Posts Tagged ‘anorexie’

« Je suis une fille de l’hiver », Laurie Halse Anderson, La belle colère

Présentation de l’éditeur

Lia et Cassie étaient amies depuis l’école. « Filles de l’hiver », elles ont grandi prisonnières de corps fragiles et concurrentes dans la course morbide à la minceur. Elles ont 18 ans maintenant, et leurs chemins se sont séparés. Malgré cela, Cassie a appelé Lia 33 fois la nuit de sa mort. Et Lia n’a jamais répondu.

Là voici seule à présent, hantée par les souvenirs, ravagée par la culpabilité et toujours obsédée par la maigreur. Commence un long monologue intérieur, poétique et fiévreux, si juste et nécessaire.

Dans son roman le plus émouvant depuis Vous parler de ça (La belle colère, 2014), Laurie Halse Anderson explore le combat d’une jeune fille, son chemin douloureux vers la guérison, et ses tentatives désespérées pour retrouver des raisons d’exister.

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« Bianca », Loulou Robert, Julliard

Présentation de l’éditeur

Parce qu’elle devrait manger davantage et n’aurait pas dû s’ouvrir les veines à un si jeune âge, Bianca est admise dans l’unité psychiatrique pour adolescents de sa ville natale. Bianca ne s’élève pas contre cette décision. Elle ne se révolte pas. Même si elle ne voit pas en quoi le fait d’être enfermée et soumise à de multiples interdits peut atténuer la souffrance qui la détruit, Bianca se tait, obéit et regarde. Elle observe le monde chaotique qui l’entoure. Tous, médecins, soignants, patients et familles ont l’air si fragiles, si démunis… Aucun remède ne semble exister, aucune lumière ne paraît capable d’éclairer ce lieu opaque où Bianca a le sentiment effrayant de s’être enfermée toute seule. Et pourtant… La vie est là. Les sensations, les émotions, les visages, les événements, les affrontements, les pulsions, les sentiments vous cernent et vous travaillent au corps. On peut croire qu’on ne sait plus vivre, on vit tout de même. Et Bianca observe avec une attention scrupuleuse ce flot de vie inexorable qui, sans qu’elle n’y puisse rien, l’envahit, la ranime et la submerge. Avec une retenue rare et une lucidité tranquille, Loulou Robert retrace le déroulé de cette traversée singulière.

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Biographie de l’auteur

À 22 ans, Loulou Robert a déjà démarré une brillante carrière de mannequin en France et aux États-Unis. Elle a déjà publié une chronique de mode dans ELLE et nous offre ici son premier roman.

Mange ! Sale gamine !

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Je ne sais pas si on peut parler de témoignage sur l’anorexie, à propos de cette petite contribution personnelle relatant mon propre vécu : un épisode anorexique.

Toujours est-il que ce sont les conseils d’un « psychologue » qui motivent ma réponse, car il déclare, je cite :« Je m’autoriserai à dire à une anorexique ce que ses parents n’ont peut-être jamais osé lui dire : « Mange ! Sale gamine ! » Vous pouvez voir l’ensemble de son article en capture d’écran, puisque la page du site a été retirée entre temps, sans doute suite à une pétition :

Je me souviens de ce culte du repas en famille, de cette charge émotionnelle qui le motive et qui en découle aussi. L’importance donnée à l’acte de manger provient peut-être de plusieurs raisons, je ne sais trop, mais j’en ai noté quelques unes :

– Partager une nourriture alimentaire c’est aussi partager une nourriture sociale, en mangeant avec un groupe, ce que mange ce groupe, on y adhère, on incorpore plus que des aliments : sa façon de vivre aussi. Ne pas manger les mêmes aliments, ou refuser tout net de manger, cela peut renvoyer au groupe une image négative de sa façon de vivre. En s’excluant de la sorte de ce rite du partage, le groupe se sent rejeté, pas aimé, et il réagira de manière très irrationnelle et rigide contre celle ou celui qui refuse de partager le même pain. J’y vois, d’ailleurs, un rapport ancestral avec le mythe de la « sainte Cène »

– Par le passé, certains parents ont souffert du manque de nourriture quand ils étaient enfant durant la guerre. Refuser de profiter de ce dont ils ont manqué leur semble une être une aberration, une insulte à leur propre lutte pour la survie. Ne pas manger c’est risquer de mourir, au point que si un de leur enfant refuse un repas, ou un aliment, cela les renvoie à leurs anciennes angoisses et l’alarme « danger de mort » retentit dans leur tête. D’un seul plat refusé, ils en font tout un plat. Leurs peurs les rendent menaçants vis à vis de ces « sales gamins », et alors commence la série de gestes et propos violents : j’ai vu des parents forcer carrément la bouche de leur enfant avec la cuillère, malgré ses cris et ses pleurs, j’en connais qui étaient punis des heures à rester devant leur assiette jusqu’à ce qu’ils la vident, sans compter tout le chantage dont ils se retrouvent victimes : « si tu ne manges pas, tu seras privé de… »

– Ces générations ayant souffert de pénurie alimentaire ont sans doute fait perpétrer le message aux générations suivantes, car le forçage alimentaire des enfants récalcitrants est toujours de mise. C’est très angoissant pour eux. Ils espèrent évidemment que leur enfant devienne grand et fort, c’est assez normal. Ils redoutent plus que tout les conséquences des carences alimentaires. C’est terriblement anxiogène d’imaginer leur propre enfant, dont ils doivent prendre soin, devenir chétif, sous- alimenté, et voilà que le drrraaame survient : le bout de chou, entêté, serre les lèvres, dit « non »,  pour ne pas avaler le bout de viande au fond de l’assiette.

Je peux comprendre, par contre, ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est que ces angoisses passent par dessus le fait d’obliger quelqu’un à incorporer quelque chose qu’il refuse. Qu’elles soient plus fortes que les peurs de générer des traumatismes propices à des comportements alimentaires déséquilibrés dans le futur.

J’en avais parlé plus tard à mes parents. Ils s’extasiaient que mon enfant « n’avait aucun problème pour s’alimenter », contrairement à tant d’autres… Je leur expliquais que lorsqu’il refusait un aliment, cela ne m’angoissait pas outre mesure.

Je vivais pourtant dans la misère. Pouvoir acheter de quoi manger était un grand souci à cette époque, et mes priorités étaient que mon enfant ne manque de rien. Mais jamais au grand jamais je n’aurais pour ces raisons accepté de perpétrer les manies familiales : l’obliger à manger c’est un manque basique de respect.

Autant que possible je lui proposais des produits variés, qu’il avait le droit de refuser s’il y avait goûté avant. Il était autorisé à manger ce qu’il aimait, et ce qu’il aimait étant varié, ses repas étaient au final, toujours équilibrés.

S’il arrivait qu’il refuse catégoriquement de manger, je lui demandais de sortir de table : il changeait de comportement immédiatement et partageait le repas avec nous, en toute convivialité.

Il avait déjà expérimenté le « sautage de repas » et n’aimait pas cela. Quand il avait sauté ce repas, je n’en avais ressenti aucune crainte, je savais qu’il se rattraperait au suivant. Si j’avais montré quelque inquiétude, il aurait été assez finaud pour le sentir et l’utiliser comme moyen de chantage.

De ce fait, lorsque je l’invitais à sortir de table, il restait, et puis, il mangeait comme tout le monde.

Je me souviens aussi de la fois où il refusait de goûter aux épinards. D’habitude il acceptait de tester  ce que je lui proposais, mais pour les épinards, j’ai du beaucoup insister pour qu’il en prenne juste une bouchée. Quelques minutes après j’ai remarqué qu’autour de sa bouche, où il restait une trace d’épinard, sa peau devenait rouge vif. Peut-être une allergie ? J’aurais du le laisser ne pas y goûter.

En tous les cas, dans la mesure de mes moyens, et du respect de l’équilibre nutritionnel, je m’accordais le droit de ne manger que ce que j’aimais, pourquoi le refuser à son enfant ?

Qu’il n’aime pas ce qu’on aime n’est PAS un manque d’amour de sa part à notre égard.

J’expliquais à mes parents que si j’avais agi ainsi avec mon enfant, c’est parce que j’avais souffert de toutes les fois où ils m’avaient forcée à manger.

« Forcée ! Vous vous rendez compte ? »

Ils se sont excusés.

Adolescente, j’avais fait ce qu’on pourrait appeler une mauvaise rencontre durant des vacances. Une famille suisse « bien comme il faut » campait à côté de la notre, ils étaient évangélistes chrétiens. L’un des fils m’a fait croire qu’il était amoureux de moi, dans le but de me convertir à sa religion. Il s’en est excusé, mot pour mot, en ces termes, quelques années plus tard. Mais à l’époque j’avais 16 ans, j’étais naïve, il m’était inconcevable qu’on puisse vouloir manipuler par les sentiments, quelqu’un, pour atteindre des objectifs autres, et pire encore, au nom d’un Jésus-qui-t’aimes-Jésus-peut-te-sauver-Jésus-est-amour ». Mais je n’avais pas les mots pour définir l’arnaque dont je fus victime, c’était lui qui était venu me chercher : je n’avais rien demandé.

Sans savoir pourquoi, sans même être consciente de cette petite trahison, j’ai perdu le goût de manger, cela s’est fait en douceur, mois après mois, années après années, jusqu’à ce que je devienne squelettique. A 20 ans j’étais un tas d’os sur pattes quand je regarde les photos, et pourtant on avait beau me dire « que tu es maigre ! », je n’en croyais rien. Je fuyais les repas, qui étaient surtout le théâtre de règlements de compte en famille = double écoeurement. Manger le minimum vital ne me fatiguait pas outre mesure, j’étais comme une pile électrique toujours en mouvement et souffrais surtout des inquiétudes de ma famille. L’idée même de manger me serrait le ventre.

Cela n’a pas duré au point d’être en danger. C’est au détour d’une conversation avec ma gynécologue qu’un déclic s’est produit. Elle a dit un truc du genre : « Mais vous en avez bien souffert, de cette déception sentimentale… » de manière anodine, comme si c’était une évidence.

Je l’ai regardée, frappée par ses propos, les yeux grands ouverts.

Je tournais en boucle dans ma tête, les heures suivantes « déception sentimentale ». C’était ça ! Tout ça pour ça ! Je n’avais plus goût à la vie à cause d’une déception sentimentale !???

Quoiqu’il en soit, j’ai décidé à ce moment là de lutter contre mon dégoût de la nourriture, et j’y suis parvenue, tout d’abord, en mangeant seule, comme si de rien n’était, en mangeant sans penser au fait que je mangeais, en mangeant en même temps que je faisais une activité autre, et agréable.

Dix ans plus tard j’arrivais à accepter des repas de groupes, mastiquant longuement, où bien animant tant et si bien les repas qu’on remarquait à peine que j’en oubliais de manger.

Les amoureux qui m’invitaient au restaurant ne savaient pas que si je déclinais cette si jolie invitation, c’était pour éviter la corvée de passage obligé au partage de la tablée.

Maintenant, pour les repas de groupes incontournables, je ne décline plus l’invitation, et j’arrive même à faire comme tout le monde, et même, à y prendre goût.

En bref, j’ai eu la chance de ne pas tomber sur un spécialiste qui m’aurait dit « Mange ! Sale gamine ! »

réponse du psy sur anorexie

Florence

Cachez ces mots que je ne saurais voir

On va faire défiler des mannequins avec un IMC de 18,5 et ça va éradiquer l’anorexie. Et tant qu’à faire, on va faire fermer leur gueule aux anorexiques, au moins sur internet, en les menaçant de prison. Parce que bon, il y a des limites, les femmes trop maigres c’est moche, les ados à problèmes c’est chiant (sans parler des adultes).

Parce que bien sûr, l’anorexie, c’est aussi simple que ça. Des écervelées qui veulent ressembler à des mannequins.

Voilà, on fait une loi, on est content, on peut s’en laver les mains. L’arsenal législatif anti-anorexie est là, un problème de santé publique va être réglé eu deux coups de cuillère à pot.

Ainsi, on évite de parler des vrais problèmes. De la complexité de l’anorexie, de sa prise en charge et des moyens de la psychiatrie. De l’injonction patriarcale qui est faite aux corps des femmes d’être désirables aux yeux des hommes hétérosexuels.

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Ami-e-s anorexiques, vos symptômes, il va falloir les garder pour vous. Vous taire. Votre parole dérange. Votre maladie est politiquement incorrecte. Souffrez dans votre coin, tout le monde s’en portera mieux (sauf vous, mais euh… on s’en fout?)   Comme si on décidait du jour au lendemain de devenir anorexique. Les maladies mentales, ce n’est pas juste une question de volonté. Dans un sens comme dans l’autre: on ne décide pas de guérir comme on ne décide pas de tomber malade. On ne se lève pas le matin et se disant « tiens, je vais devenir anorexique, ça a l’air sympa ». « Ah mais non, les sites pro-ana sont interdits par la loi, je ne peux plus devenir anorexique et l’afficher sur twitter, et si je décidais plutôt d’avoir un cancer? ». Ben oui, quoi, les petits cancéreux, tout le monde les aime bien, ils sont mignons, ils peuvent même demander qu’on réalise un de leurs rêves, je me demande pourquoi personne n’a encore penser à faire une loi pour qu’on arrête d’en parler.

Et plus de mannequins très maigres, juste des très minces. Ah oui, c’est bien, ça va tout changer. Mesdames, voilà le modèle auquel vous devrez ressembler à partir d’aujourd’hui: pas d’IMC à 17 mais à 18,5 s’il vous plaît. Oui, il va falloir que la plupart d’entre vous continue à faire des régimes, à s’enduire de crèmes amincissantes et à ne pas aimer votre corps, non il n’y aura pas plus de grandes tailles dans les magasins, non on ne verra pas des mannequins de toutes les tailles, des maigres, des grosses, des petites et des grandes (et puis quoi, encore?), il y aura juste un nouveau modèle avec quatre kilos de plus.

Les hommes anorexiques? Les autres TCA? Oui, bon… Ca rentrait pas dans la loi, on a préféré laisser tomber.

« On dit lutter contre l’anorexie mais on lutte contre les malades »

L’Assemblée a voté en faveur d’un délit d’incitation à l’anorexie. Pour le sociologue Antonio Casilli, qui a participé à un rapport sur les sites « pro-ana », la répression est contre-productive.

Cachez cette maladie que je ne saurais voir. L’Assemblée nationale a créé, dans la nuit de mercredi à jeudi, un nouveau délit, puni d’un an d’emprisonnement et de 10.000 euros d’amende visant à réprimer l’incitation à la maigreur excessive, notamment de la part de sites internet pro-anorexie (ou « pro-ana »).

Cet amendement, voté par les députés dans le cadre de la loi Santé, proscrit désormais le fait de « provoquer une personne à rechercher une maigreur excessive en encourageant des restrictions alimentaires prolongées ayant pour effet de l’exposer à un danger de mort ou de compromettre directement sa santé ».

Antonio Casilli, sociologue à Télécom ParisTech, a participé à « Anamia », une étude européennefinancée par l’Agence nationale de recherche, qui présentait fin 2013 les résultats de quatre années de recherches sur ces sites « pro-ana » et « pro-mia » (boulimie). Pour lui, la mesure du gouvernement ne va pas dans le bon sens.

Que pensez-vous de cet amendement ?

– On va jeter en prison des personnes qui souffrent de troubles alimentaires (anorexie, boulimie, hyperphagie, etc.) simplement parce qu’elles en ont parlé sur internet. Au prétexte de lutter contre la maladie, on lutte contre les malades. Cet amendement relève d’une grande méconnaissance du terrain. Le texte n’évoque qu’un seul article scientifique, datant de 2006. C’est peu dire qu’il est suranné, mais en plus il est pompé de la version anglaise de la page Wikipédia « pro-ana ». Le sujet a beaucoup évolué. Les chercheurs qui ont travaillé sur Anamia sont les premiers au monde à avoir étudié les interactions sur ce type de sites. Nos conclusions sont à l’opposé de cette loi liberticide et mal renseignée.

Vos recherches ont démontré que parler d’anorexie ne revient pas à en faire son apologie…

– Les personnes qui souffrent de troubles alimentaires ont besoin d’un espace de parole où elles rencontrent des gens avec le même type d’expérience. Ces maladies sont bouleversantes et le fait de s’exprimer sur le sujet ne constitue pas une apologie, mais le symptôme même qui se manifeste. Dans certains cas, des personnes vont tenir des propos provocateurs, qui sont en fait le signe d’une grande détresse. Au lieu de les aider, on annule le problème en les mettant en prison. Ces personnes n’ont pourtant pas d’espace pour en parler dans le cadre du système de santé actuel, qui manque de ressources, de moyens et de personnel. Cette loi est démagogique, elle s’en prend à la mauvaise cible.

Les sites sur l’anorexie peuvent aussi être des espaces d’entraide ?

– Oui, certains sites proposent un soutien émotionnel ou pratique, en orientant vers les soins, par exemple en recommandant des médecins spécialisés. Dans plusieurs cas, les personnes que nous avons interrogées pour notre étude habitaient dans des déserts médicaux. Pour elles, faire des recherches sur internet intervient en tant que complément des soins médicaux ou à défaut d’y avoir accès.

Quelles peuvent être les conséquences de cette loi pour les personnes qui souffrent de troubles alimentaires ?

– Probablement un effet de déplacement des blogs et des sites vers des lieux encore plus cachés. Nous allons rentrer dans une phase encore plus extrême de clandestinité, qui s’est déjà aggravée depuis 2010 avec ce climat de censure généralisée. Le risque, c’est que les familles, les spécialistes ou les associations n’aient plus accès à ces sites web. Or, il n’existe pas de patient idéal, qui arrive « pur » chez le médecin. En général, ils sont allés chercher des infos sur internet, sont entrés en contact avec des forums qui parlent de ça. Pour pouvoir continuer à faire ça, il faut que ces espaces restent libres. Il faut créer des passerelles entre le corps médical et ces lieux d’expression.

Le rapporteur, Olivier Véran, explique que la loi fera le distingoentre les sites qui relèvent d’une détresse et ceux qui promeuvent l’anorexie. Vous y croyez ?

– C’est non seulement impossible, mais en plus c’est faux. Les députés se déresponsabilisent en disant qu’ils vont en parler lors du décret d’application, en prétendant pouvoir faire la différence entre les « bons » et les « mauvais » anorexiques, et que seuls les « mauvais » anorexiques iront en prison. En réalité, la parole des malades est complexe, imbriquée, il y a une ambivalence impossible à décrypter.

Cette loi est une atteinte grave à la liberté d’expression sur internet qui s’inscrit dans une longue série (loi Santé, loi renseignement, loi anti-terrorisme, loi de programmation militaire). On note un « pattern » qui consiste à réprimer d’entrée internet de façon bête et méchante.

Selon vous, pourquoi les conclusions de votre rapport ont-elles été ignorées ?

– C’est paradoxal, car notre étude a été financée par l’Etat, par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR). Mais nos recommandations ont été ignorées, alors même que Manuel Valls incite les chercheurs à prendre des positions politiques. C’est absurde et insoutenable.

Comment comptez-vous réagir ?

– En fédérant les associations, les professionnels de santé et les groupes d’usagers (malades, parents, famille) et réfléchir à ce que l’on peut faire. L’amendement est passé à 0h59, empêchant tout débat. Il reste l’espoir, très improbable, qu’un député propose un nouvel amendement qui irait contre celui-ci. Le Sénat pourrait aussi jouer son rôle de garde-fou et le reprendre. Mais nous sommes dans un combat de David contre Goliath.

Propos recueillis par Amandine Schmitt le 3 avril

http://tempsreel.nouvelobs.com/les-internets/20150403.OBS6405/on-dit-lutter-contre-l-anorexie-mais-on-lutte-contre-les-malades.html

Procès de l’ostéopathe Pierre Pallardy: « Maman, c’était sexuel »

Après Rufo qui invoque la psychose pour nier un abus sexuel, c’est Pallardy qui se sert de l’anorexie. Elle a bon dos, la maladie mentale!

 

Par LEXPRESS.fr, publié le 15/10/2013 à  17:00

Ce mardi, à la barre, la mère d’une des ex-patientes accusatrices de Pierre Pallardy témoignait. Sa fille, anorexique depuis 1997, s’est suicidée depuis.

Pierre Pallardy, l’ex ostéopathe du Tout-Paris, qui comparait pour viols et agressions sexuelles, a fait face ce mardi à la mère d’une de ses ex-patientes accusatrices, une jeune anorexique qui s’est suicidée depuis.

Anorexique depuis 1997, la jeune femme avait été en outre très marquée par le suicide de sa soeur cadette et d’une tante.

En 2005-2006, âgée de 25 ans, elle est traitée par Pierre Pallardy, pendant une douzaine de séances. Elle arrête la thérapie en mars 2006, en juin Pallardy est interpellé.

Convoquée, entendue comme témoin par la police, c’est le déclic. En revenant, « elle s’est effondrée, elle a pleuré, elle m’a dit maman, c’était sexuel. Elle n’est pas entrée dans les détails mais elle était tellement mal que je n’ai pas voulu insister, » raconte sa mère.

« Je ne pouvais même pas imaginer que, dans l’état de maigreur où elle était, cela puisse se faire ».

27 kilos pour 1,63 m

Lors d’une de ses dernières hospitalisations, sa fille ne pesait plus que 27 kilos pour 1,63 m. Elle finira par se donner la mort en 2008 dans un établissement suisse où elle était traitée.

Si elle n’avait rien dit à sa mère, elle s’était ouverte à une amie des séances avec l’ostéopathe, qui l’embrassait, lui caressait le sexe. Devant les policiers, elle évoquera aussi une fellation.

La cour lit le témoignage de l’amie: « Il avait soigné des stars et elle était sensible à cela. (…) Il lui a dit qu’il faisait ça pour elle, qu’il la soignerait comme il soignait les stars, qu’elle ressemblait à Naomi Campbell, alors que mon amie était rousse et avait la peau claire ».

« Quand la police a appelé, je pense qu’elle a pris conscience, elle a compris qu’elle s’était fait avoir ».

« Elle voulait que je l’emmène à Venise »

A la barre, Pierre Pallardy présente ses condoléances à la mère, la voix étranglée. Mais il se tient sur son habituelle ligne de défense: la patiente, extrêmement fragile, s’est mépris sur certains de ses gestes thérapeutiques. D’autant que la jeune femme n’ayant plus ses règles -un symptôme courant de l’anorexie-, il avait, avec succès assure-t-il, réalisé certaines manipulations pour les faire revenir. « Je pense qu’elle a confondu certains gestes, certaines paroles ».

Il assure lui avoir dit qu’il ne souhaitait pas la traiter, trouvant son état trop altéré. Mais elle insistait. Et puis aussi, elle « était très amoureuse de moi, elle voulait se marier avec moi, que je l’emmène à Venise, elle me demandait si je pouvais mettre les doigts pour voir si elle était vierge ». Soupirs appuyés dans la salle face à cette étrange énumération.

« En tant que thérapeute, vous étiez le mieux placé pour avoir une réaction adéquate et interrompre cela », lui lance la présidente, Jacqueline Audax.

« Vous n’auriez pas dû immédiatement couper? » renchérit l’avocat général, Annie Grenier. « Vous avez sûrement raison », répond l’accusé.

« Affabulations »

Mais pas question d’admettre d’autres fautes: « Personne ne sait ce qui se passe dans la tête d’une anorexique. Ce sont des affabulations, des choses qu’elles construisent, qu’elles déconstruisent ».

Pierre Pallardy est poursuivi pour 19 cas de viols ou agressions sexuelles. Le procès devant la cour d’assises de Paris doit s’achever vendredi.

Avec 

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/proces-de-l-osteopathe-pierre-pallardy-maman-c-etait-sexuel_1291243.html#xtor=AL-839

« Légère comme un papillon », Michela Marzano, Grasset

Présentation de l’éditeur

« Des années durant, j’ai cherché par tous les moyens à devenir aussi légère qu’un papillon. Et j’y suis presque arrivée. En termes de kilos, s’entend. Car pour ce qui est du reste, la vie a souvent été trop pesante pour moi. De devoir être la meilleure. De m’efforcer de répondre aux attentes des autres. D’oublier Alessandro, d’abandonner mon pays, de faire du français ma langue. Mais le plus pesant fut de recommencer à vivre… »Dans ce livre intime et émouvant, la philosophe Michela Marzano raconte son histoire d’anorexique, faite de douleurs dérobées, de moments intenses, de secrets familiaux, mais cette histoire personnelle, ce passé qui ne passe pas, c’est aussi la souffrance de beaucoup d’entre nous. Le savoir nous permet-il de triompher du corps ? Ou ne serait-il qu’une science sans conscience ?

 Légère comme un papillon

Biographie de l’auteur

Née à Rome en 1970, ancienne élève de l’ENS de Pise, professeur des Universités en philosophie (Paris-Descartes), essayiste, Michela Marzano est l’auteur, entre autres, de Penser le corps (PUF, 2002), Le dictionnaire du corps (PUF, 2007), Extension du domaine de la manipulation (Grasset, 2008) et le Contrat de défiance (Grasset, 2011). Ses livres sont traduits dans plusieurs langues.

« Le corps imposant », Musée du Dr.Guislain et Musée Boerhaave Leiden, Lannoo

Le fil rouge de ce livre est basé sur la faim : pourquoi decide-t-on un jour d’arrêter de se nourrir ?
Les motifs sont-ils personnels, esthétiques, religieux, économiques ? Qu’en est-il de cette relation de dégoût que certains peuvent avoir face à l’image de leur corps ? Sommes-nous toujours maître de notre corps à l’heure actuelle ?
L’anorexie ou la boulimie sont-elles perçues de la même manière selon les cultures et les époques ?

Trilingue: anglais, néérlandais, français

 

« Le ventre vide, le froid autour », collectif, Eyrolles

Présentation de l’éditeur

« Je me suis consacrée à la Faim. Elle est mon refuge. Mon appui. Moi et la Faim ne dormons plus, moi et la Faim connaissons les veilles et la trop grande fatigue. Et vlan, six kilos de partis. Au travail ils le voient enfin. Ça discute derrière mon dos. Je flotte dans les couloirs, un sourire léger sur les lèvres, la Faim en moi, comme une marque au fer rouge. Ce n’était pas si compliqué en fait. Juste un peu de volonté contre cette purée rose et écoeurante, et voilà que ma véritable nature se révèle : je fais partie des poètes et des fous au regard enflammé par l’envie. Je pense aux vacances qui approchent, aux trois rondelles de concombre que je mangerai ce soir. Et les murs s’effacent et pâlissent à la vue de mes os… Je sais que je vais bientôt sortir de ce mauvais rêve ». Lucie, Véronique, Claire, Anne-Laure et Aurore, cinq jeunes femmes âgées de 20 à 30 ans, ont connu l’enfer des troubles alimentaires. Elles témoignent ici à cinq voix de ce mal particulier qu’est l’anorexie mentale. Du corps amaigri que l’on cache aux os que l’on exhibe, elles dépeignent avec justesse l’euphorie et la douleur que procure la maîtrise de soi ; le déni de la maladie jusqu’à l’effondrement physique et l’impossibilité de communiquer avec les proches. Elles nous racontent aussi les soins hospitaliers, leurs victoires et leurs rechutes, l’importance de la thérapie et du soutien de leurs semblables, autant de moyens qu’elles ont trouvés pour apaiser peu à peu leur calvaire.
 
Le ventre vide, le froid autour : L'anorexie

« Les aventures d’une fille qui avait tout le temps faim », Aysseline, Jean-Claude Gawsewitch

Les aventures d'une fille qui avait tout le temps faim

Un roman graphique drôle et touchant sur l’anorexie et la boulimie.

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