Posts Tagged ‘idées reçues’

Le drame de la folie

Un article du Monde explique que la série HP veut dédramatiser la folie. Pour moi, la série arrive tout juste à la rendre ridicule et à évacuer la question de la souffrance. Mais quand bien même, faut-il dédramatiser le folie? La déstigmatiser, oui, dire qu’on peut en sortir oui, mais oublier que c’est un drame?

On m’a parfois reproché d’utiliser des motifs trop durs, trop gore, en premier lieu la photo de Jessica Harrison, la statue qui porte ses tripes, qui représente pour moi la schizophrénie en joli.

C’est vrai qu’actuellement on préfère donner des conseils bateau, faire des campagnes sur de beaux mariages, expliquer à quel point la vie peut être belle quand on est psychotique. Certes, c’est important de savoir qu’on peut aller mieux, mais il ne faut pas que ça se fasse au détriment de la connaissance de la maladie, de le reconnaissance de la souffrance. Je ne sais pas qui se reconnaît dans les conseils de développement personnel ou dans le monde merveilleux des publicités, pas grand-monde j’ai l’impression, alors les schizophrènes encore moins à mon avis.

A seize ans, avant de décompenser, j’ai écrit l’histoire d’une jeune fille qui finissait par se suicider. Elles se regardait dans les vitrines et voyait son cadavre en décomposition, des vers lui sortant des yeux, se disant « c’est toi, petite conne, et tes yeux sont morts ».  J’écrivais souvent des choses qu’il m’arrivait par la suite, comme si c’étaient en moi avant même que je le sache. C’était les prémices de ces années où j’ai vécu avec une bête noire à l’intérieur de moi, où je n’avais plus de sang, où je ressentais un froid de cadavre, où je me répétais « ils sont vivants et je suis morte », où je pleurais des larmes de sang (que je n’avais plus, ne cherchez pas la logique).

N’est-ce pas un drame d’avoir moins de vingt ans et de se regarder vivre en morte vivante?

N’est-ce pas un drame d’être si jeune et d’être suicidaire, délirante, dévorée par l’angoisse?

Moi je crois que si. Un drame tel qu’on ne peut l’oublier, même si on en est sorti depuis des années.

Mes motifs ont toujours été durs parce que la folie est un drame, parce que je n’ai rien d’autre pour la décrire. Et que si on peut se permettre d’en rire, c’est pour oublier quelques instants cette souffrance. J’en ai ri avec les gens qui la connaissaient; avec ceux qui n’en verraient que le côté drôle, ça me mettrait mal à l’aise.

Si vous voulez comprendre la psychose, plutôt que de ne faire que d’en rire en regardant HP, lisez ce texte de Dandelion.

 

 

 

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Dangereux ou attachant

Dans les séries télé (à l’exception de Perception et Black Box), les psychotiques sont présentés comme des tueurs ou comme des êtres burlesques, surréalistes, forcément attachants.

Scoop: nous ne sommes ni l’un ni l’autre.

Je ne reviendrai pas sur la dangerosité, j’en ai assez parlé sur ce blog.

Dans la série HP, un interne dit que les patients sont libres d’aller et venir dans le service comme de petits écureuils.

Je n’ai pas plus envie de passer pour une folle dangereuse que pour un petit écureuil. Dans le premier cas, quelqu’un qu’on dit inhumain, dans le second un animal. Mignon, attachant, oui, mais un animal quand même.

Les psychotiques ne vivent pas en absurdie, ne sont pas des génies surréalistes, ne sont pas plus attachants que les autres.

En fait, puisqu’il faut le répéter, il y a autant de schizophrènes différents que dans n’importe quel groupe de personnes. Et ça vaut pour toutes les maladies mentales. Notre maladie ne fait pas de nous des dangers publics ou de mignons petits êtres attachants.

Je n’ai envie d’être ni votre pire cauchemar ni votre caution handicap. Je veux juste être moi.

Je n’ai pas envie de fasciner, ni dans un sens ni dans l’autre. La psychose, ça ne fascine que les gens qui ne la vivent pas. En vrai, ça fait juste peur et très mal. C’est long, répétitif, usant. Ca tue. Nous, bien plus que les autres. Ca ne nous rend pas attachant, ça fait fuir les gens, la plupart du temps.

De temps en temps, j’aimerais bien être représentée comme une humaine avec ses qualités et ses défauts. Je me dis que ça doit être chouette de se reconnaître dans une série télé, un livre ou un film sans soupirer devant la caricature qui est faite de soi.

 

 

Tu fais ça pour te rendre intéressante

Si vous avez l’air « normal », que vous vous exprimez bien, vous avez certainement déjà entendu cette phrase. Ca va avec le fameux « Oh, tu sais, on est tous un peu schizophrènes« .

Alors, déjà, qui s’invente une maladie pour se rendre intéressant? Parce que, croyez-le ou non, les maladies n’intéressent pas les gens. Ils ont tendance à fuir. Certes, faire une crise devant tout le monde fera parler de vous. Mais qui a envie de passer pour la folle ou le fou de service?

J’ai beaucoup pleuré devant les gens, j’ai fait des crises d’angoisse en public, je me suis même coupée discrètement quand j’étais avec de amis (sauf que mon doigt s’est mis à tellement pisser le sang que la manche de mon pull en était imbibée). Que font les gens dans ces cas-là? La plupart du temps, rien. Ils se disent sans doute « elle fait ça pour se rendre intéressante, ne lui donnons pas ce qu’elle veut ». Après, ils parlent de vous, ça ne fait aucun doute. Mais qui a envie qu’on parle sur son dos pour finir par décider que vous dégagez des ondes négatives et qu’il vaut mieux vous éviter?

Certains disent qu’on s’invente un diagnostic pour se donner une identité. Mais oui, bien sûr, tout le monde a envie d’un diagnostic psychiatrique, c’est si simple à porter! Franchement, qui a envie d’avoir une maladie qui va faire fuir les gens et vous mettre des bâtons dans les roues au travail, pour trouver un logement, pour avoir une assurance, etc?

La vérité, c’est que j’ai tout fait pour avoir l’air normale. Que je cachais mes symptômes le plus possible. Oui, ça se voyait à un kilomètre que j’étais malade, et pourtant ce n’était que la partie émergée de l’iceberg. La vérité, c’est que j’aurais voulu que personne ne sache rien. Encore aujourd’hui, alors que tout le monde sait que je suis schizophrène, je fais tout pour épargner mes états d’âme à mon entourage. J’essaie de ne jamais me plaindre, parce que je n’ai pas envie qu’on parle de moi ni qu’on me trouve bizarre.

Mon rêve, pendant des années, ce n’était pas d’avoir une maladie pour me rendre intéressante, mais d’être normale à tout prix. Je voulais ça plus que tout. Mais finalement, les remarques de ce genre m’ont au moins guérie de ça.

Les schizophrènes, le mal, la mort

Ce soir, une requête Google menant à mon blog est « le schizophrène aime faire le mal ».

Alors, il est peut-être temps de rappeler quelques évidences. Surtout aujourd’hui où je porte le deuil de ma meilleure amie, schizophrène, morte par suicide.

La réponse est non, le schizophrène n’aime pas faire le mal.  Les gens souffrant de schizophrénie souffrent, et 10% se suicident. 10%, ça fait 60 000 personnes en France. Ces personnes, tout ces morts, et tout ceux qui survivent, ne sont pas LE schizophrène. Ils ne sont pas une maladie. Ca n’existe pas, LE schizophrène.  La schizophrénie, elle touche vos parents, vos amis, vos proches, elle nous touche. La schizophrénie, elle touche une personne sur cent. Vous croisez des schizophrènes tous les jours, sans le savoir.

Oui, de temps en temps, un schizophrène tue. Comme tout le monde, j’ai envie de dire. Je veux dire par là que comme dans toutes les catégories de gens, il y a des meurtriers, et des cons, et des gens qui aiment faire du mal. Mais, comme dans toute catégorie, il s’agit d’une minorité. Pourquoi généraliser quand il s’agit des schizophrènes? C’est vous qui nous faites du mal en faisant ça. C’est ça qui nous fait vivre dans le silence, dans l’exclusion, dans la honte.

C’est nous qui avons peur du monde. C’est nous qui souffrons, parfois à en mourir, écrasé par une maladie trop lourde et un monde trop dur. La schizophrénie, c’est nous qu’elle tue.

Car le lien entre le schizophrène et la mort, c’est d’abord et avant tout une histoire de suicide bien trop nombreux.

Pourquoi ne voyez-vous que les quelques meurtres pour oublier ces milliers de suicides? Vous risquez bien plus d’aimer un schizophrène qui se tuera que d’être tué par un schizophrène.

Ne l’oubliez pas.

 

Sur Kanye West

Vous pouvez rire parce que ça ne vous touche pas. Vous pouvez rire parce que ça vous fait peur. Vous pouvez rire parce que vous croyez que ça ne vous arrivera jamais, ni à vos proches. Vous pouvez vous moquer comme si les gens riches le méritaient bien, et puis les pauvres aussi tant qu’on y est, le fou du coin de la rue et celui qui fait la manche en parlant tout seul. Vous pouvez rire parce que ça vous rassure sur votre normalité. C’est pas vous qui avez été emmené menotté à l’HP, c’est pas vous qui avez déliré en public. C’est pas vous qui sentez le monde s’écrouler sous vos pieds. Alors, c’est drôle, parce que c’est les autres, parce que c’est Kanye West, c’est drôle parce que c’est tellement plus facile que de se dire que c’est un humain, que ça pourrait être vous. C’est tellement plus facile.

Mais moi cette histoire, elle me touche. Parce que moi aussi j’ai été folle, et mes amis. Et vos rires, ils me fendent le cœur. Je sais ce que ces rires coûtent, je sais comment ils blessent, je sais qu’ils sont une épine de plus dans une maladie déjà atroce. Vos rires, ils vous font du bien, mais ils ne sont pas inoffensifs. Ils sont tâchés de sang.

Le suicide ou pourquoi j’ai voulu mourir

On dit souvent que les suicidés sont lâches et ne pensent pas aux autres.

J’ai déjà parlé des préjugés sur les tentatives de suicide et je voudrais aujourd’hui parler des raisons que j’ai eues de vouloir me suicider, pour que les gens oublient un peu leurs idées reçues.

J’ai voulu mourir parce que je souffrais trop. Une souffrance de chaque seconde, à tel point que j’envisageais ma vie en secondes restantes. Pas en années, ni en mois ou même en jours, non en secondes. Et ces millions de secondes étaient un comme un vertige, une impossibilité totale à envisager.

Pourquoi ne pensais-je pas à la souffrance que je causerais aux autres en me tuant? Pourquoi en tout cas n’était-elle pas un frein, car si, j’y pensais?  Parce que je me sentais seule, parce qu’aucun psychiatre ne m’avait crue, parce que les autres ne pouvaient pas soulager ma souffrance, parce que je pensais qu’ils seraient mieux sans moi, parce que je ne voyais pas pourquoi je devrais supporter une vie d’enfer (non, je ne voyais pas de fin à cette souffrance) pour ne pas perturber les autres.

Le suicide m’apparaissait comme un acte courageux. Il faut être sûr de ce qu’on fait à 100%, et c’est sans doute pour ça que je ne l’ai jamais fait. Je n’avais pas ce courage, j’avais peur à cause du 0,1% d’espoir qu’il me restait quelque part au fond de moi. C’était trop radical, et l’instinct de survie est puissant, même au fond de l’abîme.

Je rêvais qu’on me trouve en train de me suicider, qu’on me sauve, qu’on me parle, qu’on me croit enfin. Dire qu’il ne faut pas faire attention à ceux qui parlent de suicide est gravissime, parce que c’est justement parce qu’on les écoute qu’ils ne se suicident pas. Ce n’est pas parce qu’ils font du cinéma, c’est parce que quelqu’un leur a tendu la main à temps. Sans cette main tendue, il y a beaucoup de risques que le suicide ait lieu.

Plus tard, je ne voulais plus qu’on me trouve. J’étais si déprimée que je ne suis pas allée voir ma psychiatre, persuadée qu’elle ne pourrait rien faire pour moi. J’avais déjà souffert plus que ça, mais la répétition de le souffrance, au cours des années, est usante. Parfois, ce qui ne te tue pas te rend plus faible. Je savais que j’irais mieux, mais je savais aussi que j’irais mal de nouveau et je n’avais plus la force de me battre. Je n’imaginais plus qu’on puisse me sauver, j’avais fait tout ce qu’il fallait pour ça, aller voir ma psychiatre et prendre mon traitement tous les jours pendant des années. Je ne me suis pas tuée car j’ai pensé aux autres. J’ai jugé que ma souffrance était ma responsabilité et que je ne voulais pas la transmettre à d’autres.

Suicidaire, j’ai toujours pensé à mon rapport aux autres, quelles qu’aient été mes conclusions.

Suicidaire, j’ai toujours fait preuve de courage. Courage parce que je suis restée en vie, mais il aurait été tout aussi courageux de me suicider, d’avoir la force de passer à l’acte.

Chaque personne a ses raisons d’être suicidaire, de passer ou non à l’acte, et on ne peut réduire cela à quelques préjugés. L’important est d’essayer de comprendre ces personnes et d’aller vers elles car, je me répète, mais les préjugés qui vous rassurent nous tuent.

 

La schizophrénie n’est PAS un dédoublement de la personnalité

Achevez-moi! Je viens de lire une discussion sur facebook où quelqu’un demande des  mèmes pour lutter contre les insultes psychophobes et les clichés sur la schizophrénie et quelqu’un lui sort ça: 25930275930efbfd777c33856137b56d

Traduction: je suis peut-être schizophrène mais au moins nous sommes là les uns pour les autres.

Des phrases et des photos comme ça, on peut en trouver des centaines sur le net. Donc, reprenons la base de la base (ça ne servira à aucun des lecteurs réguliers de ce blog mais peut-être à ceux qui tombent dessus par hasard sans rien connaître à la schizophrénie):

LA SCHIZOPHRENIE N’EST PAS UN DEDOUBLEMENT DE LA PERSONNALITE

Ceci est un cliché, entretenu par de nombreux films et livres ainsi que par la vocabulaire courant où l’adjectif schizophrénique est synonyme de double, mais c’est un cliché tout de même. C’est donc FAUX.

Voilà la définition wikipedia de la schizophrénie si vous voulez en savoir plus

 

Reprenons les bases

« Alors tu vois, il y a les névroses et les psychoses. Les névrosés, ils sont un peu bizarres, mais ils savent qu’ils sont malades, ils peuvent se soigner. Les psychotiques, ils sont complètement fous, ils ne se rendent compte de rien, ce sont de vrais malades, ils hallucinogènent… hallu… comment on dit? hallucinent. Ils sont schizophrènes par exemple. Ils ne veulent pas se soigner. Alors on leur donne des neuroleptiques, ils sont dans des institutions, et avec ça ils vont mieux.  »

Entendu aujourd’hui dans un salon de thé.

A force de fréquenter des gens qui connaissent la psychiatrie et les maladies mentales, j’en oublie à quel point les préjugés sont tenaces.

Alors, reprenons les bases.

Non, les psychotiques ne sont pas complètement fous. Il y a une part de raison dans toute folie, comme le disait  Pinel. Si on peut ne pas se rendre compte de certains symptômes,  plus on avance dans le temps de la maladie, moins c’est vrai. Beaucoup de psychotiques apprennent à repérer leurs symptômes et les signes de rechute. La plupart savent qu’ils sont malades. Par exemple, pour parler de la fameuse rupture avec la réalité, je vivais dans l’autre monde, mais je savais que c’était pathologique.

Non, tous les psychotiques ne sont pas en institution, loin de là, n’en déplaisent à cette dame qui se serait sans doute étouffée avec son bavarois si elle avait su qu’elle mangeait à côté de deux psychotiques sous neuroleptiques. Les hospitalisations sont de plus en plus courtes et on essaye de les éviter le plus possible grâce au suivi en ambulatoire. Les psychotiques vivent donc dans la cité, certains travaillent ou ont des enfants. Bref, ils sont parmi vous et vous ne pouvez pas vous en rendre compte, la plupart du temps.

Non, les neuroleptiques ne sont pas la panacée. Il ne suffit pas d’avaler son médicament chaque jours pour aller mieux, c’est un peu plus compliqué que ça. Parfois, la psychiatrie est réduite à ça, et c’est dommage. Pour aller mieux, il faut d’autre chose, comme un bon thérapeute, la parole étant aussi importante que les médicaments, un entourage soutenant, un projet de vie, etc. Le cerveau d’un psychotique n’est pas juste un mécanisme qui déraille et que les neuroleptiques remettraient en marche.

La psychose, c’est infiniment plus compliqué que ne pas se rendre compte de ses troubles et prendre un médicament pour aller mieux, tout simplement parce que c’est infiniment humain. Humain comme vous.

Est-ce qu’un schizophrène… complétez par ce que vous voulez

Puisqu’on en est à parler d’amalgames. Une petite mise au point s’impose, au vu des critères de recherches qui mènent tous les jours à ce blog. Je ne peux pas répondre à tous, d’autant qu’ils sont infinis, donc cette réponse servira à tous.

Est-ce qu’un schizophrène pleure beaucoup? Est facile à vivre? Parle-t-il beaucoup? Comprend? (comprend quoi, mystère, rien peut-être). C’est un échantillon des questions que se posent les gens sur les schizophrènes.

Alors, une fois pour toutes, et définitivement, un schizophrène est d’abord une personne. Nous avons des symptômes en commun, pas une personnalité.

J’ai beaucoup pleuré quand j’étais malade, je pleure rarement maintenant. Je suis facile à vivre pour certains, insupportable pour d’autres. Je parle beaucoup quand je suis à l’aise et me tais quand je ne connais pas les gens. Je comprends des choses, mais rien à la physique mécanique.

Une personne schizophrène n’en est pas un autre. Certains sont en couple, d’autres non, certains sont de bons parents, d’autres incapables d’élever un enfant, certains travaillent et d’autres non. Ca, ce sont les domaines sur lesquels la maladie peut jouer, dans lesquels elle peut nous mettre des bâtons dans les roues, mais elle ne met pas les mêmes bâtons dans les mêmes roues à tous. Pour le reste, si on pleure beaucoup, si on aime les chats ou les chiens ou si on déteste les animaux, si on préfère le vélo ou la marche à pied, si on est facile à vivre, si on aime les maths ou la littérature ou même les deux, eh bien, il n’y a pas de réponse, parce que JE SUIS UNE PERSONNE PAS UNE MALADIE (pour reprendre le titre d’un livre).

Je ne suis pas des vôtres

Vos mots font mal. Vous les dites sans y penser, ils ne sont rien pour vous, ils désignent les autres, ceux que vous n’êtes pas, ceux que vous pensez ne jamais fréquenter, ceux qui ne sont pas de votre monde. Vous me les dites à moi, parce que pour vous je suis comme vous, parce que j’en ai l’air.

Mais celui qui a un problème parce qu’il n’est pas en couple à quarante ans n’est pas différent de moi qui vais en avoir trente-sept. Le demi-sot est un schizophrène comme moi. Alors oui, il a l’air bizarre, sans doute, il n’est pas très propre et parle fort. Mais il est aussi gentil, poli, adorable comme client. Et intelligent. Il ‘est pas à moitié sot. Il est psychotique, comme moi.

Ces mots sortent de votre bouche et tout aussi vite de votre mémoire. Mais moi je ne les oublie pas. Les tarés,les fous, les inadaptés sociaux, ces mots, ils sont des petits coups de couteau répétés dans mon coeur. A chaque fois. Je ne les oublie pas. Ils me blessent, ils me font ressentir ma différence, ils me disent que je ne suis pas de votre monde.

Les tarés, les fous, les inadaptés sociaux, ces gens, j’en suis, pensez-y avant de m’en parler.

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