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Pascale Fransolet nous parle du rôle de pair aidant

Pascale Fransolet est vice-présidente de Psytoyens,  membre de l’asbl Le Funambule et travaille comme pair aidante dans le cadre du projet 107 mené par le centre hospitalier Jean Titeca à Bruxelles et les cliniques universitaires Saint-Luc.  Elle nous parle du rôle de pair aidant.

Quelle est la différence entre un pair aidant et un expert d’expérience? Peut-on être l’un sans être l’autre?

Jusqu’à ce jour, les choses n’étaient pas très claires. A Psytoyens, nous proposons actuellement qu’il n’y ait plus de distinction entre l’un et l’autre. Les termes « pair aidant », « expert d’expérience » et « expert du vécu » seraient donc parfaitement synonymes, mais cela est encore en questionnement.

Comment es-tu devenu pair aidante? Il y a-t-il une formation et si oui en quoi consiste-t-elle?

Le métier de pair aidant n’est pas encore reconnu en Belgique et il n’existe pas de formation reconnue comme telle. Malgré tout, Psytoyens a proposé tout au long de l’année 2011 une formation destinée aux usagers. Cette formation pourrait à l’avenir servir de base à une formation spécifique. La formation proposée par Psytoyens est une formation d’une matinée ou d’une journée tous les quinze jours où l’on découvre de manière pratique et théorique le bAba de la participation. (Notions de psychopathologie, gestion des émotions, communication, ….). On apprend également à connaître mieux le réseau de soins.

Personnellement, je m’intéresse à la santé mentale et à la participation depuis longtemps. J’ai participé dès 2005 à la création du « Funambule ». Le « Funambule » existait déjà dès 1998 mais c’est en 2005 en effet que nous l’avons repris, quatre camarades et moi. Dans ce cadre là, j’ai assez rapidement intégré le Conseil d’administration de Psytoyens où j’ai représenté justement mon association. C’est donc assez naturellement que je suis devenue pair aidante quand j’ai appris que le projet 107 mené conjointement par le Centre Hospitalier Jean Titeca et les Cliniques Universitaires Saint-Luc cherchaient un pair aidant pour l’une de leurs équipes mobiles. J’ai postulé…

Quelles sont les qualités nécessaires pour devenir pair aidant?

Il ne faut pas être Superman/Superwoman, mais il faut posséder une grande volonté et largeur d’esprit, avoir connu ou connaître un problème de santé mentale.  Je crois surtout qu’il faut posséder aussi les qualités relationnelles de base : empathie, capacité d’écoute etc.  D’autres qualités seront bien sûr aussi appréciées comme la connaissance suffisante de la langue française, la motivation, la flexibilité. Il ne faut pas oublier que un métier pair aidant n’est pas l’autre. Personnellement, je travaille comme travailleuse psychosociale mais d’autres fonctions pourraient s’ouvrir aux usagers. C’est ce que nous espérons.

Qu’est-ce que tu apportes aux usagers en tant que pair aidante?

Pour le moment, je n’ai pas encore accompagné d’usagers mais le but est de leur apporter un soutien, une information et aussi, c’est un peu prétentieux peut-être…, l’espoir. Leur montrer que le rétablissement est toujours possible quel que soit la gravité des troubles.

Qu’est-ce que ce travail t’apporte?

Ce travail m’apporte une reconnaissance certaine, c’est un moyen pour moi de valoriser mes compétences. Il m’apporte énormément au niveau humain même si, comme je vous l’ai dit, je n’ai encore « accompagné » personne… Nous en sommes pour le moment à la mise en place de l’équipe.

Comment ta fonction est-elle percue  par les soignants?

Les soignants ont été vraiment adorables avec moi-même s’il semblerait qu’il y ait encore beaucoup de résistance… Voir un usager ou une usagère « passer de l’autre côté de la barrière » ne semble pas toujours facile à accepter pour les équipes.

As-tu rencontré des difficultés entre le jour où tu as décidée de devenir pair aidante et aujourd’hui?

Non, presque pas… Tout s’est déroulé à merveille.

As-tu eu peur d’être ébranlée par ce travail, de ne pas arriver à gérer les émotions que ça te renvoie? Et comment fais-tu pour gérer cela?

Comme je l’ai expliqué plus haut, je n’ai pas encore accompagné de personnes. Pas de problèmes donc de ce côté-là. Je crois que je me suis bien préparée en 20 ans de psychothérapie 😉 et puis, l’équipe est vraiment super chouette, très ouverte. Nous pouvons parler de tout.

Voici des critiques que j’ai lues de la part de professionnels de la psychiatrie à propos des pairs-aidant, j’aimerais savoir ce que tu en penses:
.les pairs aidant seraient là pour remplacer les soignants et pratiquer une psychiatrie à moinde frais

Bien sûr que non. Les pairs aidants et les autres professionnels (il ne faut jamais oublier que les pairs aidants sont des professionnels) sont complémentaires. Ils exercent chacun des métiers bien distincts et doivent rémunérés de la même manière. C’est extrêmement important.

.les pairs aidants prétendraient savoir mieux soigner que les professionnels et leur apprendre leur métier

Ce n’est pas le cas et les formations devraient toujours insister sur ce point. Les pairs aidants ont une approche différente mais ne soignent pas mieux.

.les personnes souffrant de maladies psychiatriques ne sont pas conscientes de leurs troublse, il serait donc impossible d’avoir de vrais pairs aidants en psychiatrie

C’est tout à fait inexact. Certaines personnes ont une conscience morbide et c’est bien évidemment préférable pour devenir professionnel.

.la fonction de pair-aidant réintroduirait la vieille notion de bons et mauvais malades (le pair aidant et ceux dont il s’occupe)

Une des grandes qualités du pair aidant devrait, à mon avis, être l’humilité.

Le collage est de Pascale Fransolet.

www.psytoyens.be

www.funambuleinfo.be

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