Paroles réconfortantes

Aujourd’hui, quelqu’un est arrivé sur mon blog en tapant sur un moteur de recherches « paroles réconfortantes à dire à un schizophrène en souffrance ».

Alors, j’ai envie de dire ce qui m’a réconforté ou non quand j’étais en crise.

La première chose à faire, je pense, est de ne pas faire semblant de comprendre ce que vous ne comprenez pas. Si vous ne comprenez pas ce qu’on ressent, ce n’est pas grave et c’est normal. Je me suis bien plus sentie comprise quand on m’a dit « je ne pourrai jamais comprendre ce que tu vis, mais je suis là » que quand on a minimisé mes troubles en essayant de les comprendre. Minimiser est une chose que beaucoup de gens ont tendance à faire, pensant rassurer leur interlocuteur. Dire « ça va aller » alors qu’on n’en sait rien, ça m’énerve plus qu’autre chose, et j’entends surtout qu’on ne veut pas que je me plaigne. Dire « mais tu es juste angoissée à cause des examens, du travail, etc. », c’est ne pas prendre la mesure des choses et ça n’aide pas non plus.

Ensuite, ne pas mentir. Quand j’ai été hospitalisée, mon psychiatre aux urgences m’a dit « c’est juste pour la nuit » et l’infirmière à l’étage « c’est juste pour quelques jours ». Résultat, je me suis sentie profondément trahie par mon psychiatre et j’ai voulu quitter un endroit  où on me mentait. J’aurais préféré qu’on me dise directement que c’était pour quelques jours, ou jusqu’à ce que j’aille mieux, ou le temps que je décide.

Il ne faut pas non plus dire que ce que je ressens n’a pas de sens. Il faut respecter mon ressenti, me dire que vous imaginez que ça doit être dur, effrayant, angoissant, même si pour vous ça n’existe pas. Quand j’avais des angoisses à propos des papillons, ma psychiatre m’a rassurée en me disant qu’il n’y en avait pas derrière moi. Ce qui était réconfortant, c’était qu’elle prenait mon ressenti au sérieux, elle n’a pas haussé les épaules en disant « mais non, il n’y a rien! ». Là, il s’agissait de quelque chose de facile à vérifier, et je pouvais me baser sur sa parole parce que j’avais confiance en elle. Quand ce n’est pas le cas (par exemple, les gens parlent dans mon dos), ça ne sert à rien de nier frontalement, après tout vous ne savez pas si c’est vrai ou pas, il faut plutôt poser des questions pour que je m’interroge sur mes croyances. Quand je suis allée au salon de livre, j’avais l’impression que tout le monde me jugeait incompétente. Ma psychiatre ne m’a pas dit que c’était faux, mais m’a demandé si on m’avait déjà dit que j’étais incompétente, si on ne me l’aurait pas déjà fait remarquer en dix-sept ans de carrière si ça avait été le cas, et ça m’a semble sensé comme raisonnement.

Dire des choses gentilles comme « je tiens à toi », « je suis là pour toi », ne sont jamais de trop non plus, car je doutais très souvent de l’amour de mes proches.

Je sais qu’aider un schizophrène en souffrance, c’est marcher sur des œufs, et que ce n’est pas facile. Surtout, n’oubliez pas d’écouter la personne et ne partez pas du principe que ce qu’il dit n’a pas de sens, ce sera déjà un grand pas dans l’aide que vous pouvez lui fournir.

 

 

12 commentaires »

  1. Super article !
    J’apprécie beaucoup que tu fasses des articles ainsi par thème, comme je n’en ai pas été capable. Merci ☺

  2. Désolée pour le commentaire en double, mon téléphone n’a pas enregistré que mon message était rentré ….

  3. Lana Said:

    Merci. Je n’ai qu’une fois le commentaire.

  4. Francine Said:

    Merci Lana

  5. A JACOB Said:

    A reblogué ceci sur Learn Love.

  6. PIERRE Said:

    Bravo pour cette réflexion pétrie de sincérité, que vous nous faites partager. Quant à savoir si votre talent d’auteure est bien réel, la réponse est déjà contenue dans votre post. J’espère ainsi que vous pourrez mener à bien vos projets éditoriaux. Bien à vous,

  7. pierre Said:

    Quel bonheur de lire la vérité en ces temps de mensonge et d’indifférence universels. Lire et méditer profondément ceci devrait être au programme de psychiatrie, pour le moins ! Finalement, on pourrait assez facilement soutenir que la psychose est entretenue par le déni systématique des autres sur son propre ressenti…Avez vous lu la thèse de Lacan sur sa « malade » Aimée Lana ?

  8. CAJAT Madeleine Said:

    Tous les témoignages de malades nous le diront :nous les accompagnants devons nous en inspirer.
    (bénévole UNAFAM)

  9. Lana Said:

    Non, je n’ai pas lu la thèse de Lacan, je ne suis pas très branchée psychanalyse.

  10. pierre Said:

    Ah ? Dommage, je crois que vous y trouveriez de quoi nourrir votre réflexion…

  11. Non merci Said:

    Merci pour cette publication et pour tous vos écrits. Tous les praticiens devraient s’en inspirer !

  12. Lana Said:

    Merci!


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