tabou en entreprise

Par LEXPRESS.fr, publié le 18/11/2011 à 15:47, mis à jour à 16:04

Schizophrénie, troubles bipolaires ou de la personnalité… les entreprises se sentent souvent démunies face à ces maladies que les salariés eux-mêmes évoquent difficilement.

Alors que s’achève la 15e semaine pour l’emploi des personnes handicapées, il est un mal que l’entreprise ne sait pas prendre en compte. Le handicap psychique, dont souffrent environ 600.000 personnes en France, y est encore tabou, ce qui complique l’embauche et le maintien dans l’emploi des malades. Distinct du handicap mental, il n’a été officiellement reconnu que dans la loi de 2005. Sa reconnaissance ne s’est toutefois accompagnée d’aucune définition.

Le handicap psychique peut être la conséquence de diverses maladies: psychoses -en particulier la schizophrénie– troubles bipolaires, troubles graves de la personnalité ou encore certains troubles névrotiques graves, comme les TOC, troubles obsessionnels compulsifs. Les associations estiment à environ 600.000 en France le nombre de malades, affectés dans leurs relations ou leur comportement au travail. En tout, un tiers des Français vont être confrontés, directement ou dans leur entourage, à ce handicap.

Or « il y a dans les entreprises une incompréhension totale de ce handicap », a estimé Diane Flore Depachtère, dirigeante de DFD Consulting, cabinet spécialisé dans les politiques de diversité, lors d’un colloque organisé jeudi par le groupe Mornay. « Les préjugés sont nombreux », a-t-elle détaillé: « les DRH craignent que les personnes recrutées atteintes de ces troubles fassent des « pétages de plombs » sur les lieux de travail, que le taux de suicide explose… »

Des tensions avec les collègues

Soumises à des obligations d’emplois de personnes handicapées, les entreprises pensent d’abord à embaucher des handicapés moteurs, a confirmé Karine Reverte, directrice du Comité de coordination action handicap, lors du colloque. Celles qui sont confrontées au handicap psychique semblent parfois démunies face à ces incidences au travail. « On est en veille permanente », a témoigné Dominique Bourbier, responsable d’équipe chez Orange.

Evoquant le cas d’un salarié « en poste depuis trois ans, et dont les soucis s’aggravent », elle a détaillé ses difficultés d’insertion professionnelle: « il met en moyenne 15 minutes à s’installer et 40 minutes à préparer ses affaires pour partir ». « Cela crée des tensions avec ses collègues, qui ne comprennent pas la maladie avec ses obsessions, ses contrôles, les arrêts de travail à répétition, ou le fait qu’il redemande sans cesse si son travail est bien fait », a-t-elle raconté. « Toute l’ambiguité de la situation, c’est qu’on sent qu’il a besoin de travailler et qu’il veut toujours bien faire », a ajouté Dominique Bourbier.

Le travail, une expérience bénéfique

En effet, la travail se révèle être une expérience bénéfique pour les personnes en situation de handicap psychique, soulignent les associations. Mais « les entretiens d’embauche sont souvent vécus comme une barrière infranchissables », a souligné Marli Stiefattre, responsable à l’association d’entraide « Vivre ». « L’idée d’expliquer ses troubles dans un CV, la crainte des réactions de l’employeur sont autant de freins pour les demandeurs d’emplois », a-t-elle expliqué.

Résultat: le taux de chômage des personnes atteintes de troubles psychiques, impossible à mesurer, serait « massif ». Difficulté supplémentaire, le salarié n’est pas toujours conscient de sa pathologie ou ne la déclare pas. Or « pour réussir une intégration professionnelle, il faut pouvoir aménager les postes et le rythme de travail, donc bien connaître l’état de santé du salarié », a souligné Bruno Benyounes, médecin du travail chez Sanofi.

Selon les professionnels du sujet, qui ont tous insisté sur l’importance de l' »accompagnement », les personnes ont plus de facilité à parler de leur handicap lorsqu’elles « se sentent en confiance ». « Leur devenir ne dépend pas seulement de l’évolution de la maladie mais aussi de leur environnement au travail », a notamment insisté Bernard Pachoud, psychiatre et chercheur au CNRS.

http://www.lexpress.fr/emploi-carriere/emploi/le-handicap-psychique-encore-tabou-en-entreprise_1052689.html