Après tout ce que j’ai fait pour toi!

Décidément, l’Unafam apporte de l’eau à mon moulin, en ce moment, grâce à la lecture du hors-série du Cercle-Psy. Je vous fait une copie du texte qui m’a inspiré ce post (page 29 du hors-série « La parole aux patients! »), tout en précisant bien que ce n’est pas une réponse directe à ce témoignage, puisque je ne connais pas les protagonistes, mais une réponse à une attitude générale.

« Parfois, sous le coup de la colère, après toutes ces tentatives de suicide, j’ai envie de dire à mon mari: « Cela suffit, maintenant. Tu n’as qu’à prendre une bonne corde, ne fais pas semblant, comme ça. » Mais je sais que si je prononçais ses paroles, et s’il passait à l’acte, je me le reprocherais toute ma vie… Cette attitude me démolit. Avec tout ce que je fais pour lui! Il ne me paie jamais de retour. Nous sommes allés voir son psychiatre ensemble. Mon mari a osé se plaindre; « Elle est tout le temps sur mon dos. » C’est sûr, il est constamment sous surveillance, mais s’il a survécu à toutes ses tentatives de suicide, c’est bien grâce à moi, non? Je pensais même remettre les médicaments sous clef. Je sais bien que ce n’est pas la bonne solution, mais comment le protéger autrement? Qu’il ose protester contre moi -avec toute mon abnégation, tous ces renoncements- m’a paru d’une totale injustice. »

Déjà, l’expression « avec tout ce que j’ai fait pour lui », définitivement, je ne peux pas. Si on fait quelque chose pour quelqu’un de proche, c’est parce qu’on l’aime. Normalement. Si on le fait pour avoir une médaille ou gagner son paradis, il ne faut pas en espérer autre chose, parce que la personne concernée fait très bien la différence. Quand on aime quelqu’un, on fait les choses gratuitement, même si c’est parfois difficile. On ne demande pas des comptes. On peut juste espérer qu’un jour, si on a des problèmes, cette personne sera là pour nous aussi.

Et quand on fait quelque chose pour quelqu’un, le minimum, c’est d’être à l’écoute de ses besoins (ce qui ne veut pas dire oublier les siens, surtout quand personne ne vous l’a demandé). Parce que si on lui impose des choses dont il ne veut pas, il n’est pas question d’abnégation, de dévouements ou de renoncements qu’il nous aurait imposés, mais d’abnégation, de dévouements et de renoncements qu’on s’impose à soi-même pour se donner l’image d’un saint. Mais dans la vie, il n’y a pas grand-monde qui a envie de vivre avec un saint. Surtout avec un saint qui manque totalement d’humilité et qui vous flique en permanence. Dans la réalité, un mari a envie d’être traité comme un mari, et un fils ou une fille adulte comme un adulte. Si on voulait un garde-malade, on paierait une infirmière à domicile ou on irait à l’hôpital.

J’ai soutenu des amis dans des mauvais moments. L’un d’eux n’a plus voulu me voir quand il a trouvé une de mes questions trop intrusive. Je l’ai accepté, en lui disant que je serais toujours là s’il en avait besoin. Un autre m’a demandé ce qu’il m’apportait, pourquoi j’étais toujours là. Je lui ai répondu que je ne laissais pas tomber mes amis dans les moments difficiles, et qu’il y aurait des jours meilleurs. Quand ça a été mon tour de me sentir mal, il m’a proposé de venir faire le ménage chez moi et m’a dit que je pouvais l’appeler quand je voulais. C’est ça, pour moi en tout cas, l’amitié ou l’amour. Ce n’est pas rester avec quelqu’un en lui disant qu’il vous gâche la vie et qu’il devrait vous remercier. Quand on veut être un allié, et ça vaut dans tous les domaines (maladies mais aussi lutte antiraciste, féministe, etc), la première chose à faire, c’est se taire, écouter et apprendre. Si la personne concernée (malade, personne racisée, femme, etc) vous dit qu’elle n’aime pas votre façon de faire, qu’elle se sent mal par rapport à ce que vous dites (depuis votre position d’allié et non de personne directement concernée), la moindre des choses est de prendre en compte son avis. Sinon, rien ne vous empêche de partir. Et si vous restez malgré tout, n’attendez pas de remerciements pour vos paroles culpabilisantes.

DaveCookieToss

N’oubliez jamais une chose: l’allié n’est pas la personne qui souffre le plus. L’allié peut s’en aller, la personne malade ne peut pas fuir ses troubles. L’allié peut s’offrir des moments de répit quand il le veut, pas la personne malade. L’allié qui choisit de rester ne doit pas le faire payer à la personne qu’il aime (ou qu’il n’aime plus d’ailleurs, parfois on se pose la question).

Ici, je parle en tant que personne concernée au premier chef, je dis les choses comme je les vis. Ailleurs (lutte des handicapés, des LGBTQIA, des travailleuses du sexe, antiraciste), je suis une alliée. Et je le répète, dans ce cas, je ferme ma gueule, j’écoute, j’apprends, je ne vais pas pleurer quand les groupes dominants dont je fais partie en prennent pour leur grade, et surtout je ne demande pas de cookie pour mon soutien.

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2 commentaires »

  1. Sibylline Said:

    Je partage tout à fait ton analyse Lana. Je n’avais pas d’exemple aussi précis que celui que tu développes, mais lorsque j’ai eu besoin de comprendre ce qu’il se passait et que j’ai donc eu besoin d’aide, je n’ai pas aimé l’UNAFAM, un peu pour la même raison que je ne sens pas le forum ATOUTE. Je n’apprécie pas la façon qu’ils ont de compartimenter les choses, de mettre des barrières entre les « non-malades » et les malades, entre « ceux qui savent » et les autres. On perçoit parfois une sorte de supériorité. Le sentiment qu’il y aura toujours un fossé, qu’on exclut une partie des gens soit dans un sens soit dans l’autre. Je ne raisonne pas du tout comme cela et ça n’aide pas à avancer. Ce qui m’aide vraiment, c’est la justesse des analyses (les miennes quand j’y parviens) et celle des autres, comme les tiennes lorsqu’elles me touchent et me permettent de mieux comprendre ce qui me semble obscur. La justesse a un rapport avec la sagesse et l’art de saisir les choses de façon lucide et sans excès. C’est finalement un exercice très difficile. Il faut beaucoup de patience et d’observation, de l’humilité aussi.

    Ce que je ressens cependant et je ne sais pas bien dans quel contexte la femme a parlé, c’est qu’elle se sent impuissante face aux différentes tentatives de suicide de son mari. Pas facile à gérer évidemment…Partir? Laisser l’autre dans le besoin? Prendre le risque qu’il meure et se dire qu’on est en partie responsable de l’avoir abandonné?Dans le suicide, il y a aussi une forme de chantage mêlée à un grand désespoir. Comment faire la part des choses? Il faut parvenir à ne pas culpabiliser et à prendre le risque que l’autre passe réellement à l’acte si on en a réellement marre. Quand la personne y parvient, ne prend-on pas le risque de culpabiliser à vie? Je crois qu’il faut beaucoup de philosophie pour accepter que la mort soit de la responsabilité de chacun, une LIBERTE dont tout être (fragile ou non) peut disposer à sa guise, lorsqu’on sait que l’euthanasie est interdite, même lorsque la personne la souhaite, que dans notre société la mort est angoissante, liée au néant, à l’anéantissement, au vide, qu’il faut absolument l’éviter et que ne rien faire, c’est de la non-assistance à personne en danger. Cette femme est un peu victime d’une éducation bien ancrée dont elle ne parvient pas à se défaire. Elle parle aussi de sa douleur, même si son attitude n’est pas juste et tu l’as très bien démontré.

  2. Lana Said:

    Je sais que c’est difficile pour le proches, mais la meilleure façon d’aider quelqu’un, c’est de le considérer comme un égal. Fliquer quelqu’un tout le temps en lui demandant des remerciements, ça ne doit pas rendre la relation très agréable. Je pense qu’il faut donner ce qu’on peut, avec honnêteté, et si on ne peut pas, ça se respecte aussi. Je préfère quelqu’un qui me dit qu’il ne peut rien me donner de plus que quelqu’un qui me harcèle en me culpabilisant. Le problème avec ce que je lis venant de beaucoup de proches, c’est comme tu dis cette façon de séparer bien distinctement les malades et les gens normaux, de se poser en supérieur, en personne qui sait mieux, qui doit surveiller, et qui souffre plus. Penser aux proches, bien sûr, c’est difficile pour eux aussi, mais il ne faut pas pour autant infantiliser les personnes malades, les réduire à leur maladie et ne les voir que comme un poids.

    Atoute, c’est assez particulier, ça m’a aidée il y a une dizaine d’années, mais après un temps ça tourne en rond. En plus, ce n’est pas très safe comme forum.

    Quant au suicide, je pense que chacun peut s’en soucier en étant là pour les personnes souffrantes dans son entourage, en ne niant pas les signes, en réfléchissant sur ses préjugés (par exemple: si la personne en parle, elle ne se suicidera pas; c’est pour attirer l’attention donc ne lui en donnons pas, etc). Souvent, une personne se suicide pour arrêter de souffrir, et un petit geste d’amitié, d’amour ou d’aide d’un professionnel peut faire changer d’avis. Mais certainement pas un discours culpabilisant. D’autres veulent vraiment mourir, et c’est une liberté qu’il faut accepter, même si on ne la comprend pas.


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